‹ L'art romantiqueChapitre 24 sur 79 · DES SYMPATHIES ET DES ANTIPATHIES · texte numérisé non relu

DES SYMPATHIES ET DES ANTIPATHIES

En amour comme en littérature, les sympathies sont involontaires ; néanmoins elles ont besoin d'être vérifiées, et la raison y a sa part ultérieure.

Les vraies sympathies sont excellentes, car elles sont deux en un — les fausses sont détestables, car elles ne font qu'un, moins l'indifférence primitive, qui vaut mieux que la haine, suite nécessaire de la duperie et du désillusionnement.

C'est pourquoi j'admets et j'admire la camaraderie en tant qu'elle est fondée sur des rapports essentiels de raison et de tempérament. Elle est une des saintes manifestations de la nature, une des nombreuses apphcations de ce proverbe sacré : l'union fait la force.

La même loi de franchise et de naïveté doit régir les antipathies. II y a cependant' des gens qui se fabriquent des haines comme des admirations, àfétourdie. Cela est fort imprudent ; c'est se faire un ennemi — sans bénéfice et sans profit. Un coup qui ne porte pas n'en blesse pas moins au cœur le rival à qui il était

destiné , sans compter qu'il peut à gauche ou à droite blesser l'un des témoins du combat.

Un jour, pendant une leçon d'escrime, un créancier vint me troubler; je le poursuivis dans l'escalier à coups de fleuret. Quand je revins, le maître d'armes, un géant pacifique qui m'aurait jeté par terre en soufflant sur moi, me dit : « Comme vous prodiguez votre antipathie ! un poëte ! un philosophe ! ah fi ! » — J'avais perdu le temps de Faire deux assauts, j'étais essoufflé, honteux, et méprisé par un homme de plus, — le créancier, à qui je n'avais pas fait grand mal.

En effet, la haine est une liqueur précieuse, un poison plus cher que celui des Borgia, — car il est fait avec notre sang, notre santé, notre sommeil et les deux tiers de notre amour! Il faut en être avare!

DE lIrEINTAGE.

L'éreintage ne doit être pratiqué que contre les suppôts de Terreur. Si vous êtes fort, c'est vous perdre que de vous attaquer à un homme fort; fussiez -vous dissidents en quelques points, il sera toujours des vôtres en certaines occasions.

Il j a deux méthodes d'éreintage : par la ligne courbe, et par la ligne droite, qui est le plus court chemin.

On trouvera suffisamment d'exemples de la ligne

courbe dans les feuilletons de J, Janin. La ligne 'courbe amuse la galerie, mais ne l'instruit pas.

La ligne droite est pratiquée maintenant avec succès par quelques journalistes anglais; à Paris, elle est tombée en désuétude; M. Granier de Cassagnac luimême me semble l'avoir oubliée. Elle consiste à dire : « M. X... est un malhonnête homme, et de plus un imbécile; c'est ce que je vais prouver», — et de le prouver! — primo, — secundo, — tertio, — etc. . . Je recommande cette méthode à tous ceux qui ont la foi de la raison, et le poing solide.

Un éreintage manqué est un accident déplorable, c'est une flèche qui se retourne, ou au moins vous dépouille la main en partant, une balle dont le ricochet peut vous tuer.

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