‹ L'art romantiqueChapitre 23 sur 79 · DES SALAIRES · texte numérisé non relu

DES SALAIRES

Quelque belle que soit une maison , elle est avant tout, — avant que sa beauté soit démontrée , — tant de mètres de haut sur tant de large. — De même la littérature, qui est la matière la plus inappréciable, — est avant tout un remplissage de colonnes ; et l'architecte littéraire, dont le nom seul n'est pas une chance de bénéfice, doit vendre à tous prix.

II y a des Jeunes gens qui disent .' « Puisque cela ne vaut que si peu , pourquoi se donner tant de mal ? » Ils auraient pu livrer de la meilleure ouvrage; et dans ce cas, ils n'eussent été volés que par Ja nécessité actuelle, par la loi de la nature; ils se sont volés euxmêmes; — mal payés, ils eussent pu y trouver de l'honneur; mal payés, ils se sont déshonorés.

Je résume tout ce que je pourrais écrire sur cette matière, en cette maxime suprême que je livre à la méditation de tous les philosophes, de tous les historiens et de tous les hommes d'affaires : Ce n'est que par les beaux sentiments qu'on parvient à la fortune !

Ceux qui disent : « Pourquoi se fouler la rate pour si peu ! » sont ceux qui, plus tard, — veulent vendre leurs livres 200 francs le feuilleton, et qui, rejetés, viennent le lendemain- les offrir à 100 francs de perte.

L'homme raisonnable est celui qui dit : « Je crois que cela vaut tant, parce que j'ai du génie; mais s'il faut faire quelques concessions, je les ferai, pour avoir i honneur d'être des vôtres. »

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