V. Hugo
Quelques mois plus tard , Baudelaire écrivait à sa mère :
Ce livre est immonde et inepte. J'ai montré, à ce sujet, que je possédais l'art de mentir. II [Hugo] m'a écrit, pour me remercier, une lettre absolument ridicule. Cela prouve qu'un grand homme peut être un sot. (11 août 1862.)
On le voit encore, dans sa Correspondance, se féliciter des réserves apportées par Lamartme dans les fameux chapitres de ses Entretiens (lxxxiii-lxxxvii), intitulés : Considérations sur un chef-d'œuvre ou. Le danger du Génie :
Vous aimez le comique. Lisez le dernier entretien de Lamartine (à propos des Misérables). C'est une lecture amusante que je vous suggère. (Lettre a Champfleury, 6 mars 1863.)
Et, trois ans plus tard, il confirmera son jugement auprès d'Ancelle : les Misérables, «le déshonneur d'Hugo...» (12 février 1865).
Asselineau a témoigné, lui aussi (voir E.-J. CrÉPET, op. cit., p. 301), de la véritable exaspération où l'avait mis le livre :
La meilleure critique des Misérables a été faite par Baudelaire. «Ah! disait-il en colère, qu'est-ce que c'est que ces criminels sentimentals, qui ont des remords pour des pièces de quarante sous, qui discutent avec leur conscience pendant des heures, et fondent des prix de vertu? Est-ce que ces gens-là raisonnent comme les autres hommes? J'en ferai, moi, un roman où je mettrai en scène un scélérat, mais un vrai scélérat, assassin, voleur, incendiaire et corsaire, et qui finira par cette phrase : «Et sous ces ombrages que j'ai plantés, «entouré d'une famille qui me vénère, d'enfants qui me chérissent et d'une «femme qui m'adore, — je jouis en paix du fruit de tous mes crimes.»
''' Une partie des Misérables avait seulement paru, et il est à remarquer que Baudelaire, malgré cette invite, s'abstint d'en apprécier publiquement la suite.
II y a d'ailleurs encore une lettre de Baudelaire à Manet ( 28 octobre 1865), où la cause de son dissentiment avec Hugo est clairement exposée. C'est à propos d'un livre, sans doute les Chansons des rues et des bois, qu'Hugo lui avait envoyé avec cet ex-dono : A Charles Baudelaire , Jun^amui dextras. Baudelaire commente :
Cela, je crois, ne veut pas dire seulement : donnons-nous une mutuelle poignée de mains. Je connais les sous-entendus du latin de V. Hugo. Cela veut dire aussi : unissons nos mains pour sauver le genre bumain. Mais je me fous du genre tumain, et il ne s'en est pas aperçu.
Pages 381-382. — Le passage cité est extrait de l'étude sur Hugo , p. 309-3 II de ce même volume.
Les variantes sont insignifiantes :
Premier texte : «. . .dont la source est pourtant la même.» — Ici :
dont l'origine.
Premier texte : « Le fort qui devine un irèrc . . . voit ses enfants ...»
— Ici : Le fort devine . . . mais voit. De plus, la première version ne comporte pas de passages en
italiques.
Coquille du Boulevard et de l'édition posthume : Le fort devine
un fort. . ., au lieu de : frère.
Page 384.. Ob! n'insultez jamais . . . — Sur le Bal de l'Hôtel de Ville , Les Chants du Crépuscule.
Page 38^. «. . .la préface de Marie Tudor» : 17 novembre 1833.
Page 387. Pour le curé de Saint-Roch, voir la note sous la page 301.
Page 389. «C'est bien le cas de dire comme de Maistrc. . .» — Le texte exact est le suivant : «Je ne sais ce qu'est la vie d'un coquin, je ne l'ai jamais été; mais celle d'un honnête homme est abominable.» (Lettre à M. de Saint-Réal, 22 décembre 18 16.)
«Ceux qui tremblent se sentent coupables.» — Voici le texte
exact : «Je dis que quiconque tremble en ce moment est coupable, car jamais l'innocence ne redoute la surveillance publique.» Discours du 1 1 germinal, an II.
Page 391. «N'est-il pas utile que de temps à autre le poëte, le philosophe prennent un peu le Bonheur égoïste aux cheveux, etc.» —
Cf. la Lettre à Jules Janin : «Vous êtes un homme heureux!... AIi! vous êtes heureux , Monsieur ! ... »
Page 392. «Hélas! du Péché Originel ... il restera toujours bien assez de traces...» — Cf. la lettre à Toussenel, 21 janvier 18^6 : «. . .la nature entière participe du péché originel.»