MADAME BOVARY
Cette étude parut dans l'Artiste du 18 octobre 1857, sous le titre: M. Gustave Flaubert. — Madame Bovary. — La Tentation de saint Antoine.
Dans les notes qui accompagnent notre édition des Fleurs DU Mal (p. 325 et 360), on a trouvé des témoignages de la sympathie que Flaubert avait marquée à Baudelaire lors des poursuites dirigées contre lui. 11 était juste et naturel que Baudelaire tînt à rendre publics les sentiments qu'il portait de son côté au confrère ami qui, quelques mois avant lui, avait eu l'honneur de déchaîner la colère de la justice, et, plus heureux que lui, la chance d'échapper à ses foudres. Certains passages de cet article donnent d'ailleurs à croire qu'il se plaisait à considérer l'acquittement de Flaubert comme une infirmation de l'arrêt qui avait «condamné, mais non flétri» ses Fleurs et pensait, en l'évoquant, porter utilement à nouveau sa propre cause devant l'opinion.
La correspondance du poète (2^ août 18^7) nous apprend que cette étude fut retardée dans son élaboration par le procès des Fleurs, puis encore qu'elle manqua valoir à son auteur de nouvelles poursuites (25 décembre 18^7).
Flaubert s'en montra très satisfait. 11 en remerciait Baudelaire en ces termes :
. . . Votre article m'a fait le plus grand plaisir. Vous êtes entré dans les arcanes de l'œuvre, comme si ma cervelle était la vôtre. Cela est compris et senti à fond.
Si vous trouvez mon livre suggestif, ce que vous avez écrit dessus ne l'est pas moins.
On trouvera dans le Charles BAUDELAIRE, Œuvres posthumes et Correspondances inédites, d'Eugène Crépet, un chapitre consacré aux relations de Baudelaire et Gustave Flaubert ( p. 291-299) qui semblent avoir commencé dans le salon de la Présidente et qui, pour peu fré-
564 NOTES ET ÉCLAIR CISSExMENTS.
quentes qu'elles fussent, n'en avaient pas moins pris très vite un tour assez intime. Ajoutons que l'exemple de Flaubert se cloîtrant à Croisset, pour ne pas être distrait dans son travail, avait très fort impressionné Baudelaire. Après la mort du général Aupick, quand la possibilité s'offrit à lui d'aller vivre à Honfleur auprès de sa mère, il écrivait à un ami commun qui s'employait à opérer leur rapprochement :
Je veux décidément mener cette vie de retraite que mène un de mes amis... qui, par la vie commune qu'il entretient avec sa mère, a trouvé un repos d'esprit suffisant pour accomplir récemment une fort belle œuvre et devenir célèbre d'un seul coup. (^Lettre inédite, 20 février 1858.)
Et
encore a sa mère
Ce Gustave Flaubert, dont tu m'as demandé l'ouvrage, et qui est arrivé à la gloire si singulièrement du premier coup, est un de mes bons amis. Dans les journaux nous sommes généralement insultés ensemble, bien qu'il n'y ait aucun rapport entre nous deux. — Il te connaît fort bien , et il m'a souvent parlé de la charmante façon dont il avait été reçu à Constantinople {Lettre inédite, 13 mai 1858. — On sait que le général Aupick avait été ambassadeur de France auprès du Sultan.)
Nous avons été à même de vérifier plusieurs fois combien Baudelaire dit vrai,, quand il dit que Flaubert et lui étaient souvent insultés ensemble. La bande de Bourdia surtout était acharnée contre eux deux. II est vrai que plus tard il arrK'a que le même Figaro les opposa l'un à l'autre, témoin l'extrait suivant d'un article de Théopliile Silvestre (8 janvier 1863) :
M. Gustave Flaubert. . .a un moment tenté de prendre la plume de TKéopKiîe Gautier comme un prétendant l'arc d'Ulysse... II s'est mis à l'école de Ctarles Baudelaire qui ne lui donnera pas plus le prix de prose qu'il n'a donné le prix de vers au jeune Glatigny. Le poëte des parfums et des métaux ne souffre cbez lui
Ni style mal peigné, ni cuivres mal fourbis.
Page 393. «Des arti5tes nombreux. . .et des plus accrédités. . .» — Coqxiille de 1857 : Des artic/es.
Page 39^^.. «Sollicitée par un zèk aveugle et trop véhément pour la morale. . .)) — 1857 : par un intérêt aveugle et trop véhément de la morale.
Page 396. «M. de Custine. . .» — Voir notre note sous la page 88.
Aloys ou h Religieux du Mont Saint-Bernard , paru sous l'anonymat (1829); îe Monde comme il est et Etbel (i83 5); Romitald (1848).
«. . .le vrai Mercadet. . .», c'est-à-dire le Mercadet de Balzac, et
non celui de Dennery d'après Balzac.
Le 30 août 1851, Baudelaire écrivait à sa mère :
J'étais à la première représentation de Mercadet le faiseur. Les hommes qui ont tant tourmenté ce pauvre homme [Balzac] l'insultent après sa mort. Si tu lis les journaux français, tu auras cru que c'était une chose abomi nable. C'est simplement une œuvre admirable.
«. . .par Une Vieille Maîtresse et par l'Ensorcelée.» — 1857 : et
l'Ensorcelée,
Pour les rapports de Baudelaire et Barbey d'Aurevilly, voir notamment le Bariey d'Aurevilly, de Charles BuET, pawî'm, etE.-J.CRÉ- PET, 0J>. cit., p. 314-334.
Baudelaire, entre tous les romans de Barbey, admirait tout spécialement l'Ensorcelée. II écrivait à Poulet -Malassis (13 novembre 1858) : «Je viens de relire ce livre qui m'a paru encore plus chefd'œuvre que la première fois.»
Page 397. — Champfleury avait été un des grands amis de Baudelaire, au temps de leur jeunesse. Leurs relations s'étaient ensuite attiédies, tant en raison des attaques dirigées par le poète contre le réalisme que du mépris à peine déguisé du romancier pour les règles élémentaires de la syntaxe.
Voir les Souvenirs et Portraits de jeunesse de Champfleury, les Lettres de Baudelaire, passim, E.-J. CrÉpet, op. cit., p. 90, 338-342.
Barbara. — Voir notre note, p. 429-430 des Eleurs DU Mal.
Nous aurons l'occasion de reparler de lui quand nous annoterons la correspondance de Baudelaire.
- Pour Féval, voir notre note sur la page 269.
Héloïse, voir HISTOIRES EMOUVANTES (1856).
Page 398. «... la Popularité , la seule des impudiques qui demande à être violée , . . . » — Cf. :
La popularité ! — C'est la grande impudique
Qui tient dans ses bras l'univers, Qui, fe ventre au soleil, comme la nymphe antique.