‹ L'art; simples entretients à l'usage de la jeunesse. Par E. Pécaut et C. BaudeChapitre 28 sur 32 · LA TAPISSERIE · texte numérisé non relu

LA TAPISSERIE

liers. On les cloue le long des murs, on les suspend au devant des portes. Vous devinez Teffet splendide de ces tentures aux belles couleurs et aux curieux dessins.

Pour faire de belles tapisseries, il va sans dire qu'il ne suffit pas de bons ouvriers tisserands. Tisser et peindre sont deux choses bien différentes. Il faut d'abord qu'un peintre compose le tableau que doit exe'cuter l'ouvrier. Celui-ci, plaçant cette peinture à côté de lui pour lui servir de modèle, s'assied à son métier. 11 a à sa portée des écheveaux de laines de toutes les nuances : il choisit celles qui lui semblent le mieux assorties aux tons du modèle et en compose son tissu.

L'art de la tapisserie remonte à la plus haute antiquité. Les Grecs et les Romains le pratiquaient. Le moyen âge ne Ta pas négligé. Mais c'est à la Renaissance et dans le siècle qui la suivit qu'elle a pris en France son plus grand développement. Louis XIV organisa, aux frais de l'Etat, la manufacture des Gobelins, qu'un particulier possédait aux portes de Paris. 11 mit à sa tête le grand peintre Lebrun, qui fut chargé non seulement de composer les dessins, mais d'instruire une soixantaine de jeunes enfants pour faire d'eux des artistes tapissiers. L'impulsion royale donna à la manufacture une supériorité incontestable sur toutes les fabriques rivales. Les Gobelins fournirent à l'État des centaines de tapisseries que possèdent encore nos musées ou nos palais et qui sont de purs chefs-d'œuvre.

Voici (tig. 12 3) l'une de celles dont la réunion compose l'histoire du grand Roi. Elle représente le mariage de Louis XIV. Le souverain et la reine échangent les anneaux sous la bénédiction de l'archevêque; les dames de la cour, les grands seigneurs les entourent. Toutes les figures sont des portraits d'une parfaite ressemblance. C'est Lebrun

qui a composé cette belle peinture. N'oubliez pas d'examiner la ravissante bordure qui l'encadre.

Il va sans dire que la tapisserie est aussi florissante aujourd'hui que les autres arts. La France y excelle, et ses

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tentures, comme ses autres œuvres d'art, remportent de bien loin, en bon goût, en beauté' de dessin et de couleur, sur celles des autres nations.

L'Orfèvrerie, — L'orfèvrerie est une sorte de sculpture : c'est l'art de sculpter de petits objets précieux : bijoux, vases, coffrets, petits ustensiles, tels que lampes, encriers, couverts de table, etc.

L'orfèvre ne travaille guère que sur des me'taux précieux, or ou argent. Tantôt il les taille à l'aide du ciseau; plus souvent il les façonne en les frappant au marteau, de façon à donner à la lame d'argent ou d'or la forme du modèle. Parfois il les fait fondre et les coule dans un moule avant la forme de l'objet à exécuter.

L'orfèvre a mille movens d'orner son œuvre. Supposez qu'il fasse un vase d'argent : une tasse à boire, par exemple. Il peut, une fois la tasse faite, la frapper en dedans à petits coups de son marteau, de manière à produire en dehors des bosses, des reliefs qui représentent des dessins, des fleurs, des personnages.

Il peut tracer au burin, sur la surface extérieure, des raies, des traits, qui composeront un dessin. Il peut associer des métaux de couleurs variées : cuivre, platine, or, argent.

Il y a eu de tout temps d'excellents artistes en orfèvrerie. Voici (fig. 124) l'une des œuvres d'un illustre ciseleur italien de la Renaissance, Benvemito Cellini. C'est une aiguière, c'est-à-dire un vase à mettre l'eau. Admirez le prodigieux travail dépensé dans ce petit objet. Admirez surtout la gracieuse composition de l'anse, formée de trois corps de femmes enlacées en des poses harmonieuses. Et la fertilité de l'imagination est ici aussi remarquable

FiG. 124. — Aiguière ciselée, par Benvenuto Cellini.

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que la grâce : ce vase est entièrement couvert d'ornements, feuillages et personnages, dont pas un ne ressemble à l'autre. Enfin voyez comme cette profusion, ce luxe de ciselures respecte la forme ge'ne'rale du vase. Si vous le regardez d'un peu loin, vous verrez que les lignes restent simples et pures.

Le Meuble. — Les artistes de tous les temps se sont préoccupe's des meubles et ont cherché à en faire des objets d'art. Cela est naturel. A quoi bon de'corer l'intérieur de l'habitation, couvrir les murs de peintures, le sol de beaux tapis, si les meubles qu'elle renferme sont grossiers, laids et déparent le reste?

On a retrouvé de très beaux meubles appartenant aux époques les plus reculées, à Tantique Egypte, à la Grèce, à Rome : des sièges, des tables, des trépieds sculptés. Les boiseries du moyen âge sont merveilleuses de sculpture. Vous verrez souvent, dans nos plus anciennes cathédrales, des stalles de chœur, des chaires, dont le bois est découpé, fouillé en mille façons et dénote chez l'artiste une grande science unie à une riche imagination.

Vous verrez plus souvent encore, dans nos campagnes, dans nos fermes françaises, de vieux meubles très artistement travaillés : armoires et bahuts aux panneaux sculptés, vaisseliers aux fines galeries, coffres aux ferrures merveil. leusement découpées. Qui les a faits, ces beaux vieux meubles? D'obscurs ouvriers de village. Mais c'était dans un temps où la main-d'œuvre n'était pas chère et où l'on tenait à n'avoir que de beaux objets d'ameublement, parce qu'on en avait fort peu. On y mettait le temps, l'argent et le goût nécessaires.

La France a eu, à toutes les époques, de véritables

grands artistes en ce genre. Le plus célèbre peut-être est André-Charles Boule, qui vécut sous Louis XIV. Il s'acquit une telle renommée que le grand Roi le prit sous sa protection, Tadmit même dans son palais et à sa table, honneur réservé aux seuls grands seigneurs.

Les meubles de Boule sont presque tous ornés d'incrus-

FiG. 125. — Table, par Boule.

tations d'écaillé, de cuivre ou de métaux précieux. Voici une belle table qui est son œuvre (fig. 12 5). Voyez d'abord quelle grâce l'artiste a su donner à ce meuble sans pourtant en compromettre la solidité. Les lignes sont presque partout droites, sauf en quelques points où elles se courbent pour rompre la rigidité de Tensemble. Regardez ensuite le dessin si tin, si élégant et si richement varié des applications de cuivre sur toutes les parties planes.

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