CONCLUSION' 2 .-> I
sible, dans notre humble vie d'ouvrier ou de paysan, d'avoir du goût, c'est-à-dire de pre'fe'rer le beau au laid et de nous le procurer ?
Certes oui 1 Ne vous ai-Je pas bien fait voir comment Tart peut toucher à tout, comment il peut transformer et rendre belles toutes les choses qui sont autour de nous? Eh bien, croyez-moi, il dépendra de chacun de vous, si humble que soit sa destine'e, d'introduire l'art dans sa demeure.
Il dépendra de vous, fillettes et garçons des champs, de faire de votre chaumière un logis plaisant à voir du dehors et plaisant à habiter. De la propreté et du bon ordre, premiers degrés du beau, je ne vous dis rien : il va de soi que l'art ne saurait vivre là où manque l'un ou l'autre. Mais ce n'est pas tout d'être propres et rangés. Encore est-il mieux de disposer toutes choses autour de soi avec un peu d"habileté et d'élégance. Quelques belles fleurs au jardin ne sauraient nuire aux choux ni aux carottes. Un rosier, une vigne vierge, une glycine qui grimpe au mur et le tapisse donne à la plus modeste demeure un air riant. Dans l'intérieur, de vieux meubles soigneusement entretenus et cirés; quelques belles vieilles assiettes sur les galeries du dressoir; au mur, deux ou trois gravures de bon goût encadrées de simple bois de chêne; dans un coin, sur une étagère, un vase où trempent quelques fleurs; sous la vaste cheminée, d'anciens chenets de fer d'une forme élégante, c'est assez pour que l'art s'établisse à votre toyer et devienne votre hôte habituel.
Autant vous en dirai-je, à vous qui habitez les villes. Ce qui vous manque le plus, c'est l'espace, l'ampleur des appartements. Mais non pas, en revanche, les jolies choses à bon marché, riantes étoffes à quelques sous le mètre,
dont vous ferez des rideaux, petits objets d'ornement, statuettes de plâtre, gravures, vases à fleurs, etc. Bien peu d'argent dépensé avec intelligence suffit à changer l'aspect de la plus humble mansarde et à lui donner un air de fête : moins d'argent à coup sûr que n'en dépense en un an, pour s'abîmer la santé, le fumeur ou l'habitué du cabaret.
Et les vêtements! Croyez-vous qu'il soit nécessaire d'être riche pour avoir du goût dans sa mise? Ceci s'adresse surtout à vous, mes fillettes. On ne paye pas plus cher une étoffe d'indienne, aux jolis dessins, aux couleurs harmonieuses, que la même étoffe imprimée en teintes criardes. Et de cette étoffe il n'en coûte pas plus de faire une robe simple et seyante que de l'arranger en falbalas ridicules pour singer les belles dames. Il est aussi aisé de disposer ses cheveux simplement, de façon à prêter au visage de la grâce, que de se rendre ridicule par une coiffure prétentieuse ou mal plaisante. Et ainsi de tout, jusque dans le moindre détail. Le goût ou l'absence du goût peut se faire voir dans le choix d'un bouton, d'un ruban, d'une boucle d'oreille.
Mes enfants, il y a en tout cas une oeuvre d'art, la plus grande, la plus belle de toutes, qui s'offre libéralement aux regards de tous; et je voudrais que ce petit livre vous eût appris à la contempler, à la comprendre, à l'aimer.
Cet œuvre d'art, c'est le monde, la nature.
La nature est inépuisable en beautés de tous genres, les unes grandioses, effrayantes, comme le ciel, la mer, la montagne; les autres, gracieuses et riantes, comme la plupart de nos pays français.
Des milliers d'hommes habitent ce monde si varié et si beau sans le comprendre, sans le voir; ils naissent, vivent