S'OTES DU CHAM DEUXIÈME
composition. Son plus grand succès au théâtre fut la tragédie d'Inès de Castro. Il attaqua les Anciens et décria la poésie. Il voulait que l'on écrivît la tragédie en prose. V^oltaire le combattit. Sa prédilection pour la prose se trahit par le prosaïsme de ses vers. On raconte qu'il dit un jour à Voltaire : « Je mettrai votre Zaïre en prose. — Et moi, répondit celui-ci, je mettrai votre Inès en vers. » II se faisait remarquer du reste par l'aménité de son caractère et par l'urbanité qu'il apportait dans les discussions littéraires.
Avec quel art exquis, quelles fines nuances,
D'un valet écoutant les fausses confidences,
Sur son front, dans ses yeux pleins d'un trouble enchanteur
Mars laissait arriver le secret de son cœur !
Mademoiselle Mars (Anne-Françoise-Hippolyte), née à Rouen en 1 779 , morte à Paris en 1 847 • Elle débuta en 1796 au théâtre Feydeau, où plusieurs membres de l'ancienne Comédie-Française, récemment sortis de prison, obtenaient un succès prodigieux, dû non seulement à leurs talents et à leur admirable ensemble, mais encore à l'intérêt excité par leurs malheurs et par le danger qu'ils avaient couru. Fille de Monvel, un des grands comédiens qui avaient joué à côté de Lekain, de Préville et de Mole, Mademoi-
selle Mars fut douée de tous les avantages physiques qui avaient manqué à son père. Sa voix surtout avait un charme irrésistible, et la jeunesse chez elle survécut longtemps à son jeune âge : chez Monvel, au contraire, la vieillesse avait été précoce. Elle représenta ce que dans la langue du théâtre on appelle les ingénuités et les grandes coquettes '■> mais les vieillards de l'orchestre la trouvaient plus parfaite dans le premier emploi que dans le second. Viciorine, du Philosophe sans le savoir, et Araminte, des Fausses confidences, ont peut-être été ses deux plus beaux triomphes. Elle a brillé dans beaucoup de comédies et de drames de l'époque moderne. Nulle actrice ne montra sur la scène plus de grâce et de goût. Après sa retraite (i84i)» elle fut nommée inspectrice des études dramatiques au Conservatoire.
Un grand acteur anglais, cher à sa nation, Garrick, fit admirer sa muette action.
Garrick (David), né en Angleterre, à Hereford, en 1716, mort en 1779, originaire d'une famille française de protestants réfugiés. Il débuta en 1741 et quitta la scène en 1776. Il est regardé comme le plus grand acteur des temps modernes. Grâce à la prodigieuse souplesse de son talent, à l'étonnante mobilité de sa physionomie, il jouait tous
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les genres, prenait tous les tons et toutes les formes. On prétend qu'après la mort de Fielding, qui ne s'était jamais fait peindre, Garrick, s'ctant revêtu d'un costume semblable à celui que portait ordinairement l'auteur de Tom JoneSy reproduisit fidèlement ses traits et fut le modèle du seul portrait qui existe du célèbre romancier anglais. Quant à l'anecdote que je cite, elle est très connue et m'a été racontée par de vieux amateurs du théâtre dont je me plaisais, dans ma jeunesse, à interroger les curieux souvenirs. — Garrick voyagea en France et se lia avec Lekain et Préville. Dans un ouvrage intitulé : Mémoires de Lekain, on trouve quelques lettres adressées au tragédien français par le Roscius de l'Angleterre ; elles attestent l'amitié qui unissait ces deux talents supérieurs. A l'époque où l'on refusait, en France, la sépulture aux plus grandes célébrités de notre scène, les restes de Garrick, honorés de magnifiques obsèques auxquelles assistèrent les plus hauts personnages de l'Etat, furent déposés à l'abbaye de Westminster, à côté des souverains et des grands hommes de l'Angleterre. — Garrick fut directeur de théâtre, et il eut de très grands succès comme auteur dramatique.
De l'amour du théâtre un jeune homme animé Avait vu dans Alceste un acteur renommé, Fleury, brillant Moncade aux manières charmantes, Moins fait pour les amours, les haines véhémentes.
L'anecdote qui termine ce chant m'a été racontée par M. Arnould, le mari de M'""" Arnould-Plessy, ma camarade et mon amie. Fort jeune encore, il fut conduit par Pigault- Lebrun dans la loge de Fleury, tout émerveillé du talent déployé par cet acteur dans le rôle du Misanthrope, et là se passa la scène que j'ai décrite et qui fait tant d'honneur h. Fleury.
Aussi devant la cour lorsqu'il eut le courage De remplacer Grandval au séduisant visage.
Grandval (Charles-François-Nicolas Racot de), né à Paris en 1710, mort en 1784. Il débuta en 1729, se retira en 1762, rentra en 1764 et prit sa retraite définitive en 1768. Il joua avec un grand succès les premiers rôles de la tragédie et de la comédie. Cependant, surpassé par Lekain dans le genre tragique, il se vit forcé de lui abandonner les principaux rôles de son emploi. Il conserva sa supériorité dans la comédie ; on le citait comme l'acteur le plus noble et le plus décent que le théâtre eût encore possédé. Son jeu se faisait remarquer par une finesse étonnante, par des grâces exquises et des nuances d'une extrême délicatesse. Il avait un grasseyement très prononcé^
qui pendant longtemps lui fut pardonné, mais qui lui attira, sur la fin de sa carrière, les rigueurs du public. Il était homme d'esprit, il a fait imprimer quelques comédies très gaies, mais d'un genre licencieux. — Sa femme, Marie-Geneviève Dupré, eut aussi un talent distingué dans les premiers rôles de la comédie; elle débuta en 1784, se retira en 1760, et mourut en 1783. On a peu de renseisrnements sur elle.
C'est un duo qui veut un admirable ensemble.
Voir la m® scène du IV^ acte du Dépit amoureux entre Éraste et Lucile ; laiv^ scène du IP acte de Tartuffe, entre Valère et Marianne, et la x® scène du IIP acte du Bourgeois gentilhomme, entre Lucile et Cléonte.
Enfant du bon Sedalne, aimable Victorine...
Victorine du Philosophe sans le savoir, de Sedaine.
Charmante Italienne à Paris transplantée. Silvia les offrit à la foule enchantée.
Zanette-Rosa Benozzi^ connue sous le nom de Silvia,
célèbre actrice de la Comédie-Italienne, née à Toulouse, a débuté à Paris en 1716, et a joué les rôles d'amoureuses pendant quarente-deux ans avec un grand succès.
Et son cœur peut saos crainte aimer : elle y voit clair.
Ah! je vois clair dans mon cœar, dit Silvia dans l'avantdernière scène du IIP acte du Jea de U Amour.
Néron impatient de ses vertus factices.
Néron dans Britannicus, de Racine.
Honte sur ta mémoire, âme froide et grossière. Qui n'as pas su mourir la veuve de Molière!
La veuve de Molière épousa, en 1677, Guérin d'Estriché, acteur du théâtre du Marais, qui, avec les autres comédiens de ce théâtre, s'était réuni à la troupe de Molière, alors établie rue Mazarine, A cette époque, Guérin était très obscur ; plus tard il eut de la réputation dans l'emploi des rôles à manteau et des grands confidents tragiques.
Voyez Mérope : un fils, au trépas arraché, Dans le fond des déserts est loin d'elle caché.
Mérope, tragédie de Voltaire,
La douleur d'Andromaqne est moins impétueuse.
Andromaque, dans la tragédie de ce nom.
On dit que Dumesnil, cette sublime artiste, Traversant le théâtre, accourait vers Égisthe.
Mérope ) créée par mademoiselle Dumesnil, passait pour tin de ses plus beaux rôles. Le jeu de théâtre dont je
parle m'a été en effet raconté par des vieillards, grands admirateurs de cette actrice.
Près des vaisseaux oisifs aux rivages d'Aulide Quel orgueil brille au front de l'épouse d'Atride !
Clytemnestre, d'Iphigénie en Aulide.
Est-il un plus beau nom que celui d'Antigone ?
Il s'agit ici du personnage d'Antigone, dans VOEdipe chez Admète, de Ducis.
Par un corps sans vigueur ton courage est trompé, Don Diègue, et de ta main le fer s'est échappé.
Don Diègue du Cid, de Corneille.
Ne faites pas d'Horace un vieillard trop farouche.
Le vieil Horace de la tragédie d'Horace, de Corneille.
iNOTES DU CIIAiNT SIXIEME 2^7
D'un fils dont le nom seul excite encor l'horreur, Les forfaits d'Agrippine ont fait un empereur.
Agrippine, de Britannicus .
Bourreau de ses enfants, d'elle seule idolâtre, Plus criminelle encore, apparaît Cléopâtre.
Gléopâtre, dans Rodogune.
Observez bien comment la Muse du théâtre Fait parler, Êiit agir Harpagon, Gléopâtre.
Harpagon, dans V Avare (1668).
Harpagon — il le dit — , s'il fallait son trésor Pour sauver son enfant, préférerait son or.
Acte V, scène iv, Harpagon dit à sa fille, qui lui rappelle qu'elle a été sauvée d'un grand danger par Valère, qu'on accuse d'avoir volé le trésor de l'avare : Tout
cela Ji'est rien ; et il valait bien mieux pour woi qu'il te laissât noyer que défaire ce qail a fait.
Quel spectacle imposant me ravit et m'étonne !
Du grand prêtre des Juifs j'entends la voix qui tonne :
En ses vers où respire une sainte grandeur,
II annonce aux mortels le réveil du Seigneur.
Prophétie de Joad dans Athalie, acte III, scène vu.
Beaubour, acteur outre, sans principe, sans art.
Beaubour débuta en 1691, fut reçu en 1692, se retira en 1718, mourut en 1726. Il manquait de noblesse, d'intelligence et de naturel. Mais sa chaleur, qui était exagérée, le faisait aimer de la partie la moins éclairée du public. On raconte que, jouant Horace avec mademoiselle Duclos, qui remplissait le rôle de Camille, au moment où il tirait son épce pour la punir de ses imprécations, il céda à un mouvement de politesse assez intempestif, en la voyant tomber sur la scène par suite d'un faux pas qu'elle iit ; puis, ôtant son chapeau d'une main, il lui présenta l'autre fort civilement pour la relever, et un instant après, il courut après elle pour l'aller tuer dans la coulisse.
Madame de Caylus, parlant dans ses Souvenirs des représentations d'Alhalie sur la scène' française, s'exprime ainsi. Je crois que M. Racine aurait été fâché de la voir aussi défigurée quelle m'a paru Vêtre par une Josabeth Jardée, par une Athalie outrée et par un grand-prêtre plus capable d'imiter les capucinades du petit Père Honoré que la majesté d'un prophète divin.
Louis Racine, qui rapporte ce passage dans les « Mémoires sur la vie de son père », ajoute dans une note : Elle parle de la Duclos, de la Desmares et de Beaubour. Le vieux Baron fit après lui le rôle du grand-prêtre bien différemment.
Il cache son vrai nom sous celui de Banière.
L'aventure de Banière est vraie. Ce qui ajoute à la pitié qu'il inspire, c'est que, puni comme déserteur, il ne l'était point. Il n'avait quitté son corps qu'en vertu d'un congé qui n'était pas expiré ; mais il eut le malheur de l'égarer, et paya celte perte de sa vie.
Son début dans Mithridate est du jeudi 9 juin 1729. il joua Iphigénie les 11 et i5, Andromaque les 19 et 22, Athalie les 27 et 29 et le 2 juillet. Il avait fait son début comique dans les Ménechmes de Regnârd (20 et 28 juin).
Tel Monrose, marchant sur la scène à grands pas, De sâ vibrante voix lançait les fiers éclats.
Monrose^ né à Besançon en 1788, après avoir joué au théâtre des Jeunes-Artistes et parcouru les départements et l'étranger, débuta au Théâtre-Français le 11 mai i8i5. Il eut un grand succès, et fut reçu sociétaire pour l'année 1816 ; il resta vingt-huit ans au théâtre, où il jouit constamment de la faveur publique. Ce fut l'affaiblissement de sa santé qui le força de se retirer en 1842, et il mourut le 20 avril i843.
Dave devint plus tard Figai'o le barbier Figaro du Barbier de Sévllle (1775).
Mais Figaro plus tard n'habite plus Séville Pour le château du comte il a quitté la yille.
Figaro du Mariage de Figaro (1784).
Mais Figaro vieillit, et son esprit morose
Du jeune Beaumarchais n'a plus la vive prose.
Figaro de la Mère coupable (1792).
C'est Poisson qui, dit-on, au temps de Louis Ireire, Produisit le premier sur la scène française, Ce plaisant personnage, aujourd'hui dédaigné.
Raymond Poisson monta sur la scène vers i65i ou itiôa, et y fit paraître pendant trente-trois années un talent supérieur pour les rôles comiques, principalement pour celui de Crispin dont il fut l'inventeur, et qu'il adopta spécialement. 11 avait le défaut de bredouiller : ce défaut devint une grâce de plus dans ses rôles, et le public s'y habitua si bien, qu'il vit avec plaisir le bredouillement de Raymond Poisson passer à son fils Paul et à son.
petit-fils François-Arnould, qui se succédèrent dans son emploi, et s'y firent tous deux beaucoup de réputation.
Paul Poisson, né en i658, débuta en 1686 ; retiré en 1711, il remonta sur la scène en 171 5, et quitta de nouveau le théâtre en 1724. Cependant Louis XV le regrettait tellement, qu'il voulut le revoir encore une fois, et le 28 mars 1729, Paul Poisson joua avec un grand succès le rôle de M. Jourdain dans le Bourgeois gentilhomme : il avait alors plus de soixante et onze ans. Après cette représentation il rentra dans la retraite et mourut en 1735.
François-Arnould Poisson qui joua aussi les rôles de son père et de son grand-père, naquit en 1696, débuta en 1722 et mourut en 1763.
Raymond Poisson a fait pour la scène onze pièces dont le comique est trivial et grossier. Paul Poisson, père de François-Arnould, eut un autre fils^ Philippe Poisson, qui fut inférieur à ses frères comme acteur. Il débuta en 1700 sans succès, fit un second début en i7oA,fut bien accueilli ; mais le peu de goût qu'il avait pour son état lui fit demander sa retraite à l'époque où son père, Paul Poisson, prit la sienne pour la première fois, et il quitta le théâtre ainsi que lui en 171 1. Tous deux y remontèrent en 1716, et Philippe, en 1722, se retira définitivement. Les comédies qu'il a fait représenter valent mieux que celles de son grand-père Raymond. J'en ai vu jouer quelques-unes encore, et j'ai joué moi-même en province
le Procureur arbitre et l'Impromptu de campagne. Mort en
Paul Poisson eut une fille, née en 1684 et morte en 1770. Douée des plus heureuses dispositions pour les lettres, elle ne les avait d'abord cultivées que par amusement; mais, ayant épousé un homme qu'elle croyait riche et qui était accablé de dettes (don Gabriel de Gomèz, gentilhomme espagnol), elle se vit obligée de chercher une ressource contre l'indigence, et c'est sans doute à cette triste nécessité d'écrire pour vivre, est-il dit dans la Biographie Michaud, qu'il faut attribuer la quantité prodigieuse et l'inégalité de ses productions. Il y en a quelquesunes, cependant, qui obtinrent beaucoup de succès. Devenue veuve, elle épousa en secondes noces un sieur Bonhomme, mais conserva toujours, dans la littérature, le nom de son premier mari.
Le plaisant Dugazon, par la foule adopté, Avait reçu du ciel des trésors de gaîlé.
Dugazon (Jean-Baptiste-Henri- Grourgaud) débuta en 1771, fut reçu en 1772 et mourut en 1809. C'était un acteur d'un grand talent; mais sa verve, qu'il ne savait pa» modérer, l'entraînait à la charge et a. la bouffonnerie. Il a fait, dans la Révolution, quelques comédies qui n'ont pas