C. COOUELTN
CHANT PRilMlER
De cet art enchanteur, si longtemps outragé, Que la raison défend contre le préjugé, Où doit briller du cœur une étude savante, Kt par qui sous nos yeux la pensée est vivante, Qui d'un mobile acteur fait tant d'hommes divers, .ressaierai de tracer les leçons dans mes vers.
Par mon faible talent discrédités d'avance.
Peut-être mes conseils manqueront de puissance. Horace et Despréaux avaient bien mérité - D'enseigner et leur siècle et la postérité : I-e précepte donné de si haut, on l'accepte,
l'art THÉATI(AL
Sûr que Texemple marche à côté du précepte.
Mais quand sur ses travaux il n*est point appuyé, A l'école par nous le maître est renvoyé.
Tous mes jours consacrés à Fart que j'idolâtre, Plus d'un acteur aimé dont j'ornai le théâtre, Et de qui (pour mon cœur précieux souvenir !) J'ai peut-être hâté le brillant avenir, Voilà ce qu'à défaut d'une gloire plus belle, Non sans un peu d'orgueil, j'invoque et je rappelle.
Il faut que du poèt ) interprète 'éclairé, L* acteur soit comme lui brûlé du feu sacré.
Prêtant à son enfance une grâce nouvelle, L'instinct imitateur dans ses jeux se révèle ; Voyez cet écolier que l'on vient de punir :
A-t-il du châtiment le triste souvenir ?
Non : du maître importun qui l'instruit et le garde Il contrefait la voix grondeuse et nazillarde. Promenant lentement un regard inhumain. Lunettes sur le nez et férule à la main.
Il redit du pédant l'ennuyeuse semonce :
La parole se traîne, et le sourcil se fronce : Ce visage enfantin, paré de tant d'àppâs.
S'efforce à se donner les rides qu'il n'a pas. Effrayés un moment par trop de ressemblance,
Ses Jeunes compagnons Técoutent en silence;
Mais bientôt en plaisir leur effroi s*est changé :
Dans la troupe attentive un l'ire prolongé
Du Préville futur a caressé Toreille,
Et l'orgueil de l'artiste en son âme s'éveille.
Cet autre, à qui les Grecs et les Romains sont chers,
Ne consacre sa voix qu'à de tragiques vers;
Des Lekain, des Talma le souvenir l'assiège.
Ennemi des^ tyrans, comme on l'est au collège,
Que de fois on l'entend d'un vers républicain
Châtier tour à tour et César et Tarquin I
Les fiers éclats de voix qu'il lance avec colère
Xui valent dans sa classe un succès populaire : Il aimera plus tard à se ressouvenir
. De ce présage heureux des lauriers à venir.
L'art du comédien a-t-il besoin d'un maître ? Selon certains docteurs trop écoutés peut-être, Non : la seule nature enseigne les beaux-arts, Et qui veut de la scène affronter les hasards Ne se doit confier qu'à ce maître suprême.
Vers des chemins nouveaux les poussant elle-même, Seule, elle a su former nos plus fameux talents ; Elle souffle à leurs cœurs ces sublimes élans Qu*étoufferaient en eux des leçons routinières.
lJart théâtral
Et qui, brisant de l'art les gênantes barrières,
Jettent au sein ému des spectateurs surpris
Un juste enthousiasme attesté par des «ris*
L'instinct, guide plus sue qu'une vaine scieace^
Les leçons du public et de l'expérience
Valent mieux qu'un pédant qui^ sec et compassé.
Vous parle de. chaleur avec un ton glaeé.
Ce don qui vient du ciel et que l'artiste envie, .
L'originalité par lui vous est ravie :
Il soumet votre corps et votre âme àseelois,-
Impose sa pensée et son geste et sa voix.
Et, bornant du talent l'impétueuse course,
Des inspirations .tarit en lui la source.
Faut-il donc enchaîner le vol audacieux..
Du jeune aigle essayant ses ailes dans les cieux*?
D'où vient cette barbare et stupide manie ?
La fière liberté, compagne du génie,
Mère des grands talents, des grandes actions j
Est nécessaire aux arts ainsi qi^'aux nation*.*
Les règles sont des fers qu'un vrai talent méprisât:
La médiocrité les porte, et lui les brise.
Semblable aux gais marquis par Molière décrits,
Le grand acteur sait tout^ans avoir rien appris*^
Soyez, fuyant l'étude avec persévérance,
A l'inspiration forcé par l'ignorance.
De ces pompeux discours le vulgaire est charmé. Qu'un jeune débutant, par des leçons formé, Conquière sur la scène un succès légitime, Aux mains qui l'ont guidé refusant toute estime : 11 ne doit qu'à lui seul les beautés de son jeu. Dit-on, et l'écolier devient un demi-dieu.
Si quelque ombre obscurcit cet astre qui se lève, Le maître est accusé des défauts de Télève :
Dans les liens de l'art il l'ose emprisonner.
Quoi I ce langage encor nous doit-il étonner ? Naguère- avec audace outrageant la mémoire De ces vieux écrivains dont nous aimons la gloire, Et foulant sous les pieds, comme un joug importun^ Avec les lois du goût celles du sens commun.
Des hommes que l'orgueil remplissait de démence Criaient : Gloire à nous seuls ! notre règne comm6it««i Pour préparer à l'art un superbe avenir, Il faut des jours anciens briser le souvenir. Des poétiques cieux vivent les futurs aigles ! Les règles nous gôûaient : nous proscrivons les règks- Copiant sans relâche un ennuyeux passé, L'esprit humain rampait, dans l'ornière enfoncé. Que le génie enfin n'ait que lui seul pour maître, . Et, les règles à bas, les chefs-d'œuvre vont naître.;
Où nons ont-ils conduits, ces. discoureurs subtils ? ^^es règles ne sont plus : les chefs-d'œuvre, où sont-i
Vers la scène entraîné par un penchant bizarre, De ses présents pour vous si le ciel fut avare. S'il ne vous créa point pour cet art périlleux, Le maître le plus docte et le plus merveilleux Lutterait vainement contre votre impuissance. Dieu des vers, dieu des arts, au jour de leur naissant Tu désignes du doigt tes glorieux élus.
Épuisé de fatigue et d'efforts superflus.
Qui n'a pas dans son sein ta flamme et ton génie D'un triste avortement subit l'ignominie.
Mais lorsque ton regard sur nous s*est arrêté, Quand, d'un rêve de gloire en secret tourmenté Un mortel sent en lui ta divine présence Et porte du talent la féconde semence, Que d'un maître attentif les soins judicieux Cultivent sans retard ce germe précieux.
On veut qu'un jeune acteur, entrant dans la carrière, Interprète Corneille et Racine et Molière, D'un pied sûr et hardi tente leurs profondeurs. Sans qu'un flambeau voisin lui prête ses lueurs. Sans qu'un fil secourable, en dissipant sa crainte, Affermisse sa marche au fond du labyrinthe !
GHAMT PREMIER 9
Gomment' peu t-il, d'hier sur la scène arrivé,
Peindre le cœur humain qu'il n'a point observé ?
Rocevra-t-il du ciel le secret difficile
De guider sans effort une voix indocile ?
Saura-t-il le pouvoir d'un silence éloquent,
D'un débit moins pressé, d'un geste peu fréquent ?
Saura-t-il que d'un mot plaisant, terrible ou tendre,
On double la valeur en le faisant attendre.
Et que souvent aussi d'un mot trop attendu,
Comique ou sérieux, l'effet serait perdu ?
Où donc puisera-t-il le goût des convenances,
Et de la grandeur simple, et des fines nuances ?
De mille autres secrets dois-je parler encor,
Scienôe du talent, mystérieux trésor,
Dont un novice acteur ne fait point la conquête
Sans un mentor prudent qui Te'jccite ou l'arrête,
Et, ranimant un cœur des obstacles lassé.
Aplanisse la route où lui-môme a passé ?
Un des plus grands acteurs dont se vante la France,
Baron, vit par Molière adopter son enfance.
De la scène plus tard l'ornement et l'appui.
Jeune, il fut son ouvrage et grandit près de lui .
Son nxaitre lui transmit la haine salutaire
Du débit cadencé qu'admirait le parterre.
D'un regard paternel épiant ses progrès, Il fixa dans si voix ces tons simples «t vrais Qu'ignorait un acteur à soi-même funeste, Montfleury succonibant sous les fureurs d'Oreste, D'autres aux cris aigus, au jeu plein de fureur, Et déchirant Toreille encor plus que le cœur. Qui pourrait mesurer -la hauteur infinie Où monte le talent guidé par le génie ?
Des fameux successeurs du Roscius français Pas un seul n'effaça l'éclat de ses succès :
Deux muses à l'envi consacrent sa mémoire, Et son siècle en fuyant n'emporte point sa gloire Baron, sublime acteur par Molière enfanté, Marche, fier de son maître, à l'immortalité.
La rieuse Desmare a formé Dangeville, Et les leçons d'un maître ont dirigé Préville.
Pourquoi nous citez-vous l'aigle au vol orgueilleux ? Va-t-il, jeune imprudent, s'égarer dans les cieux ? Trop faible pour oser se fier à son aile, II* ne s'éloigne point de l'aire paternelle.
Il faut que, pour aider son courage naissant, Ses ongles soient plus forts, son bec moins impuissauft.
GHAVT PREMIER It
Lorsque l'aiglon, quittant sa demeure saurage,
Sur la route des airs fait son premier voyage^
Le père et sa compagne avec amour encor
Veillent à ses côtés et guident son essor ;
Ils lui montrent comment l'aigle fond sur sa proie.
De sa terrible serre et l'enlace et la broie,
Gomme il doit l'effrayer, en un choc furieux,
Des éclats de sa voix, des éclairs de ses yeux,
En revenant au nid, la victoire achevée,
Y porter du butin un3 part réservée
Que l'on retrouvera dans des jours de malheur :
Leçon de prévoyance ainsi que de valeur !
Et, plus hardi, bientôt le jeune aigle commence •
A planer, roi des cieux, dans son empire immense*
D'un sage maître ainsi les -conseils révérés Au talent, au .succès nous mènent par degrés.
Du sujet qui se livre à ses mains vigilantes Il n'étouffera point les qualités brillantes; Mais il en réglera la mesure et l'emploi.
Pour qu'en lui son élève ait une entière foi. Qu'il ne soit point choisi parmi ces mercenaires, Des rigueurs du public victimes ordinaires^
Qui, par de longs malheurs justement éprouvés. Vous vendent le talent dont ils furent privés. Sa parole aura-t-elle un crédit légitim*e, Si ses succès du moins ne commandent Testime ? Que, simple en son langage, il évite toujours "Et le ton dogmatique et les pesants discours :
'élève écoute peu la leçon qui Tennuie.
Le précepte donné, que l'exemple Tappuie I Du ms^itre quelquefois on se moque tout bas.
Quand le maître prescrit et n'exécute pas.
n faut avec amour instruire la jeunesse, Réprimer son orgueil, gourmander sa paresse, Employer tour à tour le frein et l'éperon, Retenir l'imprudent, exciter le poltron, Réformer la nature et dompter l'habitude.
L'art du comédien veut une longue étude.
Je plains celui qui vient, en d'imprudents essais, A l'inspiration demander ses succès, Et, bien persuadé qu'à sa seule requête Le talent va du ciel descendre sur sa tête.
Dédaigneux des leçons, du travail et de l'art, Pour son Dieu seulement invoque le hasard :
A peine a-t-il parlé qu'il se trouble; son rôle * Sous un poids imprévu fait plier son épaule; Son courage s'enfuit : adieu cet avenir Dont ses rêves d'orgueil venaient l'entretenir
Adieu tant de lauriers cueillis en espérance ! (}o*est devenue, hélas ! cette fiére assurance, Ce cœur ferme et sans peur dont il se crut doué ? n voudrait fuir la scène où le voilà cloué.
Je ne veux point nier cette flamme divine, Ces soudaines clartés dont Tâme s'illumine.
Et ce brûlant soleil de Tinspiration Ëdairant notre jeu d'un lumineux rayon.
Mais votre fol orgueil va-t-il prendre pour guides CSes fortunés hasards et ces éclairs rapides ? Croyez-vous qu'échaufifés par un transport subit, Nous revêtions le rôle en revêtant l'habit, El qu'au moment fatal qui voit lever la toile. Ce rôle tout à coup à l'esprit se dévoile ?
Non : chaque personnage à vos soins confié Dans ses moindres détails veut être étudié.
Mais devant le public que l'étude s'efface :
Sadiez de vos efforts nous- dérober la trace. Que le texte, par vous mille fois répété, Sorte de votre bouche avec facilité.
IMiteZy réglez tout, essayez tout d'avance :
Un assidu travail donne la confiance.
Utisance est du talent le plus aimable attrait : Un jeu bien préparé nous semble sans apprêt.
14 l'art thEathai.
L'inquiet laboureur clans les sillons qu'il crcu Sème l'espoir douteux il'une moisson heureuse. Quand le ciel lui sourit, won labeur obstiné Change une terre ingrate en un sol fortuné; Il a pour récompense une moisson féconde :
Méritez, comme lui, que le ciel vous seconde.
N'allez pas, iinpradent et paresseux acteur.
Attendre incessamment le souffle inspirateur. Et qu'à le recevoir l'étude vous prépare.
Sur un frivole esprit si parfois il s'égare.
Il se plnlt à jeter aux sérieux talents Et de nouveaux effets et d'imprévus élans.
L'émotion puissante et l'entraînante verve.
Mais, en s 'abandonnant, que l'artiste s'obsen^e; le vos heureux hasards sachez vous souvenir : e qu'il n'a pas produit, l'art doit le retenir, 'acteur qui du talent veut atteindre le faite, uand il livre son coeur, doit consei'ver sa tête, ajoute aux effets dès longtemps préparés «s tons, des mouvements par la scène inspirés. Insi se forme un rôle; ainsi toujours grandissen eux que l'intelligence et le goût applaudissent : ar l'inspiration, si chère aux insensés, 'étude et le travail ne sont point remplacés-;
CH*XT PREMIER 15
Si quelquefois en nous brille îjon étincelle, Jamais un rôle entier n'est révélé par elle, Et qui Tattend toujours rarement la reçoit.
Quand rÉternel eut dit : « Que la lumière soit ! » Elle fut : d'un acteur l'ignorance grossière Croit pouvoir à son tour commander la lumière : La nuit seule apparaît ; mais pour les sots acteurs Dieu créa le faux goût et 'les sots spectateurs.
vous qui, partisans d'un dangereux système, Aux maîtres, aux leçons prodiguez l'anathéme. Connaissez-vous <;elui qui voulut autrefois
Une école pour l'art dont j'offre ci les lois ? C'est Lekain, de son»temps le modèle et l'idole, .
Et Talma, ce grand maître, est sorti d'une école.
Talma, qui du passé n'eut jamais de dédain,
Par la voix de Monvel s'inspirait de Lekain,.
Et, du vieux compagnon de sa naissante gloire
Toujours interrogeant la fidèle mémoire,
Gherchftit ce qu'avaient fait les héros -de son art,
Dumesnil et Clairon et Lekain et Brizard.
Quand plus tard on le vit sur le fauteuil d'Auguste
01)tenir un triomphe aussi Imllan-t que juste- :
« J'ai vu McHftrel, dit-il, et je l'ai retenu;
Ne pouvant faire mieux, je me suis souvenu. »
Telle est du vrai talent la modeste parole :
Il n*a point en lui-même une croyance folle; Il ne veut point, épris de l'inspiration, Briseisle vieux lien de la tradition.
Mais du bon grain toujours il sépare Tivraie, Et d'un effet transmis si sa raison s'eflfraie, S'il le trouve contraire au vrai sens de l'auteur, On ne le verra point, servile imitateur, S'incliner sottement devant un sot usage ; Car il n'offre au passé qu'un libre et juste hommage.
Amants du temps présent, trop de jeunes esprits N'ont pour les jours anciei^s que d'orgueilleux niépris. On les entend crier d'une voix téméraire :
« Cela s'est fait; cela ne doit donc plus se faire. » A flétrir le passé soyons un peu moins prompts; Mais devant ses erreurs ne courbons pas nos fronts.
Parfois sur ses talents on se trompe soi-même : Un front plein de malice aspire au diadème; Tel autre, avec la taille et le port d'un héros, Se croit né pour jouer les légers Figaros.
Agnès veut aux Martons prêter son doux organe, . Et Marton se draper en plaintive Ariane.
(Test au maître éclairé dont vous suivez les lois A diriger vos goûts, à guider votre choix.
Dans des rôles brillants quelquefois on se traîne, Des justes spectateurs on y brçive la haine; Et des rôles iiK)ins beaux, joués avec bonheur, En applaudissements changeraient leur rigueur.
Trop d'acteurs ignorants ont monté sur la scène : L'un en vers inégaux fait gémir Melpomène, Et, de la prosodie observant mal les lois, L'autre parle un français qui ressemble au patois. Que les vers aient touJQurs leur mesure ordinaire. Avant de débuter, apprenez la grammaire.
Plus tard en aurez-vous la force ou le loisir? Vous verrez chaque jour les travaux, le plaisir, L*orgueil de vos succès, une honte insensée.
Détourner votre esprit d'une telle pensée.
Fleury fit admirer son persiflage exquis :
Els de comédien, il était né marquis.
Quand Tâge sur son front posa ses mains livides, La main des grâces même en effaça les rides; Adorable portrait des dandys du vieux temps, D savait nous charmer à plus de soixante ans.
18 l'art théatrai.
Pourtant l'heureux vernis d'une- rare élégance De cet acteur aimé cachait mal l'ignorance, £t quelquefois par lui le langage offensé Indignait le puriste à l'orchestre placé.
Mais d'un jeu fin et vrai le charnae inexprimable Obtenait aussitôt le pardon du coupable.
A parler purement employez vos efforts :
Môme avec ses talents gardez-vous de ses torts.
C'est peu de la grammaire; il faut d'autres études ' Donnez à votre esprit de nobles habitudes.
L'histoire vous apprend, si vous la méditez, A juger les héros que vous représentez; Avec elle fouillez dans les replis des aines : Ces êtres généreux, fourbes, altiers^ infâmes, Que l'acteur sur la scène avec lui fait monter, Étudiez-les bien pour les ressusciter; Qu'en les apercevant nous puissions reconnaître La couleur de leur temps, le lieu qui les vit naître. Grâce à votre art puissant, la mort nous les rendra; Un antique passé sous nos yeux revivra.
Voyez ce qu'à l'histoire emprunte le poète, Ce que le goût admet, ce qu'il veut qu'on rejette.
G^AlPr PREMIER 19
Aux iidèles portraiti» pa? l'acteui^iprésefités Quelques traits précieux parfois, softl ajoutés. Achille, trop Français aux yeux de la^ritiquei Quand Talma le jouait paraissait plus antique.. En peignant un amour à Zaïre fatal, Lekain plus que Voltaire était orieaiaL
Ces exem pies fameux que* le théâtre cite Avec discrétion veulent qu'on les imite; Pour un sujet novice ils seraient dangereux.
Il faut qu'un tsilent niûr, que des succès nombreux Vous donnent en vous-même une foi légitime, Et qu'au public uni par un nœud plus intime, Vous méritiez l'honneur de corriger parfois- L'auteur .qui sur la seéne emprunte «votre voix.
Ces esprits, dontla plume à vos -regard» *pi«é«ettte' L'histoire de nos cœurs, sérieuse ou plaisante, Lisez- les; ils sauront vous rendre obseirateur : Ce devoir du poète est celui de l'àôteur.
Aimez aussi:,! goûtez la noble poésie; .
Qu'elle verse sur vous sa céleste ambroisies
20 l'art théatpal
Ces chantres immortels, dont les antiques vers Ont à la fois instruit et charmé l'univers, Et ceux qui, s'élançant sur leurs sublimes traces, Ont conquis un grand nom chez les niodernes races; Écoutez, admirez leurs lyriques accents.
Leur poétique feu, leurs concerts ravissants, Nourriront dans vos cœurs le goût de l'harmonie, Le saint amour du beau, le culte du génie ; Vous apprendrez par eux, transporté dans le ciel, A mêler quelquefois l'idéal au réel.
L'idéal, divin charme, est un besoin de l'âme : Au nom de la raison l'art même le réclame.
Ces travaux de l'esprit, occupant vos loisirs, Plus tard vous donneront d'intelligents plaisirs. Pourquoi préparez-vous, ignorants volontaires, Des talents illettrés aux scènes littéraires ? Noblesse oblige : eh bien I le Théâtre-Français A vu de beaux talents et d'illustres succès.
En fuyant de l'esprit la honteuse mollesse, ' Vous y mériterez vos lettres de noblesse.
Pour atteindre le but et vaincre ses rivaux, Partout il faut l'étude et d'assidus travaux.
Quoi que pense des sots la vanité frivole, Tout s'apprend : le passé du présent est l'école; La leçon aux mortels arrive incessamment, Et notre vie, enfin, n'est qu'un enseignement.
Avec sa chaste grâce impossible à décrire, La mère, en souriant, nous apprend le sourire, Et sa bouche à Fenfant sur son sein appuyé Donne le premier mot avec peine essayé.
Du premier pas qu'il fait réjouissant sa vue, Pour le mieux garantir d'une chiite prévue, Elle place ses pieds, et lui montre comment L'un doit, précédant l'autre, avancer lentement. L'éclairant, par la foi, d'une douce lumière. Elle forme ses mains, sa voix, à la prière.
Puis, sur un alphabet leurs doigts vont se poser; L'enfant redit la lettre et reçoit un baiser. Bientôt Grecs -et Latins se chargent de l'instruire; A leur illustre école il apprend l'art d'écrire. S'il prétend devenir un Raphaël nouveau.
Une savante main dirige son pinceau.
Musicien, il faut, d'une ardeur studieuse, Apprendre des Mozart la langue harmonieuse, Et toujours des leçons le secours précieux Développe lés dons qu'il a reçus des cieu:^
Des règles, des travaux que j'ose leur prescrire, Quelques jeunes orgueils vont peut-être sourire. Qu'ils écoutent du moins avec docilité lies conseils de. l'iiistoire et de l'antiquité!
Pour la seconde fois le jeune Démosthène Abordait en tremblant la tribune d'Athène, Et les Athéniens, pour la seconde fois, Étouffaient sous leurs cris son impuissante voix. 11 se tait; on le voit confus, baissant la tète, Du tumulte outrageant fuir l'horrible tempêtt^ La honte sur le front, desr larmes dans les yeux, L'odieuse tribune a reçu ses adieux.
Adversaire, plus tard, de Philippe et d'Eschino, Ti'éloquence bouillonne en sa mâle poitrine.
Bientôt, par son talent dominant son eiïroi.
Il eût de la tribune été le puissant roi.
Et de tous les esprits sa parole maîtresse Eût fait d'Athène encor la reine de la Grèce. C'en est fait maintenant d'un si noble dessein : Sa généreuse ardeur doit mourir dans son sein. En servant sa patrie, il marchait à la gloire, Et son nom est rayé des pages de l'histoire : Ainsi le veut un peuple et railleur et cruel; Le divin orateur n'est qu'un obscur mortel:
Un acteur applaudi sur la tpagique scène, Satyrus, aperçoit le triste Démosthéne, Et, consolant son cœur profondément blessé : « Ton discours était bon : tu l'as mal prononcé ; « Mal dit, un bon discours n'est qu'une œuvre insipide. » 11 lui fait réciter quelques vers d'Euripide, Les lui redit lui-même avec des tons nouveaux : Le jeune homme étonné les trouve encor plus beaux. Alors de l'art de dire il comprend la magie; Il en voit la puissance, et, cœur plein d'énergie. Aux plus rudes travaux soudain il vient s'offrir; ('e talent qui lui manque, il le veut conquérir. 11 se dérobe au monde, et dans la solitude S'impose un long effort, une pénible étude; Sur les bords de la mer un réduit souterrain Abrite de son art ce futur souverain ; ' Il en sort pour marcher sur les bruyants x'ivages, Et là, sa voix délie, appelle les orages.
« O vents, s'écria-t-il, soufflez avec fureur; Tempête, apporte-moi ta turbulente horreur.
Des flots gonflés par toi les fougueuses colères M'offrent le grondement des rumeurs populaires, Ces murmures, ces cris, ce tumulte insensé Qui m'a de la tribune insolemment chassé.
Mais j*y remonterai; ma voix plus courageuse, Accoutumée aux bruits de ta voix orageuse, Saura leur imposer ses accents généreux :
Si je lutte avec toi, c'est pour lutter contre eux. »
On dit que sa parole obscure, embarrassée, Rendait péniblement sa rapide pensée.
Et que d'un lourd débit l'importune lenteur Fatiguait l'auditoire en gênant l'orateur :
Par de légers cailloux sa langue déliée Laisse courir la phrase, autrefois bégayée.
Respirant avec peine, il s'arrêtait cent fois Afin de retrouver et sa force et sa voix.
Et, comme suffoqué par un poids incommode. Il fuyait prudemment la longue période; Et le voilà qui court en récitant des vers Sur la cime des monts, sur la plage des mers. A des travaux sans nombre enfin il se condamne Pour corriger les torts du geste et de l'organe, Et devenir d'Athène un glorieux appui.
Aussi quand l'Agora le revoit sûr de lui.
Quand il vient, d'une voix éloquemment hardie, Tonner contre Philippe, et de sa perfidie Dévoiler les détours à ces esprits légers.
Préférant les plaisirs aux généreux danger?^
Hommes dégénérés, vains d*une gloire antique. Mais lâches citoyens de la moderne Attique, D'un long abaissement impuissants à rougir, Toujours prompts à parler, toujours lents pour agir, D'un esprit convaincu Tassurance intrépide, Sa facile action, sa parole limpide, • * Ses gestes, ses accents, fruits d'efforts studieux. Mais aux yeux de la foule inspirés par les dieux,. De l'honneur assoupi vont réveiller les flammes; L'âme de Demosthène a passé dans leurs âmes; Pour le jeune orateur de nouveaux jours ont lui Son génie a vaincu; la tribune est à lui»
D'Athènes cependant la ruine est prochaine, Et Philippe s'applique à préparer sa chaîne.
jours de Marathon, vous êtes loin, hélas !
La voilà sous le joug, la cité de Pallas !
Mais Demosthène est là, consolant sa patrie, Protégeant de sa gloire une gloire flétrie ; Et l'Attique, du sein de son adversité, Jette un grand nom de plus à l'immortalité.
Ennemis du travail, que l'étude importune, Ces conseils, descendus de l'antique tribune,
Par vos esprits trop vains seront-ils rejetés?
Poètes, orateurs, artistes, écoutez