ALBERT MARQUET
Naguère — les cinq Années terribles nous forcentelles à écrire : jadis ? — on trouva une place dans la grande cage des Fauves pour ce bel artiste.
Or, Marquet n'est pas de ceux qu'on enferme, fût-ce dans une formule, dans une manière. Il s'évada, se contentant d'être l'un des meilleurs peintres de son temps. Il fut laborieux, esthète
HIER DANS AUJOURD HUI
parfait avec tout ce que Wilde savait trouver d'admirable dans le travail manuel. Demain, tous devront saluer en lui un maître. Alors, il y aura des banquets, des discours, et nous verrons peutttre Marquet s'appuyer sur le bras de M. Besnard, au dessert, ainsi qu'on vit M. Besnard au bras de M. Bonnat. Il sourit déjà en y songeant, de ce sourire pincé mais sensible qui ne l'abandonne jamais. Coiffé d'un immuable feutre méthodiste, les yeux brillants derrière le binocle, ce petit homme va par la ville, et par les villes, rafraîchissant ses sensations. Mais c'est de sa fenêtre ouverte sur le trouble et beau ruban de la Seine que Marquet prend le plus de joie à considérer le monde. C'est là aussi qu'il peint le plus volontiers.
Avant d'être un peintre de nus cursifs, ou bien, à l'Estaque, un touriste stendhalien, il est le grand peintre de Paris, vu largement.
Albert Marquet en. explora, il y a une quinzaine d'années, les coins épiques en compagnie du pauvi-e Charles-Louis Philippe, dont il devait illustrer le Bubu de Montparnasse. Le peintre et le romancier, vêtus à la maigre façon d'employés en congé, myopes clairvoyants, visitèrent les bars à musique du « Sébasto » et de la rue de la Gaîté ; les caveaux nocturnes et les zincs éclatants ainsi que des autels de la Patrie.
Marquet exécuta, au retour de ces promenades,
d'admirables pastels, hélas ! inutilisés. Les verronsnous un jour ?
Depuis, sa maîtrise s'est affirmée ; il n'est plus seulement le meilleur peintre d'aspect de villes ; ses nus, s'ils me semblent d'importance seconde dans son œuvre, n'en sont pas moins d'un art à la fois aigu et plein de langueur, comptant parmi les œuvres les plus saisissantes, les plus significatives de notre époque dramatique.
La renommée n'a exigé de lui aucun sacrifice. 11 demeure fidèle à son instinct premier — tout instinct, aussi bien qu'à ses façons, à son chapeau de quaker et à ce pince-nez de bureaucrate qui est, peut-être, celui de Charles-Louis Philippe.