‹ L'arthrite blennorragique aiguë et son traitement par l'arthrotomie précoceChapitre 13 sur 22 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Arthrotomie.

HisroriQue. — L’arthrotomie en tant que traitement de l’arthrite aiguë blennorrhagique n’a pour ainsi dire pas d'histoire. La première observation publiée en France remonte à 1892 et c’est à M. Thiéry que nous la devons. D’autres tentatives eurent lieu au même moment ou même antérieurement, mais c’est la première, croyons-nous, qui se soit manifestée au public médical.

Cependant on avait songé depuis longtemps déjà à l'ouverture des articulations pour les arthrites aiguës séreuses. C’est ainsi que nous voyons Lister en 1870 opérer avec un succès relatif une arthrite séreuse du

genou, chez laquelle malheureusement on ne put éviter

les mouvements anormaux. Mais un peu plus tard, le même opérateur fit connaitre trois nouveaux cas de même nature et, cette fois, il annonçait le succès sur toute la ligne.

Vers la même époque, Jessop, que nous trouvons cité dans la thèse d’agrégation de M. Jalaguier, annonçait dans une de ses leçons qu’il préférait dans bien des cas, pour les arthrites très aiguës, l’arthrotomie à la ponction et à l'appui de cette opinion il présentait les observations

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de trois malades traités et parfaitement guéris par cette méthode.

Heïinecke cite un malade de Hagedom que celui-ci incisa et guérit en seize jours d’une arthrite séreuse du genou.

L'opinion de Mori de Brescia, citée par M. Jalaguier, est la suivante: En présence d’une arthrite traumatique ou blennorrhagique, ponction d’abord, et, si le liquide est fibrineux et renferme des flocons, ouverture sans plus tarder. C'est, ajoute, cet auteur, une manière plus sûre d'éviter l'ankylose.

M. Nicaise, dans une communication orale faite au sujet de la thèse de M. Jalaguier, énonça l'avis qu’il faudrait, en face d’une arthrite aiguë blennorrhagique, surtout monoarticulaire, intervenir par l’incision. Le pronostic, d'après lui, serait suffisamment grave dans les formes ankylosantes pour autoriser l'intervention chirurgicale. Et M. Jalaguier ajoutait que l’opinion de Mori de Brescia et de M. Nicaise lui paraissait devoir être prise en sérieuse considération.

Au Congrès de chirurgie de Paris 1892, \i. Potherat (1) racontait l'histoire d’un malade qui fut pris de polyarthrite infectieuse. Le genou, le poignet, le cou-depied furent envahis au même moment. Il incisa le genou et le poignet. Au bout d'un mois, tout était rentré dans l’ordre pour ces deux jointures Quant à l'articulation tibio-tarsienne non incisée, elle ne guérit que beaucoup plus tard et incomplètement.

(1) Semaine médicale, 80 avril 1892.

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Remarquons en passant cette différence chez un même malade, entre les résultats dus à l’arthrotomie et ceux obtenus par le traitement habituel.

Nous venons de voir l'arthrotomie remporter un certain nombre de fois plein succès dans le traitement des arthrites séreuses. Son utilité incontestable et sa parfaite innocuité ainsi démontrées avaient induit un certain nombre de chirurgiens à tenter pour les arthrites blennorrhagiques ce qui avait si pleinement réussi pour leurs voisines.

M. Thiéry (1), en 1892, présenta à la Société d’anatomie un opéré qu'il avait guéri d’une arthrite aiguë blennorrhagique. Il s'était promis de tenter l'ouverture précoce, en pareille occurrence, après avoir vu un malheureux ankylosé du coude subir à deux reprises Ja résection de. l'article. L'observation de son malade est un éloquent plaidoyer en faveur de l'intervention.

Nous trouvons dans la thèse de Christen (2) des observations d'arthrites blennorrhagiques traitées de la même façon et avec un égal succès. Le premier malade opéré à Tenon en 1890, dans le service de M. Reynier, fut complètement guéri en deux mois et demi; le second et le troisième, traités à l’Hôtel-Dieu dans le service de M. Tillaux, suppléé par M. Walther, présentèrent, l'un un succès complet et l'autre un résultat moins brillant mais néanmoins très satisfaisant.

Spencer (3) insiste sur la nécessité, d'après lui, de Pin-

(1; THIÉRY. Bulletin de la Soc. d'anatomie, 1892, p. 712.

(2) CHRISTEN. Paris, 1892.

(3) SPENCER. Semaine médicale, 1894, p. 264.

cision précoce de l'articulation envahie par l'arthrite blennorrhagique confirmée. Deux observations de lui sont aussi très concluantes. |

Lasalle (1), chef de clinique à la Faculté de Montpellier, rapporte deux cas traités par Tedenat, avec un succès complet. Il en prend occasion pour faire l'éloge de l’arthrotomie dans les arthrites blennorrhagiques.

La thèse de Hopenhender renferme sept autres cas dont un, une arthrite du poignet, fut le sujet d’une leçon de M. le professeur Tillaux et que ce dernier opéra le 16 avril 1894 (2). Un autre cas auquel il est fait allusion dans cette leçon, fut opéré par le même chirurgien avec un remarquable succès.

Dézanneau, dans une thèse récente, rapporte trois observations de malades opérés par M. Hartmann et parfaitement guéris (3).

A toutes ces observations et à ces remarquables succès, viennent s'ajouter les huit observations que nous devons à la grande bienveillance de M. Delbet et trois autres que M. Bazy nous a très aimablement communiquées.

Nous attirons spécialement l'attention sur l’ensemble des cas opérés par M. Delbet. Ils constituent la totalité des malades traités par ce chirurgien depuis deux ans et demi pour arthrite blennorrhagique. Voilà donc huit cas pris au hasard de la consultation et soignés dans les mêmes conditions. Forme sèche et forme à grand

(1) LASALLE. Montpellier méd., 1894, p. 469.

(2) TILLAUXx, Leçons de Clinique chir., 1895. (3) DÉZANNEAU. Dans une thèse récente.

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