‹ L'arthrite blennorragique aiguë et son traitement par l'arthrotomie précoceChapitre 12 sur 22 · LYS · texte numérisé non relu

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tation de volume des extrémités osseuses. Selon la forme de l'arthrite, la première ou la seconde de ces causes prédomine, la troisième survenant presqu’infaiblement pour compléter l'œuvre des deux prenières.

La peau est-elle touchée par le processus inflammatoire ? Présente-t-elle des modifications quelconques ? Elle est le plus souvent indemne. Cependant au niveau des petites articulations, où son voisinage avec les parties malades est immédiat, ou encore dans certaines fofmes très aiguës et pour les articulations telles que le poignet et le coude, elle peut prendre une coloration roséé ou même tout à fait rouge, au point de faire croire à une aflection phlegmoneuse de la région. Pour les grandes jointures, comme l'épaule ou le genou, il est rare d'observer de telles modifications des téguments, à moins que l'arthrite ne s'y complique d'inflammation des bourses séreuses et des synoviales tendineuses du voisinage. L'état plus superficiel de ces parties explique alors la rougeur de la peau que les phénomènes inflammatoires profonds de l’arthrite proprement dite n’ont guère pu influencer.

La température locale, le fait est constant, présente une élévation considérable ; l'apparition et surtout l'augmentation précipitée de ce symptôme est un élément de diagnostic précieux au point de vue du diagnostic de l’arthrite aiguë. Une jointure est prise depuis quelques jours chez un blennorrhagien; elle offre les signes ordinaires de l'affection ; la température locale jusqu'alors peu prononcée s'élève vivement. On peut

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presque à coup sûr annoncer une arthrite aiguë. C’est le cas de notre malade de observation VIIT.

On a constaté parfois l'existence d’une fausse fluctuation capable d’en imposer au premier abord et ayant, paraît-il, amené des chirurgiens à traiter le gonflement comme une collection purulente.

Disons un mot des symptômes fonctionnels et des réactions générales de l’arthrite aiguë. Les premiers sont de beaucoup les plus prononcés. [ls consistent dans la suppression plus ou moins complète et toujours très rapide des mouvements, puis, par la suite, dans l’apparition assez fréquente de mouvements anormaux.

Dans leur immobilisation, les différentes jointures affectionnent des attitudes particulières. Au poignet, la rectitude, au coude, la demi-flexion et la demi-nronation. Le genou avec moins de constance et plus de variété, présente fréquemment l'attitude suivante : flexion plus ou moins prononcée de l’article malade avec extension du pied. Mais il n’existe pas de règle absolue, ces différentes attitudes étant très variables, sans qu’on puisse en déterminer la cause.

Quels sont les agents de cette immobilisation ? Les muscles tout d'abord, contracturés et faisant leur œuvre de défense. Plus tard, l’ankylose s’en mêlera et rendra plus ou moins définitive la suppression des mouvements physiologiques, mais il est un autre élément de cette immobilisation de tout un membre, élément que nous aurions pu décrire avec les premiers symptômes, car il ne se laisse guère distancer par eux. En effet, l'atrophie musculaire envahit promptement les muscles du voisi-

nage. En quelques jours ceux-ci perdent toute tonicité, ils deviennent mous, affaissés, et les mensurations comparatives affirment leur déchéance. Bien longtemps après la disparition de la douleur et de l’inflammation, ils gardent l'empreinte de cette déchéance, qui empêcherait tout mouvement spontané même en l'absence d'an- < kylose. Cet état de choses donne aux malades une sen- + sation particulière ; il leur semble que leur membre est & devenu extrêmement lourd. Détail intéressant, même lorsque par les massages, l’électrisation, les bains sulfureux, On à réussi à rendre aux patients l’usage de leur membre, on n’en constate pas moins la persistance de

l’atrophie musculaire.

Quant aux mouvements anormaux de latéralité et d’'hyperextension, ils sont moins que fréquents fort heureusement. Gosselin en avait fourni une explication assez ingénieuse. Pour lui, ce serait non pas le relàâche-

| __ ment de l'appareil Hgamenteux qu'il faudrait incriminer,

< | mais la fonte et la disparition des cartilages, au genou

ua en particulier, des cartilages semi-lunaires. Ce que nous avons vu plus haut de lanatomie pathologique nous porte à accepter volontiers cette explication.’

Les symptômes généraux sont-ils à la hauteur de tout ce que nous venons de voir au sujet de l’état local? M. le professeur Fournier a fait remarquer l'absence

. d'équilibre entre ces deux ordres de fait. Pour lui, la réaction générale serait à peu près nulle. Mais il semble que l’'éminent clinicien à eu surtout en vue les manifestations du rhumatisme blennorrhagique subaigu. Dans l'arthrite aiguë, l’état général des malades répond pres-

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que toujours à leur état local. Ils sont pâles, anémiés, manquent de sommeil et d’appétit, ils s’amaigrissent, sont nerveux, s'ils ne l'étaient déjà, ou dans le cas contraire le deviennent d'une façon exagérée. Le malade de l'observation VI, une bonne pâte de: campagnard, sans aucune tendance à l’état nerveux, se mettait à trembler et à gémir dès qu'on l’approchait. Il est heureusement revenu à son état normal depuis sa guérison.

La température, souvent peu élevée dans les premiers jours, ne dépasse pas 38° dans certains cas peu graves, et elle tombe alors à la normale au bout de quelques jours. En général, elle se maintient pendant plusieurs jours au-dessus de 38°, atteignant parfois 39° et plus, et la persistance de cet état de choses est un élément de diagnostic qu’on ne devra pas dédaigner.

Marche. Terminaison. — Ce cortège de phénomènes accompagnent l’arthrite aiguë et la prolongent pendant un temps variable. Même avec un traitement énergique, il est rare que la période inflammatoire ne dépasse pas trois semaines ou un mois. Le plus souvent même, elle se prolonge au delà, suivant la tendance de l'affection à se terminer par la résolution, l'ankylose, ou la destruction. |

De ces trois modes de terminaison, le premier et le troisième sont plus rares que le second. L'ankylose, en effet, est le terme plus ou moins fréquent de l’arthrite aiguë blennorrhagique. Quand l'affection doit finir par résolution, traitée ou non, dit M. Brun, au bout de quatre ou cinq semaines, les symptômes s’amendent, la

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douleur spontanée, la tuméfaction disparaissent, les mouvements redeviennent possibles ; mais ils sont encore limités par des brides faciles à rompre sans qu'il y ait rappel de douleurs persistantes. « Peu à peu,;les malades voient reparaître les mouvements et la souplesse de leur articulation » (BRuN).

Trop souvent on voit, au lieu de cette heureuse terminaison, s'installer Pankylose que Brandes avait décrite pour les petites articulations, mais que l’on sait pouvoir envahir tout aussi bien les grandes jointures telles que le coude, le genou, le poignet, le cou-de-pied. Ce que nous avons vu en anatomie pathologique au sujet de cette ankylose nous rend compte des cas où il a été impossible, malgré tous les traitements, de rendre à l’article ses mouvements physiologiques. M. Delbet nous citait le cas d'un malade dont l'arthrite date de plusieurs années et - que l’ankylose, pour ainsi dire totale, de son articulation tibio-tarsienne rend presque impotent.

Dans ce mode de terminaison comme dans le premier, les phénomènes inflammatoires, douleur, etc., finissent bien par s’amender et disparaître, mais au lieu de la soupiesse articulaire, on voit se produire une impossibilité rapide et croissante de tous les mouvements même provoqués. L’immobilisation devient en peu de temps complète. Elle peut bien céder un jour, et au prix de quelles douleurs, à des tractions violentes, à des essais de mouvements forcés Mais le petit succès d'aujourd'hui aura déjà disparu demain et sera le plus souvent l’occasion d’une nouvelle poussée inflammatoire.

Le troisième mode de terminaison, la destruction plus ou moins complète de l'articulation, s'annonce par une

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exagération des symptômes de l’état aigu. La douleur, la fièvre et le gonflement prennent une allure encore plus accentuée et les mouvements anormaux de latéralité ou d'hyperextension annoncent bientôt la fonte des cartilages et la destruction profonde de l'article.

La suppuration, mise en doute par M. le professeur Fournier en 1869, a été depuis admise par cet auteur qui en a même donné une observation très instructive. Son malade mourut d’une fièvre typhoïde intercurrente et l’autopsie permit de voir l'articulation remplie de pus et à moitié détruite. Le cas de Prichard (System of surgery de Holmes) fut tellement grave qu'on dut pratiquer l'amputation du membre, ce qui permit de constater la suppuration et ses dégâts.

Que dire du diagnostic de l'affection ? Qu'il est parfois difficile, surtout quand il s’agit de distinguer au début les formes subaiguës de l’arthrite aiguë vraie. Cependant l’accentuation et la persistance des phénomènes phlegmasiques locaux, accompagnés d'autre part d’un état général sérieux ne tarderont pas à supprimer les doutes.

Quant au diagnostic différentiel avec le rhumatisme aigu ordinaire, la mobilité des manifestations de celui-ci et le nombre plus considérable d’articulations envahies, l'efficacité presqu'infaillible du salicylate de soude à haute dose dans les cas de polyarthrite aiguë simple et son insuffisance en cas d’arthrite aiguë blennorrhagique, voilà autant d'éléments dont l’ensemble ne saurait laisser bien longtemps le doute exister.

Quand à cela vient s'ajouter la constatation d’une blennorrhagie non encore éteinte, l’arthrite spécifique ne saurait plus être repoussée.

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