‹ L'arthrite blennorragique aiguë et son traitement par l'arthrotomie précoceChapitre 9 sur 22 · OBSERVATION II · texte numérisé non relu

OBSERVATION II

Résection du coude pour ankylose blennorrhagique, faite par M. PIERRE DELBET.

Jeanne Ass..., 17 ans, domestique, sans antécédents héréditaires et ayant joui jusqu’à ce moment d’une santé excellente. contracta, il y a trois mois, une blennorrhagie qui fut suivie, quinze jours après, de l’apparition d’une douleur sourde au genou gauche. Le surlendemain cette douleur disparut, mais la malade constata en revanche qu'elle souffrait de plusieurs

articulations. Après un répit de quelques jours, le coude droit fut pris à son tour, mais cette fois sérieusement. La douleur devint bientôt intolérable. Le gonflement, très rapidement, envahit la plus grande partie du membre, surtout accentué au niveau du coude. Les mouvements deviennent impossibles, à cause de la douleur extrême qu’ils provoquent.

La malade entre à Lariboisière dans un service de médecine. On lui fait le traitement habituel. L’immobilisation la soulage pendant un jour ou deux, mais la phase douloureuse reprend aussitôt. Le salicylate de soude ne produit aucun résultat. En chirurgie, où on la fait passer, on se contente de l’immobiliser dans une gouttière métallique. L'ankylose à ce moment était déjà fortement établie. La révulsion sous forme de pointes de feu fit disparaître à peu près complètement les phénomènes inflammatoires. Mais les massages prolongés et les tentatives de mobilisation n’empêchèrent pas l’ankylose d'augmenter.

Bref, la malade sort de Lariboisière et, quatre jours après, entre dans le service de M. Delbet. L'avant-bras est fléchi sous un angle un peu obtus. Aucun mouvement d'extension ni de flexion ne persiste. La pronation et la supination sont également supprimées. Le coude est gonflé et présente un aspect | cylindrique. La peau est d'une coloration normale et les phénomènes douloureux ont disparu. C’est à peine si en un point limité, au niveau de l’épitrochlée, on éveille en pressant une légère sensibilité. La malade est donc en excellente condition pour subir la résection. On l’opère, le 4 juin, et voici dans quel état se présentaient les pièces enlevées.

Lourdes et très denses, les portions osseuses enlevées présentent, au niveau du trait de scie, un épaississement de la lame de tissu compact, la partie spongieuse étant de son côté très résistante. Le périoste est fortement épaissi, adhérent par sa face profonde à une couche

SE — osseuse de nouvelle formation, interposée entre la lame de tissu compact et cette face profonde.

On remarque cette disposition surtout à la face anté= rieure de l’épitrochlée. Les surfaces articulaires offrent à étudier quelques détails intéressants.

Condyle.— Le cartilage est disparu dans une partie de la surface articulaire, très aminci dans ce qu’il en reste, amincissement et disparition qui dessinent exactement l'empreinte de la cupule du radius. Vers la partie moyenne s'était produite une soudure des deux os. Cette soudure s'est rompue au moment où l’on a dû fléchir fortement l’avant-bras pour faire saillir les parties à scier, et une parcelle du radius est restée fixée au condyle huméral.

Sur la trochlée,les lésions sont encore plus prononcées et comme étendue et comme profondeur. Vers la partie antérieure de la poulie et sur son bord externe, soudure des deux os et rupture aux dépens du cubitus.Sur la portion interne de la trochlée, on remarque une large perte de Substance de 2 centim. de longueur et 1 centim. de largeur. La substance spongieuse à ce niveau est raréfiée, ses lacunes sont agrandies et leurs paroïs amincies et fragiles. Quant au cartilage, tout ce qu’il en reste est mince, érodé, tout prêt à disparaître pour faire place à l’'envahissement de lankylose. Il présente, çà et là, une coloration violacée.

Les lésions du côté de l’avant-bras sont tout aussi prononcées. La tête radiale est nettement augmentée de volume. Mêmes lésions d’ostéite que celles constatées sur l'humérus. Le cartilage de la cupule radiale et du pour-

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tour de celle-ci présente les mêmes lésions que plus haut. Il en reste à peine trace. Au centre de la cupule on remarque un morceau de condyle avec, à côté, une dépression correspondant à la parcelle d'os fixée à l’humérus.

L'olécrâne a souffert plus que tout le reste. Voyons d'abord la grande cavité sigmoïde. Ce qui reste du carülage est aminci et érodé. Vers la portion externe et antérieure de l’encoche, on trouve la substance spongieuse mise à nu, le tissu compact étant resté fixé à la trochlée. Au contraire, sur la portion interne de la cavité, c'est un morceau de l’humérus que nous trouvons solidement attaché, si solidement, qu'il nous est impossible, sans le briser, de le détacher à l'aide d’une pince. On peut juger del'effet produit sur de pareilles lésions par la mobilisation. Le sommetde l’apophyse coronoïde semble atteint d’ostéite raréfiante. Quant à l'olécrâne, il est le siège de lésions de même nature que celles décrites plus haut. Périoste épaissi, avec interposition de tissu osseux de nouvelle formation entre sa face profonde et le tissu compact. Quelques parcelles de cette couche osseuse enlevées avec le périoste, donnent à l’olécrâne un aspect hérissé et rugueux.

Lé point le plus intéressant de ces descriptions, c’est le prompt établissement de l’ankylose et la solidité de la soudure articulaire, soudure qui paraît due à la disparition du cartilage, probablement remplacé par les courts tractus fibreux dont parle Gosselin. Ceux-ci n’ont sans doute qu'une existence passagère et sont tôt ou tard envahis par l’ossification. M. Thiéry parle d'un cas où, pratiquant là résection du coude pour une ankylose d’ori-

gine a il eut. véritablement à ere avec la gouge et le maillet pour enlever une Porn de l'article. EP RSC ee NES re UE Quoi qu’il en soit, de nature Abrense ou réclonient | osseuse, cette ankylose est vraiment tenace etles moyens pa . | ordinaires doivent nécessairement échouer contre elle.

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