DURÉE DE L'ÉPANCHEMENT
Nos observations ici ne nous donnent que des résultats incomplets et insuffisants pour décider l’époque à laquelle disparaît le liquide qui distend la synoviale. Tandis, en effet, que M. Alison n’a pas noté un seul cas de fracture de cuisse où la résolution complète de l'affection du genou ne se soit faite sous ses yeux pendant le traitement et dans un temps qui variait entre le huitième et le quarantième jour à partir de la fracture, nous n'avons vu que trois cas dans lesquels le malade ait quitté l'hôpital sans emporter un épanchement articulaire persistant, et de ces trois cas l’un nous présentait pour cause une fracture par coup de feu. Dans cette observation, assurément presque unique, au bout de trois mois, le genou du côté blessé ne différait en rien de celui du côté sain. Un autre de nos malades vit disparaître l'épanchement au bout de trois mois également; un troisième en moins de huit semaines.
Nos autres malades partirent tous avec leur épanchement bien constaté, quelques-uns même (Obs. III) rentrèrent dans le service quelques mois après et en ressortirent avec leur collection articulaire. C’est du reste ce que devait nous faire présumer la thèse de M. Dethil dont nous avons déjà parlé. Dans son travail sur les résultats que donnent les diverses méthodes de traitement des fractures de cuisse, l’auteur dit à la vérité n’avoir examiné que dans seize cas sur quarante cet épanchement, mais nous ne pouvons rien en inférer sur la durée moyenne de
l'hydarthrose consécutive aux fractures, ni conclure que les malades n’en présentaient point dans les autres cas, M. Dethil ne disant pas clairement s’il a toujours recherché avec soin ce phénomène.
Je relève encore ce fait que sur ces seize cas, un seul se ranportait à un jeune homme de 47 ans, les autres à des adultes de 37 ans et au-dessus. Cette circonstance, rareté de l’épanchement persistant chez les jeunes sujets, confirmerait du reste ce que nous pourrions déduire de l'examen comparé de nos observations et de celles de M. Alison, savoir que l’arthrite se termine d'autant plus vite que le sujet est plus jeune. Néanmoins dans la série de faits qui se sont présentés à notre étude, les jeunes malades de 13, 14 et 17 ans ont, comme les adultes de 40, 50 et 60, conservé leur épanchement jusqu’à la fin du traitement. Je pense pourtant que, vu le petit nombre de ces cas, mon observation, si elle ne confirme pas les résultats que paraît établir le travail que nous venons de mentionner, ne peut l’infirmer d’une manière absolue: nous continuerons donc à croire que, toutes choses égales d’ailleurs, l’épanchement se résorbe plus vite chez les jeunes sujets. s
M. Alison établit que les épanchements considérables, débutant plus rapidement chez les enfants, disparaissent aussi plus tardivement. Il fixe à quinze jours la limite ultime pour les épanchements abondants, à huit ou dix pour ceux qui le sont peu. Tout au contraire nos observations VIII, XII et XV, les seules où nous ayons pu suivre l'affection articulaire jusqu’au bout, nous montrent l’épanchement très-considérable et douloureux. Dans deux de ces cas, en outre, il s’était produit avant le troisième jour, et, dans l’un, avant les vingt-quatre heures révolues. Ici encore nous ne contesterons pas les faits observés et bien observés, nous conclurons néanmoins que sous le point de vue de la durée les phénomènes diffèrent chez l'enfant et chez l'adulte, et que chez ce dernier, l'apparition hâtive, l’abondance et le caractère douloureux de l’épanchement ne paraissent pas forcément liés à une évolution ultérieure plus lente,
CT
Le siége même de la fracture, dont dépend la date du début, ne paraît pas modifier la durée; en effet c’est chez un malade atteint de fracture sus-condylienne que le liquide s’est le plus rapidement résorbé.
Je résume ce paragraphe en disant que la durée généralement fort longue varie surtout en sens inverse de l’âge du patient, et suivant des lois qui ne nous sont pas parfaitement cunnues. Il est bien entendu que ce qui vient d'être dit ne s’applique qu’à l’épanchement et non à l’arthrite, dont il est un signe, et qui peut persister après sa disparition, dans une certaine limite du moins.