‹ L'arthrite du genou et de l'épanchement articulaireChapitre 4 sur 49 · ACER · texte numérisé non relu

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stance de cette complication, que dès lors nous avons pu considérer comme un phénomène propre à ce genre de fracture et devant être décrit avec lui.

Nos recherches nous conduisirent à nous demander si les autres fractures, notamment celles des os longs, celle surtout de l’analogue du fémur au membre supérieur, la fracture de lhumérus, entraînaient dans les articulations contiguës un épanchement constant : il nous fut facile de constater le contraire, et nous citerons ici même une observation de fracture de l’humérus pour montrer la différence des phénomènes qui se passent dans les articulations du coude et du genou. Bientôt la guerre, puis l'insurrection, multipliant le nombre des fractures par causes directes, permirent d'appuyer cette distinction sur des autopsies, en même temps que de compléter l’histoire de l'affection du genou et de la généraliser en étendant aux fractures compliquées les notions que nous possédions déjà sur les fractures simples.

Il fallait également rechercher ce que l'on avait puécrire sur larthrite du genou consécutive aux fractures de cuisse; l’on sait que les traités classiques ne se préoccupent guère que de l’épanchement de sang et de sérosité qui complique les fractures articulaires; mais nous étions loin de nous attendre au silence absolu des auteurs anciens et modernes sur une lésion si constante, si facile à constater, à suivre, et que devait faire pressentir la fréquence de la raideur articulaire après la guérison des fractures de cuisse.

Jean-Louis Petit, Boyer, Sanson, Richerand n’en font même pas mention dans les fractures les plus voisines de l’articulation et qui pourtant ne l’intéressent pas. Il en est de même d'Astley Cooper, de Pott, de Benjamin Bell. Tous ces auteurs, au contraire, ne cessent de parler de «l'appauvrissement et de la condensation de la synovie par le repos». Malgaigne, qui a noté l’épanchement dans les fractures sus-condyliennes, le réserve aux cas où «la fracture est très-rapprochée du genou» (Malgaigne, Fractures et Luxations, t. I, p. 730); il

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le décrit sans savoir au juste s’il est constitué par du sang ou de la sérosité, et surtout s’il est une conséquence de la fracture ou seulement du traitement plus ou moins mal dirigé.

Nous avons eu beau chercher dans Nélaton, dans Follin, dans les autres traités de pathologie générale et spéciale; les ouvrages les plus récents; Gurlt, le travail de Volkmann dans le Manuel de chirurgie de Billroth et Pitha ne contiennent rien autre chose que ce que nous avons trouvé dans Malgaigne.

Chose étrange, dans un article destiné à démontrer les causes de la raideur du genou consécutive aux fractures de cuisse, M. Teissier, de Lyon (Gazette médicale, 1841, p. 609- 625), a cité deux autopsies vraiment remarquables où le genou était manifestement le siége de la lésion qui nous occupe et cela aux quatre-vingt-dixième et soixante-huitième jours de la fracture, qui intéressait dans un cas le col, dans l’autre la partie moyenne du fémur. Malgaigne (/. c., p. 134) cite et discute ces observations et ni l’un ni l’autre ne songe à se demander si cet épanchement, ces lésions qu'ils étudient, sont la conséquence de la fracture même plutôt que du traitement!

Enfin, en 1869, nous trouvons parmi les thèses de Paris le travail d’un ancien interne de l'asile de Vincennes, où, donnant les résultats qu'a produits le traitement de 40 fractures de la cuisse, guéries dans les hôpitaux de Paris, il met l’hydarthrose au nombre des complications fréquentes puisqu'il l’a rencontrée dix-neuf fois. Mais là aussi le phénomène est peu étudié dans ses manifestations symptomatiques, et la pathogénie de M. Dethil, inspirée des idées de Malgaigne, est non-seulement insuffisante, mais contraire aux faits eux-mêmes: «Dans les cas que nous avons «observés, dit-il, il n’y a pas lieu d’invoquer les causes ordi- «naires de l'hydarthrose, ce qui nous fait penser que c'est bien «le moyen contentif qui en est la cause déterminante, car elle «s'est toujours manifestée pendant la convalescence et après que «l'appareil a été enlevé» (Dethil, Th. Paris, 1869, p. 53), et un peu plus loin: «Get épanchement qui s'accompagne rarement de douleur est toujours une complication fàcheuse». On

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n’a qu’à jeter un coup d'œil sur nos observations pour juger combien les quelques mots qui composent ces phrases renferment d'erreurs.

L'étude de notre sujet était déjà presque achevée quandun de nos collègues, M. Alison, rapporta les faits de ce genre observés par lui à l'hôpital Sainte-Eugénie, dans le service de M. Marjolin. Nous manquions alors, pour généraliser les notions que nous avions tirées de l'examen des adolescents, des adulles et des vieillards, d'observations prises chez les enfants. Les conelusions de la thèse de M. Alison (Paris, 1871) nous ont persuadé qu’à tous les âges, comme à tous les niveaux, la fracture du fémur s’accompagnait. d'épanchement dans le genou, mais que le phénomène présentait des différences ‘essentielles dans sa marche, ses signes, ses terminaisons, suivant qu'on l'observait chez l'enfant ou chez l'adulte. Il est vrai que chez deux trèsjeunes adolescents nous avons trouvé des exemples d’épanchement qui présentaient des caractères mixtes en quelque sorte. Participant de ceux trouvés chez l'enfant par M: Alison et observés par nous chez l’adulte, ils établissent une transition qui nous permet de concilier notre description et la sienne.

Nous nous réservons toutefois de discuter les faits rapportés par M. Alison et leur interprétation, de discuter surtout son étude de la pathogénie, qui nous paraît incomplète et peu fondée.

Nous n’aurions plus rien à ajouter à cet historique, malheureusement trop court, si récemment, dans un numéro de la Gazette hebdomadaire (1871, n° 91), il n'avait été fait mention d'une communication de M. le docteur Rouge, de Lausanne, à la Société vaudoise de médecine sur ce sujet. Ayant immédiatement demandé à M. Rouge de vouloir bien nous donner avec quelques détails le résultat de ses recherches, il nous a répondu avec la plus grande obligeance « qu'il n'avait encore rien publié ctouchant l'hydarthrose dansles fractures du fémur, qu’il s'était «borné à dire en présentant des pièces à la Société, dans la «séance du 8 décembre 1870, ce qui suit: Il y aun symptôme

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«sur lequel on a peu insisté jusqu’à présent et qui cependant «constitue un signe de diagnostic fort important; c’est la pré- «sence de l'hydarthrose du genou accompagnant ces fractures. «Rendu attentif à ce ‘symptôme par M. le docteur Gayet, de «Lyon, je l'ai dès lors observé dans les fractures du fémur dans «toutes conditions; une fois même j'ai pu constater l'hydarthrose aun quart d'heure après l'accident.» (Bulletin médical de la Suisse romande, n° 12.) « L'hydarthrose, ajoute M. Rouge, est «si constante que sur un nombre considérable de fractures du «fémur elle n’a pas manqué une seule fois, et je ne l'ai jamais «rencontrée dans les luxations. Je ne l'ai pas constatée dans les «autres articulations du coude, du poignet, tibio-tarsienne, dans «les cas de fracture située au-dessus et à une certaine distance «de ces jointures. » M. Rouge termine en disant: «L’hydar- «throse accompagne les fractures de la diaphyse et celles du «col, que ces dernières soient extra ouintra-capsulaires. »

On le voit, M. le docteur Rouge confirme tout ce que nous dirons des fractures et de l’épanchement articulaire qui les suit. Nous avons trouvé l’épanchement chez les jeunes sujets, les adolescents, les adultes, les vieillards; dans les fractures suscondyliennes, des Liers inférieur, moyen, supérieur; sous-trochantériennes; du col, même extra-capsulaires: seules les fractures intra-capsulaires, c’est en cela que nous différons d'avis avec M. le docteur Rouge, ne nous en ont pas fourni. Nous devons, du reste, avouer que, lorsque nous avons examiné ces dernières, notre attention n’était pas encore assez éveillée sur ce phénomène pour que nous osions nous fier aux résultats de notre examen. Nous l'avons trouvé dans les fractures simples et compliquées, par cause directe ou indirecte, traumatiques, enfin spontanées, car M. le professeur Vulpian a bien voulu mettre à notre disposition l’histoire d'un malade de son service qui, dans un mouvement musculaire, se fractura le fémur et eut à la suite un épanchement fort considérable du genou. C'est, du reste, le seul cas que nous cilions qui soit pris en dehors du service de M. lé professeur Gosselin.

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En l'absence, en effet, de toute espèce de jalons posés par les auteurs, nous avons dû nous résigner à tracer nous-même l’histoire de l’épanchement consécutif aux fractures de cuisse et de ses causes. Pour cela nous n’avons voulu nous appuyer que sur des faits observés par nous-même et contrôlés par celui de nos maîtres qui nous a inspiré l’idée de ce travail.

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