PAUL COMBES, MADAME GÉRARD, GEORGES
MADAME GÉRARD, OU DoCtCUr.
Nous avons voulu, docteur, que notre première visite fût pour vous. Lorsque nous sommes partis, mon üls et moi, j’étais encore trop souffrante pour vous remercier, comme il convenait, des soins que vous m’avez prodigués pendant ma longue maladie, mais aujourd’hui nous tenons à vous exprimer toute notre reconnaissance.
PAUL COMBES
Le meilleur moyen de me la prouver, c’est de ne plus en parler; j’ai essayé de vous témoigner, à tous deux, la sympathie que vous m’inspiriez, voilà tout. Causons de choses plus graves et causons vite, car l’heure de ma seconde con • sultation approche. J-’entre en matière avec ma brusquerie habituelle. Elle ne vous étonnera pas, vous méconnaissez.
{Il s'assied devant un bureau à droite, madame Gérard s’assied à gauche, Georges se tient debout près d’elle.)
J’ai osé, autrefois, aborder avec vous, un sujet délicat; il s’agissait de rêves que j’avais formés, de l’intérêt exceptionnel que je portais à une jeune fille, do projets de mariage en un mot, que j’avais conçus, seul, sans consulter les intéressés. A ces ouvertures, vous avez répondu par une (iii de non-recevoir votre opinion s’est-elle modifiée?
MADAME GÉRARD
Mais...
GEORGES. i
Elle ne peut se modifier, ma mère.
^ PAUL COMBES, SC toumatUveTs Georges,
Même si, me fiant à votre honneur, monsieur, certain que vous ne profiteriez 'jamais do la confidence que je vais
Digitizea oy Ci< * I
L’ARTICLE 47 bi
vous faire, je pouitsais l’indiscrétion, le mépris des convenances jusqu’à oser vous dire Vous êtes aimé! ^
GEOBGEs, vicemenu
Ah ! monsieur, dites-vous vrai ?
PAUL COMBES
Vous/le voyez, vous aussi, vous aimez! '
GEORGES
Mais je n’ai pas dit...
PAUL COMBES
Qu’importe, si j'ai compris.
GEORGES
Dites plutôt: Qu’importe cet amour, puisque...
PAUL COMBES
Je sais ce que vous allez me répondre, mais ce n’est pas de cela qu’il s’agit. Ce n’est plus l’ami de la famille De Rives qui vous parle ; c’est le parrain de mademoiselle Marcelle, le médecin, l’homme de science si vous voulez. Il ne sera plus question entre nous, de mariage, mais de maladie, mais de mort.
GEORGES
De mort !
PAUL COMBES
Mademoiselle De Rives est dans un état de santé qui m’alarme. Les émotions qu’elle a éprouvées dans ces derniers temps, ont développé en elle une maladie de cœur, dont elle guérirait en quelques semaines, si l’espoir lui revenait, si le ciel lui souriait, mais qui peut aussi l’enlever à ses amis , si sa vie continue à être agitée , si elle continue à souffrir.
GEORGES, vivement au docteur.
Mais taisez-vous donc ! taisez-vous donc ? Ne voyezvous pas que vous me torturez inutilement. (Se tournant ters madame Gérard.) Ah I parlez-lui, ma mère, parlezlui, dites-lui...
MAOAUi; GÉRAKU.
i« lai dirai que la maladie do mademoiselle Ue Rives nous créé de sérieux devoirs ; tu q’as plus le droit aujourd’hui de la fuir, comme tu viens de le faire, puisque ton départ, ton absence peuvent la tuer. Tu resteras ici, prêt à témoigner, comme autrefois, à votre chère malade, docteur, les respects dont elle est digne. Le mal dont elle soutire, diminuera peut-être, la santé lui reviendra avec le repos et l’espoir, et alors lorsqu’elle sera guérie, lorsqu’elle sera plus forte et plus vaillante...
PAUL COMBES
Vous verrez ce qu’il convient de faire. C’est toOl oe que je demande, tout. Guérissons-la d’abord, parbleu, et pour commencer, je vais vous mettre tous les deux en présence.
GEORGES, très-tivement.
Où? Quand?
PAUL COMBES, montrant la parie latérale de droite.
Là. [U cherche un papier sur son bureau.)
GEORGES, bas sa mère, dont il presse la main à la dérobée.
Oh ! mon Dieu I Mais songes-tu aux conséquences de • ,de tout ceci, à l’avenir.
MADAME GÉRARD
Je ne veux pas y songer. Ah I Qui m’inspirera? qui me donnera un conseil ?
UN DOMESTIQUE, flU fond.
Monsieur Delille demande à voir monsieur.
PAUL COMBES
G’e.st bien. Faites entrer.
MADAME GÉRARD, d elle-mêmc.
Monsieur Üelillo. Serait-ce? Et moi qui demandais un conseil l
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PAUL COMBES, à Gcorges et à sa tnère.
Allons 1 On vous attend de l’autre côté, et j’ai besoin de mon cabinet. {Il les conduit vers une porte latérale. Au moment où il va V atteindre , le domestique reparaît, il est suivi de maître Delille. S'adressant au domestique :) Qu’y a-t-il encore?
LE DOMESTIQUE, lui remettant une lettre.
Une lettre très-pressée.
PAUL COMBES, jetant fes yeux sur la lettre.
, Je crois bien.. . |>as une minute à perdre,.. (Allant vers Delille]. Je sui.s appelé auprès d’un de mes clients pour un cas des plus graves. Veuillez m’excuser et m’attendre un quart-d’heure, je ne vous demande pas davantage.
MAltBE DELILLE.
Allez, docteur, allez et prenez votre temps. (Souriant.) Je ne suis pas en danger de mort, je puis attendre votre retour.
PAUL COMBES, prenant son chapeau.
Vous trouverez des journaux là sur cette table. maItrb delille.
Merci, merci; ne vous occupez pas de moi... (Pendant cette fin descène, madame Gérard a laissé sortir Georges à droite et est restée près de la porte. Lorsque Paul Cûmbes a disparu, elle s’avance dans le cabinet.)
SCËNE VIII