LE JOUEUR
C’est incroyable; je n’ai jamais vu de veine aussi persistante.
GEOBCKS.
C’est vous qui m'avez prié de tenir la banque, messieurs; ' je no la tiens pas pour mon plaisir, ^oyez-en persuadés, et si quelqu’un veut la prendre...
' HAZILIER.
Non, continuons; la chance finira bien par tourner.
GEORGES
Je l’espère,
DE MËZiN, se tandis que Georges recommence à
donner des cartes.
Quant à moi, je m'arrête... {S’approchant de C'tra.) Il va bien, le gendre de monsieur de Rives.
CORA
11 gagne toujours ? -
DE MÉZIN
Toujours, et cependant, il faut lui rendre cette justice, il , joue en véritable écolier; il commet des fautes humiliantes pour nous, et il est de toute évidence qu’il veut nous faire gagner, mais la veine est si bizarre, que ses fautes mômes , ui réussissent. , |
CORA, '
Et que dit monsieur de Rives des nouvelles habitudes do |
son gendre? 1
DE MÉziN, appuyé sur le dossier du canapé où est assise Cora.
Vous le voyez, il ne vient plus pour n’avoir rien à dire.
Entre nous, il a été fort étonne d’abord, fort contrarié ensuite de voir le mari de sa fille s’installer tous les soirs à cctle table. Il lui a fait des observations assez sérieuses, mais quelle autorité, en pareille matière, de Rives peut-il avoir? De guerre lasse il a dit à monsieur Gérard: Je vous cède la place, et je reste à la maison pour essayer de pallier
L’AHTIGLE 47 ' 99
vos torts envers ma fille, et de lui donner le change sur votre conduite.
COR A
C’est le fait d’un excellent beau-père. Mais, quelles raisons peut il donner à madame Gérard des fréquentes absences de son mari, des soirées et des nuits passées loin du domicile conjugal?
' «B MÉZIN
Aucune de bonne, j’imagine. En tout cas, s’il en avait trouvé, elles no pourraient satisfaire une femme jeune, vive,v^videmraent passionnée et jalouse, fl faut s’attendre à quelque éclat.
CORA
. Un éclat, vraimentl [Ils continuent à parler bas. Mazilier et Putain entrent par le fond à gauche, et descendent la scène.