SCÈNE II
Les Mêmes, MAZILIER, POTAIN.
poTAiN, un terre de champagne d la main.
Victor?
, MAZILIER, de même.
Potain ?
l'OTAIN.
Es-tu gris?
MAZILIER
Presque, et toi ?
l’OTAIN.
Moi, tout à fait. (Soupirant.) Ah I il y a huit ans, nous aurions pu boire le double de ce que nous avons bu aujourd’hui sans nous en apercevoir. Victor?
Potain?
MAZILIER
KM) L’ARTICLE à7
POTAIN
Je commence à croire que tu avais raison: nous nous dégommons.
MA7.1LIËR.
.V qui le dis-tu ?
POTAIN
L’heure est peut-être venue d’aller respirer l’air pur de la mer et do revoir notre ville natale.
MA7.IL1ËR.
Potain?
POTAIN
Victor!
BIAZILIKR.
Tu es donc décavé?
POTAIN
Je le suis.
MAZIL1HR. ' ■
Tu n’as absolument rien.
POTAIN
Si, trois louis pour mon voyage. Mais je dois cinquantesept mille trois cent vingt-deux francs dix.1
HAZILIKH.
C’est le moment de revoir nos familles.
POTAIN
Olil oui, la famille ! Les joies pures du foyer dômes tique I
MAZILIER
Quand partons-nous ?
Quand tu voudras.
Après-demain.
POTAIN
MAZ1I.IER.
POTAIN
Après-demain, soit.
L'AUTfCLK 47
‘ MAZtLIER.
Alors, je te quitte.
POTAIN
Où vas-tu ?
UAZILIEK.
Je vais annoncer mon départ à la maîtresse de la maison,
POTAIN
Annonco-lui le mien en môme temps. Je n’ai pas le courape de lui dire adieu. Pauvre femme, elle avait de si bons vins! {livide son terre. A MazUier qui s’éloigne.) Sois gracieux, sois aimable, ne lui porto pas un coup trop brusque.
MAZILIEH.
Rassure-toi, c’est une femme de cœur, j’en aurai avec elle.
POTAIN
Merci. {Il se rapproche de la table de jeu.)
mazilier, rejoignant Cora, qui est toujours plongée dans une muette contemplation.
Kh bien! nous nous amusons toujours?
CORA, sans changer de posture.
Toujours.
MAZILIER , s’asseyant sur un pouf qui est devant le
canapé.
Vous no vous fatiguez pas de rester là, étendue, les yeux fixés sur le môme point?
» CORA
Norf, au contraire. Ces longues soirées m’oH'rent maintenant un puissant intérêt. Mon regard n'est plus, comme autrefois, borné par le môme horizon ; il ne s’arrête plus sur des visages fatigués, des favoris d'une uniformisé désespérante, des moustaches prétentieuses, des crânes dénudés.
MAZILIER, portant la main à sa tête.
Ah I grâce !
coBA, maiitrant Georges.
Il se repose enfin sur des traits vraiment énergiques que j’éfndie et que j’analyse avec bonheur,
MAZILIEH.
Oui, c’est cela; en véritable' syl>arite, tous contemplez voluptueusement ce visage qui porte l’empreinte des souf- ^frances que vous avez causées. {Tendrement.') On n’est pas plus sensible, plus tendre et plus humaine. Faites-moi une petite place auprès de vous, chère amie. ‘.Il s’ assied.) On se sent, à vos côtés, devenir meilleur. Vous re.spirez la bonté, la bienveillance, la charité chrétienne. Vous ôtes l’ange du pardon ! Et c’est moi qui vous ai inventée , qui ■vous ai baptisée, qui vous ai enrichie. Adorable créature, va !
coHA, le regardant. .
■■ Mais vous ôtes gris, mon cher. ' • '
HAZILIER.
Cela se pourrait bien.
coRA, se le tant et passant à droite.
Alors, veuillez me laisser.
MAziuER, la rejoignnt.
Pas avant de vous avoir dit quelques mots bien sentis que mon état d'ébriété excusera. Savez-vous, ma toute belle, que votre conduite envers ce pauvre garçon montre Georges) est. au moins, indélicate? Vous n’avez pas le droit de lui faire subir ces nouvelles tortures, car j.o vous ai comprise, chère madame, depuis longtemps, je lis dans votre belle âme.