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Elle le demande I (Marchant sur elle.) Comptez-vous donc pour rien la douleur do me sentir sous votre dépendance, de me dire qu’un mot do vous peut compromettro , mon bonheur, bouleverser ma vie? Ah ! vous connaissez votre puissance ; je ne crains pas de trembler devant vous. Oui, j’ai pour qu’ello n’apprenne mon crime... ou plutôt le châtiment qui m’a frappé... J’ai peur que son imagination ne la transporte sans co.sse à l’époque où je subissais ma peine', qu’elle ne me voie revêtu de ma livrée d’infamie. Ce souvenir qui vous .séduit, vous, qui vous attire vers moi, doit lui produire un effet contraire. Elle s’éloignera do moi, elle cessera de m’aimer. Une honnête femme comme Marcelle ne peut éprouver les mômes sensations que...
coRA, lui saisissant vivement le bras et l’attirant sur le
canapé.
Une femme comme moi, achevez donc. Oui, vous avez raison, les mômes causes doivent |iroduire sur chacune de nous des effets différents. (.4i< bunt d'un instant de silence.) Comme lu l’aimes !
GEORGES
Gerles I Pourquoi 1« nierais-je ? • •
OORA. ,
Alors, je n’ai plus d’espoir?
GEORGES
Non.
coRA, d moitié ren cersée sur le canapé-, la tête en arrière, les bras repliés sous sa. tête.
Tu as donc oublié tout notre passé, notre belle vie d’au~ Irefois, la-bas, tout là-bas, en Amérique? Notre cbainbre, l’en souviens-tu, s'ouvrait sur un jardin en fleurs, et par les croisées, mille senteurs, mille parfums p<!nétrant8 arrivaient jusqu’à nous. Au loin, on entendait la grande voix <lu fleuve, que refoulait la marée montante, et tout près de nous, le chant des oiseaux réveillés par le bruit de nos baisers. Des milliers d'étoiles, inconnues en Europe, scintillaient au-dessus de nos tètes et le permettaient de m’admirer.
« Oh! inurmurais-lu à mon oreille charmée, je n’ai jamais rêvé aussi belle créature que toi. » Tu no pouvais plus me quitter, et lorsqu'à l’horizon, apparaissaient les premières lueurs du malin, nous nous retrouvions encore à la même place. (Se penchant vers Georges, toujoursassis sur le canapé.) Ne pouvons-nous donc plus être heureux comme autrefois ?
GEORGES
Non.
COHA.
Paice que lu me méprises et que lu m’exècres. La passion, la jalousie, le dêse,-t[)oir, justifient l’acte de. brutalité auquel tu l’es livré vis-à-vis de moi ; rien ne juslifle, au contraire, la terrible vengeance que j'en ai tircOi T’accuser de vol, toi ! Te faire envoyer au bagne ; c’était infâme ! . Je m’en rends compte aujourd’hui, je déplore mon crime et je l’en demande humblement pardon. Quant aux menaces que je t’ai faites, je les désavoue. Jamais je n’ajouterai à mes autres infamies, celle de te dénoncer à la femme,. A partir
L’AUTIGLE 47 lO!)'
d’aujourd’hui, tu e» libre de ne plus me revoir : mais aie pitié de la malheureuse qui l’adore I Si tu savais comme je , souffre : je ne songe qu’à toi. Ah ! jamais amour n’a été plus ardent, jamais passion plus vive I Tu as connu la jalousie autrefois, je te l’ai fait connaître. Eh bien ! tu n’as jamais souffert la millième partie de ce que je souffre I Étaistu certain que je te trompais? Non, tu le craignais, tu le croyais, voilà tout. Moi, je sais que tu en aimes une autre, que tu l'aimes autant que tu me hais ; je sais qu’elle est belle, qu’elle est charmante, et je vous vois sans cesse dans les bras l’un de l’autre, j’entends les paroles que tu lui ' murmures à l’oreille, je compte vos baisers. Alors, mon sang bouillonne, mille transports m’agitent.,. Ah! que je souffre, • mon Dieu ! Si tu ne veux pas m’aimer, tue-moi ; je ne puis vivre sans ton amour !... {Elle essaye de lui prendre la main.) - .
UBORGES.
Ah ! laissez-moi, laissez-moi.
COBA.
Georges !
GEORGES
Laissez-moi, vous dis-je...
coRA, se lerant brusquement et passant à droite.
Ah ! rien ne peut l’attendrir ! Il n’a plus peur de moi, il compte sur mes promesses !... Parce que je lui ai juré de ne jamais trahir son secret, il me fuit, il m’abandonne ! La crainte seule le retenait à mes côtés, il ne me craint plus, et aussitôt il oublie mes prières, il se moque de mes souffrances. {Remuant à lui.) Mais tu t’es trop empressé de croire à mes serments ; les serments d’une femme comme Cora, cst-ceque cela compte ? Je serais bien bonne, en vérité, de les tenir ! Je les rétracte, ontends-tu, je les renie. Je veux'te voir comme je t’ai vu ces jours passés, ou bien ta femme saura tout. Tu refuses de m’aimer, soit ; mais j’exige que tu sois là, près de moi, pour que je te crie mon amour. Crois- , tu donc qu’il me plaise de devenir folle... Oui... folle! Mazilier a frappé juste tout à l’heure, lorsqu’il m’a parlé de folie... Ses paroles m’ont fait froid... Oui, par moments, ma
MO
, raison s’en va...Ün dirait que ma tête va éclater... Les idées m’échappent,.; Je ne vois plus ce qui se passe... J’ai peur... J’ai peur... Oui, j’ai peur de la folie... J’ai peur qu’on ne m’enferme... {S’approchant de Georges.) Ah \ tu .serais heureux, n’est-ce pas, de me voir enfermée à mon tour, pour la vie, dans une maison de fous ! Tu ne me craindrais plus<..
Si je parle, on ne me croira pas. Tu resteras libre, heureux avec elle. Eh bien! non, non... A cette pensée, la raison me revient, je reprends possession de moi' mémo. Reste dans ce salon, à mes côtés, je le veux ! {On entend du bruit à la porte de droite. Marcelle paraît.)