COR
Contentez-vous d’y *lire et taisez-vous.
UAZILIER.
Savez-vous que je suis désespéré d’ôtre pour quelque chose dans vos petites machinations, et que j’en suis arrivé à éprouver do vifs remords de ma conduite passée.
OORA.
Des remords, vous !
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■ . UAZILIF.R. -
Oiii< moi. Je suis devenu vertueux à votre contact... par esprit d'opposition. Savez-vous enfin qu’il est dangereux pourvous de pousser, aussi loin que vous le faites, la dureté et de n’avoir, depuis huit ans, qu une idée fixe. I..e cerveau sé détraque peu à peu, à ce métier-là, l'intelligence s’altère, et l’on se dirige à pas lents, sans y prendre garde, vers la Salpétrière ouCharenton.
coBA, très-émue k
Allons, laissez-moi, sortez,
MAZILIKR.
Tiens! tiens! Quelle émotion I Est-ce que j’aurais touché juste?
CORA
Sortez... vous dis-jel... {Elle s’assied à gauche^ la tête dans les mains, sans écouter Mazilier.)
UAZILIER.
"Avec bonheur... dans un instant, lorsque ces messieurs partiront. Seulement, comme eux, je ne reviendrai pas demain. Je retourne au Havre, dans !e sein de ma famille. Travail pour travail, j’aime encore mieux celui qu’on me donnera dans les bureaux de mon père que la rude besogne à laquelle je me suis livré ici pendant huit ans. Ah I le jeu I Quel métier 1 Je vous laisse en souvenir de moi, Cora, tous lescheveuxque j’avais sur latêteetqui sontpeuàpeu tombés dans ce salon, sur ce tapis, devant cette table. Si vous les retrouvez, je les confie à votre pieuse sollicitude. Adieu. {hevenant sur ses pas après s’être éloigné.) Ah ! je vous recommande aussi les cheveux de Potain... il s’en retourne avec moi, et son crâne est aussi dénudé que le mien.-(/Îpjoignanl Potain à la table do jeu.) J’ai fait tes adieux.
POTAIN, lui serrant la main et descendant à gauche.
Merci, mais, je ne puis plus partir.
HAZILIER.
*Ciel! aurais-tu gagné?
POTAIN
Non. J’ai. perdu les trois louis de mon voyage. Il ne me reste plus que mes cinquante-sept mille trois CÆnt vingtdeux francs dix centimes de dettes. J’aurai beau les offrir à la compagnie du chemin de fer de l’Ouest, en échange d’un billet, elle me les refusera ; je connais ses habitudes.
UAZILIER.
Rassure-toi. Je paye ton voyage.
POTAIN
Victor?
M.\Z1LIER
Potain !
POTAIN, lui tendant la main.
Tu es un ami, un véritable ami.
UN JOUEUR, se letant 4 la table de jeu ainsi que la plupart des autres joueurs.
Inutile de continuer. On ne tient pas tête à une pareille veine.
DE UÉZIN.
Je vous l’ai dit ; c’est impossible. - , ^
CEOBfiES. ^ . *
Messieurs, cependant...
DE MÉZIN
Vous faites ce que vous pouvez pour perdre, parbleu ! On le voit bien, mais vous ne pouvez pas. Vous nous donnerez notre revanche un autre soir. [S’approchant de Cora qui est à droite.) Adieu, ma chère amie, mille pardons de vous avoir fait veiller si tard.
CORA
J’y suis habituée...
DE MÉZIN
C’est un reproche?
CORA
Non certainement. (Elle rend les saints des autres i
personnages qui s'éloignent par le fond. A Georges
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lorsque, à son tour, il s' incline devant elle.) Faites-moi flonc le plaisir de rester encore quelques instants avec moi, cher monsieur, je désirerais vous parler.
GEOKUEs, bas.
Mais. . .
coRA, d’une voix très-brève.
n ie faut, je le' veux !
poTAiN, frappant sur Cépaule de Mazilier, qui, debout, devant la table de jeu, tourne et retourne des cartes.
On s’en va, que fais-tu là?
MAZILIER, montrant les cartes.
Je dis un dernier adieu à mes petits instruments de travail.
> * poTAi.v, saluant Cora.
Madame.». ’ ■
.MAZILIER, bas à Cora, montrant Georges.
Vous le gardez ! Pauvre garçon f Et dire qu’il serait aujourd’hui libre et hejireux si, autrefois, au lieu de vous blesser, il vous avait tuée... Enfin! on n’est pas toujours adroit !... {Il sort, Cora 1ère les épaules et redescend la scène.)
SCÈr+E III GEORGES, CORA.
GORx, s' adressant à Georges, qui, debout, garde le silence.
Eh bien! Depuis que vous venez ici, vous n’avez pas eu beaucoup à vous plaindre de moi!
GEORGES
Je ne me plains jamais.
CORA, reprenant sa place sur le canapé.
Vous êtes en compagnie d’hommes aimables, qui vous font le meilleur accueil, et, qui plus est, vous gagnez beaucoup d’argent.
Ot^ORGEâ. ^
Beaucoup trop. Vous m’avez condamné à jouer, mais non pas à garder les sommes vraiment ridicules que le hasard m’attribue. Je les ai toutes mises de côté; elles se montent dcpui.s quinze jours à plus do quatre-vingt mille francs. Les voici. {Il lire de sa poche plusieurs liasses de billels de banque et les dépose sur un meuble à droite.)
CORA
Cet argent vous appartient, je n’en veux pas. ' '
GEORGES, '■
Et moi, je ne veux pas le . garder. Il me brûle les doigts. Faites-en ce que vous voudrez, je no le reprendrai pas.
CORA
Vous avez tort. Demain vous pouvez perdre; il n’est pas juste que vous compromettiez vôtre fortune.
GEORGES
Oh 1 pour la vie que jo mène, je* serai toujours assez riche.
CORA
Vraiment ! Elle ne .vous convient pas? Les personnes que vous rencontrez ici, chaque soir, se rendent pourtaqt chez moi pour leur plaisir.
GEORGES
Je ne partage pas leurs goûts.
CORA
Et je connais, au moins, trois ou quatre de ces messieurs, qui seraient fort heureux, d’ûtre, en ce moment, à votre place. En vérité, mon cher, vous êtes ingrat envers la fortune ; elle ne vous a jamais tant favorisé.
GEORGES, quittant sa place et marchant dans le salon.
Ah! trêve de plaisanterie ! J’obéis à vos ordres, je paye votre silence le prix auquel vous l’avez vous-méme fixé, mais vous n’avez pas, j’imagine, la prétention de me persuader que je suis trop heureux de vousobéir. (Contmuant, comme s'il se parlait à lui-même.) Oh ! oui, bien heureux, en vérité, do passer mes soirées et mes nuits dans cette
maison, à tourner et à retourner ries cartes, en compagnie de gens qui me sont étrangers, tandis que là -bas on s’inquiète do mon absence, du changement qui s’est brusquement opéré dans mes habitudes, on souffre et on pleure. En ce moment elles m’attendent, peut-être; l’une ne sait pas où 'je suis, elle voudrait le savoir et elle interroge; l’autre ne répond pas, ou bien, forcée do mentir, elle invente je ne sais quelle fable pour expliquer ma longue absence ; elle sourit, lorsqu’elle a la mort dans l'àme, elle!.,. [Traversant la scène et passant à' gauche.) AhI tenez, n’évoquez pas ces souvenirs ', je suis ici, ne me forcez pas à être là-bas, auprès ■“ d’elles. N’obligez pas ma pensée à se reporter vers la chambre obscure, où ma mère, ageuouillée et tout en larmes, prie pour son fils encore séparé d’elle, oneoio condamné à de nouvelles peines.
• CORA. ■
Quelles peines? .