‹ L'article 47 drame en cinq actes et six tableaux (volume 2)Chapitre 53 sur 60 · SCÈNE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIERE

■ ' (iÈORGES, puis MADAME GÉRARD. ‘ ...

GEORGES, se promenant avec agitation^ s’arrête devant . la cheminée et regarde l’heure.

Midi ; ma mère estavec elle depuis plus de deux heures...

Ah ! c’est elle. [Courant à la rencontre de madame Gcrardqui entre par la droite.) Eh bien ?

MADAME GÉR^tRD. - .

Rien, rien encore; je ne sais rien. . '

GEORGES

Elle ne s’est pas prononc.ée?

' .MADAME GÉRARD

Non...

*. GEORGES

*■ Mais, son attitude, son air?

MADAME GKKAHU.

Je ne la regardais pas... J’étais toute à ce que je disai.«.

UBORGRS.

Ah^tu me trompes. Tu as peur de me dire la vérité!... Elle ne pardonne pas, n’est-ce pas? Elle no veut plus me voir, elle me méprise. Oh! parle... je ne crains pas... J’ai passé par tant d’épreuves dans ma vie, que je subirai encore celle-là.

MADAMK oéRARU.

Je te jure que Marcelle ne s’.est prononci-o d'aucune façon.

GEORGES

Mais, espères-tu ?

MAUAME gÉHARU.

Certainement, j’espère... Ah ! si je n’espérais pas!

GEORGES

Alors, viens... Assieds-toi près de moi, là, sur ce canapé... (//« 8 asseyent à droite.) A tes cotés, ma main dans la tienne, j’aurai plus de courage pour attendre sa décision. (L’attirant à lui et l'embrassant.) Clièremère! quelle existence je t’ai faite!... Où m’a conduit ce premier et fatal amour el^uelles douleurs il t’a causées?

MADAME GÉRARD

.Mon Georges 1 mon enfant!

• > GEORGES

Tu as tout pardonné, loi, mais elle...

MADAME GÉRARD

Elle pardonnera sans doute.

GEORGES

Ah ! comme tu dis cela... Tu vois bien que lu' n’espères pas.

MADAME GÉRARD

Mais si, je le le jure.

GEORGES

Voyons, répète-moi ce que tu lui as dit. Comment m’astu défendu? As-tu appuyé sur les motifs qui m’ont empêche de lui avouer la vérité avant de l’épouser? Lui as-tu expli^

que (}uo j’avais eu peur de la perdre... J’aurais peut-être eu assez de confiance en son amour et sa grandeur d’âme pour lui tout avouer, mais son père n’aurait jamais' consenti à notre mariage.

MADAMF, GÉRARD.

Oui, je lui ai dit tout cela, je lui ai parlé de ton enfance, de ta première jeunesse, de ton adoration pour moi, de ton ineffable tendresse, de ton cœur si dévoué et si bon ; je lui ai raconté Ion duel, la liaison qui s’en est suivie, ton arrivée au Havre et cette scène terrible, cette scène où tu as perdu la tête... où tu as commis une faute... un ci^me, si l’on veut, mais un crime que tu as terriblement expié. Je lui ai dit ta fermeté d’âme dans le malheur, tes refus d'accepter le moindre adoucissement à ta peine et toutes les souffrances cudurees pour que le châtiment et la réhabilitation fussent complets.

GKORGKS.

Elle n’a rien répondu?

MADAUK GÉRARD.

Rien.

GEORGES

Alors, vois-tu, tout est perdu... elle ne me pardonne pas... elle ne peut me pardonner! Le silence qu’elle garde* en est uue preuve ; au premier moment, et sous l’impression des éloquentes paroles que ton cœur te dictait, elle aurait pu se laisser fléchir... mais le raisonnement est venu : elle a oublié toutes les circonstances qui plaident en ma faveur ; elle ne voit plus que le fait brutal : mon crime, ma condamnation, ma peine. {Après l’atoir regardée.) Tu ne réponds rien. Ah I tu partages mes craintes.

MADAME GÉRARD, l' attirant à elle.

Non... non...

GEORGES

Dire que mon bonheur, mon amour, ma vie, se décident en ce moment. Dire que si elle pardonne, si elle veut oublier, je puis encore avoir une existenc^i si belle, près de

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cette femme que j’adore !... Et si elle ne pardonne pas, si... Ah t que deviendrai-je, mon Dieu! ' » '

UAUAME GÉRARD.

On vient.

GEORGES

Tu crois?

MADAME GÉRARD

Oui, de ce côté... On descend cet escalier.

GEORGES

C’est l’escalier qui conduit de sa chambre ici... C’est elle... Ah! je n’ai plus de forces...

(Debout, près de sa mère, il attend ému et silencieux. Marcelle paraît à la porte, premier plan droite ; elle s'arance lentement ; madame Gérard marche à sa ren- • contre pour lui offrir l'appui de son bras; elles tra-^. versent toutes les deux la scène, puis Marcelle s'assied à gauche, sur le fauteuil du premier plan ; madame Gérard est debout auprès d’elle.)

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