‹ L'article 47: drame en cinq actes et six tableauxChapitre 31 sur 56 · GORA, MAZILIER · texte numérisé non relu

GORA, MAZILIER

coRA, près de la cheminée^ à Mazilier^ qui s'avance.

Quel air abattu! Qu'avez-vous? Est-ce que Texercice ne vous réussit plus ? ^

1IAZ1LI£R.

Il me réussit, mais il m*éreinte ! {Il se laisse tomber dans un fauteuil, avec un soupir. "j Ah 1 Cora, je le sens à mes doulei^rs de tète et à mes tiraillements d'estomac, je n'étais pas fait pour les émotions de la vie parisienne. Lorsqu'on est né au Havre, on doit vivre au Havre et respirer, l'air vivifiant de la mer. Quand je pense que mon père m'attend depuis huit ans, sur le port, dans ses bureaux !

XORA. •

Allez le voir, voyagez.

MAZILIER

Voyager I C'est vous qui me le conseillez ! Oubliez-vous donc que ma maladie nerveuse date de mon deruier voyage, il y a quatre ans? Sous le prétexte d'une excursion dans le Midi et d'une visite à nos ports de guerre, vous ne craignez pas de me conduire au bagne de Toulon, moi, pauvre innocent, qui ne me doutais de rien, et de me placer en face de votre forçat. Ah! je n'oublierai jamais Témotion que j'ai ressentie ! Depuis cette époque, je traîne, je traîne, je m'étiole ! {Se penchant vers Cora.) Bon petit coBur de femme! Vous avez voulu vous assurer par vous-même que votre victime

L'ARTICLE 47 Té

subissait sa peine. Siais vous avez été bien punie. Quel coup d'œii il vous a lancé ; il vous aurait foudroyé s'il avait pu.

CORA

Mais, cher ami, il n'a pas jeté sur vous un regard bien tendre. Aussi tout à Theure, en causant avec De Mézio, ce regard m'est revenu, et j'ai tremblé pour vous.

MAZILIER

Comment I en causant avec De Mézin. Quel rapport?

CORA

Oui. J'ai été assez sotte pour m'imaginer que j'étais sur les traces de Georges Du Hamel.

MAZILIER

Ce n'est pas étonnant, vous le haïssez tant, ou vous l'aimez tant, je n'ai jamais su au juste, que vous croyez le voir partout.

GORA

Évidemment. C'est pourquoi je n'attache aucune importance à la petite émotion que je viens de ressentir.

HAziLiBR, se levant.

Quelle émotion ? De Mézin vous a padé de lui ?

CORA

Non pas. Mais en causant avec De Mézin, je me suis imaginé que je le reconnaissais dans un portrait qu'il m^a tracé du gendre de monsieur De Rives.

MAZaiER.

Le gendre de... Ab !«.. elle est bien bonne celle-là! Ce cher De Rives qui est si fier de sa naissance, de son nom aurait donné sa fille... à... J'en rirai toute ma vie.

CORA

. Calmez-vous, puisque cela n'est pas.

^ MAZIUER.

C'est dommage... C'est vraiment dommage I Mais au fait, pourquoi cela n'est-il pas ? Ne vous avais-je pas dit que Georges Du Hamel, après avoir fait son temps, viendrait

tôt ou tard habiter Paris. Quoi do plus naturel alors, qu'il sV soit épris d'une jeune fille à marier? Il aura caché «on passé, il aura trompé la famille, il aura... Ce petit roman me plaît beaucoup, j'y prends goût.

cora/ Oui, mais il pèche par la base.

MAZIUER.

Quelle base ?

CORA

Le séjour de Paris est interdit aux personnes qui ont sudl certaines peines.

MAZIUER.

Où avez-vous pris cela ?

COR A

Aux meilleures sources, auprès de monsieur Lauristot, autrefois avgcat général, aujourd'hui simple avocat.

MAZILIBR.

C'est vrai, lorsqu'il ne joue pas, il plaide. Il môle l'utile à l'agréable, utile dulci ; l'utile, c'est de jouer. [Apercet)ant Lauristot qui sort de la pièce du fond) Lauristot, nous parlons de vous, venez donc, mon cher.

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