‹ L'article 47: drame en cinq actes et six tableauxChapitre 42 sur 56 · GEORGES, CORA · texte numérisé non relu

GEORGES, CORA

CORA, s*adressant à Georges^ quiy debout^ garde lesilence. £h bien I Depuis que vous venez ici, vous n'avez pas eu beaucoup à vous plaindre de moi!

GEORGES

Je ne me plains jamais.

CORA, reprenant sa place sur le canapé.

Vous êtes en compagnie d'hommes aimables, qui vous font le meilleur accueil, et, qui plus est, vous gagnez beaucoup d'argent.

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GEORGES

Beaucoup trop. Vous m'avez condamné à jouer, mais non pas à garder les sommes vraiment ridicules que le hasard m'attribuo. Je les ai toutes mises de côté; elles se montent depuis quinze jours à plus de quatre-vingt mille francs. Les voici, -{[t lire de sa poche plusieuYs liasses de billets de banque et les dépose sur un meuble à droite- )

CORA

Cet argent vous appartient, je n'en veux pas.

GEORGES

Et moi, je ne veux pas le garder. Il me brûle les doigts. Faites-en ce que vous voudrez Je ne le reprendrai pas.

CORA. '

Vous avez tort. Demain vous pouvez perdre; il n'est pas juste que vous compromettiez votre fortune.

GEORGES

Oh ! pour la vie que je mène, je serai toujours assez riche.

CORA

Vraiment I Elle ne vous convient pas ? Les personnes que vous Ofencontrez ici, chaque soir, se rendent pourtant chez , moi pour leur plaisir.

GEORGES

Je ne partage pas leurs goûts.

CORA

Et je connais, au moins, trois ou quatre de ces messieurs, qui seraient fort heureux, d'être, en ce inoment, k votre place. En vérité,. mon cher, vous êtes ingrat envers la for- . tune ; elle ne vous a jamais tant favorisé.

QEonGKs, quittant sa place et marchant dans le salon.

Ah ! trêve de plaisanterie! J'obéis à vos ordres, je paye votre silence le prix auquel vous l'avez vous-même fixé, mais vous n'avez pas, jMmagine, la prétention de me persuader que je suis trop heureux de vousobéir. [Continuanty comme sHl se parlait à lui-même.) Oh ! oui, bien heureux, en vérité, de passer mes soirées et mes nuits dans cette

maison, à tourner et à rgtoumer des cartes, en compagnie de gens qui me sont étrangers, tandis que là-bas on s'inquiètje de mon absence, du changement qui s* est brusquement opéré dans mes habitudes, on souffre et on pleure. En ce moment elles m'attendent, peut-être; l'une Jie sait pas où je suis, elle voudrait le «avoir et elle interroge ; l'autre* ne répond pas, ou bien, forcée de mentir, elle invente je ne sais . quelle fable pour expliquer ma longue absence ; elle sourit, lorsqu'elle a la mort dans l'âme, elle4... (Traversant la scène et passant à gauch^.) Ah 1 tenez, n'évoquez pas ces souvenirs ; je suis ici, ne me forcez pas à être là-bas, auprès d'elles. N'obligez pas ma pensée à se reporter vers la chambre obscure, où ma mère, agenouillée et tout en larmes, prie pour son fils eacore séparé d'elle, encore condamné à de nouvelles peines ,

CORA

Quelles peines?

GEORGES

Elle le demande I {Marchant sur elle,) Comptez- voua donc pour rien la douleur de me sentir sous votre dépendance, de me dire qu'un mot de vous peut cwnpromettre mon bonheur, bouleverser ma vie? Ah! vous connaissez votre puissance ; je ne crains pas de trembler devant voiis. Oui, j'ai peur qu'elle n'apprenne mon crime... ou plutôt le châtiment qui m'a frappé... J'ai peur que spn imagination se la transporte sans cesse -à l'époque où je subissais ma peine, qu'elle ne me vole revêtu de ma livrée d'infamie. Ce souvenir qui vous séduit, vous, qui vous attire vers moi, doit lui produire un effet contraire. Elle s'éloignera de moi, elle cessera de m'aimer. Une honnête femme comme Marcelle ne peut éprouver les mêmes sensations que...

CORA, lui saisissant vivement le bras el Vattirant sur te

canapé.

Une femme comme moi, achevez donc. Oui, vous avez raison, les mêmes causes doivent produire sur chacune de nous des effets différents. (Au huut d'uti instant de silence,) Gomme tu l'aimes !

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0B0RGE8.

Certes I Pourquoi le nierais-je ?

CORA

Alors, je n'ai plus d'espoir f

' ' GEOROES. #

Non.

GOBA, à moitié renversée sur le canapé, la têts en arrière,

les bras repliés sous sa tête.

Tu as donc oublié tout notre passé, notre beïTe vie d'autrefois, là-bas, ^ut là-bas, en Amérique? Notre chambre, t'en souviens-tu, s'ouvrait sur un jardin en fleurs, et par les croisées, mille senteurs, mille parfums pénétrants arrivaient jusqu'à noué. Au loin, on entendait la grande voix du fleuve, que refoulait la marée montante, et tout près de nous, le chant des oiseaux, réveillés par le bruit de nos baisers. Des milliers d^étoiies, inconnues en Europe, scintillaient au-dessus de nos tètes et te permettaient de m'admirer. « Oh! murmurais-tu à mon oreille charmée, je n'ai jamais rêvé aussi belle créature que toi. » Tu ne pouvais plus me quitter, et lorsqu'à l'horizon, apparaissaient les premières lueurs du matin, nous nous retrouvions encore à la même place. [Se penchant vers Georges^ toujours assis sur le canapé,) Ne ponvons^nous donc plus être heureux comme autrefois ?

GEORGES

Non.

'CORA

Parce que tu me méprises et que tu m'exècres. La pas^ * sion, la jalousie, le désespoir, justifient l'acte de brutalité auquel tu t'es livré vis-à-vis de moi ; rien ne justifie, au contraire, la terrible vengeance que j*en ai tirée. T'accuser de vol, coi ! Te faire envoyer au bagne ; c'était infâme ! Je m'en rends compte aujourd'hui, je déplore mon crime et je t'en demande humblement pardon. Quant aux menaces que je t'ai faites, je les désavoue. Jamais je n'ajouterai à mes autres infamies, celle de te dénoncer à ta femme. A partir

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d'aujourd'hui, tu es libre de ne plus me revoir: mais aie pitié de la malheureuse qui t'adore ! Si tu savais comme je souffre : je ne songe qu'à toi. Ah I jamais amour n'a élé plus ardent, jamais passion plus vive ! Tu as connu la jalousie autrefois, je te l'ai fait connaître. Eh bien ! tu n'as jamais souffert ta millième partie de ce que je souffre ! Étaistu certain que je te trompais? Non, tu le craignais, tu le croyais, voilà tout. Moi, je sais que tu en aimes une autre, que tu l'aimes autant que tu me hais ; je sais qu'elle est belle, qu'elle est charmante, et je vous vois sans cesse dans les bras l'un de Fautre, j'entends les paroles que tu lui murmures 5 l'oreille, je compte vos baisers. Alors, mon sang bouillonne, mille transports m'agitent... Ahl que je souffre, mon Dieu ! Si tu ne veux pas m'aimer, tue«moi ; je ne puis vivre sans ton amour I... {Elle essaye de lui prendre la main.)

GEORGES

Ah ! laissez-moi, laissez-moi.

COR A

Georges !

GEORGES

Laissez-mof, vous dis-je...

coRA, se levant brusquement et passant à droite.

Ah ! rien ne peut l'attendrir t II n'a plus peur de moi, il compte sur mes promesses !..• Parce que je lui ai juré de ne jamais trahir son secret, il me fuit, il m'abandonne ! La crainte seule le retenait à mes côtés, il ne me craint plus, et aussitôt il oublie mes prières, il se moque de mes souffrances. {Reve7iantà luù) Mais tu t'es trop empressé de croire à mes serments ; les serments d'une femme comme Gora, est-ce que cela compte ? Je serais bien bonne, en vérité, de les tenir ! Je les rétracte, enlends-tu, je les renie. Je veux te voir comme je t'ai vu ces jours passés, ou bien ta femme saura tout. Tu refuses de m'aimer, soit ; mais j'exige que tu sois là, près de moi^ pour que je te crie mon amour. Croistu donc qu'il me plaise de devenir folle... Oui... folle i Mazilier a frappé juste tout à l'heure, lorsqu'il m'a parlé de folie. .• Ses paroles m'ont fait froid... Oui, par moments, ma

râùon s'en va. . . On dirait que ma tète va éclater. .. Les idées m'échappent... Je ne vois piuace qm aepaaae... J'ai peur,.. J*ai penr... Oai, j'ai peur de la i6He..« J'ai pesr qu'im ne m'enferme... {S'approchant éêGeofffêê.) Ah\ in serais hearenx, n'eet^^e pas, de me voir enfermée à mon tour, poiff la vie, dans une maison de fous ! To ne aie craindrais fkLS. . . Si je parie, on ne me croira pas. Tu resteras libre, bearenx avec eïle. Eh kMenl non. non... A celte pensée, la rùson me revient, je reprends possession de moi-même, leste dans ce salon, à meseotés, je le veux 1 {On efUenddu bruit à la porté de éraiie- MareeUê paraU*)

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