‹ L'article 47: drame en cinq actes et six tableauxChapitre 43 sur 56 · GEORGES, CORA, MARGELLE · texte numérisé non relu

GEORGES, CORA, MARGELLE

MARGELLE , /i^crettô^, irès-émiie, tris-agitéôy regardant

Georges et Ùora,

Je ne m'étais pas trompée 1

GEORGES , allant à elle.

Marcelle, voire place n'çst pas ici. Venez,

MARGELLE, réSOlue.

Non, je ne m'en irai pas... {Regardant autour d*eUe*) Ah! j'ai bien fait de vous suivre... On ne pourra plus me tromper. Je sais enân où vous passez vos soirées et vos nuits, tandis que je suis seule chez moi.

GEORGES

Je ne puis vous donner d'explication en ce moment. l>e grâce, venez, je vous en supplie, je le veux...

MARCELLE, c^vec énergie.

Et mot j« vous dis que je ne partirai pas. Aht vms me pfte^ifêz pour un entant, à qui l'on peui imposer toole» ses volontés , à qui il suflBt de dire, je veux, pour qjfïh obéisse. Non, monsieur; Fenêml a tellement souffert deptfid- quel-' ques jow» ei surtout depws quelques heures, qu'elle esl

L'ARTICLE 47 . Hl

deveQU« irne femme, une femme qui a aussi 8a volai) to et qui l'éxe^cé. l^^ai si îonglemps attendu devant la porte (te cette maison» qu'enfin je suis entrée... Maintenant» je ne partirai pas sans vous avoir dit que c'est iihé tftfamie de me tromper ainsi»

Yofift lrompefrI<.r {Montant Cifra.) Elle i» croi^ ma maîtresse \

MARGHLLK.

Niez~le.

GKOKtiKS.

Oui, je Je nie,

AtARCBLLE.

Mflfis madamer ne r#ie pas, elle f

CORÀ.

Pourquoi donc nierai-je? Quoiï... on veut bien i^apFposeiP qu'une femme comme moi, qui n'a pas dé nom, pas de posiCîori (fans' lè monde, qui est rangée au nombre des déclassées de Ja vie, est fa rivale de maidame Gérard, fille de raofiiieBr Fe c'OWite Ife Rîveis; q^T'on ose tr'ômpefr ave6' tfiîé pauvre créature eoBMiie moi^, «ne femme jewiey brillante, adnairablemeni élevée et belle comme un a»ge! Mais nen^îe ne nie pas; je suis au contraire flattée d'un tel honneur ei je ne me permettrai pas de donner un démenti à madame^

MAiiRQSiA», à Georges qui se trouve au milieu^ enirt

elle et Cura, Veuff entendez !

GEORGES, à Cor a.

Oseriez-vous jurer que je suis votre amant?

COR A

Oseries-vous jurer qûte je n'ai pas é^ rotre maîtresse?

£h bien! oui, vous l'avez été... mais aujourd'hui.,.

ITAl^GELtE .

Aujourd'hui, vous revenez chez elle; aujourdfhui, vous

WÀ L'ARTICLE 4?

m^abandonnez iwur elle. Ah I Georges » Georges, je n*aaraî& jamais cra cela de vous. Geoi^es, vous me laites bien dcr maL Georges, vous me tuez î

fifiORGBs, s* élançant vers 4lle* Marcelle!

MABCELLB, se veculanL

Non... non. [Brisée par V effort qu*eUe tient défaire^ elk tombe aceaWe et pleure.)

GEORGES

0ht Marcelle, de grâce, ne pleurez pas devant cette femme ; ne lui donnez pas la joie de vous voir ainsi accablée.

uktiCELhE^ à travers ses larmes.

Oh! qu« m'importe I que m'importe I Elle peut bien jouir de son triomphe et de mon désespoir. Qu'est-ce donc (X)ur moi qu'une question d'amour-propre, lorsque mes rêves s'envolent, mon bonheur s'anéantit, ma vie s'écroule.

GEORGES, à lui-même^ tandis que Cor a silencieuse^ impassible^ Us contemple tous les deux^ C'est impossible ! . . > Je ne puis la laisser souffrir ainsi.

HARCELLE^ à traters ses sanglots.

Me trahir ! ... moi qui Taimais tant! Qu'a-t-il à me reprocher? Que lui ai-je fait? Ne lui ai-je pas donné tout mon amour, tout mon coeur? Ne lui étais-je pas entièrement dévouée? Ne lui aurai-je pas sacrifié ma vie avec bonheur? II veut donc me tuer? Je ne suis pas forte, moi, je ne puis supporter des émotions comme celle-ci. Je le sens mkt battements de mon cœur, je n'ai pas longtemps à vivre. Et cependant, je chérissais tant l'existence depuis le jour où il m'avait dit son amour.. . Ah ! maintenant, qu'importe ! mon bonheur est détruit, Dieu peut me rappeler à lui.

GEORGES, à lui-même.

Oh ! c'est affreux ! •

MARGELLE

Je l'aimais tant! que je lui aurais tout pardonné, môme un crime; mais une trahison, jamais.

L'ARTICLE 47 4l3

GEORGES

Ahl {S'itançant vers Marcelle,) Eh bien ! je ne t'ai pas trabie ^ je t'aitne encore, je t'aime .plus que jamais et je vais 'te le prouver ; mais n'oublie pas les paroles que tu viens de prononcer : « Je lui aurais tout pardonné, as-tu dit, môme un crime. » Relève la tète et écoute : (Montrant Cora qui, depuis un instant, s'est assise sur le canapé.) Je ne suis pas l'amant de cette femme, je suis son esclave I Si je me rends ici tous les soirs, si tu m'as trouvé près d'ello, c'est qu'elle m'avait ordonné de venir et que je n'osais pas enfreindre ses ordres.(7y a verlan/ la scèn§ et passant à gauche.) Afaî c'est trop longtemps tromper , c'est trop' longtemps mentir, c'est trop longtemps souffrir! Tu veux savoir, tu sauras. Il ne faut pas que tu sortes d'ici avec cette pensée que je t'ai trahie. pour elle, je ne pourrais plus ensuite te l'arracher ; c'est devant elle que tu^ dois connaître la vérité. Nous verrons bien si cette fois elle aura J*impudeur de nier.

coBA^ à Georges,

Prenez garde... Il en est temps encore ; vous vous repentirez peut-être de cette confession.

GEORGES, à Marcelle.

Tu voisi Elleapeur quejene telivre le secret qui nous lie, parce qu'alors je ne serais plus à sa merci« Mais je ne veux plus y être... L'existence qu'elle me faisait était trop horrible... et... il s'agit de ta vie, à toi. (Montrant Cora:) Tu vois ce voile qui lui couvre le visage. Eh bien! il cache une blessure, une blessure horrible que je lui ai faite... Tiens!... je dis vrai. . . regarde. . . (Il s^ élance sur Cora et lui arrache son voile.)

CORA

Ahl (Elle détourne la tête et se cache.)

GEORGES, à Marcelle, qui traverse la scène et passe devant le canapé oit se tient Cora.

Mais regarde-la donc. Crois-tu que je puisse l'aimer? crois-tu que je puisse la préférer à toi ?

coRA, ramenant nm voile sur sa figure.

Misérable !

G ^oRGçs , à gauche , prt^ 4|5 Udrc^l^e,

J'avais yiq^t ^os.,. j'aiqiajg fpllamant ceWà oré^t^^e qui

m^ faisait harril^lamsat j^ouifrir,,. Un jour, 4»Bâ 49 ^^cès

4e fureur, de jjib>u;»ie« de fpii£, i*ai M sur #)ie ub coup 4e

pjs^olet. Tu §n as yu les traces; j'ai M arrêté, j'ai été

IIARGELLB.

Khi

COÇA,

Coridamofil inajs dites doge ^ quoi? K cinq ans d« ga^* l^^es..». cinq a^ à» bagne.,. Et il a stibi sa pain#«.. Votre m^n, inadame, l'I^omme que nous aimons est nn ani^iea forçat!,,.

C'est impossible,

GEORGES

Elle dit vrai I

MARGELLE, SB rePUlOUt.

Ah!

GEORGES

Comprenez- vons, mâintenanjt, pourquoi jp ne voulais psijs vous épouser^ malgré l'amour que j'éprouvais ponr voijs? Mai^ je n'avais plus le courage de vous fuir, je me mourais loin de vous, et,.. Comprenez-vous pourquoi j'ivitais de vous conduire dans le monde, pourquoi nous vivions isolés et mystérieux. Ahl... j'avais peqr qu'on me reconnût, que vous n'apprissiez la vérité; j avais peur de démériter d.o vous, de perdre votre amour.

MARGELLE

Mon Dieu!

GBOR&Es, montrant Cora.

Mais elle m'a reconnu, elle! elle m'a retrouvé, et, comme elle me poursuivait de son implacable baine, elle m'a condamné, sous peine de vous apprendre mon passé, à m'as*-'

L'ARTICLE 47 i45

Moir (cotes les nuito k cette table de jeu... J'ai otiéi. Aujounihui; lorsque Jes autres joueurs sont partis, elle m'a défendit de les suivre, elle m'a ordonné de rester, et elle a voulu m entretenir de l'infânae amour qu'elle prétend avoir pour moi... Ah! demandez-lui ce que je lui ai dit,... demandez-lui si je lai repoussée avec indignation!... Voilà mon secret, je l'ai gardé longtemps; lorsque je vous ai vue souffrir, je n'ai plus eii la force de me taire... J'ai perdu votre amour qui faisait ma joie, mais je vous ai évité de cruefs tourments; j'ai peut-être sauvé votre vie. Je ne me repens pas... Maintenant^ vous ne devez pas rester une seconde de plus dans cette maison. (// lui êend le br€is. Sur un geête de UateêUê.) Oh! venez; vous vous éloignerez de moi lorsque nous aurons franchi celte porte.

coRA, n'élançant devant eux.

Non... Tous ne partirez pas.., je ne le veux pas! '

uKûftoes, marchant sur elle.

Allons! retirez- vous : faites place à ma femme I

CORA

Non.

GBOaGES.

Allons ! retirez-vous ; voiiis êtes fofîe ! (Il la regarde /Ixement', elle baisée les yeux et recule vers la droite a^ee épouvante* Il profite de te mouvement , et fait paeser Marcelle devant lui. Au moment où il va sortir à son tour y Cora veut s' élancer vers l0 porte; il la poursuit encore de son regard; elle recule de nonveauy et il sort.)

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