LES DIFFÉRENTS MODES A OBSERVER
Mode du sujet signifie caractère du sujet ; or, ce caractère doit être constitué un par l'artiste, et celuici doit de plus faire rentrer cette unité de caractère ou cette puissance du sujet dans l'unité artistique, qui est celle du beau.
Un sujet n'est artistique , il n'a de l'unité ou de la beauté que s'il est conçu et traité conformément à un caractère ou à un mode déterminé et complet par sa propre unité.
Le caractère d'un sujet , d'une composition , d'un objet enfin , ne peut pas être mieux déterminé que par sa conformité avec le caractère du mode déterminé lui-même, de ce sujet, de cette composition, de cet objet.
Tout ouvrage qui n'offre point ce caractère déterminé ou dans lequel ne domine point le mode qui lui est propre, n'exprime rien d'artistique, n'atteint point l'âme et ne saurait y faire quelque bien.
On n'a besoin des œuvres d'art que parce qu'elles peuvent dire des choses puissantes par leur carac-
174 i/artistaire, section xxiii.
tère ou leur mode, choses ou objets imaginés pour propager l'amour du beau ou de la vertu. Obtenir cette puissance ou cette unité du mode est donc pour l'artiste un grand devoir, une obligation constituant sa tâche sociale d'artiste.
Ne peut-on pas comparer l'artiste qui se mettrait à l'œuvre sans se préoccuper des prescriptions du mode dans lequel il aura à Actionner, à un riche ignorant qui, s'inquiétant peu de la destination du lieu dont il ordonnerait l'ameublement, ne manquerait pas d'y mettre un peu de tout, étalant ainsi à son insu toutes sortes de contre-sens?
Les anciens distinguaient cinq modes principaux : le phrygien, le dorien, le lydien, l'ionien et le lesbien. Ces modes semblent comprendre tous les caractères : le phrygien est fier, impétueux , ardent et terrible ; le dorien est simple , grave et d'une décence majestueuse ; le lydien est tendre , mou et même excitant les larmes; l'ionien est gracieux, élégant et délicat; enfin le lesbien est riche et magnifique.
L'association d'un autre mode quelconque au mode adopté, produit un mode composé. Ces participations , soit à un mode , soit à plusieurs , ne doivent point être tellement importantes qu'elles détruisent l'unité du mode dominant ou du caractère déterminé et adopté par l'artiste pour son sujet.
Il faut que , dès les premiers vers , on reconnaisse
le mode ou le caractère du sujet entrepris par le poète ; la même clarté doit avoir lieu de prime abord en présence d'un édifice, d'un tableau , d'une statue, d'une danse, etc. C'est donc cette unité dans le mode de chaque œuvre qui la constitue claire , frappante et imposant positivement à l'âme selon l'intention de l'artiste voulant arriver à ses fins, qui sont le beau, le bon , et de là, l'enseignement de la vertu.
SECTION XXIV
L'INVENTION. — L'ORIGINALITÉ. — LES COPIES. — LA DISPOSITION. — LA CLARTÉ. — ET LES ÉQUIVOQUES.
On n'invente pas , on ne trouve pas sans composer ; on ne* compose pas sans disposer.
Le mot invention provient des mots latins inventus,invenire, qui se traduisent en français, par trouvé, trouver ; ce serait donc s'exprimer mieux de dire en parlant d'un poëme : Cet ouvrage offre plusieurs caractères bien trouvés , que de dire : Plusieurs caractères bien inventés.
Si ce qu'on invente n'est pas trouvable, c'est
176 l'artistaire, SECTION XXIV.
qu'on n'a pas inventé, on a rêvé. Un statuaire maniériste a-t-il inventé un muscle de trop sur la cuisse d'une statue, on ne dira pas qu'il l'a trouvé. Ce n'est pas l'homme qui est créateur et inventeur, c'est Dieu; l'homme artiste cherche; il trouve; il combine ou compose; et, pour parvenir, il procède à la disposition de l'ensemble et des parties de son œuvre, œuvre où doit toujours être excellente l'imitation.
Vous venez d'inventer ou de trouver un sujet; c'est, par exemple, le jugement de Salomon , quelle composition faites-vous avec ce sujet, et quelle disposition donnez-vous à votre sujet? Si vous ne comprenez pas tout d'abord l'importance de cette question, c'est que vous n'êtes pas encore initié.
Un auteur dit avoir trouvé un sujet artistique ; cet auteur sait apparemment ce que c'est qu'un sujet artistique. Admettons que ce sujet soit tel ; il reste à savoir si ce qu'on a trouvé est un sujet qui n'attend qu'un ou plusieurs modèles pour être constitué, ou, si l'on n'a trouvé qu'un modèle heureux propre à produire un beau sujet. Or, presque toujours il vaut mieux s'attacher à un modèle particulier, duquel puisse ressortir un beau sujet, qu'à un canevas ou idée générale toujours un peu vague , qui , pour devenir un sujet, oblige l'auteur à découvrir ensuite des individus modèles qu'il est rare de trouver excellents ou appropriés à ce sujet. Un artiste est donc
dans une moins heureuse position , lorsqu'il lui faut réaliser avec des modèles qu'il ne possède point encore le sujet qu'on lui a imposé , ou dont il a seul conçu l'idée première et générale, que lorsqu'ayant trouvé et mis à sa disposition un modèle saisissant dans lequel il a aperçu , il a reconnu un sujet pour lequel il sympathise, il ne lui reste plus qu'à constituer en sujet complet ce modèle.
Le plus précieux modèle pour l'artiste , ce n'est pas celui qui offre positivement et évidemment plusieurs beautés quelconques, c'est celui qui, dans son unité, donne le plus d'indications des espèces de beautés appartenant au caractère ou au mode déterminé par l'artiste. Il y a sur certains individus des indications manifestant les mœurs, les passions, les caractères physiques, et cela plus positivement peut-être que ne feraient des perfections même moins inspiratrices que ces indications ; celles-ci suffisent à l'artiste, parce que l'art est le modificateur des individualités propres à la matière du sujet qui est à mettre en œuvre. Homère, Phidias, Mozart ne s'avisaient pas de copier un individu , iis copiaient lai nature , mais ils la copiaient selon Part. Les modèles de Tartufe , de l'Avare , sont à la disposition! de tous les poètes. Pourquoi Molière seul a-t-il su faire avec ces modèles des chefs-d'œuvre? C'est qu'il
a su trouver, choisir et composer selon l'art ou selon
178 l'artistaire , SECTION XXIV.
le beau ; c'est que le plus souvent il fut inspiré par un modèle particulier et saisissant, modèle avec lequel ou à l'aide duquel il sut féconder et mettre au jour un grand sujet.
Horace aimait l'originalité, mais il craignait peutêtre de la prescrire ; aussi recommande-t-il d'imiter les modèles grecs , et il veut qu'on les interroge nuit et jour. Mais pourquoi cette prescription d'Horace? Ce n'est pas pour faire parvenir à des singeries , mais pour faire parvenir jusqu'au vrai secret ou initiation de l'art, en interrogeant la nature , afin d'être non seulement artiste original, mais aussi artiste utile.
Si l'art sert à cacher l'art, il faut qu'il cache l'imitation des imitations. Certes, un artiste qui veut être soi et original doit respecter ses propres sympathies et les spontanéités qui lui sont particulières ; mais qu'il les ménage avec discernement et qu'il ne mette pas à la place de la nature quelque goût favori dont il se sera peut-être engoué pour un temps seulement. Au surplus , celui qui suit un autre, reste toujours derrière. Ce n'est donc pas à l'aide d'un autre , c'est à l'aide des lois éternelles de l'art ou du beau , à l'aide de la nature et à l'aide de soi qu'un artiste est original.
Une œuvre ne porte point le cachet artistique lors qu'elle est faite en imitation d'une autre œuvre ; les
artistes doivent, il est vrai, puiser à la même source la nature ; mais ils ne doivent point s'imiter.
Ce sont les grands secrets de l'art, ce ne sont pas certains modèles particuliers ou exemples qui doivent passionner l'artiste. Ainsi, personne ne pouvant chanter avec la voix d'un autre , il faut que chacun chante très-bien avec la sienne.
Un écolier avait remarqué un de ses camarades qui imitait fort résolument, à l'aide d'un pipeau , le chant du rossignol, et il se mit à contrefaire cet imitateur. Un troisième, plus avisé et plus réfléchi, voulut les surpasser, et il alla s'instruire à la vraie source. Ce fut donc dans le bois qu'il voulut se placer près du modèle ; et, après avoir bien étudié et avoir fréquemment répété et reproduit les modulations, la sonorité et tous les accents variés de cette voix brillante , il alla provoquer au milieu de ses camarades un jury capable de juger le plus méritant des trois concurrents. A peine eut-il fini son chant que ses deux rivaux furent presque couverts de huées , malgré leur adroite et fantastique approximation. Cependant le premier qui avait mis en train ce jeu se piqua d'émulation; lui aussi, alla donc étudier d'après nature, et là, il mit en action sa facilité, sa façon énergique et son originale individualité. Le jour où il vint se comparer à ses deux autres camarades , toute l'école le déclara virtuose ; en effet, son
180 l'artistaire , SECTION xxiy.
imitation , toujours vraie , était puissante, facile et
originale : on croyait entendre le rossignol.
Pourquoi la nature qui est si vieille reste-t-elle toujours jeune et ne cesse-t-elle de plaire? C'est qu'elle n'obéit qu'à son propre principe ; les ouvrages d'un artiste plairont dans tous les temps et ne vieilliront jamais, s'il a obéi à son art, dont le principe immuable a pour source la belle nature, et s'il a refusé d'obéir à la mode qui n'est jeune que pour un temps, exclut l'originalité, et dont la vieillesse paraît insupportable à tout le monde.
Vous dites qu'on ne peut plus rien inventer de nouveau et que l'originalité est devenue impossible; cela est vraisemblable en fait de sottises, mais en fait de chefs-d'œuvre, votre assertion n'est pas juste. Raphaël fut neuf, quoiqu'il peignit la millième ou peutêtre la cent millième madone de la chrétienté ; et le Jupiter de Phidias fat neuf, bien que précédé et suivi de plusieurs milliers de Jupiters. Osera-t-on jamais dire à un grand capitaine qu'en fait de bataille il n'y a plus rien à inventer ?
Quant à l'art des copies (fac-similé prétendus d'originaux), il est aussi utile, aussi louable et aussi étonnant que l'art enseigné patiemment à certains animaux imitateurs. Cependant l'orgueil du copiste impose bien souvent le nom de création à ce qui n'est qu'une heureuse singerie.
INVENTION y ORIGINALITÉ , DISPOSITION, ETC. 181
Le copiste n'est responsable et engagé que vis-àvis d'une œuvre d'art ; l'artiste qui, au contraire, imite d'après la nature en général, est engagé et responsable vis-à-vis de celle-ci, et quand il faillit en fait de beauté, il est seul coupable; l'original ne saurait l'excuser.
Si les auteurs sont embarrassés pour copier leurs propres ouvrages, comment un étranger réussiraitil à les copier? Les copies sont des faux. Ainsi qu'aux traducteurs , la fidélité ou la vraie reproduction est interdite aux copistes.
Les copies, comme les traductions, ne peuvent donc être que de plus ou moins ingénieux équivalents.
C'est pour cela qu'il n'y a pas de textes plus précieux sous le rapport de l'authenticité que ceux qui ont été gravés sur le métal ou sur la pierre , et qui ont ainsi traversé les siècles sans aucuns remplaçants pour venir nous donner eux-mêmes témoignage.
Les Grecs ont imité des originaux , mais par une imitation libre dans laquelle subsistait l'individualité de l'artiste occupé à produire un équivalent à l'original; mais, pour atteindre ce but, ils empruntaient à des modèles vivants de convenables et heureuses individualités ; de telles copies devenaient ainsi des originaux.
Celui qui fictionne d'après nature compose et
182 l'artistaire, section xxiv.
anime son œuvre par sa propre originalité ; mais le copiste qui Actionne d'après une fiction ne peut sans infidélité se rendre original.
Un maçon qui fait une maison toute semblable à une autre maison peut-il se dire architecte? Non , assurément : eh bien ! un peintre qui sait faire un tableau tout semblable à un autre tableau, et dont le pinceau ne sait faire que cela , ne devrait pas se dire artiste.
Le mot disposition, bien qu'il signifie dans le langage de Part une condition très-essentielle, effraie quelquefois les amis de la naïveté et de la spontanéité , et ils s'effarouchent par conséquent aussi aux mots arrangements, agencements, coordonner, symétries, contrastes, etc. Ne dirait-on pas qu'ils ne veulent plus d'art, mais seulement des calques de tout ce qui saisit leurs caprices, en présence des individualités ? Cependant disposer, arranger selon l'art, veut dire disposer selon la nature choisie belle, et ainsi modèle incontestable.
Certes, une excellente composition doit sembler être un heureux effet du hasard ; mais elle ne serait point excellente si, sous cette apparence d'un hasard heureux, elle ne laissait point découvrir l'utile principe du beau , et les secrets sociaux de l'art, c'est-àdire les combinaisons d'où résulte l'harmonie, la condition éternelle enfin de tout ce qui est beau,
bon et parfait; celle de l'unité. Or, une heureuse disposition qu'on peut contrôler mathématiquement contribue à faire ressortir comme un enseignement, cette unité principe du beau.
Voici venir un drame scénique; l'auteur s'est dit : Le vrai génie s'affranchit des règles, je n'ennuierai point par les règles ; je surprendrai , j'attacherai par l'imprévu , je triompherai par le fantastique qui m'est propre. Hélas! le commencement de l'œuvre faussement disposée laisse languir la curiosité ; le milieu devrait être à la fin et la fin n'est qu'un tronçon mesquin ; il en résulte que notre auteur a fait siffler une sottise.
Avisez -vous donc de dire à un tel producteur fantastique que, dans toute œuvre artisque, il y a à observer une dialectique, laquelle conduit à des déductions, et enfin à la persuasion!
La clarté résulte de l'unité , le défaut de clarté s'oppose à la facilité de perception. Or, la peine dans la perception constitue la laideur ; il y a donc toujours clarté dans une œuvre où règne l'unité. Aussi les sujets simples ayant par eux-mêmes une grande valeur en acquièrent- ils une bien plus grande et deviennent-ils puissants par l'effet de cette clarté artistique résultant de l'unité. Cette clarté, on le reconnaît, serait détruite par des équivoques , soit de perspective , soit de geste* de forme, de chant , de
184 L'ARTISTAIRE , SECTION XXIV.
danse, dans toutes les productions de l'art. Ainsi la clarté, c'est l'ordre, c'est la simplicité de la disposition, c'est l'évidence de la destination des choses et du caractère de leur ensemble : un aussi grand principe doit être respecté.
Quel est, demande un observateur, le sujet de ce groupe décorant là-bas le jardin des Tuileries, et qui ne se débrouille pas bien ? On lui répond : C'est la mort de Cléopâtre. — Mais , de loin , cela semble faire paquet. Dites-moi donc encore quel est le sujet de cet autre groupe bien embrouillé aussi, et apprenez-moi combien il offre de figures? — C'est Énée portant son père Achise ; on y découvre aussi le petit Ascagne. — Pourquoi donc les autres marbres du jardin signifient-ils clairement, de loin, leur sujet? — C'est qu'ils sont des répétitions ou copies d'ouvrages antiques. — Eh bien ! pourquoi tous les autres morceaux de sculpture du jardin ne seraient-ils pas aussi bien débrouillés que ceux-là? pourquoi ne pas faire toujours comme les anciens en ce point? C'est que, dans un pays où trop de gens sont intéressés à corroborer l'empire de la mode, c'est au tribunal de celle-ci et non au tribunal du public que sont jugés les artistes.
C'est encore parce que la clarté ou la simplicité est une espèce de vertu, que toujours la clarté ou la simplicité est recherchée par les grands cœurs ; sou-
vent l'obscurité ou la confusion est recherchée par les fourbes.
On peut dire, à propos de la clarté, que la théorie de la peinture, par exemple, peut emprunter à la théorie de la musique certains rapports qui , dans celle-ci, sont établis entre la mélodie et l'harmonie. On peut donc dire de même que l'unité toujours claire et saisissable du chant le fait dominer parmi les unités secondaires et variées réduites en harmonie; de même dans un tableau l'unité toujours claire et saisissable du sujet ou du motif principal doit dominer du milieu des variétés ou unités subalternes nécessaires au tout ou à l'ensemble de la mise en scène et soumises à l'harmonie dans ce tout.
C'est une espèce de malheur pour l'artiste de n'avoir pas aperçu certaines équivoques qu'il maudit trop tard, et après avoir vu les plaisants s'en divertir, forts qu'ils sont toujours du principe tout artistique de la clarté. Avec quelle gaieté, en effet, les moins connaisseurs n'accablent-ils pas de comparaisons plus ou moins plaisantes le pauvre auteur d'une équivoque.
Un peintre travaillait à un tableau représentant un Arabe exténué de faim sur le sable du désert. On apercevait un bout de manche rayé rouge et blanc et qui malheureusement ressemblait beaucoup à un carré de mouton. Un confrère consulté se mit à dire : « Mon ami, dis donc à ce brave homme que tu lui as
186 L'ÀRTISTAIRE; section XXIV.
mis de la viande tout près de lui. » Ce plaisant critique ajoutait , en parlant de certains petits nuages blancs groupés sur le ciel du même tableau : « Tu as donc fait décharger là-haut une voiture de pavés. » Mais une troisième moquerie devait s'adresser à un tableau que ce confrère alla toucher du bout du doigt ; « Qu'est-ce que ceci? dit-il. — Ne vois-tu pas que c'est la jambe gauche de ce soldat combattant? — Je t'assure, moi, que c'est un fourreau de sabre. » Dans un tableau, les figures ne formaient qu'un groupe serré et isolé au milieu de leur champ trop vaste et trop nu : « Oh ! oh ! s'écria un critique, quelle drôle de composition il nous a faite là! C'est une botte d'asperges. » Sur le portrait d'un pape assis à son bureau, la main paraissait plutôt de bois que de chair : « Pourquoi donc cette clochette près de lui? se mit à dire un plaisant; elle est inutile, puisque le bruit que les doigts feraient sur la table suffirait pour que le pape soit entendu de ses gens. » On voyait en sculpture le ministre Sully implorant pour quelqu'un la clémence de Henri IV, et, se jetant aux genoux du prince, celui-ci lui disait : ce Relève-toi, ils croiraient que je te pardonne. »
Ce sujet, un poète pourra le rendre avec clarté; mais, en sculpture ou en peinture, il sera mal compris : une équivoquë aura lieu , puisque le prince y semblera pardonner au ministre.
Un critique jovial s'exprima ainsi au sujet d'un peintre qui ne réussissait que dans Pimitation des satins, et qui, dans un tableau, avait représenté des personnages près d'un édifice en construction : « Ils ont des habits de satin , des figures de satin , des mains de satin ; dans ce tableau le ciel est en satin, les pierres sont en satin , le mortier même est du satin. »
Quant aux équivoques qu'a produites plus d'une fois le ciseau des sculpteurs chez les modernes, on peut en signaler plus d'une éprouvée par le spectateur sous certains aspects. Mais c'est surtout lorsqu'ils ont voulu faire du lointain que les sculpteurs, sur leurs bas-reliefs, ont opposé des pygmées aux géants des premiers plans.
Est-ce que les architectes eux-mêmes n'édifient pas quelquefois chez nous des équivoques?
Pourquoi le poète équivoquant serait-il épargné dans cette critique? Aucun privilège n'est là pour l'en garantir. Bien souvent donc, lorsqu'il aspire audacieusement à s'élever jusqu'au plus haut du fantastique de son idéal, on le voit se perdre ridiculement dans les plus obscures excentricités.
Quant au musicien, lorsqu'il agit sur nous par le moyen de l'orgue et qu'il se livre à ses vigueurs, ne nous fait-il pas entendre parfois les cris affreux de l'éléphant? N'équivoque-t-il pas encore, lorsque son
188 i/artistaire, section XXIV.
instrument pénétrant nos oreilles par d'aigres naziards, nous rappelle , malgré l'instrumentiste , certaines voix contre nature et qui sont en aversion à tout le monde?
Le geste du mime mal instruit déroute parfois le spectateur en mettant sous ses yeux, au lieu du personnage voulu par le poète, une espèce de fou , abaissant ainsi le caractère scénique ou le mode de l'œuvre.
Reste l'artiste gymnastique que nous ne voulons considérer que dans la danse. Souvent il équivoque en blessant la décence antique et en développant non la dignité de son art , mais des poses toutes de fausseté et en faisant trop souvent parade de soubresauts indignes de l'homme et de sa raison toujours conservatrice du mécanisme affecté par la nature au corps humain.
Ainsi, le principe de l'unité doit dominer les beauxarts et imposer à tous la clarté prescrivant les équivoques.
l'imagination, l'inspiration, etc. 189
SECTION XXV
l'imagination. — l'inspiration. — LE spiritualisme.