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INSTITUTS SOLVAY (SOCIOLOGIE) IS

L’ARYEN ET L’ANTHROPOSOCIOLOGIE

En voici un exemple : deux villes universitaires de Belgique, Bruxelles et Louvain, présentent des différences très nettes au point de vue des étudiants immigrés. L’Université catholique de Louvain a plus de flamands, l’Université libre de Bruxelles a plus de wallons. L’indice céphalique des étudiants immigrés de Bruxelles est plus élevé que celui des étudiants immigrés de Louvain. Si l’on voulait rigoureusement étudier ces deux catégories d’immigrés, il faudrait composer des séries suffisantes avec des sujets de même provenance, non pas provinciale, ni cantonale, mais communale.

Tous les arguments qui viennent d’être développés doivent être opposés à l’ensemble des lois de l’Ecole comme autant de questions préalables. Elles sont toutes entachées des mêmes erreurs. Mais il y a plus encore : chaque loi en particulier est contredite par des faits nombreux.

La loi de la répartition des richesses s’applique à une époque toute récente; la plupart des industries des départements du Nord, en Erance, dépendent du milieu favorable à leur établissement; les mines de charbon du Pas-de-Calais n’ont pas cinquante ans d’exploitation. L’énorme expansion industrielle de l’Allemagne est plus récente encore, elle ne date que de 1870.

La loi des altitudes varie selon les contrées. En Italie, Livi a constaté que la répartition de l’indice céphalique n’a aucun rapport avec le relief du sol. En Espagne, Oloriz a observé que les parties les plus hautes ont l’indice le plus faible, les parties basses et tout le littoral atlantique sont occupés par des populations dont l’indice est plus élevé et arrive même à la sousbrachycéphalie. C’est donc tout le contraire de la loi. En Hollande, les brachycéphales occupent les parties les plus basses de la Zélande. En Belgique, les invasions germaniques ont refoulé les populations, les unes vers la région montagneuse, les autres vers le littoral, c’est-à-dire les parties les plus basses du pays. La proportion des brachycéphales bruns est très importante dans la Elandre occidentale, où Ostende a un indice plus élevé.

La loi de la répartition des villes. Si la plupart des villes importantes se trouvent dans les vallées, souvent adossées à un cours d’eau, leur emplacement dépend du milieu. Si les envahisseurs victorieux s’y sont fixés, il n’est pas étonnant que l’indice céphalique se trouve abaissé. Ce n’est pas dans les contrées montagneuses, dont les communications sont difficiles, que des centres urbains peuvent se développer. Les nombreux cimetières francs découverts en Belgique, et dont l’indice moyen est de 76, se trouvent dans les vallées; dans la province de Namur et le Luxembourg, dont le relief est accusé, c’est dans les parties les moins élevées qu’ils ont été rencontrés.

La loi des indices urbains a été trouvée en défaut en Italie, en Espagne, en Angleterre et en Belgique; nous nous sommes suffisamment étendu sur ce point

Illme PARTIE — L’ANTHROPOSOCIOLOGIE

pour ne pas y revenir, mais rappelons cependant que Biuxelles est un exemple frappant en contradiction manifeste avec la loi.

La loi d’émigration varie selon les milieux : ce sont des causes le plus souvent économiques qui poussent les individus à quitter leur sol natal.

Les migrations de la population belge montrent deux courants : les populations des Flandres de densité élevée, de natalité forte, d’instruction minimum, versent leur excédent dans les métiers inférieurs ; les Luxembourgeois sousbrachycéphales, avec le minimum de densité de population, mais le maximum d’instruction, immigrent dans les villes, entrent pour la plupart immédiatement dans les classes moyennes ou supérieures. 11 n’y a pas de loi d’émigration. C’est partout le milieu qui commande en maître.

La loi de concentration des dolichoïdes se confond avec la loi des indices des urbains. 11 n’y a pas à y revenir. Les villes sont plus mélangées que les campagnes et il est naturel que les différents indices se fusionnent.

La loi d’élimination urbaine est en contradiction avec d’autres lois de l’Ecole, qui prétend d’un côté que l’indice céphalique tend partout à s’élever et de l’autre qui affirme l’élimination des brachycéphales. Elle est contredite également au point de vue de la disparition rapide des populations urbaines, par l’enquête de l’Institut de Sociologie Solvay, dont il a été question antérieurement. En Belgique, le type blond, haut de taille, a un périmètre thoracique souvent insuffisant, il paie à la tuberculose pulmonaire un tribut plus lourd que le type brun.

La loi de stratification , pour être vraie, doit être énoncée en sens inverse : dans la même localité, l’indice céphalique va en augmentant des classes inférieures aux classes supérieures. Quant à la taille, elle augmente des classes inférieures aux classes supérieures; elle suit l’échelle de la nutrition.

La loi des intellectuels est la seule exacte : le crâne des intellectuels est plus développé dans toutes ses dimensions et surtout en largeur. Mais elle ruine de la manière la plus complète toutes les autres lois. 11 est facile de démontrer l’antagonisme en opposant M. de Lapouge à M. de Lapouge. 11 commence par trouver au dolicho-blond, un indice céphalique de 72 à 76 sur le vivant; cela est exact pour le type ancien, moins mélangé. Mais il sort de la vérité en ajoutant qu’il y a une amplitude de variation de cinq unités au-dessus de la moyenne de chaque sous-race. Quand on constate dans les moyennes une pareille élévation, c’est que le dolicho-blond s’est croisé avec le type brachycéphale, en acquérant un indice qui se trouve à égale distance des deux types composants. L’atténuation de la projection faciale et la diminution de la bosse occipitale attestent manifestement la fusion. Or, ce croisement est considéré comme un métissage détestable par M. de Lapouge, parce qu’il attribue toutes les qualités à un type et tous les défauts à l’autre. D’un autre côté, il reconnaît, dans une loi qu’il formule, que les intellectuels ont une

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largeur crânienne plus grande, donc un indice plus élevé, et comme il s’aperçoit qu’il se contredit lui-même, il fait un distingua : il appelle eurycéphalie, mot créé par Broca, la largeur des inte’lectuels, et réserve la brachycéphalie aux gens du commun.

Ammon est plus prudent, il accorde moins de défauts au brachycéphale, ce qui lui permet de dire, quand il constate un indice plus élevé chez les gens instruits et surtout chez les savants, que cet accroissement est dû à une infusion légère, à un croisement peu intense du dolichocéphale avec le brachycéphale dont les qualités s’associent et se tempèrent.

Mais alors nous demanderons à l’Ecole, comment il se fait qu’elle puisse admettre la loi de concentration des éléments les plus dolichoïdes par la sélection.

Nous lui demanderons pourquoi elle se lamente de l’élimination de ce type morphologique, puisque l’élément au-dessus du commun tend à acquérir un type opposé.

La loi de l’accroissement de l’indice, qui' s’élève lentement depuis les temps préhistoriques, est en parfaite harmonie avec la loi des intellectuels et avec le développement progressif de la civilisation ; mais elle met toutes les théories de l’Ecole d’Anthroposociologie en bien mauvaise posture.

Onze lois ont été codifiées et promulguées, mais les deux dernières rapportent les neuf autres. Dura lex sed non lex.

M. DE Lapouge (i), type de l’égocentrisme débordant, s’imagine impressionner le lecteur incompétent en lui affirmant que « sur tout le globe » les ouvriers de l’Ecole sont à l’œuvre.

11 faut en rabattre, il y a peut-être une bonne demi-douzaine d’artisans à l’œuvre.

Les recrues qu'ils feront ne seront pas nombreuses, car l’on commence un peu partout à s’apercevoir que cette pseudo-science n’est qu’un des masques du pangermanisme.

Jean Finot, dans le Roman de la race française (2), et dans le livre tout récent, le Préjugé des Races (3), passe en revue un grand nombre d’arguments, qu’il emprunte à des sources diverses et les oppose aux thèses de l’Ecole. Notre critique présente avec la sienne de nombreux points de contact, mais il nous est impossible de souscrire à toutes ses conclusions. 11 nous permettra de lui dire que l’Anthropologie ne doit pas être rendue responsable des hérésies publiées sous son couvert. Qiioi qu’il en soit, Jean Finot a combattu le bon combat;

(1) L’Aryen, préface, p. 12.

(2) Rtvite (Revue des revues), i et i5 novembre ,1904.

(3) Paris, Alcan, 190'.

Illme partie - L’ANTHROPOSOCIOLOGIE

il a relevé avec vigueur les tendances passionnelles de cette théorie. Manouvrier, Livi, Oloriz, Ripley, Fouillée et Salomon Reinach, pour ne citer que ceux-là, ont signalé, à des points de vue divers, l’incohérence des vues anthroposociologiques.

Nous nous sommes joint à eux pour montrer que l’anthroposociologie n’est qu’une pseudo-seience, bâtie sur des erreurs fondamentales et des déductions puériles.

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