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PREMIERE PARTIE

L’Aryen

Il y a cent dix-huit ans, William Jones signalait la parenté du sanscrit, du persan et des langues européennes; en mettant cette question à l’ordre du jour des études linguistiques, l’éminent sanscritiste ne se doutait pas du chemin que parcourraient ses successeurs. Ceux-ci, au lieu de se confiner dans l’aire très vaste mais cependant limitée de leurs recherches, envahirent peu à peu tous les domaines : histoire, archéologie préhistorique, géologie, minéralogie, zoologie et botanique, anthropologie et sociologie, sans oublier la politique.

Les migrations de la « Question Aryenne » furent nombreuses, passant de l’est à l’ouest, d’Asie en Europe, puis refluant d’Europe en Asie. Au mirage oriental succéda le mirage occidental. Enfin, après avoir été ballotté en longitude, en latitude et en altitude depuis la Bactriane jusqu’à la Scandinavie, le berceau des Aryens s’est arrêté, pour un instant, dans les lagunes de la plaine de Latham, baptisée de ce nom par un avocat de Montpellier, M. Vacher de Lapouge. C’est dans cette plaine brumeuse et désolée qu’aurait grandi le proto-aryen, le créateur de toutes les civilisations; c’est de là que ses essaims de plus en plus nombreux seraient partis en quête de contrées plus clémentes, habitées par des races esclaves-nées qu’ils auraient fécondées de leur eugénisme bienfaisant. Malheureusement pour le dolicho-blond, son eugénisme l’épuise, et si le monde périclite, si la question sociale se dresse menaçante, c’est parce que la bonne graine se fait rare. Aussi, pour la conserver, pour la préserver et pour la multiplier, il s’est fondé une Ecole qui, malgré son horreur pour les métis, est sortie de l’union de l’anthropologie et de la sociologie.

L’Anthroposociologie, — sans trait d’union, — a été fondée en 1886, à Montpellier. Son fondateur veut bien dire à ces contradicteurs (i) : «j’assiste à ces vaines tentatives, j’ai plutôt pitié des pauvres arriérés qui dans leur ignorance essaient d’arrêter la mer montante avec de petits pâtés de sable! » 11 serait sage de se rappeler la vogue extraordinaire de la phrénologie de Gall, œuvre qui s’est

(i) V. DE Lapouge. L’Aryen, p. 450.

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effondrée de toute la hauteur à laquelle des adeptes incompétents l’avaient élevée. Le discrédit a été tel, que la craniologie a failli sombrer; cette partie importante de l’anatomie, illustrée par les Blumenbach et les Daubenton, n’a repris crédit qu’avec les travaux de Broca. Elle est désormais assise sur une base assez solide pour résister aux tentatives d’applications hâtives. Parmi celles-ci, l’exemple du criminel-né devrait rendre plus prudent et surtout plus modeste le père de l’Anthroposociologie, « cette pseudo-science », comme l’a justement dénommée un éminent élève de Broca, le professeur Manouvrier (i).

Ce savant a montré que la doctrine doit être rejetée de l’anthropologie et de la sociologie; si après lui nous affrontons encore la pitié du novateur, c’est pour faire voir à ses adhérents instruits, mais incompétents, qu’il font fausse route en emboîtant le pas.

Depuis l’étude critique de Manouvrier, la littérature anthroposociologique s’est encore accrue de nombreux ouvrages, dont les auteurs ignorent même ce qu’est la sociologie. Cette science générale qui a tant de peine à se dégager de l’étreinte séculaire de l’hyperphysisme, doit reposer sur une base biologique; mais si l’anthropologie doit guider la sociologie, si celle-ci doit se servir des mêmes procédés de recherches, il faut avouer avec Manouvrier qu’elle est loin d’être en mesure, dès à présent, de pouvoir expliquer les phénomènes complexes des sociétés.

La première tâche qui s’impose, c’est l’élimination de toute métaphysique : « La métaphysique, dit fort exactement Emile Faguet (2), est la science de ce qui n’est pas scientifique, la connaissance de ce qui ne peut être connu, et l’art de prouver ce qui par définition ne se prouve pas. C’est une apologétique. »

Qiiand la sociographie, débarrassée des éléments qui l’encombrent et l’étouffent, pourra fournir un contingent de faits bien observés, la sociologie les interprétera, les coordonnera en s’éclairant de toutes les données fournies par les sciences connexes, et c’est seulement alors qu’elle pourra s’ériger en réformatrice. Elle se substituera à la sociotechiiie empirique qui nous gouverne; elle proposera des règles capables d’assurer à l’individu, le maximum de bien-être avec le minimum d’effort; ces règles, d’ailleurs, ne seront jamais applicables qu’à un milieu spécial et elles varieront d’après les énergies mésologiques disponibles. Dès maintenant, son idéal est, selon l’heureuse expression de E. SoLVAY, « la domestication des énergies cosmiques. »

(1) L’indice céphalique et la pseudo-sociologie. Revue de l’Ecole d’anthropologie de Paris, i5 novembre 1898.

(2) Passion et logique, La Revue (ancienne Revue des Revues), 1 novembre 1904, pp. 46 et suivantes.

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De toute manière, on peut dès maintenant affirmer, sans pour cela prendre des allures de prophète, que lorsque le catéchisme de sociotechnie positive fera son entrée dans le monde, la sociologie aura depuis longtemps perdu le souvenir de la naïve, mais prétentieuse Ecole d’anthroposociologie, qui a légiféré dès sa naissance et dont tout le code repose sur deux coups de compas appliqués sur la boîte crânienne.

Entrons, sans plus tarder, dans la critique du sujet. Que le lecteur se rassure, il ne s’agira pas ici de l’histoire de cette controverse qui a été du reste excellemment faite et résumée par Salomon Reinach (i), et savamment présentée par notre compatriote le R. P. Van den Gheyn (2).

Notre incompétence en linguistique nous interdit d’aborder la discussion détaillée sur ce terrain. Mais cette science est sortie depuis longtemps des limites de son territoire, malgré la voix de Broca, de Whitney, d’HovELACQUE et de bien d’autres qui ont montré aux imprudents que la linguistique n’a pas qualité pour identifier un idiome avec le type ethnique qui le parle. 11 est permis aux linguistes de dire qu’il y a une famille de langues asio-européennes, il leur est interdit de parler de races indo-européennes. Ils peuvent, par les rapprochements philologiques, arriver à remonter vers la souche la plus archaïque, mais ils ne sont pas autorisés à conclure que la région où cette langue est parlée actuellement se rapporte à l’habitat primitif de ce qu’ils appellent le proto-aryen. Ce serait, pour le moment, le lithuanien qui contiendrait le plus de formes vestigiaires ; mais cela ne prouve nullement que cette langue a pris naissance et s’est développée sur le territoire de la Lithuanie, dont les habitants ont été entraînés, balayés, culbutés par les mouvements des Goths, poussés par les Huns et autres barbares, pour ne citer que les invasions des premiers siècles de notre ère.

Partout et à toutes les époques,' des populations ont disparu, laissant à d’autres leur langue; combien de peuples ont parlé successivement plusieurs langues? D’autres encore se sont éteints avec leur idiome. Les Tasmaniens

(1) L’oyigiiie des Aryens : Histoire d’une controverse. Paris, Leroux, 1892.

(2) Divers articles de la Revue des questions scientifiques de Bruxelles, condensés dans une communication faite au congrès international des catholiques. Paris, tome II, pp. 718-760.

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n’existent plus ; ce qui reste des tribus de l’Amérique du Nord parle l’anglais. L’anglais est répandu sur tous les points du globe et il est parlé par les types les plus divers. C’est cependant une langue récente.

De même que la paléontologie manque de chaînons pour reconstituer la généalogie de certains êtres, de même la linguistique se trouve impuissante à combler les vides nombreux faits par des langues disparues sans laisser d’annales. La langue asio-européenne la plus ancienne appartenait déjà au stade flexionnel et résultait de l’évolution, de la transformation de formes antérieures. Les linguistes ne sont du reste pas d’accord sur le passage du monosyllabisme à l’agglutination, puis à la flexion. Certaines langues fort anciennes, comme le chinois, sont restées au monosyllabisme, ce qui ne veut cependant pas dire que ceux qui le parlent soient incultes. Ici l’isolement peut avoir empêché le développement, car la permanence d’un milieu favorise la persistance héréditaire.

11 est logique d’admettre que le progrès linguistique marche parallèlement aux autres progrès, il fait partie intégrante de la civilisation, il ne la précède pas. Or, les peuples du Nord de l’Europe ont été le plus longtemps réfractaires à la culture iiitellectuelle ; les Germains sont, de tous les Européens, ceux dont la civilisation s’est développée la dernière et au contact des autres. 11 est donc peu probable que les barbares balticoles aient été les premiers à parler un des idiomes de la famille asio-européenne. Aux époques historiques, jamais un idiome germanique ne s’est implanté par la conquête, parce que les vaincus absorbaient les vainqueurs à cause de leur civilisation plus élevée. Le gothique a disparu, les hordes des premiers siècles se sont éteintes dans les gallo-romains; il ne reste rien des dialectes des Vandales, des Hérules et des Burgondes. L’anglais lui-même n’a jamais gagné de terrain en Europe, et il ne doit son énorme diffusion qu’à la colonisation de contrées peuplées par des incultes.

Les civilisations européennes ont pris naissance autour de la Méditerranée : dès l'époque quaternaire, alors que le type humain grossier de Spy était contrarié dans son évolution par la progression et le recul des glaciers, les Laugériens, ancêtres des Cro-Magnons, bien postérieurs du reste, peignaient sur les murailles des grottes de Combarelles et de Font-de-Gaume et les .ascendants ibériques décoraient de peintures polychromes le plafond de la caverne d’Altamira. Plus tard, les Lacustres de Suisse, les Argariens passaient de l’âge Ethique à l’âge métallique, du cuivre au bronze. L’archipel insulégéen avait atteint la haute civilisation égéo-mycénienne, et quand les hordes doriennes parurent, une partie au moins parlait une langue apparentée, de la même famille; jamais le barbare nordique n’a pu imposer sa langue aux peuples qu’il a vaincus.

Les Pélasges ou une partie de la thalassocratie pélasgique parlaient une langue asio-européenne. 11 serait plus rationnel d’en placer l’origine là où fleurit la civilisation, que d’admettre qu’elle a été importée par un peuple barbare.

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Cette hypothèse repose, d’ailleurs, sur les faits suivants plus favorables au mirage méridional qu’au mirage septentrional.

Les fouilles de la Crète ont mis au jour une série de plaquettes en os, sur lesquelles dix signes linéaires sont identiques à des formes de l’alphabet grec. Arthur Evans a, par la comparaison de nombreux groupes de caractères, rendu très vraisemblable l’hypothèse que la langue des tablettes est une langue à flexion et à désinences, analogue aux langues dites aryennes.

Salomon Reinach (i) analysant le travail de Conway (2), a signalé les mots crétois qui ont passé dans le grec; il en résulterait que nombre de termes usuels de la vie agricole et populaire sont un héritage dans le grec classique. Tout cela est fort problématique, mais à un degré moindre que l’hypothèse nordique.

De son côté, De Michelis (3) est amené par scs recherches à dire que les Egéens étaient en partie de langue indo-européenne.

N’insistons pas davantage sur le point de vue linguistique et abordons le point de vue historique.

On sait que depuis cinquante ans les érudits ont bâti la question aryenne de toutes pièces; la langue seule leur a permis d’édifier la mythologie des Aryens et leurs coutumes, de remonter à leur origine, de suivre leurs migrations et enfin de démêler dans le fouillis des types actuels, celui qui a dû être l’ancêtre, le prototype, l’Adam du paradis indo-européen! Tout cela est admis comme un théorème de géométrie ; on ne peut attaquer ce monument qu’en risquant le haussement d’épaules; la « Question Aryenne » est devenue le meuble décoratif de tout cerveau instruit.

Sur quoi repose cette histoire, sur quels textes s’appuie-t-elle? Quelle base a servi à l’étayer? Nous allons le faire dire par un aryophile convaincu (4), sanscritiste des plus distingués : « A une époque que nous ne saurions préciser, mais sûrement plus de 2000 ans avant l’ère chrétienne, vivait en une région indéterminée, vers les douteux confins de l’Europe et de l’Asie, un peuple de pasteurs et de nomades dont nous ignorons jusqu’au nom et que, par convention.

(i) La Crète in L’Anthropologie, 1904, p. 124.

{2) Annnal of Britisk Sckool, 1902, pp. i25 et suiv.

(3) L’origine degli Indo-Europei, 1904, pp. Û17-648.

(4) Henry. L’histoire avant l’histoire. Revue hleue, 27 août 1904, pp. 257 et suivantes.

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nous appelons « Indo-Européen » (les allemands disent : Indo-Germain). 11 va de soi qu’ils ne nous ont pas laissé d’annales, ni de monuments même rudimentaires, et rien ne nous attesterait seulement leur existence, s’il ne fallait exister pour se perpétuer en descendance et en esprit; c’est nous-mêmes et l’irréfragable témoin de cette filiation, c’est leur langue transmise et modifiée de génération en génération, devenue le russe et l’italien, le grec et le bas-breton, l’hindoustan et l’irlandais; mais à travers tous ces hasards reconnaissables encore à sa structure générale et aux caractères essentiels qu’elle a préservés de toute atteinte ».

C’est sur cette base qu’est bâti le roman aryen sorti du cerveau des savants. Minerve, la sagesse même, était sortie du seul cerveau dejupiter; l'Aryen, au contraire, a été enfanté par des têtes différentes en gestation d’idées diverses, qui en ont fait un être composite, sans passé ancestral. Ses parents adoptifs ont construit une généalogie phonétique. A l’expression non justifiée de « famille de langues indo-germaniques », employée par les Allemands, fut opposée celle de « langues indo-européennes » et « indo-celtiques ». Puis le mot « langue » fut supprimé et remplacé par le mot « race »; pendant cette étape apparut le type « blond » correspondant à « germanique ». C’est alors que les ancêtres arrivent sur leurs chariots, poussant leurs animaux domestiques, transportant leurs sacs de graines de plantes cultivées, les lingots de cuivre et d’étain et tout l’attirail du métallurgiste. Malheureusement pour les linguistes, l’archéo'ogie, à ce moment, découvrait le néolitique danois flanqué du chien domestique; les savants suisses trouvaient dans les cités lacustres de la pierre polie, le blé, le bœuf, le cochon, le cheval, descendants des animaux quaternaires. Aussitôt, les aryolàtrcs firent remonter la migration à l'époque néolithique.

L’anthropologie se mit à étudier les ossements humains de cette époque et constata l’existence d’une population fort mélangée le long de la Meuse, de la Marne, du Rhône, du Rhin, du Danube. Sans se déconcerter, les aryomanes cherchèrent parmi les divers types celui qui devait être l’Aryen. Les uns admirent le brachycéphale brun, mais timidement; leur voix fut bientôt couverte par des clameurs plus bruyantes, poussées au nom de préjugés de logique passionnelle, comme dirait Ribot; le pangermanisme de la linguistique devint, selon l’expression de Fouillée, le pandolichocéphalisme anglo-saxon; cette forme crânienne a l’honneur d’abriter le cerveau génial qui a dirigé le monde, porté le flambeau de toutes les civilisations dans l’Inde, l’Egypte, la Grèce, la Perse, à Rome; toutes les civilisations modernes sont dues à son influence.

Ces énormités répétées de confiance dans les livres reposent sur des interprétations faussées par la passion. Tous les types morphologiques déjà fort mélangés aux lointaines époques préhistoriques ont concouru à la civilisation. Aucune culture ne s’est développée dans une région quelconque qui fût habitée par une

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famille humaine homogène; plus nous approchons de l’écrasante supériorité de la civilisation moderne, plus le mélange des races est intense; dans une longue série étudiée anthropologiquement, ceux qui présentent l’ association des caractères qui constituent le type recherché, sont très difficiles à trouver. Mais n’anticipons pas sur le chapitre de l’anthropologie que nous développerons et restons sur le terrain de l’histoire.

Certains historiens ont fait grand état de la présence des blonds Tamahous représentés dans les peintures égyptiennes; ils ont répété qu’Homère décrit les exploits des blonds dont l’Olympe même est peuplé. Cette complaisance à parler de ce type prouve tout simplement qu’il faisait prime en Grèce, comme dit très justement Manouvrier. Cela prouve leur rareté; faut-il donc toujours répéter avec Beddoe, que plus un caractère est rare, plus il est remarqué; les bruns sont recherchés en Angleterre, les blonds en Italie; une brune, en pays blond, a des chances beaucoup plus grandes de se marier.

L’Achéen des temps héroïques était de types variés, mais certainement les blonds n’étaient qu’une poignée dont la sélection naturelle eut vite raison, en les incorporant dans la population brune ou en les supprimant par l’action du climat.

Si l’histoire pouvait intervenir dans le débat, aurait-elle permis à notre éminent compatriote D’Omalius d’Halloy (1848) de rejeter l’opinion classique d’alors, qui faisait de l’Asie la patrie des Aryas? Benfey (1869) lui, guidé par la linguistique, aurait-il pu choisir l’Europe? Si l’histoire avait eu des faits probants à opposer, n’aurait-elle pas empêché Penka de promener jusqu’en Scandinavie le berceau de l’ancêtre? Disons donc tout simplement que l’histoire, en assistant impassible à ce travail de Pénélope, en restant neutre au milieu de tous ces conflits, donne la preuve présomptoire de son impuissance. Cette inertie permet aux opinions les plus contradictoires de s’affirmer sans reposer sur des faits. Les deux seules documents, du reste, dont dispose l’histoire sont les Védas et l’Avesta. Les auteurs sont loin d’être d’accord à leur sujet : tantôt le sanscrit remonte à une haute antiquité, tantôt il est fortement rajeuni. D’après les renseignements tirés du Mirage oriental de S. Reinach (1), il paraît démontré par Halévy, depuis 1884, que les deux écritures de l’Inde, dérivant des alphabets grec et araméen, sont postérieurs à Alexandre le Grand, preuve paléographique que les Védas n’ont été écrits qu’après cette époque.

Quant au Zend Avesta, Darmesteter a établi, en 1893, qu’il est presque

(i) U Anthropologie. Paris, 1893, pp. 539 à 578 et 699-732. INSTITUTS SOLVAY (SOCIOLOGIE)

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entièrement postérieur au conquérant macédonien et même à la Renaissance de l’Empire persan sous les Sassanides (IIE siècle après J. -C.); à cette époque, le zer.d était, comme le latin pour nous, une langue savante, une langue morte.

On sait que grâce à des analogies boiteuses, la mythologie comparée avait réuni en un seul faisceau les matériaux religieux qui lui avaient permis d’ériger le panthéon aryen; ce monument s’est effrité à l’air de la critique, ses pierres mal cimentées se sont désagrégées et de tout ce labeur d’érudition fantaisiste il ne reste rien, pas même Dyaûs identifié à Zeus; ces deux mots, dans leur acception primitive, signifient ciel en sanscrit et en grec (S. Reinach).

Chantepie de la Saussaye (i) a bien raison de dire « aujourd’hui plus de cinquante ans après les premiers enthousiasmes, l’attente a été bien déçue et l’on parle de l’habitat et du tronc primitif des Indo-Germains avec plus de réserve qu’il y a trente ans ».

Faut-il rappeler que l’histoire des Germains est toute récente et date à peine de César et de Tacite.^ Ce n’est qu’après les invasions qui ont fait crouler l’Empire romain qu’ils ont rassemblé leurs coutumes en se servant de la langue des vaincus. En 410 Honorius publia la Notifia dignitatum. En 496, parut la loi Salique avec le prologue des traditions collationnées et refondues sous Clovis. La loi des Visigoths fut élaborée de 466 à 484, sous Eurich; celle des Burgondes, dite loi Gombette (Gondebaud) de 474 à 516. La loi des Ripuaires remonte au vi® siècle sous le règne de Dagobert, de 622 à 629. Leur ensemble constitue les Leges barbaroriim.

Les récits et les chants relatifs aux légendes, à la mythologie germanique et Scandinave ne commencent à se fixer qu’à partir du vu® siècle, et ce n’est que vers 1100 . qu’est apparue l’Edda, recueil des souvenirs communs des peuples baltiques. C’est la première manifestation écrite de la pensée teutonique qui s’est extériorisée en alphabet romain germanisé. Attribuée à Saemund Sigfusen, l’Edda a été rédigée en Islande, qui a été colonisée en 861 par des pirates norvégiens, puis danois.

Les Sagas nous montrent en maints endroits la glorification de la force brutale dans toute sa hideur. Nordenskiold (2) rappelle la lâche cruauté et le manque de culture de ces farouches vikings dont la férocité se manifestait vis-à-vis de gens paisibles et désarmés.

Le Beowulf, importé en Angleterre par les Anglo-Saxons, résume la légende née en Schleswig-Holstein. Quant à l’épopée franco-burgonde des Nibelungen,

(1) Manuel d’histoire des religions, traduction française sous la direction de H. Hubert et de J. Lévy. Paris, Colin, 1904, p. 3i3.

(2) La 2<‘ expédition au Groenland. Paris, 1888.

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refondue en Souabe au xii® siècle, c'est une série de récits, relatant des faits relativement récents, accomplis par des barbares pillards et ivrognes.

Quoique cette littérature soit sortie de régions où le Christianisme n’avait pas encore altéré les croyances nationales, il n’en est pas moins vrai qu’elle n’a pu être transcrite que grâce au contact de la civilisation gallo-romaine qui avait fini par pénétrer jusqu’à l’Elbe.

« Pour remettre les choses au point, dit Chantepie de la Saussaye (i), il convient de rappeler ce qu’était la civilisation des Germains avant leur conversion au Christianisme. Sans doute, ce n’étaient plus des sauvages, mais les tribus allemandes que Tacite nous décrit et les royautés Scandinaves, même au moyen âge, dépensant leurs forces en querelles sanglantes, guerres de conquête et aventures maritimes, n’étaient pas encore sorties de la période barbare.

» Les Germains ont mené une vie vagabonde ; dans leurs invasions et pendant la fondation de leurs royaumes, ils se sont infusé du sang étranger et se sont assimilé les éléments empruntés à des civilisations étrangères ; ils se sont mêlés aux Celtes et se sont approprié une grande partie de l’héritage des Romains. Cela est sans doute plus vrai des Goths et des Francs que des Scandinaves, mais la pureté du sang et de la civilisation est trop relative pour que l’on puisse trier ce qu’il y a dans nos données de vraiment germanique. »

Et c’est de ces attardés, de ces derniers arrivés dans l’arène intellectuelle, que l’histoire travestie voudrait faire l’élément eugénique qui a fécondé la Grèce et Rome! Alors que ces civilisations étaient déjà mortes, les Germains n’étaient pas encore nés à la culture !

C’est ce que sont obligés de reconnaître les Allemands sincères; dans un livre publié il y a cinq ans, intitulé Neujahr, U. von Wilamovitz-Moellen- DORP (2), après avoir parlé avec orgueil de la fondation de l’Empire allemand, s’exprime de la manière suivante ; « Nous avons seulement la joie d’avoir remboursé aux nations de civilisations plus anciennes, une dette de gratitude pour les siècles d’instruction reçue d’elles et d’être enfin leurs égaux. »

C’est la même chose que l’illustre Goethe disait, un siècle plus tôt, en parlant de la France : « Comment veut-on que je haïsse un peuple auquel je suis redevable d’une si grande part de mon éducation! » Paroles dignes de ce puissant génie dont la saine et large mentalité reposait sur de solides connaissances biologiques.

La civilisation baltique est donc récente et il est puéril de prétendre que les hordes germaniques, par leur contact d’immigration guerrière à toutes les

(1) Loc. cU., pp. 676 et 677.

(2) Neiijakr içoo. Berlin, Schade 1900, Analyse de ce travail dans la Revue critique d’hisioire et de littérature par S. Reinach, 5 mars igoo, p. igS.

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époques, aient pu donner essor aux civilisations éranienne, indienne, grecque et romaine, alors qu’au contraire elles se sont dégrossies, policées, assagies ou éteintes au milieu de toutes les cultures dont leur vandalisme arrêtait un moment l’évolution normale.

Partout où ont passé ces barbares, il a fallu une renaissance, c’est-à-dire un ressaisissement de la population envahie. Tumultus doriciis, tumuUus gaUiais, tiinniltiis germaniais résument dans l’antiquité l’influence du perturbateur du Nord, éliminé par la sélection naturelle du climat méridional.

Les merveilleuses décou\/ertes de l’archéologie dont chaque fouille fait plus pour la vérité que les assertions basées sur des textes vagues, ont permis de reconstituer les époques lointaines avec des faits. 11 n’est plus permis d’écrire sur les premiers habitants de l’Europe, en restant confiné sur le terrain linguistico-historique.

L’ouvrage consacré à ce sujet par D’Arbois de Jubainville, constitue, malgré tout le respect que l’on doit à un tel nom, un véritable anachronisme; les découvertes archéologiques des Piette, des Hogarth, des Tsountas, des DE Morgan, des Arthur Evans, des Flinders Petrie, pour ne citer que quelques noms, ont fait justice des conjectures et des hypothèses.

Quand on lit dans le tome 11 de D’Arbois de Jubainville, paru en 1894, que les Pélasges ne connaissaient ni l’agriculture, ni la fabrication des étoffes, mais qu’ils avaient une puissante marine, on reste confondu de la puérilité d’une telle assertion. L’auteur persiste à placer le pays d’origine des Asio-Européens dans le bassin de l’Yaxarte et de l’Oxus, et il ajoute : « Quant aux théories qui ont pour point de départ l’Europe, il n’y a pas lieu de s’y arrêter ». C’est un peu maigre comme argument. Toutes les découvertes modernes n’ont sur l’auteur aucune influence, et il persiste à écrire que les caractères spéciaux à la civilisation indo-européenne sont la connaissance des céréales, le développement de l’agriculture inconnue des Pélasges et des Ibères et l’usage des métaux! L’archéologie donne à ces affirmations le démenti le plus formel.

Plantes cultivées. — D’Arbois de Jubainville accorde la plus grande importance à la connaissance des céréales, au développement de l’agriculture que les Indo-europjcns auraient introduits en Europe. 11 est fâcheux que l’éminent auteur se cantonne, de parti pris, sur le terrain linguistique et historique; les conclusions

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qu’il tire de textes archaïques et contradictoires sont démenties par les découvertes de l’archéologie préhistorique. Avant de les résumer, il y a un argument linguistique à opposer à sa thèse ; les langues basque, finnoise et berbère possèdent des noms pour désigner les céréales et les animaux domestiques; si ces peuples allophyles ne les avaient pas connus, ils auraient adopté les noms indo-européens.

Longtemps avant que l’histoire ne prononce le nom des Ibères et des Pélasges, le froment, l’orge, les arbres fruitiers étaient connus et cultivés en Europe : « à la fin de l’époque élaphienne, remarquable par ses galets colorés et pendant la durée de celle dont les foyers sont remplis d’Helix nemoralis, avant que l’homme ne se- servît de haches en pierre polie, les habitants des cavernes des Pyrénées cultivaient à la fois le blé et les arbres fruitiers ». Ainsi s’exprime Piette (i), dont les fouilles célèbres sont plus démonstratives que les renseignements déformés des historiens helléniques.

La plupart des plantes cultivées en Europe y existent encore à l’état sauvage : contrairement à l’opinion d’Alph. de Candolle (2), Darwin (3) admet que les formes naturelles ont été profondément modifiées par la culture. Asa Gray (4) a constaté que les pruniers, cerisiers, vignes et noyers sauvages varient beaucoup dans leurs fruits, et Downing (3) a confirmé cette observation; il a signalé des variétés sauvages dont les fruits sont plus grands et de saveur plus fine que ceux de l’espèce commune. Toutes ces particularités n’ont pas échappé aux primitifs et ont dû les guider.

Dès 1 866, 0. Heer (6) a trouvé dans les palaffites de l’âge de la pierre, dix céréales, cinq variétés de froment et trois d’orge. L’étude de la flore l’a conduit à admettre des rapports commerciaux cntreles Lacustres et des tribus méridionales. Le froment le plus commun de l’époque lithique est la variété à petits grains qui se .retrouve jusqu’à la période helvético-romaine. Les progrès de la culture ont grossi les grains et fait choisir des variétés meilleures; celles-ci se développaient en des régions plus favorables et étaient l’objet d’échanges commerciaux ; il y a dû y avoir des marchés aux grains à ces époques lointaines comme de nos jours, et il est vraiment illogique de faire toujours intervenir des invasions parties de loin, quand il s’agit d’interpréter des phénomènes aussi simples.

La question des céréales préhistoriques a donné lieu à des recherches très

(1) L’Anthropologie, 1896, p. 17.

(2) Origine des plantes cultivées. Germer Baillière, in-8°, i883.

(3) De la variation des animaux et des plantes. Paris, Reinwald, 1868, t. I, pp. 324 et suiv., t. II, p. 457.

(4) American Acadtmy of Arts and Sciences, 10 août 1860, p. 413.

(5) The Fruits of America, i8i5, p. 261.

(6) Pflanzen der Pfahlbauten.

L’ARYEN ET L’ANTHROPOSOCIOLOGIE

intéressantes faites sur des poteries. Sarauw(i), dès 1894, constata surles parois ou dans l’épaisseur de certains vases préhistoriques, des petites cavités qui n’étaient autre chose que l’empreinte de grains; ceux-ci avaient dû se trouver sur le sol, à l’endroit où l’argile était pétrie par le primitif potier. Capitan (2) rappelle à ce sujet que Salmon possédait un fragment de poterie, portant l’empreinte d’un grain de froment; le même auteur avait recueilli dans un dolmen, auprès de Savignysur-Orge, une poignée de grains carbonisés. Piette (3) affirme que ses recherches du Mas-d’Azil lui ont démontré que le froment était cultivé à l’époque de transition qui sépare l’âge du renne des temps néolithiques. L’orge était connue en des temps plus anciens encore; il a trouvé dans la caverne de Lorthet, une gravure sur pierre, représentant un épi de cette graminée, et Nelli a découvert dans la grotte des Espélugues à Lourdes, une sculpture figurant un épi de cette céréale.

Les observations que nous venons de résumer démontrent l’existence de ces graminées à une époque antérieure à la pierre polie; elles ruinent la thèse de l’importation asiatique de l’agriculture qui, dès l’époque lithique, a été pratiquée par les peuples européens. Ce n’est que plus tard, quand la densité de la population est devenue plus grande, quand les moyens de communication ont été plus faciles, qu’il y a eu des importations d’espèces végétales étrangères; celles-ci ont été successivement acclimatées.

Animaux domestiques. — Les animaux domestiques diffèrent de leurs ascendants sauvages par des variations beaucoup plus étendues; les premiers animaux domestiques sont ceux qui, à l’état sauvage, présentent la sociabilité qui les poussa à se grouper en associations plus ou moins nombreuses. Les races domestiques présentent des caractères divers, dus non seulement à la différence des milieux, mais encore à l’état de civilisation atteint par les peuples qui les ont subjugées.

Quand Steenstrup (4), qui avait une expérience considérable, visita, en 1872, les cavernes de laLesse et de la Meuse, et examina les ossements d’animaux qui y avaient été recueillis, il fut frappé de l’inconstance des caractères du plus grand nombre : rennes, moutons, chèvres et chiens présentaient de telles variations, qu’il admettait leur domestication ; la plupart de ces cavernes étant des sépultures néolithiques ou de transition, cette conclusion ne peut être rejetée; elle était admise par notre regretté et éminent zoologiste, de Sélys- Longchamps.

(1) Cotigrès inUrnaiional d’ Anthropologie et d’ Archéologie préhistorique. Paris, 1900; compterendu dans V Anthropologie, 1902, p. 63.

(2) Idem, p. 64.

{i) Congrès international d' Anthropologie et d’ Archéologie préhistorique. Paris, 1900; compterendu dans l’Anthropologie, 1902, pp. 64 et 65.

(4) Idem. Bruxelles, 1872, Muquardt, Bruxelles, 1873, pp. 199-214.

l’c PARTIE - V ARYEN

11 nous faut, pour épuiser ce point de vue, résumer l’état des connaissances actuelles sur l’origine des animaux domestiques de l’Europe.

C’est L. Rütimeyer (i) qui a inauguré la série des travaux importants, par la description des ossements des cités lacustres de la Suisse. Nehring (2) a fait une étude spéciale des bovidés. Le D'’ Ulrich Dürst a publié dans L’Anthropologie (3), un article fort intéressant dont la bibliographie est à consulter.

Bovidés. — Le Bos primigenins, Boj, existait dans toute l’Europe pendant l’époque quaternaire; c’est l’ancêtre du bœuf domestiqué par les primitifs habitants de l’Europe centrale (Nehring). La grandeur et la direction des cornes diffèrent dans les races domestiques, la taille est un caractère très variable. D’après U. Dürst (4), le Bos primigenins était également répandu en Asie; il est figuré sur des cylindres chaldéens et assyriens. Keller (3) a reconnu le Bos primigenins sur les fameux vases de Vaphio, ce qui est exact; il a cru voir une scène de chasse et de domestication; celle-ci remonte certainement plus haut que l’époque mycénienne. Studer combat Keller avec une véhémence déplacée et a le tort d’opposer à une diagnose zoologique, des arguments puisés dans les auteurs grecs. Dürst, tout en reconnaissant avec Keller que c’est le Bos primigenins qui est représenté, ne se rallie pas à la thèse de la domestication. Quoiqu’il admette l’antériorité de la domestication babylonienne, il se refuse à conclure que les vases de Vaphio soient de provenance babylonienne; son doute repose sur l’attitude mouvementée des taureaux, qui s’éloigne de la raideur typique de l’art assyrien.

Après cette digression, rappelons les différents types de Bos primigenins, qui diffèrent beaucoup par leur taille et la forme de leurs cornes. Rütimeyer et Nehring attribuent ces variations à l’influence du milieu.

Dans les palaffites suisses se trouve une race bovine, de taille médiocre, au front large et aux cornes courtes, que Rütimeyer a appelée Bos brachyceros. Ce type se trouve également dans toute l’Europe, comme le grand Bos primigenins; il a été signalé à l’époque quaternaire, dans une caverne de Langrcs (Hte Marne), dans les grottes et tourbières de l’Europe centrale et les tcrramarcs

(1) Die Faum der Pfahlbanten in der Schweiz. Nouveaux Mèmnres de la Société helvétique des Sciences naturelles, 1862.

(2) Bos primigenins, ins hesondere über seine Coexisienz mit dem Menschen, Verh. der herl, Anthrop. GeseUsch., 1888, pp. 131-222. Ueber das Skelet eines weiblichen Bos prini'genius, Sitzung. Gesellsch. nat. Freunde, etc. 1888, p. 54.

(3) Notes sur quelques bovidés préhistoriques, igoo, pp. irg-iSS et 655-676.

(4) Figuren des ausgestorbenen Ur ans vorhomerischen Zeit, Globus, t. LXXII, n° 22, p. 341.

(5) Ueber die Goldhecher von Vaphio, Mitteilungen der naturf- Gesellsch., Bern, 1898.

L’ARYEN ET L’ANTHROPOSOCIOLOGIE

de l’Italie. Malgré sa présence en Europe dès l’époque quaternaire, malgré sa diffusion à l’aurore des temps actuels, s’appuyant sur l’antériorité des grandes civilisations de l’Asie, il ne peut se résoudre à admettre que la domestication ait pu être faite en Europe, qui n’avait ni arts, ni agriculture. Or, plus haut nous avons montré que les céréales, froment et orge, descendant d’espèces sauvages européennes, avaient été cultivées dès l’époque glyptique (i).

Quant à la domestication des animaux, elle n’implique pas un stade élevé de civilisation ; les Esquimaux et les Lapons ont le renne et le chien, seuls animaux qui puissent vivre sous leur latitude. Les sauvages les plus incultes ont le chien.

Nous concluons avec Nehring et Schiemenz (2), que les habitants de l’Europe ont domestiqué le Bos primigenius ; nous admettons avec Nehring que le Bos brachyceros dérive du Bos primigenius et que les différences de taille et de forme, de même que les variations de grandeur et de direction des cornes, sont dues à l’influence du milieu; rappelons à ce propos que le Bos aheratos, Arenander, sans cornes, ne diffère du Bos brachyceros que par cette particularité; il se trouve comme ce dernier, mais plus rarement, dans les palaffites de la Suisse (3).

Le type brachyceros se rencontre dans les Alpes et dans toutes les régions montagneuses, en Scanie et en Espagne, en Angleterre et en Italie, en France et en Allemagne, en Russie, dans les Balkans et jusque dans l’archipel insulégéen.

Dürst dit que les représentants du Bos brachyceros diminuent en Europe, repoussés peu à peu par des races tachetées, descendant, pour la plupart, du Bos primigenius ; n’est-ce pas plutôt un retour au Bos primigenius favorisé par les progrès de la zootechnie, un élevage mieux dirigé, une nourriture plus riche? Ces facteurs relèvent les proportions, accroissent la taille et viennent contrebalancer et atténuer l’influence défavorable du milieu.

Equidés. — Les principales races chevalines de l’Europe descendent d’ascendants quaternaires. Le cheval de Grenelle, découvert en i86g par E. Martin, dans le diluvium, est l’ancêtre incontesté de la race séquanaise de Sanson (4), des percherons des omnibus de Paris.

Le cheval trouvé dans le lœss de Remagen, près du Rhin, et décrit par

(1) Ce mot glyptique, employé par M. PiEXTE, prouve assez par son choix que la sculpture et la gravure constituaient un progrès artistique que l’on ne peut passer sous silence.

(2) Referai üher Nehrings « Ueber Herbersiam und Hirsfogel ». Biolog. Centralblatt XVIII, 1897, p. 79.

(3) Loc. cit., p. 661.

(4) Traité de zootechnie} 3® édition, 5 vol. in*8°.

Ire PARTIE — L'ARYEN

Nehring (i), est bien la souche de la race équine germanique, de VEqnus caballiis germanicns de Sanson (2), d’où sont sorties les variétés allemande, danoise et normande. Ses ossements ont été également trouvés dans le diluvium à Westaregeln, près Magdebourg, et aux environs de Thiele dans le Brunswick.

L’ancêtre de la race belge, Eqiius Caballns belgins, de Sanson, est le cheval quaternaire de Solutré, décrit et étudié par Toussaint, Sanson et Piètrement (3). Cet équidé se rapproche de la variété ardennaise du cheval belge. Fraas a décrit cette variété trouvée dans la station quaternaire de Schussenried (sud-ouest du Wurtemberg); le front large et les membres graciles la font ressembler au cheval oriental; on le retrouve à l’âge du bronze, dans les palafifites.

Les autres races admises par Sanson sont la race britannique, la race irlandaise et la race frisonne, qui sont foncièrement européennes et qui méritent tout au plus le nom de variétés géographiques.

11 y a en outre en Europe, deux races de chevaux, appelées orientales par Sanson et admises par Piètrement (4) qui s’exprime à leur sujet de la manière suivante : « Ils occupent depuis la mer du Japon jusqu’à l’Océan Atlantique, une foule de contrées, dans la plupart desquelles ils vivent en plus ou moins grande promiscuité et qu’ils habitent, les uns depuis les temps préhistoriques, les autres depuis des époques parfaitement connues. Les aires géographiques si étendues de ces deux races ne peuvent donner de renseignements précis sur leurs berceaux, dont il faut demander les positions à d’autres documents que j’ai exposés dans mon livre (5) ».

Or, quels sont les documents sur lesquels s’appuie le savant vétérinaire ? L’immigration aryenne d’Asie en Europe! (On sait que Piètrement est partisan de la thèse des Aryens bruns et brachycéphales, qu’il oppose à celle des Aryens blonds et dolichocéphales.) 11 se laisse aller à appeler aryen, le cheval à front large, trouvé dans les palaffites de la Suisse de l’époque du bronze. Ce cheval est une variété du cheval quaternaire de Solutré, ainsi qu’il a été dit plus haut.

Le mirage oriental est d’une telle puissance sur l’éminent zoologiste, qu’après avoir dit que l’origine des chevaux orientaux ne peut être fournie à cause de leur aire de dispersion, il se décide malgré cela à proclamer l’antériorité de la domestication en Asie, parce qu’il place en ce continent le berceau des Aryens.

(1) Landwirthschafiliche Jahrlücher, XIII vol. 1884, i^e livraison, p. 81.

(2) Equidés quaternaires. Bulletin de la Société d’ Anthropologie de Paris, 17 janvier 1884.

(3) Bulletin de la Société d’ Anthropologie. Paris, 1874, pp. 642-689.

(4) Les races chevalines dans le temps et dans l’espace. Bulletin de la Société d’ Anthropologie de Paris, juin 1904, pp. 412-436; citation p. 415.

(5) Les chevaux dans les temps préhistoriques et historiques, i vol. in-8°. Paris, Germer Baillière, i883.

INSTITUTS SOLVAY (SOCIOLOGIE) 5

L’ÀRYEN ÉT L’ANTHROPOSOCIOLOGIÈ

Nous préférons rester avec Nehring (i) sur le terrain anatomique, et nous concluons avec lui, que les chevaux quaternaires de Grenelle, de Remagen et de Solutré sont les ascendants des races chevalines européennes, et que l’introduction des équidés orientaux ne remonte pas à une haute antiquité.

La question de la domestication du cheval est du reste sortie du domaine de l’hypothèse, depuis que Piette a trouvé des têtes de chevaux avec le chevêtre sculptées ou gravées. Ses Notes pour servir à l’histoire de l’Art primitif (2), reproduisent une tête de cheval enchevêtrée, recueillie par Mascaraux dans la grotte de Saint-Michel d’Arudy (3), puis une gravure représentant deux têtes de chevaux avec chevêtre sur ramures de renne (4), trouvée au Mas-d’Azil.

Chose remarquable, la tête de cheval en ronde bosse (5), trouvée au Masd’Azil par Piette, a une extraordinaire ressemblance avec les chevaux grecs archaïques. Ces représentations appartiennent à la fin des temps quaternaires.

Nous nous rallions sans aucune réserve à la conclusion de Piette (6), qui dit avec raison que l’homme quaternaire pyrénéen et solutréen a domestiqué le cheval d’abord pour se nourrir de sa chair, non encore pour le faire travailler.

Ovidés. — Les moutons descendent, sahs contestation possible, de l’Ovis musimon, le mouflon d’Europe, dont la femelle est dépourvue de cornes. Ils ne peuvent avoir pour ascendant le mouflon de Poli, Ovis Polii, du plateau du Pamir, qui est de taille beaucoup plus grande ; il ne peut être question non plus de VOvis argali de l’Asie centrale, dont la taille atteint celle d’un cerf. 11 est hors de doute que le mouton a été domestiqué sur place, par les peuplades néolithiques des chaînes montagneuses du littoral européen de la Méditerranée. On a trouvé ses ossements fossiles à l’époque quaternaire dans l’Hérault (Gervais). Dans les stations lacustres de la Suisse, ont été trouvés des moutons dont les descendants peu modifiés se sont propagés jusqu’à nos Jours dans les montagne3 des Grisons (7).

Porcins. — Le cochon descend du Sus scrofa, le sanglier qui est répandu dans toute l’Europe et dans toute l’Asie. Cette espèce, largement représentée, comprend des variétés localisées qui peuvent acquérir des différences consi-

(1) Archiv für Anthropologie, t. XI, p. 147.

(2) L’Anthropologie, 1894, pp. 129-146.

(3) Fig. 9 et ga, p. 189.

(4) Fig. Il, p. 141.

(5) Ibid., fig. 12, p. 141.

(6) L’Epoque éburnéenne et les races humaines de la période glyptique. St-Quentin, 1894.

(7) Carl Vogt. Les mammifères. Paris, Masson, 1884, p. 412.

Ire partie — L’ARYEN

dérables. Les races domestiquées en diverses régions proviennent de mélanges effectués entre les variétés primitivement élevées dans le pays même (C. Vogt).

VON Nathusius (i) a fait une étude magistrale des porcins; Rütimeyer (2) a décrit le sanglier sauvage et la variété Sus scrofa palustris, plus petite, mais à jambes plus hautes, trouvés l’un et l’autre dans les palalfites d’époque néolithique.

11 note que la variété palustris se rapproche par certains caractères des variétés orientales; von Nathusius dit qu’elle appartient au groupe du Sus indica, variété qui n’existe pas à l’état sauvage.

Les modifications observées chez les descendants du Sus scrofa domestiqué, dépendent de l’influence parallèle du genre de vie nouveau en des régions diverses. 11 est étonnant que von Nathusius fasse dériver le porc des tourbières, Torfschwein du Sus indica. L’expérience générale et les propres essais de l’auteur montrent les changements étonnants qu’une alimentation appropriée peut apporter dans les proportions du corps et la forme du squelette, quand elle est appliquée dans le jeune âge.

Aussi, sans nous laisser influencer par le préjugé asiatique, nous rangeonsnous à l’opinion de Nehring(3); il insiste sur l’habitat du Sus scrofa rencontré partout en Europe et en Asie, et qui a été domestiqué en des points différents; si l’on constate certains caractères communs, ils ne sont pas dus à la parenté, mais à l’élevage primitif aboutissant aux mêmes résultats. Nehring répète à propos du cochon ce qu’il a dit au sujet du bœuf domestiqué en Europe centrale : pourquoi, dit-il, va-t-on chercher si loin l’origine du bétail qui est déterminée simplement.? Serait-ce à cause de cette simplicité même que les savants se refusent à admettre une interprétation rationnelle des faits?

Capridés. — Le nombre des races de chèvres est assez considérable et l’origine est multiple; les uns considèrent la chèvre des montagnes de l’Asie, Capra ægagrus L comme la souche des chèvres européennes, parce qu’elle est asiatique; les autres voient dans le bouquetin des Alpes, Capra ibex L, très développé à l’époque quaternaire en Europe méridionale, l’ascendant des chèvres primitivement domestiquées en Europe, l’ancêtre de la chèvre des palaffites (4) de la Suisse. L’égagre (5) ressemble au bouquetin des Alpes et n’en diffère que par les cornes, qui sont comprimées et coudées en avant. Nous avons déjà fait remarquer, avec Nehring et Dürst, en parlant des bovidés, que les cornes varient

(1) Die Racen des Schweines, Berlin, 1860.

(2) Die Faune der Pfahlhauten. Bâle, 1861.

(3) Zeitschrift für Ethnologie, 1888, pp. 181-222.

(4) Rütimeyer. Pfalhbauten, p. 127.

(5) Claus. Traité de zoologie, Xi&àMCiior)., Moquin-Tandon. Paris, S. Savy, 1878, p. 1057.

L'ARYEN ET L’ANTHROPOSOCIOLOGIE

de forme, de direction et de grandeur dans les variétés dérivant d’une même espèce, variétés qui sont dues au milieu, ce dernier comprenant l’homme comme agent zoologique.

Les races actuelles ont été certainement croisées avec des variétés d’Asie, mais ces croisements ne remontent pas à l’époque des temps néolithiques.

Canidés. — L’origine du chien n’est pas encore résolue, et de tous les animaux domestiques c’est encore l’animal dont la généalogie est la plus discutée ; qu’il descende du loup, du chacal ou d’un chien tertiaire, qu’il provienne d’une ou de plusieurs espèces, peu importe pour le sujet en ce moment.

Le caractère sociable se retrouve dans les espèces sauvages de presque tous les pays; il est fort probable que les chiens ont été associés d’abord à l’homme pour la chasse, puis apprivoisés et enfin domestiqués, et qu’ils descendent de souches différentes. La plupart des observateurs ont noté que les chiens sauvages ne se distinguent pas des autres carnivores par une intelligence supérieure ; toutes les qualités remarquables des chiens domestiques ont été acquises par le commerce séculaire avec les hommes; ils sont du reste partout ce que l’homme les a faits.

11 faut constater avec Carl ’Vogt, que l’on n’a jamais rencontré de chiens domestiques dans les contrées où ne se trouvent pas aussi des canidés à pupilles rondes à l’état sauvage, et que l’on peut retrouver dans les races anciennes un peu modifiées, les caractères de ces espèces sauvages; souvent elles s’en rapprochent tellement, qu’on ne peut les distinguer que par l’aboiement, tangage acquis. Le chien des Esquimaux ne diffère en rien du loup du Labrador, celui des Peaux-Rouges ressemble au Coyote; le chien de l’époque palaffitique de la pierre ressemble au chacal Canis aureus L qui habite l’Europe, l’Asie et l’Afrique septentrionale. A l’époque du bronze, les stations lacustres ont un chien qui descend du loup, Canis lupus L, qui habite l’Europe et l’Asie et dont l’ascendant quaternaire est Canis spelœus des cavernes d’Europe.

En somme, il résulte des études faites par Jeitteles, que toutes les espèces sauvages à pupilles rondes sont domptables, et que la plupart ont fait souche de races domestiques. Les chiens domestiques, rendus à la liberté partielle ou complète, reprennent les caractères physiques adaptés au pays ou mieux au genre de vie. Les chiens de Constantinople et les chiens du Caire en sont un exemple frappant; ces derniers ressemblent au chacal.

Quant au dingo de l’Australie, c’est un chien importé, redevenu sauvage et redomestiqué par les tribus diverses du continent australien.

La magnifique collection de crânes de chiens de De Pauw, conservateur à l’Université de Bruxelles, m’a permis de faire une étude comparée, reposant sur des données norribreuses. Cette collection comprend toutes les races, toutes

Ire PARTIE — L’ARYEN

les tailles; les individus proviennent de toutes les parties du monde et, chose importante, chaque sujet a une étiquette donnant l’âge, le sexe, la race, la contrée, la robe, le caractère, enfin le résumé biographique.

Les variations très étendues que j’ai constatées (i), montrent que l’agent principal des transformations est l’homme, qui les a recherchées et obtenues en ayant pour guide le milieu lui-même. Compagnon de chasse, bête de somme, animal comestible, ami de la maison, telles sont les destinations diverses auxquelles a été soumis ce carnivore sociable.

L’homme est parvenu à façonner le chien selon le but qu’il voulait atteindre; il a fait subir des modifications et de véritables transformations aux facultés instinctives et intellectuelles, et il a créé des types morphologiques en harmonie avec le genre de service recherché : proportions des membres, taille, forme du crâne, nombre et disposition des dents, variant selon qu’il s’agit d’obtenir la force, la vélocité, l’adaptation à la chasse sous terre, la transformation en viande de boucherie, ou le dévouement du compagnon intime auquel il ne manque que la parole.

Nous verrons dans un chapitre ultérieur les caractères acquis par les canidés au contact de l’homme.

Retenons dès maintenant qu’à l’époque néolithique et probablement dès l’âge du renne, les tribus humaines avaient domestiqué plusieurs espèces de canidés signalées dans les cavernes d’Engis par notre illustre Schmerling (2), par Esper dans celles de Gailenreuth, par Tournal, fils, dans les cavernes du midi de la France, par Steenstrup dans les kjôckkenmôddings du Danemark, par Rüti- MEYER et Studer dans les palaffites de la Suisse, par Jeitteles dans les tourbières d’Olmütz, par Strobel dans les terramares de l’Emilie. Partout l’homme de la pierre polie a assujetti les canidés à pupilles rondes vivant à l’état sauvage dans la région qu’il habitait.

WooLDRicH (3) admet que nos espèces domestiques proviennent de plusieurs espèces quaternaires. Studer (4) a étudié les races de chiens : Canis hiostraniewi, Canis palustris, Canis Lesneri; tout récemment il a décrit un nouveau chien préhistorique de la Russie. Zaborowski a publié des études fort intéressantes sur les chiens préhistoriques (5), les chiens quaternaires (6) et les chiens de l’Egypte (7). Boule (8) a fait un travail sur les prédécesseurs des Canidés.

(1) HouzÉ. Camdés et Hcminiens. Bulletin de la Société d’ Anthropologie de Bruxelles, 1904.

(2) Recherches sur les ossements fossiles de la province de Liège, 2 yoL, t. II, p. 19 et p. 21.

(3) Wiener Denkschriften,. 1879.

(4) Beitrdge ziir Geschihte unserer Hunderassen, N atururmensch Ulich Wochenschrift, 1897, n° 28. — Etude sur un nouveau chien préhistorique de la Russie, L’ Anthropologie, 1905, p. 269.

(5) Matériaux pour l’histoire primitive de l’homme, 1882, pp. 2o3 et suiv.

(6) Ibidem, i885, pp. 263 et suiv.

(7) Ibidem, 1884, pp. 529 et suiv.

(8) Compte-rendu de l’Académie des Sciences. Paris, 28 janvier 1889.

L’ARYEN ET L’ANTHROPOSOCIOLOGIE

Nous venons de passer en revue la plupart de nos animaux domestiques. Ils ont des ascendants européens quaternaires, ils ont été domestiqués sur place et successivement; ils n’ont pas été importés en bloc. Le cheval était domestiqué dès l’époque quaternaire au nord des Pyrénées, son maître l’a reproduit avec le chevêtre à l’âge glyptique.

Du reste, les partisans de l’immigration asiatique, important les plantes cultivées et les animaux domestiques, ressemblent aux géologues anciens qui attribuaient tout à des grands bouleversements, au lieu d’admettre l’évolution lente : pour eux l’histoire se résume en invasions violentes ou en migrations.

Il ne faut pas cependant, par esprit de réaction, attribuer tout à l’Europe après avoir rapporté à l’Asie une influence civilisatrice exclusive. Les deux continents ne sont pas séparés; des tribus humaines aussi bien que des troupes d’animaux ont, à certaines époques, passé de l’un à l’autre; il y a eu des croisements, des contacts, des échanges, des rapports commerciaux.

Dans les tribus sauvages actuelles, on constate la présence d’objets étrangers à leur contrée, provenant souvent d’une région très éloignée et importée de proche en proche; les mêmes faits se sont produits dès les époques les plus reculées : des coquilles de la mer Rouge (i) ont été rencontrées dans les gisements magdaléniens; le long de la vallée de la Lesse, Dupont (2) a signalé dans les cavernes, des coquilles venant du gîte tertiaire de Courtagnon et de Grignon, près de Versailles; Virchow (3) a trouvé dans le sud du Brunswick, le long du fleuve Ocker, une coquille provenant de la Méditerranée ou d’une mer orientale. On peut multiplier les exemples pour l’époque de la pierre : Laugerie-Basse, grotte de Gourdan, de Thayngen, etc., etc.

Cependant la force brutale, qui est un facteur de la lutte pour la vie, s’est manifestée dès que les tribus primitives ont pris contact pour la possession d’un territoire de chasse, d’une source ou d’une mine. La guerre à ses débuts consiste à déposséder par la violence ceux qui détiennent les matières utiles ou précieuses.

Disons, pour terminer cette revue archéologique, quelques mots de l’histoire de la métallurgie. L’évolution de l’industrie a passé de la pierre utilisée à la pierre taillée, puis à la pierre polie; pendant ces phases de l’âge lithique, la technique plus avancée de telle tribu a donné la victoire. La fin des temps néolithiques est caractérisée par la présence d’objets de cuivre dont les gisements, quoique nombreux, ont été convoités par ceux qui n’en possédaient pas. L’histoire s’est répétée partout : les tribus incultes, comme les peuples policés, se

(i) E. Cartailhac. V Anthropologie, 1901, p. 567.

{7) Dupont. L’homme pendant les âges de la pierre, etc. Bruxelles, Muquardt, 1875, p. i58. (3J L’Anthropologie, 1901, p. 564.

îre PARTIE — L'Aryen

sont de tout temps battus pour la conquête d’une mine ; autour de Spiennes, aux îles Cassitérides, au mont Sinai, comme tout récemment au Transvaal.

L’histoire de l’Egypte, racontée par Maspero (i), fournit un exemple de ces luttes incessantes, de ces prises et reprises des mines de cuivre du Sinaï : Snofrou, le Soris de Manéthon, 111® dynastie, pénètre jusqu’au fond de la péninsule sinaïtique et protège les riches mines de cuivre et de turquoises contre le retour offensif des dépossédés asiatiques. Khoufou (Kheops), IV® dynastie, attaqué à son tour, ne parvient qu’avec peine à refouler les nomades d’Arabie. Ces mines sont prises et reprises. Pépi 1®'’, VI® dynastie (éléphantine), reconquiert les établissements perdus par ses prédécesseurs. Ces luttes continuaient encore au temps de la reine Hatshopsitou (Hatasou) de la XVlll® dynastie.

Cet exemple suffit à montrer, historiquement, l’importance des régions minières.

Reprenons la question du cuivre et du bronze d’après les données archéologiques, car l’histoire, quoi que puisse dire D’Arbois de Jubainville, n’est pas armée de documents capables de l’élucider.

Le cuivre est fort répandu et il a dû appeler l’attention des populations Ethiques en quête de perfectionner leur industrie. L’archéologie nous montre partout la même évolution et un âge du cuivre est démontré en Europe, en Asie, en Afrique (cités lacustres), fouilles de l’Elam (Suse, de Morgan), nécropoles de Négadah et d’Abydos (2). Les objets métalliques sont d’abord rares, leurs formes rappellent la morphologie des ustensiles de pierre sur lesquels ils sont copiés; cette uniformité se rencontre aussi bien dans les dolmens des Cévennes, les palaffites suisses que dans l’Egypte de l’époque memphite; ce n’est qu’au début de la IV® dynastie qu’un anneau trouvé par de Morgan dans la mastaba d’un prêtre de la pyramide de Snofrou à Dashour, a donné à l’analyse faite par Berthelot, une certaine quantité d’étain allié au cuivre.

11 y avait donc à cette époque, vers 4500 avant notre ère, des relations entre l’Egypte et des régions fournissant l’étain. Le cuivre venait de la péninsule sinaïtique, dont les mines ont été prises et reprises dès la 111® dynastie; il est probable qu’il venait aussi de l’île de Chypre avec laquelle l’Egypte entretint des relations dès les temps les plus archaïques; le fait est démontré par la coexistence des caractères égéens et hiéroglyphiques en Egypte.

Des lingots de cuivre avec marque gravée au ciseau ont été découverts à Enkomi dans l’île de Chypre (Murray, 1886); Halbherr a recueilli dans le palais

(1) Histoire ancienne des peuples de l’Orient classique, 2 vol. in-4°. Paris, Hachette, i-'g'; vol. Egypte et Chaldée, p. 355. — Histoire ancienne des peuples de l’Orient. Paris, Hachette, 1893, I vol. in-i6°.

(2) Chantre. Etude anthropologique en Egypte. Lyon, 1904.

V ARYEN ET L’ANTHROPOSOCIOLOGIE

d’Haghia Triada (Crète) dix-neuf de ces saumons avec signe incisé, variant de poids. Le musée d’Athènes possède dix-sept lingots trouvés dans la mer à Chalcis d’Eubée; un autre provient de Mycènes. Tout récemment la Revue d’ Archéologie a donné un compte-rendu très intéressant d’un travail de Pigorini (i), qui décrit des pains de cuivre, de poids différents, découverts à Serra llixi; ils présentent également la marque de fabrique faite au ciseau. Ces lingots importés en Sardaigne d’une des îles de la mer Egée, étaient destinés à la fonte, mais avaient une valeur monétaire. Les signes gravés ont été rencontrés à Phæstos, sur des blocs de .pierre et sur une tablette d’argile d’Haghia Triada.

J. Déchelette, l’auteur du compte-rendu, rappelle la peinture de Rekhamara à Thèbes, sur laquelle figurent les Kefti, tributaires de l’Egypte, apportant des présents à Thoutmos 111, sixième roi de la XVllP dynastie; parmi les objets se trouvent, avec des vases mycéniens, d’énormes pains de cuivre du même type que ceux d’Haghia Triada, de Chalcis, de Mycènes et de Serra llixi.

Si nous passons des régions méditerranéennes à l’Europe centrale, nous voyons Much (2) signaler l’évolution de la métallurgie; il commence par les palaffites du lac de Mond, il étudie les anciennes exploitations de mines de cuivre et démontre, en s’appuyant sur de nombreuses analyses, qu’une industrie de cuivre est née en plein âge Ethique; ces données sont confirmées par la revue successive des palaffites d’Atler, de Laibach. Sortant de l’Autriche, Much parcourt les différentes contrées de l’Europe et retrouve paitout les phases industrielles successives qui excluent l’importation du bronze par un peuple envahisseur.

L’exploration du lac de Constance a permis à K. Schumacher (3) de faire les mêmes observations dans les deux stations qu’il a étudiées, Bodman et Maurach : industrie néolithique avec cuivre sans bronze, présence de lingots importés.

V. Gross (4) a bien résumé la civilisation lacustre de la Suisse ; la station de Fenil, l’une des plus importantes du lac de Bienne, avait des objets de cuivre pur; l’usage du métal a été progressif et l’industrie était locale, ne demandant à l’étranger que la matière première. Les lingots de cuivre et d’étain ont été découverts, ainsi que les fonderies, en dehors des cabanes : moules en molasse, en argile, puis en bronze, creusets, enclumes, etc. Tout l’attirail métallurgique a été retrouvé à Mocrigen, Hauterive, Estavayer, Auvernier, Corcelettes. L’étain était employé

(1) Patti di vume provenimü dell’ Egeo scoperti a Serra llixi in Provincia di CagUari. Bail, di Paleinologia italiana, 1904, pp. 91-107. — Compte-rendu par J. Déchelette. Revue d’ Archéologie igoS, mars-avril, pp. 3i5-3i6.

(2) Matthæus Much. Die Kufferzeit in Europa und ihr Verhaelihniss zur Kuliur der Indogermanen. lena, H. Costenoble, 1893.

(31 V eroffenlichungen der Grossh. Bad. Sammlangen. Carlsruhe, 1899.

(4) La paléoeïhnologie en Suisse, Revue d’ Anthropologie, i5 nov. 188S, pp. 721-735.

I>e PARTIE - L’ARYEN

comme ornement; de fines lamelles de ce métal étaient artistement adaptées à des poteries au moyen de la résine du bouleau.

Dès 1893, Salomon Reinach (i) a constaté que, de la Bretagne à la Troade, se retrouvent des ustensiles de cuivre dont la morphologie est la copie des instruments de pierre. 11 a relevé avec raison l’argument sur lequel s’appuyait G. de Mortillet pour soutenir l’importation orientale : la poignée des épées de bronze n’aurait pu être maniée que par des mains petites comme celles des hindous. S. Reinach rappelle que H. de Longpérier (2) a depuis longtemps démontré que cette épée se maniait à quatre doigts et que du reste il serait illogique et invraisemblabe que les importateurs eussent introduit en Europe des armes qui n’auraient pu être employées que par eux. L’éminent critique insiste sur l’absence complète en Europe d’objets orientaux, soit de cylindres assyriens, soit de scarabées d’Egypte.

L’évolution industrielle passant du cuivre au bronze est attestée par l’analyse chimique et les transformations graduelles de la morphologie des objets.

Un très grand nombre d’analyses de bronzes préhistoriques ont déjà été faites, mais si des recherches systématiques étaient entreprises dans les différents musées de l’Europe, il est probable que la composition variable révélerait les gisements divers d’où chaque pays tirait ses métaux.

Dès maintenant, si l’on réunissait toutes les données éparses dans un grand nombre de publications, on pourrait peut-être établir des groupes régionaux reposant sur la chimie, et il serait intéressant de voir s’ils correspondraient aux provinces des archéologues.

Des analyses déjà anciennes ont démontré, soit pour l’Egypte, soit pour la Chaldée, que des objets considérés jusque là comme étant de bronze ne contenaient que du cuivre pur; il ne sera pas question ici des travaux de Wibel (3), de VON Bibra (4), de Berthelot (5), etc. et de beaucoup d’autres, qui démontrent un âge du cuivre, mais bien de quelques travaux récents qui prouvent que l’évolution morphologique est en rapport avec des alliages métalliques différents. Chassaigne et Chauvet (6) ont publié en 1903 un travail fortement documenté reposant sur 473 objets de l’àge du bronze, de régions diverses, qui ont été soumis à l’analyse. Les différents métaux et métalloïdes ont été dosés avec soin : cuivre, étain, plomb, fer, zinc, nickel, antimoine, cobalt, argent, arsenic, soufre et phosphore.

De cette étude remarquable, les auteurs ont tiré quelques conclusions : les

(1) Le mirage oriental, L’Anthropologie 1893, pp. SSg à 578 et 699 à 732.

(2) Congrès d’ Anthropologie et d’archéologie préhistorique, Paris, 1867.

(3) Die cultur der Bronzezeit Nord und Miftel Europa, i865.

(4) Die Bronzen und Kupferlegirunger, in-8°, Erlangen, 1869.

(5) Introduction à l’étude de la chimie des anciens et du moyen âge. Paris, Steinheil, 1889.

(6) Analyses de bronzes anciens du département de la Charente. Ruffec, Picat, 1903.

INSTITUTS SOLVAY (sOCIOLOGIE)

L'ARYEN ET V ANTHROPOSOCIOLOGIE

haches plates, dérivées par leur forme des haches de pierre, sont en cuivre pur; les haches à bords droits renferment de 1 1 à 1 5 % d’étain ; dans les haches à talons, la proportion augmente, dans les haches à ailerons et surtout dans les haches à douille, il y a du plomb. L’antimoine n’existe jamais dans les bronzes charentais, tandis que Krohnke l’a rencontré dans les bronzes de l’Allemagne.

Ces différences sont confirmées par les recherches faites par Otto Helm (1), qui a trouvé une forte proportion d’antimoine dans des bronzes préhistoriques de la Prusse occidentale; le même fait a été constaté par Hampel et Loczka (2) pour les bronzes de la Transylvanie et de la Hongrie.

Les pièces de l’âge du bronze soit assez rares en Belgique, la plupart d’entre elles ont été analysées récemment; J. Jacobsen (3) a, en 1904, présenté à la faculté des sciences de notre Université, une thèse intitulée : L’âge du bronze en Belgique, partie chimique. L’auteur admet trois périodes, la première du cuivre, absence d’étain et de plomb en quantité voulue; la deuxième période, bronze, alliage cuivre-étain, absence du plomb en quantité voulue; la troisième période, bronze plombifère, plomb en grande quantité.

11 résulte du travail de J. Jacobsen, que la Belgique était tributaire de la France pour l’industrie du bronze, que les conclusions de Chassaigne et Chavet sont applicables à son territoire au point de vue morphologique et au point de vue chimique.

Le cuivre est fort répandu, ce qui a permis aux régions qui en renferment d’avoir un âge du cuivre. 11 n’en est pas de même de l’étain; aussi l’industrie du bronze n’a-t-elle pu prendre naissance que là où les deux minerais se trouvaient réunis. En Europe, l’étain a des gisements en Espagne, en Portugal, en Erance, dans le Morbihan, dans la Creuse; dans ce dernier département. Mallard (4) a découvert, en 1839, les ruines très anciennes d’une exploitation d’étain à Montebras ; il y en a également dans la Vienne et la Loire inférieure.

L’Europe centrale a les mines de Bohême, dont celles de Zinnwald et de Schlachenwald sont encore exploitées, ainsi que celles d’Altenberg en Saxe.

La Grande-Bretagne a les inépuisables mines du Devon et des Cornouailles; là se trouvent réunis le cuivre et l’étain comme en Espagne, le Sud et l’Est de la Erance et en Europe centrale. L’industrie du bronze a pu prendre naissance en ces régions d’une manière indépendante. Dans les pays limitrophes, le progrès

{1) Ckemische Uniersuckung westpreussiscken vorgesckicktlicher Bromen und Kupferîegiringeu... in Zeitschrift für Etthnologie, XXVIII, Jahr iSgS, Heft I.

(2) Chemische U ntersuchung westpreussiscken vorgeschitlicher Bromen tiiid Kuffeylegiriungen... in Zeitschrift für Ethnologie, XXVIII, Jahr i8g5, Heft I.

(3) L’dge du hrome en Belgique, partie chimique, thèse présentée à la faculté des sciences à l’Université de Bruxelles. Bruxelles, Lamberty, 1904.

(4) U Anthropologie, 1901, pp. 495 et 496.

l’e PARTIE — L’ARYEN

métallurgique se propagea promptement et la matière première fut importée sous forme de lingots, qui avaient une valeur monétaire.

Dans l’Afrique centrale, le fer et le cuivre, sous des formes conventionnelles, ont une valeur commerciale.

La découverte de fonderies de bronze et de tout l’attirail métallurgique dans les diverses contrées de l’Europe est bien la preuve de l’indépendance industrielle. La composition chimique des alliages varie par zones de production de la matière première; les types morphologiques évoluent de la même manière, tout en revêtant des caractères régionaux particuliers. 11 y avait des centres de fabrication dont les produits de qualités différentes étaient colportés par des marchands. L’art appliqué a pu prendre naissance loin des pays producteurs des deux métaux nécessaires. Dans l’Asie antérieure, l’Egypte, l’archipel insulégéen et le pourtour de la Méditerranée, la civilisation a devancé celle de l’Europe, en mettant à profit et en perfecfonnant l’industrie primitive que celle-ci devait à la découverte de ses gisements métalliques.

La thèse orientale de l’importation de l’étain est insoutenable; de Morgan, dans son Koyageau Caucase, a fait preuve de grandes connaissances, il a dressé des cartes minières du cuivre et de l’étain, et malgré les mines d’Europe qu’il signale, il a choisi les montagnes des confins de la Chine comme contrée d’importation du bronze.

La date de l’apparition du bronze en Europe est à peu près la même pour tous les auteurs qui se répètent de confiance, interprétant les textes anciens d’une manière plus érudite qu’exacte.

Les fouilles archéologiques, depuis vingt ans surtout, ont opposé des faits à cette érudition surannée; elles ont bouleversé les écrits des historiens les plus classiques; seuls, les partisans des idées reçues persistent à ignorer les méthodes d’investigation de la science moderne auxquelles ne peuvent s’adapter leurs croyances et leurs connaissances immuables.

L’hypothèse de l’étain asiatique est ruinée sur le terrain historique lui-même. Résumons rapidement l’état de la question : l’étain est appelé KaaokeQoç par Homère; en 1880, L. Wilser (i) a montré que ce mot avait passé en assyrien, en sanscrit et en arabe. Salomon Reinach (2) a repris la thèse en 1892 et en 1899; il a multiplié les arguments qui plaident en faveur de l’origine celtique du nom KaoaixEQoç, que les Grecs ont employé pour désigner l’étain, ce métal venait des îles Cassitérides. 11 cite à ce propos plusieurs métaux qui sont désignés d’après les noms des pays producteurs : le mot cuivre de l’île de Chypre, riche en mines de

(1) Ausland, 1880, p. 20.

(2) L’étain celtique, l’Anthropologie, 1892, pp. 276-281. Un nouveau texte sur Vorigine de l’étain, l’Anthropologie, 1899, pp. 397-409.

L’ARYEN ET L’ANTHROPOSOCIOLOGIE

ce métal (æs cyprium, cyprium, cuprum); le nom de bronze vient de Brundisium, Brindes, ville réputée pour sa fabrication (æs brundusinum, Brundisium). Aux linguistes qui admettent que Kastîra du sanscrit est une forme plus ancienne que le grec Kaaoheçoç, S. Reinach oppose le texte formel du Périple de la mer Ronge, confirmé par Pline, d’après lequel l’étain était un des minéraux importés d’Alexandrie dans l’Inde, en échange de l’ivoire, des pierres précieuses et du nard (i) ». La dénomination elle-même des îles Cassitérides est celtique. Les pays lointains qui recevaient le métal de cette provenance, l’ont désigné par le nom de la contrée d’origine. Mais les Celtes ne lui appliquaient pas ce nom et appelaient l’étain créd, dont l’origine est tout-à-fait obscure. D’après nous, si les Celtes ont conservé le mot créd et n’ont pas adopté le nom grec de KaaaheQog, cela constitue une preuve de leur connaissance antérieure du métal; s’ils ne l’avaient connu que par importation, ils auraient adopté le nom donné par les envahisseurs ; on sait que ce n’est que plus tard qu’ils ont adopté le mot stannum romain. Nous avons signalé antérieurement que si les Basques et les Finnois ont des noms spéciaux pour les céréales et les animaux domestiques, c’est qu’ils les connaissaient avant que les dialectes indo-européens ne fussent en contact avec eux.

Dans une seconde étude déjcà citée, S. Reinach démontre historiquement : 1° que le commerce phénicien de l’étain n’est pas attesté avant l’an 600; 2° que les Phéniciens n’ont jamais eu le monopole du commerce; 3° que les Grecs eux-mêmes n’attribuaient pas aux Phéniciens, mais à un autre peuple, les premières relations commerciales avec les îles Cassitérides.

L’auteur oppose des textes précis aux hypothèses de la plupart des historiens et de D’Arbois de Jubainville en particulier, qui fait remonter au xvii® siècle av. j.-C. le commerce phénicien de l’étain. 11 faut croire que la phénicomanie est une affection incurable, à en juger par les phrases suivantes, imprimées en 1904, dans Les Celtes, par D’Arbois de Jubainville (2) : « Les mines d’étain, découvertes par les Phéniciens, étaient alors exploitées déjà, et c’était de la Grande-Bretagne que venait probablement en grande partie l’étain employé à la fabrication du bronze de la Méditerranée ». Le linguiste-historien fait précéder cette phrase d’un passage où il parle de l’expédition des Celtes Goîdels à la conquête de la Grande-Bretagne vers 800 avant j.-C. (??).

Ainsi, malgré les faits formels mis au jour par l’archéologie, malgré les textes des auteurs anciens interprétés à la lueur des fouilles modernes, les Phéniciens ont découvert les mines d’étain vers 1700 avant notre ère! C’est beaucoup vieillir l’infiuence de ce peuple et rajeunir d’eau moins quinze siècles l’âge du bronze.

(1) L’étain celtique, îoc. cit., p. 276.

(2) Les Celtes, in-i6. Paris, A. Fontemoing, 1904, p. 19.

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