PARTIE - L’ARYEN
De 2000 à 1500 av. J.-C. (?) florissait l'industrie Cretoise ou minoenne, héritière de la civilisation plus généralisée de l’archipel insulégéen; la thalassocratie phénicienne n’était pas encore née.
Avant que Tyr fît venir l’étain de Tarshis (Tartessos, sud-est de l’Espagne), il y avait des relations entre l’Espagne et les pays de l’orient de la Méditerranée. Ces relations, que les frères Siret (i) avaient déjà signalées dans leurs superbes fouilles de l’Argar, sont confirmées dans un livre récent que Pierre Paris (2) vient de publier sur l’Espagne primitive.
S. Reinach, en signalant les ressemblances des objets découverts chez les Argariens et les Egéens, croit qu’il ne faut pas songer à des relations directes. Pourquoi pas? Quand on constate l’état de civilisation des Polynésiens et les immenses distances qu’ils ont parcourues pour peupler leurs archipels, on peut admettre que les populations du littoral méditerranéen et à plus forte raison les tribus insulaires se sont aventurées, dès l’époque préhistorique, soit en suivant les côtes, soit en traversant la mer, en faisant escale aux Baléares, en Sardaigne et en Sicile. Dans la partie anthropologique de notre critique, nous constaterons la parenté ethnique, qui relie la plupart des types du littoral méditerranéen et dont l’art le plus ancien remonte à cette période glyptique que les fouilles de Piette datent de l’époque quaternaire.
Rappelons également que S. Reinach (3) établit par Posidonius, cité par Strabon, que beaucoup d’étain est apporté de Bretagne sur la côte opposée de la Gaule, d’où les marchands transportent le métal à dos de cheval, à Marseille et à Narbonne.
Mais avant l’arrivée des Phocéens sur le littoral méditerranéen de la Gaule, le commerce de l’étain existait depuis longtemps ; une autre voie le conduisait vers les pays baltiques; Œshausen a recueilli des objets en étain dans une tombe de l’âge du bronze de l’île d’Amrum, côte ouest du Schleswig; dans une station néolithique de transition, Lobositz sur l’Elbe, ont été trouvés quelques objets de bronze [Weinzierl] (4).
L’étain et l’ambre suivaient la même voie pour descendre vers l’archipel, pour de là arriver en Egypte, où ils se trouvent synchroniquement vers le 4® millénaire avant j.-C. [Maspero, IV® dynastie. Chantre] (5).
Dans le sud-est de l’Espagne, dans l’Argar, des fouilles minutieuses ont permis d’assister au passage graduel de la pierre au cuivre, de celui-ci au bronze;
(1) Les premiers âges du métal dans le sud-est de l’Espagne, Anvers, 1887.
(2) Essai sur l’art et l’industrie de l’Espagne primitive, 2 vol. in-40. Paris, E. Leroux, igoS.
(3) Un nouveau texte de l’étain, loc. cit., p. 400.
(4) Eine neolithische Ansiedelung der U ébergangszeit ici Lobositz an den Elbe, Zeitschrift Jür Ethnologie XXVI, Heft, IV.
(5) Recherches Anthropologiques en Egypte. Lyon, A. Rey, 1904.
L’ARYEN ET U ANTHROPOSOCIOLOGIE
les minerais de carbonate de cuivre ont été retrouvés non loin des scories découvertes prés d’une tombe argarienne; l’analyse a démontré l’imperfection du procédé primitif d’extraction et la présence de l’étain provenant du minerai lui-même (frères Siret, déjà cités). Plus tard, dans la même région, l’alliage se perfectionne par addition de l’étain au cuivre.
De tout ce qui précédé que faut-il conclure? Vers quelle époque a commencé l’usage du bronze? D’où venait l’étain?
La première conclusion qui paraît s’imposer, c’est que la date de 1500 à 1700 ans avant j.-C., assignée par les historiens et beaucoup d’archéologues, n’est et ne peut être que l’époque approximative de la généralisation du bronze, qui coïncide avec le commerce maritime de l’étain. Le transport de ce dernier métal par cours d’eaux ou par mer, a abaissé son prix et universalisé l’emploi du bronze.
Mais la connaissance de l’étain remonte au moins à 4000 ans avant notre ère : des gisements divers étaient exploités; l’Espagne a pu d’abord sutfir au littoral méditerranéen ; cependant la coexistence de l’ambre et de l’étain en Egypte démontrent, dès cette époque lointaine, des relations commerciales entre l’Elbe et le Nil.
L’étain se trouve dans les stations néolithiques de transition, dans l’Allemagne du Nord et les îles danoises; dans les rounds barrows anciens, également néolithiques, se trouvent quelques objets de bronze; à côté de l’ancien habitant qui descend des tribus quaternaires, apparait le type danois de Borreby. 11 n’est pas trop hasardé de supposer que c’est l’importation de l’étain britannique qui a excité la convoitise des envahisseurs.
Les palaffites de la Suisse tiraient probablement leur étain de la Gaule ; l’industrie du bronze était similaire dans les deux régions au point de vue de la forme des objets et de leur composition chimique.
Quant à l’argument suranné de l’antériorité des civilisations chaldéenne, égyptienne, etc., que l’on continue à invoquer contre la provenance européenne de l’étain, il n’a pas la valeur qu’on lui attribue : l’industrie métallurgique peut exister sans que le peuple qui la pratique soit à un stade élevé d’évolution intellectuelle ; les échanges commerciaux se font sur d’immenses étendues de territoire chez des peuples fort arriérés et voisins de la sauvagerie. Les Nègres de l’Afrique forgent très habilement le fer sans que leur état de culture soit supérieur à celui de leurs ancêtres représentés sur les monuments égyptiens.
Prenons un autre exemple en Europe : les peuples baltiques dont l’ambre remontait l’Elbe et la Moldau, pour arriver jusqu’à l’archipel insulégéen et l’Egypte, sont restés sans histoire et presque stationnaires pendant 5000 ans.
Nous admettons donc que l’industrie métallurgique du bronze n’a pas été importée en Europe. Un premier âge du bronze doit remonter jusqu’au XLV« siècle avant notre ère, puisque vers 4000 l’étain et l’ambre coexistent en