CHAPITRE CINQUIEME
Grecs. — Le tréfonds ethnique de la Grèce est entièrement inconnu. Les traces d'une occupation à l'époque paléolithique sont rares. On a trouvé quelques haches acheuléennes, mais rien de la fin du quaternaire. Pas de dépôts de grottes avec instruments de type magdalénien, pas même de néolithique ancien. Quelques haches polies, un petit nombre d*instru« ments représentent seuls la belle époque néolithique. Les traces des anciens habitants ne deviennent abondantes qu*à l'époque énéolithique, et môme pour ce temps relativement rapproché nous n'avons aucun crâne» rien qui nous indique la race des aborigènes.
On suppose, gratuitement, que ces derniers étaient des brachycéphales vivant à l'état sauvage, et bien près de Tanimalité. Les raisons sur lesquelles on s'appuie sont que les brachycéphales paraissent avoir été plus nombreux, aux épo ques très anciennes, dans les régions de T Europe plus rappro
^îhées de l'Asie-XIiaeure, et que les Grecs représentent comme peuplées de brutes vivant de glands, avant Tintroduction de la civilisation venue des tles.
Les Pélasges représentent le plus ancien fonds de population civilisé» et le premier groupe ethnique dont nous parle Tbisloire grecque. Il est probable que sous ce nom les Grecs ont compris des éléments ethniques fort divers, possédant en commun la civilisation dite mycénienne. Les Pélasges paraissent avoir été surtout des tribus errantes, courant les terres et les mers, se montrant un peu partout sans arriver à constituer un ensemble de peuples stables, et à couvrir la Grèce et ses environs d'un système d'états définis et contigus. Ils répondent dans un certain sens à ce que les Egyptiens appelaient, d'une manière aussi vague, les peuples de la mer.
Les traditions grecques nous parlent de perpétuelles migrations et de rapports très complexes des premiers peuples de la Grèce avec ceux de l'Asie-Mineure, des lies, de la Phénicie, de TEgyple et de la Cyrénaïque. Nous comprenons maintenant ces rapports qui embarrassaient fort les anciens érudits. Nous savons que les Danouna avaient une de leurs tribus en Palestine, de même que les Pulesta de Palestine appartenaient certainement au fonds pélasgique. Les rois d*Egyple avaient, dès le xv« siècle, des Proto-Grecs à leur solde, et entre les mercenaires ou les colons d'Egypte, de Phénicie d'un côté, les habitants de la Grèce de Tautre, les relations et les migrations se poursuivaient sans interruption.
Nous voyons aussi plus clair dans le problème des rapports anciens de la Grèce et des Phéniciens. Il existe de nombreuses théories dont les unes attribuent aux Pélasges et les autres aux Phéniciens l'éducation première de la civilisation grecque. En réalité, tout le monde a raison. Vers le xv® siècle avant notre ère, la différenciation qui s'est produite plus tard entre le
monde grec et les Phéniciens n'existait pas encore. Si au point de vue de la langue la différence était sensible, les peuples de la mer parlant surtout des dialectes de souche grecque, ceux de la Phénicie surtout des dialectes cbananéens, dont l'hébreu et son frère le phénicien nous sont seuls connus, pour tout le reste il n'y avait pas de grandes différences entre tous ces peuples qui se pénétraient réciproquement.
La civilisation parait avoir gagné la Grèce en venant des lies. Celles-ci, et d'abord la Crète, paraissent avoir été le premier milieu de développement des Proto-Grecs. Quelques tribus avaient pu descendre de la région danubienne par terre, mais le mode principal d*invasion parait avoir été par mer, par l'Adriatique, le Péloponèse, la Crète, et l'objectif était le pillage de TEgypte. C'est seulement après avoir échoué de ce cdté que les Grecs se rejetèrent sur les côtes de l'Archipel, où ils furent bientôt plus étroitement confinés par le développement de la puissance phénicienne.
C'est par une lente évolution que les peuples grecs se dégagèrent du fond pélasgiqiie. Nous savons que les Achéens avaient déjà une existence comme peuples distincts dès l'époque de la splendeur de Mycènes. Les Doriens sont le seul des peuples helléniques dont l'arrivée soit de date historique. Ils débarquèrent, vers HOO, sur la côte occidentale du Péloponèse, et leur précédent séjour était dans les montagnes, entre la Thessalie et l'Epire. Il est probable que ce dernier ban des Hellènes était descendu depuis peu de rillyrie dans la Doride. La langue et la civilisation des Doriens étaient bien moins avancées en évolution que celles des autres peuples grecs. La race était aussi plus pure. Les Spartiates ont été un des plus beaux types d'Europœus qui aient existé dans l'antiquité. Ce furent certainement en Grèca les Aryens des Aryens, et si leurs institutio )s n'avaient pas paralysé leurs aptitudes, il est
probable qu'ils auraient fait plus qu'être d'incomparables soldats.
J'ai consacré le xiv® chapitre des Sélections sociales à la Grèce ancienne et je n'ai pas l'intention de me redire. Je reprendrai seulement quelques chiffres relatifs à l'indice cephalique et je compléterai l'étude de la couleur.
Chez les crânes grecs, très rares, qui ont été étudiés, le type Europœus est manifeste. Les archéologues, en Grèce comme ailleurs, ne recherchent guère les crânes et dissertent plus volontiers sur les peuples qu'ils ne les étudient. Nicolucci a publié, il y a trente ans passés, une série de 26 sujets, dont l'indice est 75.8. Une autre série de 18, qui figure dans les Sélections, donne 75. Nous ne savons d'ailleurs à peu près rien sur l'origine sociale des individus si peu nombreux dont je parle. Il est à présumer que dans le nombre se trouve une majorité d'esclaves. S'il en était ainsi, il faudrait conclure que même parmi ces derniers le lyçeEuropâBus était fort répandu. Les Grecs d'aujourd'hui, dont Tindice est de plus de 81, se rattacheraient donc en majorité à des éléments brachycéphales, descendus de la région des Balkans depuis le commencement de notre ère. La dolichocéphalie, la haute taille et la couleur blonde ne se rencontrent guère aujourd'hui que chez les débris des Doriens, autour de Sparte et en Crète, dans les montagnes. Sur 1172 Grecs mesurés par Ornstein, il n'y avait que 65 cas d'yeux bleus, dont 26 chez des blonds (Berliner Gesch. fur Anthropologie, 1879, 306). Stephanos est arrivé aux mêmes résultais (Bull. Soc. d'Anthrop. de Paris, S. III, VI, 658).
Les renseignements sur la couleur viennent de deux sources, les peintures et les indications des auteurs classiques.
On sait maintenant que les Grecs peignaient leurs statues. La poésie de la blancheur des marbres ne les louchait guère.
et le suobisme aidant» elle ne touchera sans doute plus les artistes de Tavenir. Le coloris était souvent conventionnel, les Grecs ont usé de la couleur dans un but décoratif et leur polychromie ne visait pas toujours à Texacte reproduction de la nature. Sous cette réserve, il faut signaler l'emploi général, presque constant» des teintes jaunes et rougeàtres pour le coloris des cheveux. Les rares exceptions portent sur des représentations d'esclaves, d'étrangers, de gens de la classe la plus infime. Les Grecs, en un mot, voyaient blond tout ce qui était personnage d'ordre relevé : blonds les Dieux, blonds les héros, les grands hommes, les citoyens libres, blondes les femmes de condition, les grandes courtisanes.
Cet idéal se retrouve dans la littérature. Il faut distinguer d'ailleurs entre deux sortes d'indications.
Les unes se rapportent aux dieux, aux nymphes, aux héros. Pour ces derniers, qui peuvent avoir existé, le type que leur attribuent les anciens écrivains grecs pouvait être traditionnel, et l'expression de la réalité. Pour les dieux, les descriptions ne valent que comme indication de l'état d'âme des Grecs. Ils prêtaient à leurs divinités le type qui leur semblait le plus parfait. Ces descriptions se retrouvent fidèlement copiées par les auteurs postérieurs et par ceux de l'époque romaine. Il faut rapprocher de ces descriptions celles de personnages imaginaires, expression aussi de l'idéal. Les autres indications ont une valeur documentaire. Ce sont ou des portraits sommaires de personnages réels par des contemporains, ou des caractéristiques de peuples.
J'ai commencé un recueil des indications anthropologiques contenues dans les auteurs de l'antiquité, même du haut Moyen -Age. Le travail est laborieu)(, facilité souvent par de bonnes éditions avec index, quelquefois vain, car beaucoup de gros ouvrages ne contiennent pas une seule indication.
On trouvera en appendice le résultat du dépouillement d'un certain nombre d'auteurs.
L'Iliade et l'Odyssée sont les plus importantes des sources anciennes. Nous avons dans les poèmes homériques des documents de la plus haute valeur pour Tépoque protohistorique, et ces documents sont tous concordants. Les dieux et les héros sont toujours grands, toujours blonds, toujours aux yeux bleus. Je ne connais que deux exceptions, Hector et Ulysse, tous deux étrangers au monde grec. Hector est, au douzième chant, représenté traîné par le char, les cheveux noirs épars : < àjtçl Si x*^"*' x^^''**^ ici>.vavTo. » Les cheveux d'Ulysse sont du même noir bleu, couleur de violette, comme disaient
d'ordinaire et si singulièrement les Grecs : « Ou}.aç -^jca xc(txç, uaxivOtvcp avOfi 6(toiaç. D
Tous les Grecs sont blonds, hommes et dieux. Au premier chant de Tlliade Minerve saisit Achille par sa blonde chevelure : a ÇavOvîç ii x6|t7î; ekt Uy{k&imx. » Au vingt-troisième chant il est encore question de la chevelure d'Achille, quand il TolTre aux mânes de Patrocle : a ÇavOyivarexftpa'royatTYïv. i> Nous savons qu'Achille était réputé d'origine scythique. Au quatorzième chant nous apprenons qu'il était grand, ce que nous savons aussi d'Agamemnon. Nous trouvons sans cesse Minerve appelée : aux yeux bleus, et Ménélas qualiBé de ^ovQoç. Ce sont des épithètes qui accompagnent presque toujours leurs noms. Au second chant de l'Iliade on nous parle du blond Méléagre et de la blonde Briséis, au troisième de la blonde Vénus, au cinquième de la blonde Gérés, au huitième, au onzième, etc., de la blonde Hélène. Au neuvième chant il est question, à propos d'Amyntor, d'une blonde captive; au onzième, au quatorzième, de la blonde Amathée, et au dix-neuvième revient Briséis semblable à la blonde Vénus. Je m'arrête et dis un mot seulement de l'Odyssée. Rhadamante, au quatrième
chant, est représenté blond, au cinquième il est question de Il blonde Aurore, ce qui n'aurait pas isolément de valeur ethnographique.
Les dieux et les héros de Pindare sont blonds : Minerve {Ne. VII, 96; Ne. x, 7; 01, vu, 11 ; Fr. xxxiv, 9), Apollon (Is. Yi, 49; 01, VII, 32; 01. vi, 41). les Grâces (Ne. v, 54), Ménélis (Ne. vu, 28), Achille (A^^. m, 43), Evadné (OL vi, 30). Une seule exception concerne les Muses : a ç^éyerai S' ioxWxowîi MoiacLKç (Is. VI, 23). »
De même ceux de Théocrite : Minerve (xx, 24 ; xxvii, 1), Vénus (vu, 116), Ménélas (xviii, 1), Hylas, amî dllercule (xiii, 36). Il applique Tépithète de xuàvoppix; à trois person nages féminins : Vénus (vi, 59), Eripyle (xvii, 53), Amaryllis (m, 18). Puis viennent quelques personnages réels, tous blonds : le roi Ptolémée (xvii, 103), Delpbis et Eudamippe, deux mignons du poète (ii, 78), la magicienne Périmède (il, 16). Aucune mention de type brun.
Bacchylides représente blonds : Apollon (iv, 2), Junon (x, 50), Briséis (xii, 135), et comme personnages réels, un Athénien, dolichodrome aux Isthmîques (ix, 14), Automedes de Phliase, pentathle des Némésieunes (vin, 23). Il qualifie Amphitrite de ^own;, ce qui n'a pas un sens bien précis. Thésée est représenté blond (xvii, 51), avec des yeux noirs (xvi, 17), ce que d'autres indices semblent avoir fait remarquer chez les Grecs. Il qualifie la ville de Thèbes de >cuxvo7:X6xaj«);. Les Thébains avaient-ils les cheveux noirs ? Faut-il voir dans l'épithète une allusion aux sombres ombrages? Des Lacédémonienoes il dit qu'elles sont blondes, ^%v6ai (xix, 1).
Euripide, /f^raA/c5,361,opposelachevelure blonde d'Hercule à la crinière rousse de la peau de lion : a llup<ja) S* à(i.çe/.3cX'j- (f% ÇavOiv xpxT* £7:tvci)Tt<jaç. » Il parle aussi, 233, de la chevelure blonde de Lycus,
Dans Pausanias je n'ai noté Tju'ua passage précitâ relatif aux yeux bleus de Minerve (1, 14, 6).
Aristote dit des gens do mer qu'ils ont les cheveux roux {Problemala, xxxtiii, 2; n«pi j^pu[i.xTuv, iv, 21). La mention est assez curieuse, car elle semble ne pas s'appliquer seulement à ceux de k Grèce, peut-être aussi aux fabricants de pourpre de la Pbénicie.
De ce texte il faut rapprocher celui de Polémon, reproduit par Adamantius (ii, 24), qui représente les Grecs de condition libre comme pYà>Ai, «ùpÛTepoi, ôpOiot, EÙicoysi;! XewxÔTepoi -rni» )^p&zv, ÇavOol. L'élément brun était étrangerou servile. et réciproquement la remarque d'Aristote montre que les bruns dominaient daas les basses classes. C'est d'ailleurs ce que confirment les représentations figurées, qui donnent parfois à des esclaves un type brachycéphale. Les physionomistes grecs eslimaieat d'ailleurs peu les gens noirs et frisés. Ils les regardaient comme fourbes et cupides. Adamantius dit (417, 5) : «fivapxo'JWTpi;(^aôeiWv)tal xïpSa>iov)iyï,» et (418,7) : q^léXxivx
I.es Latins out fidèlement copié les Grecs. Toujours les personnages mythologiques sont représentés blonds. Juvénal : Mék^agre [Sal. v, 1 13). Catulle : Ariane (64), Thésée (64). Protésilas (68). Tibulle : Cérès (I, i, 15). Ovide : Europe (F. v, 609), le centaure Cyllare {Met. xii, 395), Esculape (M. xv, 669), Aurore (jW. V, 440; j4m. ï> 13.2), le Lapitbe CharaxeB(J/. xii, 273), mdée(Bér. xii, H;. Phaëthon (M. ii, 319). Ariane 1.530), CEnone {Hér. i, 122), Oreste et Pylade (Ponl. . 74), Côrès(^. VI, 118; Am. m, 10,3, F. iv, 424), une nte d'Alcmène{J/. ix, 306), Apollon {Am. i, 15, 3a ; Stét. îd), le pilote Mélanthus {M. m, 617), Minerve (^Ira, ii, Am. 1, 1, 7; F. vi, 652; Tr. l, 18, 1), lanlhe (ix, 714}. mplie Laodice {E. xix, 1 13), la fille de Cbiron (J/. ii, 635),
Calais et Zélés {M. vi, 715). Stace : Achille (Ach. i, 6H), Phébus {Th. m, 407; i, 698), Minerve {Th. m, 507), Diane et Minerve {Th. ii, 238), Atalanle {Th. iv, 314), son fils Parthénopée {Th. vi, 262; vi, 607), les guerriers grecs Hypanis et Polyles {Th. viii, 492), le guerrier grec Cydon {Th. v, 220). Lucain : Cérès {Ph. iv, 411). Claudien : Proserpine (xxxvi, 86), Phébus (xLiv, 55). Sénèque : Bacchus (ÛBrf. ii, 420).
11 faut faire exception toutefois pour les divinités des eaux, qui d'ordinaire sont représentées bleues, non seulement de barbe ou de cheveux, mais de peau. Ovide : Panope, sœur de Thétis (Ad. Liv , 435), Neptune (F. m, 874; M. i, 275), Cyane [M. V, 431), divinités de la mer {M. ii, 8-12), Triton {M. i, 333), Prêtée (F. i, 375), Psamalhée {M. xj, 398), navires changés en nymphes {M. xiv, 555), N^rée {Ep. ix, 14), Acis (M. xiii, 895), Doris {M. xiii, 742), les nymphes Cyrène {F. i, 365) et Liriope (M. m, 342), Thétis {M. xiii, 288), Glaucus {M. xiii, 960). Je ne prolongerai pas davantage Ténumération.
Très peu de personnages réels sont décrits par les Latins, quelques demoiselles de Corinthe, comme on dit dans la Belle Hélène, et des Grécules de profession indécise, maissemblable% Encore sous ces noms grecs peuvent se cacher des personnes fort étrangères à la Grèce. La Lycoris et la Chione de Martial sont noires, oh t trop noires (vu, 13 ; iii, 34). La Phyllis et la Chloé d'Horace sont blondes {Od. ii, 4, 14; m, 9, 19). Je renvoie simplement au recueil des textes, en appendice.
Comme mention ethnographique, je ne trouve à noter dans les auteurs latins que le passage déjà transcrit de Mani* lias qui classe la Grèce per coloratas génies. A cette époque les Grecs historiques étaient déjà éteints, il n'y avait plus que des Grécules.
Romains. — L'importance historique du peuple romain, je
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veux dire des citoyens de la Rome rc^publicaiue, ferait désirer d'être fixé sur son type anthropologique. Il n'en est pas ainsi. La coutume de la crémation, contraire aux usages des Sabins et des Etrusques, commence à l'emporter dès le temps des rois et de\ient générale sous la République, Quelques familli s, parmi lesquelles plusieurs des plus importantes, conservèrent le vieux rite de l'inhumation, mais nous ne possédons aucun crâne de cette origine. On pourrait, en revanche, se procurer des crânes do la classe inférieure. 11 existe encore sur l'Esquilin beaucoup de tombes à inhumation, parmi les sépultures à incinération. La pratique de la crémation était coûteuse, elle se trouvait hors de la portée du pauvre diable. Les documents de cette nalure ne sauraient nous éclairer. Du type des esclaves ou des affranchis nous n'aurions pas le droit de conclure à celui des citoyens, et surtout de Tarislocratie gouvernante.
La cràniologift romaine est donc basée seulement sur quelques pièces d'origine douteuse, trouvées isolément. Nous retrouvons chez elles le faciès dominant des crânes anciens de TEsquilin, c'est-à-dire de la série pré ou protohistorique décrite par Sergi : Europœus dominant, mcridionalis accessoire, pas de brachycéphales, croisement presque constant avec coniractuSy dont l'influence se manifeste par la forme hémisphérique du crâne postérieur, un bombement marqué posté ro-inférieur entre Tinion et Topisthion, et un certain raccourcissement du maxillaire supérieur. Ces caractères sont d'ailleurs communs à tous les peuples du Latium.
Les indications relatives â la couleur sont très rares pour l'époque de la République. Le grand poète natiorial a marqué d'une manière voulue le type Europœus des Italiques de l'époque légendaire, mais il ne s'est pas trouvé de Virgile pour chanter les guerres de la République. Les historiens ne com-
mencent à comprendre la nécessité de décrire les personnages que dans les premiers siècles de notre ère. Donc, point d'indications légendaires, point de portraits historiques. Tout au plus des allusions plus ou moins claires au visage de Sylla, et des noms caractéristiques, comme celui d'Âhenobarbus* Le Corpus inscriptionum regorge de Fulvius, de Flavius, de Rufus, mais dans la plupart des cas il s'agit de noms traditionnels, voire patronymiques, et rarement le nom prend d'une manière évidente la valeur d'une épithète descriptive. Il résulte néanmoins de l'emploi de ces épithète^ que les Fulvius et les Rufus se distinguaient pas leur couleur de la généralité des Romains. La coloration claire était donc, dès l'époque républicaine, plutôt une exception.
Pour les derniers temps de la République, on commence à trouver quelques indications. Le portrait de Calon par un anonyme est célèbre {Anth, pal, y v, 22, 1) :
« nO|9pov Tfav^axsTîjy, y).0cux6|X|xaTOv, oùdk QoLv6it':o(.
Ces indications se multiplient dès les premiers temps de l'Empire, mais il ne convient de retenir que celles relatives aux familles d'origine authentique. C'est ainsi qu'on nous montre Messaline cachant ses cheveux noirs sous une perruque blonde. Poppée était blonde. Néron avait chanté sa chevelure pareille à l'ambre jaune (Pline, Hist. 7iat., xxxvii, 3, SO.)
Je néglige avec intention les indications sans valeur historique. Je crois que Virgile, archéologue consommé, décrivait les anciens Italiques d'après des données légendaires, mais je doute qu'il faille voir autre chose qu'une fantaisie dans les portraits de Romulus et de Lucrèce par Ovide :
({ Suberat flavx jam nova barba comœ {F, m, 60). » « Forma placet, niveusque color, flavique capilli (F. xi, 736). »
Ces deux portraits ne sont probablement qu'une imitation des poètes grecs, qui ne peignaient jamais autrement les héros et les héroïnes, et il n'est pas bien certain que Virgile n'ait pas, dans une certaine mesure, subi la même influence.
Pour la taille, les indications ne sont guère plus nombreuses. Les historiens insistent sur la taille élevëe de quelques personnages, mais on ne peut en déduire celle des hommes ordinaires. Végèce {Instituta rei militaris, I, 5) dit cependant : K Proceritatem tironum ad incommam scio semper exactam, ita ut seiios pedes, vel ceinte quinos et denas uncias habenles inter alares équités vel in primis legionum cohortibus probarentur. » Une taille de 1*80 exigée de la cavalerie et de ce que nous appellerions les grenadiers, c'est beaucoup. Je ne vois guère de peuple moderne qui puisse se payer le luxe de tels corps de géants. Si Végèce n'exagère pas, il doit parler, non des armées de la République, mais de celles dont la force se recrutait parmi les barbares. L'impression produite sur les Romains par les Gaulois, puis par les Germains, semblerait indiquer plutôt une taille moyenne chez les légionnaires de la République.
Il y aurait peut-être des indications précieuses à tirer des monnaies consulaires. Il faudrait les étudier par la méthode de CoUignon et de Ujfalvy, mais il n'a encore, à ma connaissance, été fait dans cette voie que des travaux sans précision. Quant à la statuaire, les statues-portraits, communes pour l'époque de l'Empire» font à peu près défaut pour celle de la vieille Rome et des Romains authentiques \
i. Dans un travail fait avec grand soin, et accompagné d*UD atlas très pratique, le prof. Pullè a réuni tous les renseignements utiles sur les peuples de l'Italie ancienne, et aussi tout ce qu'il faut savoir de l'anthropologie physique et sociale de 1* Italie actuelle (Profilo anthropologico
Gaulois. — Je suis obligé d'intercaler l'étude des Gaulois entre celle des Romains et celle des peuples de l'Empire. Il est inutile d'insister sur la nécessité historique de cet ordre, les Gauîois ayant conflué avec les Romains et maints autres peuples dans le vaste ensemble des populations soumises aux Empereurs.
Les Gaulois apparaissent d'abord dans la région des Alpes autrichiennes, où ils représentent la population du premier âge du fer. On a trouvé dans cette région d'immenses cimetières h inliumation qui ont fourni un matériel très riche aux collectionneurs d'antiquités. 11 a été aussi recueilli à Ilalstatt et sur d'autres points des séries asFcz importantes d'ossemrnts et surtout de crânes. Ces pièces ne représentent ([u'une infime partie de celles qui ont été trouvées et bouleversées par les archéologues. Un travail d'ensemble et bien fait sur Tanthropologie des Gaulois halstattiens est encore à attendre. On sait seulement que les nécropoles alpines ont fourni une très grande majorité de crânes de type EuropœuS: et une minorité de brachycéphalcs. La Bavière et les régions voisines ont également fourni de très nombreux cimetières et des tumulus isolés que l'on rapporte aux premiers Gaulois. Très peu de pièces ont été décrites isolément, mais le type Europseus est à peu près le seul signalé jusqu'ici. Toutes ces sépultures sont antérieures, quelques-unes de beaucoup, au' vi® siècle avant notre ère. A partir de celte époque, dans les Alpes et en Bavière, la crémation, rare au début, se substitue d'une manière habituelle à Tinhumation, et les documents ostéolcgiques deviennent plus rares. 11 faut remarquer cependant
dell'IteUia, Fireoze, Landî, ^898). Ce travail très bien fait renferme la substance des travaux de Pauli, de Sergi et de beaucoup d'autres, et il trouve le moyen d'avoir en outre son originalité propre.
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que rinhumation continue à être pratiquée de préférence pour les grands personnages.
Vers le vi* siècle, peut-être un peu avant, les Gaulois de Germanie se sont étendus sur Test et le nord-est de la France. Hamy a décrit deux crânes d'Auvenay, Côte-d'Or, dont l'indice moyen est 74.8. Broca a étudié une série plus nombreuse des environs de Cliàlons-sur-Marne. L'indice céphalique de 15 sujets est 76.9. Il a trouvé pour indice nasal, sur 34 sujets.. 45.8, pour indice facial (de Broca), sur 38 sujets, 66.8, pour indice fronto-zygomatique, sur 27 sujets, 92.8, pour capacité, sur 21 hommes 1592, sur 10 femmes 1457; l'indice orbitaire (de Broca) est 86.3, Tindice palatin 76.8. Ces chiffres montrent que la série est presque entièrement composée d'Europœus du type le plus pur. Les brachycéphales et métis de toutes sortes ne représentent qu'une fraclion peu importante. Il a été fouillé dans TAisne, la Marne et les départements voisins plus de quinze mille sépultures gauloises des environs du vi« siècle avant notre ère. C'est à peine si l'on a conservé quelques douzaines de crânes^ dispersés un peu partout. II reste encore, à la disposition des fouilleurs sérieux, de nombreuses sépultures, mais les grandes nécropoles, saccagées par les archéologues et notamment par Moreau, ne peuvent donner désormais que des débris remaniés. La destruction des cimetières, tant dans les Alpes que dans la Marne, rendra désormais plus difficile l'étude approfondie des Gaulois, mais les séries préservées sont assez homogènes pour que Ton soît déjà fixé, d'une manière générale, sur leur type à leur arrivée en Gaule.
La taille des Gaulois n'était pas aussi grande qu'on l'imagine. Diverses séries d'os longs de la Marne indiquent une taille de 1:66 environ, et si l'on a trouvé des individus de très hau^c taille, ils ne représentent que des exceptions îndivîduel les.
Les Gaulois paraissent n'avoir pénétré qu'assez tardivement dans le reste de la Gaule. Leurs sépultures y sont peu nombreuses, du moins celles à inhumation, qui sont les plus anciennes. On en a trouvé cependant jusque dans les Gévennes, en Bretagne et au pied des Pyrénées. Les quatre crânes ruthènes dont je parle dans la monographie de TAveyron accusent des indices nettement dolichocéphales : 77.4, 73.6, 75,4, 74. 6i. Un crâne féminin trouvé avec les trois derniers à Saint- Georges-de-Luzençon est un peu plus voisin de la brachycéphalie. Il a pour indice 79.5 et un faciès plutôt voisin de contractas. Il appartient peut-être à la population antérieure. Le D*^ Marîgnan a trouvé dans l'arrondissement du Vigan de nombreuses tombelles, dont les crânes sont tous Europmus, Les crânes trouvés dans le Gers, en Bretagne, etc.;, sont aussi nettement du même type. Les envahisseurs appartenùent donc à une population relativement pur^.
Nous ne connaissons guère l'élément préexistant, les populations antérieures pratiquant universellement la crémation, que les Gaulois ne tardèrent pas à adopter. On a supposé que ces populations étaient brachycéphales, pour expliquer la brachycéphalie actuelle de la région centrale. Cette hypohèse n^a plus grand crédit aujourd'hui. Le Nord-Est et TEst, qui ont reçu la plus forte couche de Gaulois et de Germains, ne sont guère moins brachycéphales que le Centre, et ils Tétaient déjà en puissance à l'époque énéolithique, où le Centre était encore très dolichocéphale jusqu'à la Méditerranée. Les populations des derniers temps gallo-romains, dans le Centre, n'accusent pas encore une forte tendance à la brachycéphalie, et cette dernière, dans cette région comme dans bien d'autres, parait surtout due aux sélections sociales, et de date récente. On a regardé ces populations comme représentant un mélange de très anciennes races locales avec un premier ban tie
Gaul.ïi?, arrivé de longs siècles avant ceux de l'invanon marnenne. On a voulu opposer ces premiers Gaulois, sous le nom de Celtes, aux seconds qualifiés Galates. Il n'est guère possib'e de voir, à mon avis, dans ces différents noms de Gai/i^ Galaiêe, Celtx, autre chose qu'un même nom prononcé d'une manière différente, à des époques différentes, par des peuples étrangers parlant des langues de tendances phonétiques différentes. Je ne nie en aucune façon la possibilité dune occupation partielle de la Gaule septentrionale, et même de la Grande-Bretagne, par des populations gauloises, à une épocpje antérieure à l'invasion marnienne, mais je tends de plus en plus à croire que juscprà une époque voisine de notre ère la Gaule Tut, dans toute sa partie méridionale, occupée par des populalions ita!i(iues. l-a conquête fut même, dans certaines régions, as ez tardive et assez superficielle pour que les idiomes italiques, aient survécu jusque sous la domination romaine. •
Comment j'ai été amené à cette opinion, je Tai dit dans deux mémoires, Le berceau des Ombro-Latins, et La langue de la Gaule avant les Gaulois. Cette question étant toute neuve, j'insisterai d*une manière brève. Une série d'inscriptions, trouvées entre le *Vidourle et les Alpes, a révélé un dialecte italique nouveau, auquel j'ai donné le nom de namausique, les inscriptions les plus importante^ provenant de Nîmes, et notamment le texte célèbre : farta bidillanoviacos dcde Matrebo namausicabo bratoude. Ce dialecte est par certains détails plus archaïque que Tosque et Tombrien, et présente en même temps des caractères absolument romans dans la syntaxe, la phonétique et la morphologie. 11 se place entre Tosque et le latin, mais comme branche distincte dès Torigine. L'inscription de Rom, Deux-Sèvres, de date postérieure car elle est du iv<^ siècle de notre ère, est certainement ita-
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lîque, et j'ai pu lui trouver un sens suivi, d'ailleurs provisoire dans certains détails. Les caractères généraui sont ceux du namausique, ofiais le dialecte est différent. Enfin la région rbénaoe elle-même a fourni des traces de dialectes non gaulois, très voisins du groupe italique, avec des affinités peut-être du cjté des dialectes illyrien»^ et du vénète.
Le dialecte des Gaulois lui-même était bien plus proche du groupe italique que du vieil irlandais, le plus ancien dialecte connu du groupe linguistique appelé celtique. Cela ne doit pas nous étonner outre mesure, les Gaulois ayant vécu dans la région alpine au milieu de peuples italiques, puis en Gaule dans les mêmes conditions, paraissent avoir été plus italisés qu'on ne l'aurait cru autrefois. Ainsi s'explique ce fait singulier que leurs noms propres et les noms de lieu soient à peu près seuls à pouvoir s'interpréterpar les dialectes celtiques modernes.
Les Gaulois subirent, au point de vue des coutumes, Tinfluence locale des anciens habitants de la Gaule et adoptèrent d'une manière générale la cr^^mation. Nous ne possédons par suite à peu près rien pour Tépoque comprise entre le v« siècle et la période gallo-romaine.
L'invasion ne se borna pas à la Gaule, elle s'étendit sur l'Espagne, le nord de l'Italie, les lles-Brilanniques, et, à une époque ultérieure, sur l'Kurope centrale et môme l'Asie-Mineure. On possède très peu de crânes cellibères. Ils sonl tous dolichocéphales. On n'en possède pas un seul des Gaulois d'iialie, ce qui a permis d affirmer qu'ils étaient brachycéphales, idée courante en Italie et fondée sur ce seul fait que la région nord est aujourd'hui brachycéphale. Je crois que les Gaulois ne sont pour rien dans cette brachyréphalie, au contraire Pour les Îles-Britanniques, les crânes gaulois antérieurs à la domination romaine sont rares, mais on peut faire état de- 109
Romano-Bretons de Beddoe. Pour les autres rëgious de l'Empire je sépare avec soin les pièces antérieures à la conquête de celles du commencement de notre ère, l'immigration ayant apporté de nombreux éléments hétérogènes, non pas romains, car il n'en restait guère à Rome même, mais italiens ou empruntés à toutes les populations romanisées^ l'Afrique et TAsie comprises. Ce grand mouvement de brassage des peuples n'a guère intéressé les Iles-Britanniques, où les Romains ne furent jamais que campés. La série commence à 68, et se termine à 82^ avec un cas isolé à 86. Elle est essentiellement composée d'£wro/?â?w5, avec quelques brachycéphalesel méditerranéens qui peuvent provenir du fonds antérieur.
£n Bavière, en Vindélicie, les sépultures gauloises ont été fouillées en grand nombre, mais il a été conservé peu de crinés, et un travail d'ensemble serait fort à désirer. Les maté* riaux sont à peu près entièrement inédits, et il faut attendre. Le type était le même qu'ailleurs, mais la taille parait avoir été plus grande en Vindélicie. Reinecke attribue à trois femmes des tailles de 1.54, 1.60, 1.59, à deux hommes celleè de 1.79 et 4.69, soit une moyenne égale à celle d'Europxus actuel. En Bohème l'indice qui se tenait avant l'époque du fer aux environs de 72.2 s'élève à l'époque gauloise à près de 80 pour redescendre à Tépoque slave à 78 juste. Il semble donc que les Gaulois aient entraîné avec eux un élément brachycéphale ramassé en route, et de fait, parmi les crânes, les uns sont nettement Europœus^ et les autres, en minorité et surtoutféminins, brachycéphales. Jeneconnais aucune pièce provenant des Gaulois d'Asie, dont le type est seulement connu par les monuments figurés, et les récits des historiens. Ils avaient le profil et le tempérament lymphatique des Gaulois d'Occident.
Nous arrivons aux documents écrits. Ceux-ci sont innom-
brables, et d'une concordaace parfaite. Je renvoie en note la Iranscriptioa des textes *. La plupart des textes grecs figurent
{ . Commentaire d'Eusthalc sur Denysie Périégèle, v. 285 :« Oî rtpitavoï...
yvî;fftoi ra^â-rat;, ot; cotxa?tv àv jiopfKlç x«t 5tot; xat ï55ffG"i, 7r).£ovKÇovTeç
Straboo^ VI, I, 2 : « rcpuavol... aexpôv iÇa^ÀcéTTOVTfç toû KsATtxoû yu).ov Tw Tf 7r5c«o va a"ixri tî;ç àyotOTiîTOç x«t toû ueys^ovç x«t tiÇç Çav^oTvjToç, T«À).a ^k icoLoocrAiôfTiot x«l ^jioc^oec:; xal '^(/cci x«l ,Sîoi; ovtcç... )i.Ce passage se retrouve avec quelques changements de mots dans les Chrestomathies, épitome de Strabon fait par un Grec du vi« siècle. Le môme auteur (iv, v, 2),
dît des Bretons : « O: ^ï av^oîç svai^xeo-rspoi tûv Ke^TÛv sîo-t, xoù ^to'ov
Timagène, auteur grec du i*^ siècle av. J.-C, fragments conservés en traduction dans le xv« livre d'Ammien Marcellin, ? 12 : « Celsioris staturx et candidi pasne Galli sxtnt omnes, et rutili, luminumqite torvitate terribileSy avidi jurgioruniy et sublativs insolescentes. iN'cc enim eoinm qvemquam adhibita vxore rixantem, multo fortiore et glauca, peregrinorum fene potuei'it globus : tum maxime cum illa inflata ccrvice suffrendena, ponderansque niveau ulnas et vastas, admisth catcibus emitlere cœpe7*it pwgnos, ut catapultas tortilibus nervis excussas. Metuendœ voces comphirium et minaceSi placatorum juxta et irasccntium : teni tameii pari diligenliOL cuncti et mundi.,. Ad militandum omnis astas aptissima, et pari pectoris robore scnex ad procinctum ducititr et adultus, gelu dvratis artubus et labore adsiduo, multa contemptwus et formidanda.,, Vini avidum genus, adfectam ad vini similltudinem muliiplices potus; et inter eos humiles quidam oblusis ebrietate continua sensibits.,. raptantur discursibus vagis. »
Diodore, v, 28 : « Oî ^s r«).«T«i toïç txkv o-waao-tv sto"tv eOu'iJxftç, tkîç âe frocoÇi xsc^vycot xal Àsvxot, raiq ^s xôuxat; ov aôvov ix fitaioiq Çav^ot, ctD.à. xal Stà T?; xarao^xîu^Ç; fTriT>;^evou«Ttv aûÇsiv tt^v ^vŒtxiiv rr,ç y^oàuç totoTïjra, V, 23 I rà âï noLiSitjL TzoLp* aOrotç ix yrjiTîjç v-ncHpyjt roÀtâ xarà tô 7r>gt(TT0V jrpoSatvovra Jg ratç iilixiKiq et; tô tùv 7r«T60wv ypëôucr. rat; /pw-iç tLZ-zoLfTyjCtijLuri^tTon. )>
Dion, dans son livre LXII (2), dont nous n'avons que Tabrégé de Xiphilin, décrit ainsi la reine bretonne Boadicée : « ""Hv ^i xal tô a&iaa iisytcr/; xal rô ecc^oi; plo tu ptozoirrtf t6 ts plépLiiu ^ptu\tzuz'/if xal t6 fOéypiv. rpay^ù î«/z, Ti;v 02 xôu);v Tr/eîo-Tijv te xal ÇavôoraTijv ov(jav /«X°' '^^'' V^'^*-''''**''
J'ai déjà transcrit deux textes du Ilepl xpao-jwv de Galien, p. 78 et 252. On peut y joindre ce passage du commentaire sur le m* livre des Epidé-
812 L'AUYEN
dins les Extraits des auteurs grecs concernant la géographie el l'histoire des Gaules^ publiés par la Société de Thisloire de
mies d'Hippocralc : «"IlapaTt^s'vTâç yoOv t«ts êpsyïj xal Ki/toù^ xal rsjouavov
J'ai également reproduit p. 262, un texte de Clément d'Alexandrie, Les textes latins sont très nombreux.
Virgile, JBn., VIII, 659 :
« Aurea cœsaries oUis atqtie aurea vestis, Virgaiis lucent sagulis ; tum laciea colla Auro innectimtur ; duo quisque alpina corruscant Gœsa manu, scutis protccti corpora longis, » TibuUe, I, 7, 12 :
« Carnuti et flavi cxrula lympha Liger. » Silius Italicus, Pun., IV, 200 :
« ObcumbiL Sarmcns, flavam qui ponère Victor Cxsarlem crinemque tibi, Gradive, vovebat, Auro cei'tantem et rutilum sub vertice nodum. » Tive-Live. XXXVIII, 17 : « Procera corpora, promissai et rudUitae comœ; ... moUia corpoi'a, molles ubi ira consedtt animos, sol, pulvis^ sitis, ulfer^ rum non admoveas, prosteimunt. »
Claudien, StiL, II :
« Tum flava repexo Gallia a*ine ferox. » Manilias, Astron,. IV, 714 :
(( Gallia vicino minus est infecta rubore. » Lucain, Ph., I, 402 :
(c Solvimiur flavi longa staiione Putan, » — III, 77 : « Celsos ul Gallia currus
Sobilis et flavis seqiieretvr mixta Bintaunis. » Tacite, Ag., XI :
<( Rutilœ Caledoniam habitantium ccmse. » Jordanes, Hist. Guth.y II : « Sylorum colorati vultus, torto plerique et nigro nascuntw\ Caledoniam vero incolemibus rutilai comx, corpora magna sed fiuida, qui GalUs sire Hispanis a quibui^que attcnduntur assimiles. Vnde conjectavere nonnulU quod ea ex his accolas continuo vocatos acceperit. » Tertullicn, De cidtu feminco : « Video qvasdam et capillum croco vertere. Pudet eas etiam natioms suœ, quod non Gtrmanx aut Gallse sint procréais : ita patriam capilli transfei^unt. »
France. Je suis, dans la mesure du possible. Tordre et les leçons de Cî recueil, qu'il importe d'étudier en entier pour se faire une idée complète des connaissances sur la Gaule et les Gaulois. Pour beaucoup de textes ce recueil est à peu près le S3ul accessible^ les bibliothèques des Universités elles-mêmes étant loin de posséder tous les auteurs. Chaque volume contient une table chronologique des auteurs qui aurait rendu grand service à Mortillet dans la rédaction d'une liste, pages 48oO'de la Formation de la nation française ^ durement et justement critiquée par Reinach. Je recommande encore aix personnes désireuses d'étudier l'ancienne Giule le Altceltischer Sprachschatz de Holder (Leipzig, Teubner). On trouvera sous chaque nom de peuple ou de ville la transcription de tous les passages grecs et latins où ce nom figure. Ces indications ajoutent souvent aux citations si copieuses des nombreux mémoires deLagnea i, qui restent les meilleurs travaux d'érudition sur les anciennes populations de la Gaule.
Tout le monde est d'accord que les Gaulois étaient de grands blonds aux yeux bleus. Je n'ai donc que deux points à établir. Le premier que nul texte ne parle de populations brunes mè • lées et subordonnées aux Gaulois, et qui représenteraient les ancêtres de nos brachycéphales. Cela tend à faire croire que ces aocôires des brachycéphales étaient assez peu nombreux et localisés, autrement on en trouverait quelques mentions, sinon dans les auteurs très anciens, du moins chez ceux du II* siècle et depuis. Les vieux cadres sociaux établis à Tépoque de l'indépendance gauloise étaient depuis longtemps brisés, et l'aristocratie gallique, à peu près détruite, ne pouvait plus dissimuler le type général des populations. Or nous trouvons seulement l'indication que les Gaulois, comparés aux GL^rmains, étaient moins roux. Le second point est que les Gaulois d'Italie, de Gaule et de Grande-Bretagne sont décrits
d'une manière identique. Carnutes, Ruthènes, Bretons sont dépeints sous les mômes traits.
J'insiste un peu sur ce second point parce qu'on a voulu établir une distinction entre les Celtes, premiers connus, et les Galates représentant Tarrière-ban des Gaulois. J'ai déjà dit que la différence des noms est de peu d'importance. La transcription des noms des peuples congolais, depuis les pre miers navigateurs portugais jusqu'à Stanley et de Brazza. nous montre de bien autres variations. Les Celtes auraient représenté un mélange de Gaulois purs avec des peuples brachycéphales, et seraient les ancêtres de nos brachycéphales du centre, si malheureusement baptisés race celtique par Broca, au temps des débuts de l'anthropologie. Il est au moins vraisemblable que les premières tribus immigrées n'ont pas conservé toute la pureté de leur sang, mais je ne crois pas que le mélange se soit fait avec des brachycéphales. Ces derniers ne formaient eux-mêmes qu'une minorité dans le peuple préexistant. C'est pourquoi nous ne devons pas nous étonner de voir appeler flavi les Ruthènes, dont le pays est si brachycophale aujourd'hui. Nous verrons plus loin quelle était, à l'époque romaine, la population de cette région. Retenons seulement cette importante vérité, souvent méconnue encore : les brachycéphales du Centre, des Alpes, de la Haute-Italie, ne représentent pas la descendance des Celtes, considérés com me fraction des Gaulois, mais celle de populations innommées, faisant partie, dans une proportion inconnue, de la couche pré-gauloise. Je ne veux d'ailleurs point dire que les tribus purement gauloises, celles de la conquête^ ne contenaient pas elles-mêmes quelques éléments brachycéphales. Le mélange des races, causé par la politique ou le simple besoin sexuel, est un accident qui n'a jamais été évité même chez les peuples rigoureusement endogames, et ce n'était point le cas des Gau-
lois. Les tribus gauloises devaient en outre traîner avec elles des esclaves de diverses races, plus nombreux probablement que leurs maîtres. Ce que j'affirme, c'est qu'il n'existait pas des Gaulois-Celtes, brachycéphales, et des Gaulois-Galates, dolichocéphales.
Les peuples de l'Empire romain. — Il Taut distinguer entré Romains et Romains. Le Romain du m'' siècle avant notre ère est le citoyen de la ville de Home, citoyen, c'est-àdire exclusion faite des étrangers , établis dans la ville et des esclaves. Ces deux dernières catégories appartenaient d'ailleurs, à peu d'exceptions près, aux populations italiennes les plus voisines. Le Romain du m® siècle de notre ère n'a du premier que le nom. Il descend de Gaulois, de Grecs, d'Ibères, d'Africains, de Syriens conquis et assimilés, mais il n'a d*ordi* naire aucune goutte de sang des Quirites, même quand il habite à Rome. Pour distinguer les Romains des deux époques, les Allemands ont deux mots. En français, un seul, ce qui est assez dans l'esprit de la nation, disposée en toutes choses à regarder surtout l'étiquette.
11 existe encore une prodigieuse quantité de cimetières romains. On en défriche chaque année un grand nombre, et le rétablissement des vignobles, entraînant des défoncements plus profonds, a causé la ruine de nécropoles entières. Beaucoup de ces cimetières ont été pillés par les archéologues, aussi dangereux que les phosphatiers pour l'anthropologie. Dans beaucoup de régions de l'Empire, les Romains avaient acclimaté la crémation, qui a duré, d'une manière plus ou moins générale, jusqu'au triomphe du christianisme. Les cimetières n'auraient donc pas tous fourni des crânes et des tibias, mais on aurait cependant fait de très amples rcîcoltes, si on Tavait voulu. En général, on n'a pas daigné. Des crânes
néolithiques, passe encore, mais à quoi bon recueillir des crânes gallorooiaius? Ce raisonnement pèche. 11 serait d'un haut intérêt de savoir exactement, et par régions limitées, la répartition géographique et sociale des races atl commencement de no're ère.
Les documents tangibles sont donc assez peu nombreux, et qui pis est, presque tous inédits.
Pour Rome et Tltalie, nous avons quelques séries publiées par Nicolucci, par Sergi et d'autres. Dans son Antropologia del Lazio (Xapoli, 1873), Nicolucci attribue à une série de 44 Latins anciens les données suivantes : longueur 184, largeur 14i, indice 78.2, capacité 1525. Une série de 19 femmes donne 176, 138, 78.4, 1338. Le type dominant est un contractKs modifié. Six crânes romain^ d'Arpino publiés par Himy (Cm/e/^, 197) donnent un indice un peu plus faible, 77.2. Dans son Antropologia deW Etruria, Nicolucci avait attribué ^ une série de 50 crânes romains Tindice 77.4. Cent crânes de Pompéidonnent77.5. L'indiceestunpeuplusfaibledanslemidi, un peu plus fort dans le nord de Tltalie, mais on ne connaît pas de série dont la moyenne dépasse 80. A mesure qu'on s'éloigne du Latium vers le nord, c'est Europœus qui remplace contractus comme type fondamental, et vers le sud c'est meridionaliSi mais on trouve partout les trois races, et avec elles divers brachycéphales et même de vrais AcrogonuSj aussi bien dans les cimetières romains de Palerme que dans ceux du Trentin. En somme, le nord seul diffère profondément par rindice dans le temps, le relèvement moyen ayant été d'une ou deux unités seulement dans le midi et le centre, et de quatre à sept dans le nord.
Pour la Gaule, les séries publiées, ou qui sont à ma disposition, ne permettent pas encore de faire un travail d'ensencible. Mon ami Carrière a réuni au Musée de Nîmes une belle
LES ARYENS HlSlOiUQUES 317
série de crânes gallo romains, dont beaucoup trouvés dans des sarcophages avec noms. Tous sont au-dessous de 80, et les types dominants sont Enropœus el meridionalisy celui-ci assez abondant pour abaisser l'indice à 75 environ, malgré la présence d'un peu de sangbrachyct'phale dans les mélanges. Les séries de THérault sont aussi très riches, et surtout celles de ma collection, de la col'ection Marignan el du Laboratoire de zoologie de TUniversité de Rennes. Le type Europxiis domine d'une manière très marquée, pur ou cioisé avec meridionalis et contractus. Ce dernier est représenté par plusieurs femmes dans les séries de Gignac, Tréviès, Ilcslinclières. A Gignac, les plus anciennes tombes sont à peu près du VII® siècle avant notre ère. Marignan y a trouvé une slèle à raquette de type villanovien très caractérisé. Les plus r'cenles sont à peu près d'époque carolingienne, sans quMl y ait intérêt à distinguer, les races ayant très peu varié. Il exisle aussi dans les séries de Castelnau une très grande quantité de crânes d'époque romaine, mais Tindice est relevé par la présence de nombreux crânes de date postérieure. Cn a inhumé à Castelnau depuis l'époque argarienne jusqu'à nos jours. Les indices des diverses séries romaines de l'Hérault varient entre 75 et 77. Castelnau en bfoc donne 78.1. Les séries de la région bitterroise et de l'Aude sont entre 7i et 76.
Pour l'A veyron 7 crânes de l'époque impériale donnent 7P.2, à peine plus que les 5 crânes du premier âge du fer.
Presque tous ces crânes sont purement ruraux et proviennent de sépultures sans mobilier ou avec des mobiliers très pauvres. Je rappelle qu'aujourd'hui les indices du fard, de l'Hérault et de TAveyron sont sur le vivant 83.1, 81.3 et 86.0.
Dans le nord, l'aspect général des séries gallo-romaines est un peu différent. M. de Maricourt a étudié 23 crânes galloromains de Hermès {Les sépultures de tOise, Congr. scient.
des catholiques, 1888, ii, 710-717). II y a six crânes de 80 et au-dessus. L'élément meridionalis est remplacé par des brachycéphales et probablement contracius ']o\ie un rûle important. Nous savons déjà que depuis longtemps les brachycépbales occupaient l'Est et les régions voisines avant de s'être multipliés sur le plateau central. A Tépoque gallo-romaine le Nord est toujours plus brachycéphale que le Midi : c'est aujourd'hui l'inverse. La série va de 73 à 85, la moyennequi n'est pas donnée doit être comprise entre 78 et 79. L'indice du vivant dans l'Oise est aujourd'hui 82.6, et il faut tenir compte de ce que la nécropole d'Herraes était un cimetière rural.
Dans beaucoup de cimetières francs on trouve une minorité de femmes franques, et une majorité de femmes d'un typ3 indigène qui se rapproche beaucoup de contractus. Le fait a été reconnu par Hamy dans les cimetières du Boulonnais, par Coulil à Muids (Eure), et paraît à peu près général dans l'Est et dans le Nord. En Belgique ce type dérivé de contracius est très rare. L'indice des séries féminines de cette catégorie varie de 78 à 80, Il semblerait que le résultat de l'usure sociale en Gaule et dans l'ancienne Italie ait été ce type dérivé de contracius, comme le brachycéphale est celui de l'usure des populations médiévales et modernes en France et dans Téujope centrale. Ce résidu ancien, bien que tendant à la bra* cbycéphalie, n'a rien de commun ni comme indice ni comme faciès avec celui dont Alpinus est le type le plus connu.
Dans les cimetières de date tardive, l'élément Europxus augmente et Ton reconnaît aisément letype germanique. Ce reo forcement de l'élément aryen, surtout dans les campagnes, est marqué au point que certaines nécropoles pourraient, si les armes ne faisaient défaut, être prises pour des cimetières de l'époque mérovingienne. L'histoire nous explique celle apparente anomalie. Pendant quatre siècles, les Barbares ont
été reçus, quelquefois par centaines de mille, sur le territoire de l'Empire, et leurs bandes réparties dans les régions incultes. Cette invasion interstitielle, favorisée par la politique impériale pour compenser l'insuffisance de la natalité, introduisit au moins cent fois autant de sang barbare que les invasions armées.
Nous sommes très loin du temps où Ton concevait rétablissement des Barbares dans PEmpire comme un fait unique et violent, une conquête brutale par des bandes armées. En réalité les populations germaniques, à l'étroit sur un sol infécond, ne cherchaient dans les conquêtes qu'un moyen de se procurer des terres. Dès l'époque néolithique, l'agriculture était répandue jusqu'en Scandinavie, où l'on a trouvé des grains d'orge dans la pâte de poteries de date antérieure au bronze. 11 suffit de relire les historiens romains pour comprendre le caractère de cette mendicité armée, de ces nations se présentant à la frontière pour demander des terres, et acceptant, pour les recevoir, d'être désarmées, dispersées et réduites à un état légal défini par les constitutions impériales, supérieur à l'esclavage car l'homme reste de condition libre, mais inférieur au servage, car il est plus étroitement rivé à là glèbe.
La population serve du Moyen-Age, il ne faut jamais Tonblîer, descendait en très grande partie de ces colons barbares, La classe serve est la continuation de celle des esclaves galloronnains et des colons germains, avec quelques éléments en plus et en moins.
Pour n'avoir pas à y revenir, je ferai remarquer que les Cermains de la conquête se fixèrent aussi, presque sans exception, dans les campagnes, où une partie déterminée des terres cultivables leur fut attribuée. Livi, dans un travail récent (La dislribuzione geografica dei caratteri aniropologici,
Riv. il. di sociol-, 1898, 413-433) cherchait à expliquer lu moiiulre hracrhycëphalio des urbains en France par l'étaMissenient des Germains dans les villes, cl par la survivance de leursdescendanls depuis la conquéle. C'est unedouble liôrcsiiï. Les Germains ont à |)eu près délaissé les villes aux Gallo- Romains. et il suffit de parcourir les documents du lomps pour se rendre compte (jue les rois eux-ra^mes snnibiaieiit fuir la vie urbaine. Quant à supposer qu'il ]iuisse stihsifter encore dans une ville qne'conquc une seule famille datant de quinze siècle?, je n'oserais pour ma pari le faire, l;inl celle liypntlicse,mâme restreinte au» cas unique, sciait in vratscmhlable eu priîsence des lois bien connues de l'exiinclion des populations urbaines.
Les monuments figurés d'époque impériale sont inno.Tibrables : statues, has-reliefs el médailles. Les mosaTfpies et les peintures renseignent à la fois fut les formes et les couleuis. Il serait utile de faire un travail d'ensemble sur ces documen:s mais on ne possède jusqu'ici rien de Femblable, tout tu plus des éludes partielles et d'ordinaire faites sans e?pril scieniifîquo.
La littérature latine est riche en mentions de couleur. Los
Romains de la décadence el leurs parasites sont dépeints par
les poètes et les historiens, plus par les jiremiers que par li's
seconds. Je laisse de côté tout ce qui concerne les personnages
lologiques : l'inlluence des Grecs est visible et rend les
igaages de leurs co|)istes plus que suspects.
Délia de Tibulle est blonde (I, v), mais le poète osl
(III, v). Martial parle de plusieurs personn^iges blonds :
lia RuGna (xi, 53, 1), Zolle (xii, 54, I), la femme de
rra (xii, 32, 4), Philœnis (n, 32, 2), mais il s'en trou^e
it de bruns : Olus (iv, 36, I), Clytus (vrii, 64, 7), Melœ-
m, 29, 8), Lycoris (vu, 13), Chione (xii, 34). Le L^cus
d'Horace est brun (0., i, 32, 11), Telephus (0., m, 19, 25) Test aussi, mais les femmes sont blondes : Pyrrha (0., i. S, 4), Phyllis (0., II, 4, 14), Chloe (0., m, 9, 19). Juvénal nous apprend que Messaline avait les cheveux noirs (vi, 120). La Cynthie de Properce, une grande dame bien romaine, était grande et blonde {El. 2). La Lydie de Gallus est blonde, blonde Gcntia (F;\ 2), et aussi le prétendant de Lycoris. Blond, le berger Alcon de Calpurnius (vi, 15). De trois personnages, tous trois féminins, dépeints par Claudien, Maria Fescennina, épouse d'Honorius, est brune (x, 265), Celerina, fiancée de Palladius, est blonde, mais comme ClaudiaRufina, elle est d'origine barbare : « patrium flavistestaiur crinibus Istrum » (xxxi, 123), Serena, mère de Maria Fescennina, est brune (x, 242). Ovide était brun (Trist., 14, 8, l)ct ses amies Chio et Pitho, Grécules et mérétricules, étaient blondes (.4m., m, 7, 23). L'Africain Apulée nous apprend que lui-même était grand, mince, coloré sans être rubicond et que sa chevelure était blonde.
En résumé, beaucoup de bruns, et en revanche beaucoup de blondes, mais nous savons que les dames de ce temps no dédaignaient point de se teindre. Elles portaient même au besoin perruque : « Niinc tibi captivas mitlit Germania crines », disait déjà Ovide (Am., 1, 1). V. aussi Properce, El., II, xiv, 25; Caton, Or.\ Tertullien, de cnltu femineo ; Pline, xxvi, 93, U Ammien Marcellin décrit d'une manière assez complète plusieurs empereurs de son temps : Constance, brun et trapu (xxi, 16), Valentinien, grand blond aux yeux bleus (xxx, 9), Valens, qui était brun (xxxi, 14). L^agitateur Valvomeres est grand et roux (xv, 7).
Crcsconius Corippus nous représente blonds deux hauts personnages militaires, Marcentius (Johan,, iv, 534), et Gentius
l'àrtbn. 21
Horace avait du goùl pour le type brun {A. P., 36) :
« Spectandum nigris oculis nigroque capillo, »
Ovide aimait et la brune et la blonde {Am., ii, 4, 39) :
« Candida me eapiet, capiet me flava puella;
Est etinm fusco grata colore Venvs, Seu pendent nivea puUi cervice capilU,
Leda fuit nigra conspicienda coma ; Seu flavent : plaçait croceis Aurora capillis. »
Maximianus était éclectique et son idéal composite (El. y I, 92) :
(( Aurea cœsarîes, demissaque laciea cervix
Vultibus ingenuis visa decere magiSj
Nigra supercilia, et frons libéra, lumina clara. »
Germains. ~- La piété nationale des Allemands a sauvé un nombre considérable de crânes germains, et, pour je ne sais quelle raison, les restes des envahisseurs barbares ont été aussi recueillis chez nous en grand nombre. Les collections renferment beaucoup plus de crânes francs que de gaulois. Ces documents sont d'ailleurs presque tous inédits, enfouis dans des collections privées, ou qui pis est, dans des collections publiques mais soigneusement fermées aux anthropologistes étrangers à la maison. Le type de ce dernier genre est le Muséum, où je n'ai jamais pu étudier un crâne autrement qu'en vitrine, aux heures d'ouverture, même et surtout ceux emportés jadis par Gervais, et qui appartiennent à la Faculté des Sciences de Montpellier.
Le Germain des Reihengràber allemands est presque toujours un EuropsBiis plus ou moins pur, mais il ne faudrait pas croire que les séries soient exemptes d'éléments étrangers. Kollmann a publié (Korresp.-Blatt fur Anthr., 1882, 107)
le tableau de 675 crânes germains d'Allemagne. L'indice est bien en moyenne de 73, mais la série va de 64 à 92, c'est àdire qu'elle comprend aux deux extrémités des éléments étrangers tout à fait purs, incridionalîs^ Alpinus, contraclus, acrogonus. Les indices au-dessous de 70 ne font d'ailleurs que 6 0/0, mais ceux au-dessus de 80 font 15 0/0.
L'indice des Germains passés en Gaule est à peu près le même. Hovelacque a trouvé sur une série de Burgondes de Savoie 75.4. La série, composée de 14 sujels, va de 72.4 à 78.7. L'indice nasal est 46, l'indice orbitaire 85 {Le crâne des Durgondes, R. d'Anthr., 1879, 203-209). Le type de Belair de Rutimeyer et His (Cranta Helvetica) est établi d'après des crânes burgondes. L'indice est 73.8.
Hamy donne pour indice des Francs de Wasselonne 74.2 {Crania ethnica, 499). Les séries de France oscillent autour de 75. Une série de 98 Francs de Hermès, étudiée par M. de Maricourt dans son mémoire sur les sépultures de l'Oise, se répartit ainsi : de 65 à 69, 7 ; de 70 à 75, 51 ; de 75 à 79, :^7 ; de 80 à 85, 3. Les éléments hétérogènes sont peu nombreux. L'indice nasal est 49, contre 45 chez les Gallo-Romains.
Broca donne pour une série de 31 crânes du cimetière de Ghelles, du v^au viii« siècle, 76.3. Dans la région des Vosges, l'éléaient brachycéphale est très sensible à l'époque mérovingienne. Une série de crânes du Vieil Aitre, décrite par Collignon {Observations sur les crânes du Vieil-Aîire, Mém. Soc. d'arch. lorraine, 1895), comprend sept sujets très dolichocéphales, en moyenne 72, et deux très brachycéphales, à 90 et 91. C'est la région de la haute brachycéphalie préhistorique, et les mesures de Blind montrent qu'au Moyen -Age les Vosges étaient très brachycéphales. Dans l'Eure, Coutil a trouA'é trente crânes de l'époque mérovingienne dans un cimetière de type barbare. L*indice va de 67.7 à 83 pour les
hommes, de 70 à 87.7 pour les femmes, au nombre seulement de 6. L'indice moyen des hommes est 76.6, ce sont des Germains presque purs, celui des femmes est 80.7, ce sont des indigènes (Coutil, Cimetière mérovingien et gallo-romain deMiiids, AFAS, 1894, 761-768). A Paix, près les Andelys, le même chercheur a déterré une série de même époque dont l'indice est 76. Les cimetières mérovingiens de Normandie étudiés par Serres, par Cochet, ont donné à peu près les mè mes résultats, sauf quand une série de femmes indigènes venait se superposer à celle des barbares.
Dans son mémoire sur les Crânes dit Boulonnais (Anthr., 1893, IV, 513-534), Hamy est arrivé à des résultats semblables. A llardenthun les indices sont pour les hommes : céphalique 73.0, orbitaire 87.1, nasal 41.1, facial 71.3. Pour les femmes, ils deviennent 75.9, 86.8, 51.0, 67.7. Pour les séries du Boulonnais, les indices sont moins différents, hommes 73.2, femmes 74.2. Les séries de Hamy sont de race plus pure, et l'élément féminin gallo-romain n'intervient qu'à Hardenthum. L'auteur a très bien distingué la fonction perturbatrice et éliminatrice de l'élément indigène, contractas plus ou moins altéré. Il est regrrttable qu'il ne donne pas plus souvent de pareilles monographies, et que le seul anthropologiste officiel de France; ne publie presque rien sur l'anthropologie.
En Belgique, l'indice céphalique est presque toujours plus bas qu'en France; les séries féminines indigènes sont gauloises et n'apportent pas de perturbation dans l'indice céphalique et l'indice nasal (Ilouzé, Les Francs des cimetières de Belgique, Bull. Soc. d'Anthr. de Bruxelles, 1892).
Gildemeister a étudié une série de 72 crânes provenant de lombes des environs de Brème analogues aux Reihengrâber. Les indices sont pour les hommes : céphalique73.6, nasal 46.6, pour les femmes 71.4 et 47.9. L'indice céphalique des femmes
est relevé surtout par la présence de quelques crânes d'un type analogue à celui qu'il appelle batave et dont la moyenne est 79. Ce type prétendu batave a de remarquables analogies avec contraciîis, dont il parait un dérivé par croisement. Cette analogie permet de se demander si le type conlractus n'a pas eu autrefois une grande extension, à une époque postérieure au néolithique, antérieure au Moyen-Age, mais jusqu'ici impossible à préciser, he Graverow-typvs de Gildemeister est celui des Germains de la région maritime. II est purement Europœus. Nous le retrouvons en Angleterre dans les tombes anglo-saxonnes. Beddoe, dans son mémoire sur VHistoire de t indice céphalique dans les Iles- Britanniques, auquel je renvoie pour plus amples détails^ donne pour indice de 70 crânes saxons masculins 74. 6, et de 30 féminins 75.3, en moyenne 74.8. Le crâne saxon est d'ailleurs aussi difficile à distinguer du breton que celui du Germain Test du gaulois. La série totale de 100 Saxons va de 65 à 82, les éléments hétérogènes sont donc représentés par une demi-douzaine de sujets plus ou moins nettement métissés. On trouvera dans le Crania britannica de bonnes figures, accusant le type Europœus le plus marqué.
En Scandinavie, les crânes deTépoque du fer sont Europseus^ à peu près sans exception.
Si Ton se reporte vers Test et le sud de la Germanie, les documents deviennent plus rares. En Bavière, Ranke a trouvé 14 0/0 de crânes au-dessus de 80 dans une série de 200 sujets des Reihengrâber. En Autriche, la proportion est à peu près la même. En Bohème, le seul crâne germain décrit dans le Crania bohemica de Matiegka provient de Uherec ; les indices sont : céphalique 73.4, orbitaire 82.0, nasal 41.5.
Le type des Germains est donc profondément homogène. Quand dans une série les crânes voisins de 80 deviennent
nombreux, c'est qu'il s'y trouve compris des crilnes de femmes indigènes. Ouand les Germains ne se trouvent pas superposés à des éléments de ce genre,' l'indice oscille autour de 74 ou 75 et le lype etl rranchement Europxus.
Fig, 2G. — H. Europreus. Type geniiaiu.
Les Francs présentent souvent une anomalie. La face est trop courte, le nez trop large et pas assez haut, indice 5t au lieu de 46. Le faciès a des analogies avec le spelxus pour quiconque ne connaît pas ce dernier d'une manière exacte. Un
LES ARYKNS HISTORIQUES
examen plus approfondi montre que ces sujets, fréquents dans certains cimetières de France, très rares en Bel.;ique et dans la région du Rhin, n'ont aucun rapport gt^néalogique avec
FIg. ai. — H. Eui-op*u), Typo Btri
speixus. Les caractères particuliers de ce dernier, surtout ceux de l'apophyse orbitaire externe et de la base de l'occipital sont absents. La première est arrondie, au lieu d'être droite, la seconde est renflée au lieu d'être aplatie. Ces sujets anormaux
me paraissent le résultat d'un croisement malheureux avec contractixs. La morphologie de la face est intermédiaire, le crâne à peine modifié, dans sa partie occipitale seulement. Il est probable que beaucoup de sujets énéolithiques et sidérolithiques rapportés légèrement à spelœus sont seulement le résultat, de pareils croisements, et il est possible que le type néanderthaloïde de Restinclières se rattache aux mêmes origines. Je puis, en tout cas, être affirmatif pour certaines séries énéolithiques des grattes cévenoles, spécialement certains exemplaires du musée de Nîmes publiés par Carrière.
Lehman Nitsche {Die Kôrpergrosse der Sudbayerischen Reihengrdberbevôlkeriing, Beitrâge zur Anthr. Bayerns, 1894, xi) a étudié sur de grandes séries et d'après la méthode de Manouvrier la taille des Germains de la Bavière. En distinguant les sexes, il attribue aux Bajuvares 1.68 et 1.57, aux Souabes et aux Alamans 1.68 et 1.53. La taille moyenne des Francs varie suivant les régions et le degré de pureté des séries entre 1.66 et 1.68. La taille des Saxons et Germains de la région maritime varie de 1.67 à 1.69. En somme, la taille est un peu plus grande que celle des Gaulois, plus grande encore que celle de YEuropaeus néolithique, mais inférieure à celle des Anglais, des Scandinaves, des Américains de nos jours. La moyenne a augmenté depuis 1500 ans de deux unités, c'est-àdire autant que pendant les quatre millènes précédents, et le rythme d'accélération paraît s'accuser encore chez les populations actuelles de type Europmus.
Comme renseignements sur la couleur, nous avons quelques restes de cheveux blonds trouvés dans diverses sépultures nordiques, de rares peintures et mosaïques d'époque impériale, et les documents littéraires.
J'ai déjà cité à divers propos plusieurs passages où il est question des Germains : celui de Galien, qui les compare aux
Scythes pour la chevelure rousse (Ilepl xpiaecjov, ii, 5, v. p. 78 et 252), celui de.Manilîus (Astronomicon, iv, 713) : « Flavaper ingénies surgit Germania partus. » On trouvera également à la note relative aux textes concernant les Gaulois des passages de Denys le Périégèle, de Strabon, et un troisième passage de Galien, tous assimilant pour le physique les Gaulois et les Germains, ainsi qu^un texte de TertuUien dans le même sens. Je renvoie en note les textes classiques concernant les Germains^ et quelques textes byzantins K
1. Avienus, Descript. orbis, 418 : « Flavaque caesariem Germania.,. ».
LucaiD, II, 51 : c( Fundat ab extremo /lavos aquilons Suevos Albis ».
Claudien, YIII, 446 : « Ante ducem noslrum flavam sparsere Sicambri Cxsariem ». XXIV, 18 : « IlUnc ftaventes Sicambri Cœsarie, nigris hinc Mauri crinibus irent )>. XXVI, 419 : « Agmina quinetiam flavis objecta Sieambris ». XXI, 37 : « Nec fida Valenti dextera duxisset rutilantes crinibus aras ». Auxiliaires germains. XXI, 202 : « Ingentia quondam Nomina^ erinigero fiaventesverticereges ». Rois germains vaincus. VIII, 53 : «Quum geticis ingens premeretur Mysia plaustris ». Goths envahisseurs. XXXV, Ô5 : « Seu flivos stravere Getas ».
Tacite, Germ., IV, 5 : « Truces et cœrutei oculi, rutilœ comœ, magna eorpora ». Ovide, Am., I, 14 145 : (c 2Vunc tibi captivos mit lit Germania erines... 48 dices... 49 nescio quam pro me laadat nunc iste Sicambram ».
Silius Italicus, Punica, III, 608 : « Jam puer auricomo formidate Batavo ».
Martial, VI, 60, 3 : « Sic levé flavorum valeat genus Usipiorum ».
Horace, £p., 16, 7 : « Nec fera cœrulea domuit Germania pube ».
Juvénal, XIII, 164 : <( Cœrula si quis stupuit Germani lumina^ Flavam exsariem ».
Calpurnius Flaccus, Decl., Il : « Rutili sunt Gei^maniœ vultus et {lava proceritas ».
Sidoine Apollinaire, Pan. Avili, 42 : « Flavis in pocula fracti Sicambris ». VIH, 9 : « Istic Saxona cxrulum videmus ». Faji, Majoriani, 220 : « Nubebat flavo similis nova nupta marito ». Pan. Major. ^1$ : « Rutili quitus arce cerebri ad frontem coma tracta jacet.,. tum lumine glauco Albet aquosa acies ».
Priscos de Panium, lorr. BuÇ., XVf : « "Ov xccrà z-hv Pwuijv el^oasv TTpeo-- 6cuéu£vov, jixTÇTTw toÛAov àpyr^ôuLSvov, ^<xvOo'j T75V y.ôur,y roï^ «ûtov Trsotxîp^'jiiAsv/îv
Jtà iJiéytOoq ûaoïq ». Un prince franc.
Dans tous ces textes il n'est question que du type dolichoblond. li faut se reporter à un passage bien connu de la Rigsthula pour apercevoir, sous la couche aryenne, une couche ethnique rousse et subordonnée, et encore sous celle-ci, une race foncée, demi-sauvage ou esclave.
Je ne crois pas utile d'insister beaucoup sur les Germains. Wilser et Penka se sont livrés dans leurs divers travaux à des développements étendus, qui me permettent de ne point parler des diverses divisions des peuples germaniques, de leurs
Procope, De bello Vandalico, <, 2 : « TozOcaù sOvto... ult/kttv. z«i «;to/.o-
'/(orv.TU. rôTÔoi TS £t<Tt xat h(x.vSi\oL xat O'Jto-tyoTÔot xat T^Tratosç. Ilsé/ac uî>- TOt Saupoixarat xat MêXocy^^Àaivot wvoua^ovro. EltI $ï ot x«t TsTixà êôvj; tkvt zxoilo'j'j, O'jTOt aTravTsç Gvôaact aïv «).Ai^).gi>v ^iKfépoiKTLv^ ôifrvio e(p>;Tai, aÀV«» iJs Twv TTavTwv Q'j^vA §i(oXi(T(ro\jfTi. Aevxot y«p âîravrEç rà l'îiiiix.zd zi si<Ti tuù zàq 'Aàyxiç Çavôoî, sv^i;xeiç ts xqù àya6oï rà; d^sc^, xal vôuoiç tùv toî^ rOtoî; j^pwvTat, 6pioÎ6i>; $s rà eç tôv Ôsôv aOroîç f^axTjTat ».
Les textes mérovingiens, carolingiens et germaniques sont nombreux. Je ne les citerai pas, mais je ferai exception pour un très curieux passage de la Rigsthula, un des plus anciens poèmes islandais, qui fait partie de TEdda de Saemund. Ce texte contient une ethnogénie des peuples du nord qui est très voisine de ce que nous arrivons à constater par l'anthropologie. Il exprime très bien la succession des époques (Edda, Amma, Modir, Tancicnne, la grand'mère, la mère) et des races (Thrael, Karl, Jarl, l'esclave, l'homme, le noble). Fustel de Coulanges (Invasion gejinanique, 271) a reproduit une traduction latine très libre de ce passage. Le texte que je donne est celui du Corpus poeticum boréale (Oxford, Clarendbn Press, 1883), I, p. 235 et suivantes.
Le dieu Rig descend trois fois sur la terre, et féconde trois mortelles de chacune desquelles sort une race supérieure à la précédente.
« 22 lod ol Edda, ioso vatni... haîrvi svartan, heto Thrael... vas thar a hœndom hrokkit skinn, kropnir knuar... fingr digrir, fulligt andlit, lotr hryggr, langir hfelar. Nam hann mcir at that magns ai kosta, bas! at binda, byrdar goerva, bar hann heim at that hris gerstan dag... 77 lod ol Amma, ioso vatni; kfTllodo Karl... raudan ok riodan, ridodo augo... œxn nam at temja, ardr at gœrva, hus at timbra, hlœdor at smida, karta at gœrva, ok keyra plog... 130 Svein ol Modir, silki vafdi, îoso vatni, larl leto heila. Bleikt var har, biartir vangar; a;tul varo augo sera
migrations et de leurs habitats successifs. C'est la région Scandinave, ou plus exactement la région entre la Baltique et la Mer du Nord, qui parait avoir été leur berceau.
Slaves. — De la brachycéphalie des populations du Plateau central, Broca s'était cru autorisé à conclure à la brachycéphalie des anciens Celles. Retrouvant en Pologne et jusqu'aux environs de Moscou les mêmes indices, il avait conclu à la brachycéphalie des Slaves, et réuni les deux peuples en une seule race, qu'il appela celtique ou celto-slave. Cette doctrine très risquée reste en crédit auprès du public, mais elle est aussi fausse pour les Slaves que pour les Celtes. Tous les documents ostéologiques et historiques nous montrent dans les
jrmlÎDgi... lind nam at skelfa, leggja strengi, alm at beygja, œrvar skepta, flein at fleygja, fraekkov dyja, heslom rida, hunom verpa, sverdom bregda, sund at fremga. »
Je traduis :
« 22 Edda accoucha d'un garçon, le purifia avec de l'eau... à cause de
sa peau brune on l'appela Thrael... La peau de ses mains était rugueuse,
les jointures fléchies, les doigts épais, la face laide, la taille épaisse, les
talons longs. Il commença à déployer sa force, enlevant des bandes d'é-
corce, faisant des liens et apportant des fagots à la maison à fatigantes
j ournées... 22 Amma accoucha d'un garçon, le purifia avec de l'eau. Elle
l'appela Karl... Il était roux et rubicond, ses yeux mobiles... Il commença
à dompter les bœufs, à construire des charrues, à faire des charpentes
de maison, construire des granges, des chariots, conduire la charrue....
i 30 Modir accoucha d'un fils, l'essuya avec de la soie, le purifia avec de
l'eau, et l'appela larl. Sa chevelure était blonde, ses joues vermeilles, ses
yeux vifs comme ceux d'un jeune serpent... il se mit à tailler un bouclier
de tilleul, fixer une corde à un arc, le bander, emmancher des flèches,
lancer la javeline, manier la lance, monter à cheval, manier l'épée et k
nager. »
Karl, fils à la troisième puissance du dieu, fut père de Kin, qui inventa les sciences, les arts et les lettres.
Tous les enfants de Thrael, Karl et larl ont des noms significatifs. Je renvoie au texte pour ces listes assez longues.
Slaves un ensemble de populations dolichocéphales et blondes, mais il faut aller chercher les premiers dans les très anciens cimetières, et les seconds dans les plus anciens textes, car dans les pays slaves comme dans la France centrale le vieux fonds J?wro;?ci?W5 est aujourd'hui dissimulé par un développement prodigieux de populations brachycéphales. En d'autres termes les Polonais, les Galiciens, les Serbes ne sont pas plus slaves que les Lozerots ou les Âveyronnais ne sont celtes.
On possède peu de crânes de Slaves occidentaux, c'est-à-dire des tribus voisines de la Baltique et de l'Elbe. Un crâne du Lôchnitz, décrit par Virchow {Ein im Bette der Lôchnitz gefundener Schadel, Verh. der Berliner Gesellschafl fur Anthropologie, 189S, xxvi^ 424-425) est nettement dolichocéphale. Virchow a décrit un autre crâne semblable du cimetière slave de Neuburg, près Potsdam, indice 74,7 (Slavische Schàdel^ Verh., 1895, xxvii, 335). On en a trouvé une douzaine dans ce cimetière, tous pareils, et de type Europœus très pur. Les divers autres crânes slaves occidentaux ne diffèrent en rien des germaniques. La population du Brandebourg, nettement dolichoïde, descend en majorité de ces Slaves. Celle de la Saxe a été au contraire amenée à un indice supérieur à 80 par la multiplication des brachycéphales.
Ce phénomène s'est produit avec plus d'intensité dans les pays occupés par les Slaves du Sud. Les Serbes, les Croates, les Bosniaques sont aujourd'hui brachycéphales, à 83 et audessus. Les i.nmigrants slaves du même nom étaient au contraire de type Europeeus, Le nom reste, la race a changé. En Bosnie l'élément serbe a été absorbé de bonne heure. Weîsbach a décrit {Altbosnische Schâdel , Mitth. der anthrop. Gesellsch. in Wien, 1897, xxvii, 80-85), une série de 14 crânes du Moyen-Age et modernes, qui va de 78.2 à 88.5. L'indice a donc peu changé depuis quatre siècles. Cela est
d'autant plus curieux que les Slaves s*étaîent superposés cuxmômes à une population plutôt dolichocéphale, le cimetière halstattien de Glasinatz donnant 76 0/0 de dolichocéphales, et les tombes d'époque romaine indiquant la continuation de l'ancienne population jusqu'à l'arrivée des Serbes. De la Serbie propre on a quelques crânes serbes anciens, tous dolichocéphales. De même pour les Croates.
Nous sommes bien documentés sur les Slaves du Centre par le Crama bohemica de Matiegka (Prag, Gautsch, 1891). Une série de liO crânes, allant de 62 à 91, donne une moyenne de 78.02. L'indice orbitaire est 82.6, l'indice nasal 50.1. Un écart de 30 unités prouve un profond mélange de races. Les planches montrent en effet de tout. Le type dominant est EuropcBUSj mais on y trouve aussi contractus (Libcan 2 b), le type de Borreby (Libsic 3 b), et divers métis brachycéphales d'un classement plutôt difficile. Le crâne 10 de Lévy Hradec me parait meridionalis ou de la très ancienne forme à'Europœus fréquente dans les long-barrows anglais. Ce type est le plus ancien en Bohême, il se retrouve à toutes les époques depuis la pierre polie, en proportion décroissante. L'élément brachycéphale n'apparaît que dans les cimetières les moins anciens, et d'abord dans l'Ouest et le Sud-Ouest. Chose singulière, cet élément est surtout abondant parmi les femmes. Les crânes brachycéphales rémininsreprésentent520/0, les masculins32. 8» Les crânes dolichocéphales vrais féminins ne font que 9.5 0/0, les masculins 28.1. L'écart est trop fort pour pouvoir être attribué à la différence sexuelle des indices dans une même race. La forme contractus, ici comme partout, est propre surtout aux femmes.
La marche de l'indice en Bohême est la suivante. Epoques de la pierre et du bronze 72.2, époque du fer, près de 80, époque slave 78, xvi« siècle 81.7, cimetières contemporains 83.3.
L'iadice actuel du vivant est 85, à peu près celui des Aveyronnais. Il est profondément comique de voir, sous prétexte d'antagonisme de race, les Tchèques et les Allemands de Bohème en venir aux mains. Qu*il parle tchèque ou allemand, rbabitant actuel du losange bohémien n'est ni slave ni germain, mais brachycéphale. Puisse cette sentence réconcilier les frères ennemis !
Dans les cimetières slaves de Pologne, l'élément Europœus se superpose à un substratum brachycéphale représenté par des femmes. Ce substratum n'est d'ailleurs connu que par les sujets trouvés dans les tombes slaves. J'ai déjà parlé du cimetière de Slaboszewo, où les hommes ont un indice de 74.3 et les femmes un indice de 78.4, et je prie le lecteur de se reporter à la page 237.
Les Slaves de Russie, reconnaissables comme ceux du centre et de l'ouest à leurs pendants d'oreilles en S et à d'autres ornements parliculiers, se retrouvent en grands cimetières dans la région voisine de la Pologne. Ils n'ont pénétré plus loin qu'à une époque tardive, en plein Moyen-Age. Sur toute l'étendue des territoires qu'ils ont occupés on les retrouve avec le même type Européens que dans l'Europe centrale. La proportion de brachycéphales est plus forte au voisinage de la Pologne» comme si les brachycéphales ordinaires étaient venus de la région des Carpathes. Vers l'Oural, on retrouve encore des brachycéphales en nombre, mais de race hyperboreus. Cette répartition est la même qu'à Tépoque scythique, et les Slaves ne se différencient pas des Scythes, identiques eux-mêmes aux indigènes préhistoriques par tous leurs caractères physiques. Les peuples, les civilisations, les langues ont changé dans les vicissitudes des migrations, la race est la même. Les brachycéphales seulement deviennent plus nombreux dès le commencement de notre ère, et se multiplient, s'étendent au
Moyen-Age, surtout à la suite de la conquête et de la domination mongoliques. Le vieux fonds scythe et slave a été altéré d'une manière ineiTaçable par la superposition des Mongols. Finalement vaincus^ les Asiatiques sont presque tous restés dans le pays, et leurs descendants contribuent h placer la Russie parmi les peuples relativement brachycéphales.
Le guide le meilleur pour l'époque slave est toujours Bogdanow. Je reproduis simplement les principaux chiffres. Dans la région de Kiev, les crânes préhistoriques réunis ne comprennent que 33 0/0 de sujets au-dessus de 80 ; dans les séries slaves, on en compte 38, et dans les séries du Moyen- Age 36. Dans la région de Novgorod, les brachycéphales, rares avant le Moyen -Age, atteignent au contraire 49 0/0 à cette époque. Chez les Bulgares de Kazan, 24 0/0 de brachycéphales ; on en compte aujourd'hui 25 chez les Bulgares du Danube. Les kourgans slaves de Tschernigow contiennent seulement 14 0/0 de brachycéphales, les tombes du xii® et du xiii® siècle en contiennent 53. Chez les Mérianes de Jaroslaw, 14 0/0 de brachycéphales. Dans la région de Moscou, les brachycéphales, assez peu nombreux dans les tombes préhistoriques et slaves, atteignent 33 0/0 dans les cimetières du xvi® au xvin® siècle. C'est surtout sur ce point que la richesse des séries a permis do suivre les progrès de la brachycéphalie.
Les documents littéraires sont assez nombreux, les Byzantins, les voyageurs arabes et juifs ayant décrit assez souvent les Antes, les Russes et autres Slaves. Les Antes étaient grands et d'un châtain roux, selon Procope, De bello Gothico, m, 14 : a Eùjjirjxei; Te xal aXscijJioi Siaf epovTCd; eldlv àTuavTs;, tol SI giùilcl-zcl vM Txc x6(JLa; oute Xeuxol iç oyav n ÇavOol itaiv oJÎTs irn €; to [JiD.av aÙTol; ^ravreXû; TirpxTrrat, àXX' oTuépuOpol e'.div Sicavreç ». C'est à peu près la description des Alains par Ammien, XXXIIT, 2 : « Proceri autem Alani pœne sunt omnes et ptdchri, crini-
bus mediocriter flavis, oculorum temperata torvitate terribiles. » Ahmed ben Foszlan, Schem Eddin, Ibn Hankal nous montrent au contraire les Russes de la Volga grands comme des pal miers, jaunes ou rouges de poil. Cette différence semble montrer que les Antes étaient déjà altérés par le croisement avee les brachycéphales, et que la race des Russes était plus pure. Aujourd'hui, comme on peut le voir par la carte de Rîpley, l'indice est plus faible dans la région russe que dans celle qui avoisine la Pologne.
Moyen-Age. — Le Moyen-Age est caractérisé par le développement graduel des brachycéphales, sauf en Angleterre et dans les péninsules ibérique et italique. De siècle en siècle la proportion des brachycéphales va augmenter, et leurs aires de répartition feront tache d'huile, devenant plus grandes et tendant à se réunir. Ce phénomène se suit d'une manière régulière de l'Atlantique à TOural. Dans les Iles-Britanniques seulement la proportion des brachycéphales ne tendra pas à s'accroître, mais à diminuer, et cette tendance ira en s*accu^ sant à mesure que la tendance inverse deviendra plus marquée sur le continent.
Cette substitution rapide d'une race à une autre, sans invasion, sans combat, par le seul effet d'une aptitude inégale à la servilité, voilà certes un problème d'histoire sociale des plus importants et des plus faciles à résoudre. Les cimetières du Moyen-Age et des temps modernes sont en nombre infini, les ossements sont en bon état, les matériaux devraient donc abonder. Que nous sommes loin cependant de connaître siècle par siècle et province par province la marche progressive de l'inondation brachycéphale! C'est tout au plus si quelques séries ont été publiées dans chaque grande région de l'Europe.
Dans l'Aveyron, la série urbaine du Moyen-Age compte 25
crânes de Rodez compris entre 73 et 84, moyenne des hommes 78.7, des femmes 79.9. Une série rurale de Sâinte-Radégonde a pour indice 78.6. Cette moyenne est confirmée par la dolichocéphalie des crânes d'autres cimetières aveyronnais du Moyen-Age, jugés à vue. Avant le xii« siècle la brachycéphalie n'était représentée, même dans les campagnes, que par une minorité d'individus.
Dans l'Hérault, le Tarn, le Tarn-et -Garonne, le Gard, les séries, même rurales, du Moyen-Age, sont toujours au-dessous de 80. L'indice varie aujourd'hui entre 82 et 86.
A Paris, la marche de l'indice est la suivante : Saint-Marcel, iv« au VIII® siècle, 77.6, Siint-Germain-des-Prés, viii® siècle, 78.4, Cité, XII® siècle, 79.1. L'élément Alpinus, rare au début, abondant à la fin du Moyen-Age, élimine rapidement l'élément EuropsBUs et le contractus. Depuis la fin du Moyen- Age, l'indice a cessé de s'élever. Il tendrait aujourd'hui à descendre^ et les Parisiens sont de trois uniti^s environ au-dessous de la moyenne des Français.
Dans sa thèse de doctorat, Blind a publié d'importantes séries des Vosges d'Alsace {Mitlheilungen iïber..» Schàdelformen der elsàsaischen Bevôlkerung , Strassburg, 1897). Nous trouvons la bracbycépbalie installée dès le xi® siècle. Elle ne fait pas de progrès depuis. A Scharrachbergheim, xi® siècle, 84.03, Zabern, xii-xiu®, 84.2, Ammerschweyer, xiv«, 84.3, Dambach, xiy"^ 82.6. Dans ces régions^ l'indice du vivant est aujourd'hui 85 environ.
Ranke vient de publier une importante série de Lindau en Bavière, datant du x® au xii* siècle ( Frûhmitielallerliche Schddel ans Lindau, Sitz. der bayer. Akad. der Wissenschaften« 1897, xxvii). Le pourcentage des indices, comparé à celui des époques antérieure et postérieure donne :
l'arybn 22
Reihengrâber Lindau. Ossuaires bavarois de Bavière. modernes.
Dolichocéphales 42 32 1
Mésaticéphales 44 36 46
Brachycéphales 44 32 83
Le travail de Ranke montre avec une rare netteté le procès d'élimination d'Europasus au bénéfice de la race servile.
Nous avons vu la brachycéphalie s'installer au Moyen-Age en Bosnie et en Bohème. Pour la Russie, nous avons de même les chiffres de Bogdanovv sur lesquels je ne reviendrai pas.
En Angleterre, Beddoe a trouvé sur 135 crânes du Moyen- Age rindice 78.5, correspondant à 80 sur le vivant. La série va de 70 à 87, avec des cas isolés : 64, 67 et 90. La brachycéphalie, commune àTépoque du bronze, tend ainsi à reprendre le dessus, mais pour peu de temps. Au Moyen-Age l'Angleterre avait un indice très voisin de celui de la France, mais tandis que la France marchait avec une vitesse croissante vers l'indice actuel du vivant 83.0, en Angleterre le mouvement inverse ramenait l'indice du vivant à 77.6, et celui du crâne sec à 76. Les Iles-Britanniques devenaient ainsi sans cesse plus aryennes, l'Europe continentale sans cesse plus brachycéphale.
Les documents figurés du Moyen-Age abondent. Les miniatures dont sont ornés les manuscrits sont parfois naïves et presque inutilisables, mais il y en a beaucoup dont les personnages sont très nettement figurés. En général les personnages sacrés ou de haute classe sont blonds, élancés, les exceptions sont rares. On trouve au contraire beaucoup de types brachycéphales parmi les vilains, les étrangers, les démons.
Il en est de même pour la littérature. Autant les anciens ont été économes de portraits écrits, autant les écrivains du Moyen-Age aiment les multiplier. Depuis le commencement de notre ère jusqu'à nos jours le besoin de représenter les
personnages s'accuse et grandit. Il ne faudrait pas prendre au pied de la lettre les descriptions de personnages historiques, quand elles sont faites à une époque tardive, et surtout par les poètes, mais les types généraux sont exacts. Le trouvère, par exemple, en décrivant ses chevaliers ou ses grandes dames, ne peut guère s'écarter des caractères habituels de la classe aristocratique de son temps.
Les données sont nombreuses dans les œuvres des historiens, encore plus dans les chansons de geste. La thèse de Loubier {Idéal der Schônheit bei den altfranzôsischen Dichiern, Halle, 1890) contient le relevé de tous les passages des écrivains de langue d'oïl du xii^et du xiii® siècle. Ce riche répertoire est une mine ouverte, à laquelle je renvoie le lecteur. Un travail analogue avait été commencé surles poètes de langue d'oc par un de mes élèves, qui Tétait aussi de M. Chabaneau. Ce travail n'a pas été terminé. Pour la littérature allemande un répertoire semblable à celui de Loubier avait été dressé par Alwin Schutz (Quid de perfecta corporis humant pulchritudine Germanisasculij.li et xni senserint, Breslau, 1866).
Le portrait d'Auberinous donne l'ensemble presque complet des caractères physiques du parfait chevalier. Il existe plusieurs portraits aussi complets, celui d'Âuberi est le plus concis :
Moult le voit grant et creu et formé Et avenant et cointé et membre.
Gros par épaules, graile parle baudré; Les bras ot gros, le poing grant et quarré, Blont ot le poil, mais il Tôt hurepé.
Large visaige et le front fenestré.
Les yex ot vairs et le nés bien molle.
{Aub, 28, 27.)
Le portrait du vilain est tout autre :
. . un grant vilain
Noir cenu et de noir pelain,
(Chev. aux 2 espées, 2746.)
Et lî vilain fu hériciés
Et kenus et noirs a outrage.
(Ib., 3812.)
Cette opposition de caractères est d'autant plus curieuse qu'il n'est guère possible de l'expliquer, comme le faisaient Gobineau et Broca. par l'effet de la conquête franque. L'aristocratie féodale se recruta aussi bien parmi les dignitaires romains de la Gaule et les familles sénatoriales gauloises que parmi les chefs venus avec Clovis. Sur ce point les documents historiques ne permettent aucune discussion. D'autre part la noblesse mérovingienne et carolingienne avait déjà presque entièrement disparu avec les croisades, et les nouveaux nobles sortaient d'ordinaire directement de la classe des serfs. C'étaient des faommes d'armes remarqués par leur bravoure que les seigneurs faisaient chevaliers et s'attachaient en leur accordant des fiefs.
Les serfs, d'autre part, comprenaient à l'origine autant et plus de colons germains trouvés sur les terres de l'Empire que d'esclaves d'origine gauloise ou étrangère. Pendant la période troublée du commencement du Moyen-Âge, la classe moyenne ou libre des campagnes, formée surtout de descendants des Francs, tomba volontairement en condition de serfs. Les cartulaires ont conservé nombre d'actes par lesquels des familles libres, impuissantes à se défendre, se donnent à des seigneurs laïques ou à des abbayes pour obtenir une protection. Les conditions si dures du servage étaient encore préférables à la liberté, car elles procuraient à l'homme la protection collective du seigneur et de ses vassaux. Le seigneur était tenu de défendre son serf, et le défendait, parce qu'il était son bien. Nul n'avait le devoir de protéger l'homme libre.
L'opposition sociale du type aryen et du brachycéphale
n'était d'ailleurs point si absolue. Parmi les cràaes de seigneurs du Moyen-Age, depuis la Bavière jusqu'au Languedoc, et aussi en Italie, on trouve une certaine proportion de brachycépbales. Certaines familles nobles étaient loin d'être dolichoblondes, celle notamment des comtes de Cilli, étudiée par Ranke. D'autre part, les cimetières du Moyen-Age, même tardir, contiennent d'ordinaire beaucoup plus de dolichocéphales que de brachycéphales, et la proportion ne se renverse, dans la plus grande partie des provinces, que vers le xviii'^ siècle. Pour l'ensemble de la France^ compensation faite de la brachycépbalie relative du N.Ë. et de la dolichocéphale du reste, je crois que l'indice du crâne sec, aujourd'hui voisin de 82, ne dépassait pas 77 à l'époque gauloise, 78 à Tépoque romaine et 80 à la fin du Moyen-Age.
Temps modernes. La conquête du globe. — A la fin du Moyen- Age, la race Europœus a perdu le N. et TO. de l'Asie, le N, de l'Afrique. Les Péninsules ibérique et balkanique, où elle avait à peine pied, tombent aux mains de races étrangères venues d'Afrique et d'Asie-Mineure. La brachycépbalie se développe avec intensité autour de trois centres principaux : Vosges et Forêt-Noire, Alpes, Carpathes. Un centre secondaire dans la Haute-Normandie et dans la Haute-Bretagne fournit un courant d'immigration vers l'Angleterre. Dans l'Europe centrale et en France, la brachycépbalie se multiplie dans les classes inférieures, surtout dans les campagnes, sous Tinfluence des sélections sociales. La race a perdu les neuf dixiè- >, mes, et les meilleurs, de son aire d'habitation. Elle est confinée ' dans les Iles Britanniques, la région Scandinave, les alentours de la Baltique et le centre de la Russie, toutes régions encore à demi sauvages, couvertes d'eaux stagnantes et de forêts, peuplées au plus de dix millions d'individus.
Dans les régions OÙ fleurissait la civilisation, Espagne, France, Allemagne du Sud, Italie, la race représentait une fraction seulement, une moilié, un quart et moins de la population totale. Dans tout l'Orient, dans le nord de l'Afrique, elle était à peine représentée. Ces régions les plus civilisées du monde, que Taryen y fût maître ou non, ne pouvaient être désormais regardées comme son véritable domaine^ car le sort des aristocraties est de s'éteindre en peu de siècles. Cent millions d'hommes habitaient ces régions desquelles Êuropœus disparaissait lentement.
Bloquée du côté de la terre par des nations puissantes et populeuseS) la race aryenne fut obligée d'évoluer sur place, jusqu'au jour où elle put oser prétendre à la domination des mers. Les peuples restés autour du berceau de la race grandirent d'abord lentement. Pauvres, moins civilisés, tirant péniblement leur vie d'un sol ingrat, rocheux, argileux ou sableux, n'ayant aucune des cultures riches et faciles qui font l'aisance des peuples du midi, les Anglais, les Hollandais, les Allemands du Nord, les Scandinaves subirent^, sous l'influence de conditions nouvelles dans un milieu identique, une sélection d'aptitude au travail qui augmenta leurs facultés psychiques sans altérer le type fondamental du corps et de Tesprit. Ils conservèrent l'audace et le sang-froid comme les cheveux blonds et les yeux bleus de leurs ancêtres, mais ils acquirent un sens pratique et une habileté dont les barbares n'avaient jamais donné de preuves. De tous les peuples aryens de l'antiquité, les Grecs seuls avaient subi une évolution semblable, et l'éclosion précoce de leur génie avait été promptement suivie de l'extinction de leur race. La maturité plus lente des Bretons, des Germains et des Scandinaves ne parait point les avoir épuisés. De longs siècles de floraison semblent promis à leurs descendants, et peut-être la domination perpétuelle du globe.
Les temps modernes commencent par la conquête de l'Amérique. Colomb ouvre le Nouveau-Monde h la cupidité de V Espagne. Les Antilles, le Mexique, le Pérou sont pillés, occupés, pressurés. Tout ce que PEspagne compte d'éléments actifs et audacieux se jette sur l'Amérique. Les portraits et les écrits du temps nous montrent que l'élément Europœus était encore abondant en Espagne. Il est rare aujourd'hui dans la péninsule, moins rare dans les colonies espagnoles d'Amérique. Cet exode fut mortel à l'Espagne. L'élément plus ancien, indolent, s'habitua à vivre des colonies. L'influence des sélections religieuses fit le reste. L'Espagne est aujourd'hui un cadavre, et la mer elle-même ne défendra peut-être plus longtemps son territoire contre l'entreprise des peuples vigoureux et débordants de population. Son tour parait marqué après celui de la Chine et de la Turquie, elle est un Maroc d'Europe, que prendra le plus hardi.
Les Hollandais, puis les Anglais, grandis pendant que l'Espagne devenait faible, lui succédèrent dans l'empire des mers. La Hollande était trop petite, avait trop peu d'hommes à déverser dans des colonies lointaines. Son ambition fut plus grande que sa résistance. L'Angleterre sut augmenter sans cesse la population de son territoire national, tout en déversant sur le globe entier des milliers, puis des millions de colons. Cette heureuse fécondité la fit reine.
Aujourd'hui le globe entier est au pouvoir des nations de l'Europe, ou sorties d'elles. Le lot pris autrefois par les colons espagnols leur reste, à peine diminué, la Russie s'est étendue sur la moitié de l'Asie, mais toute terre touchée par la mer, ou dont la voie d'accès est par la mer, est du domaine de l'Angleterre. Les territoires possédés par l'Allemagne et la France sont à tous les yeux des possessions précaires, dont l'Angleterre sera maîtresse quand elle voudra les payer à
prix de conquête. La mer entière, la majeure partie du globe est aux Anglo-Saxons, et ce n'est point le plus méprisable de leurs domaines.
La colonisation aryenne a couvert de ses essaims TAmérique du Nord, moins le Mexique. La race Europœus est là chez elle, plus robuste et plus exubérante que partout ailleurs, A^'heure présente son centre n'est plus la mer du Nord, mais TAtlantique. Les Etats-Unis et le Canada font face à l'Angleterre, à l'Allemagne du Nord et à la Scandinavie. Et les jeunes Gallo-Saxons d'Amérique, descendants légitimes des Gaulois et des Germains à la fois, l'emportent par la fougue et l'audace sur les Anglo-Saxons purement germains. En Aus tralie, la même race se forme, mêlée d'Ecossais, de Gallois, d'Irlandais, tous Gaulois d'origine, Celtes de langue, et d'Auglo-Saxons.
En Russie, l'élément Grand-Russien est le plus pur. C'est lui qui essaime en Sibérie, dont la population nouvelle, très inférieure en pureté de race aux colons d'Amérique, est cependant plus noble que celle d'aucun grand peuple d'Europe. La sélection qui s'opère nuira sans doute à la Russie, mais va ouvrir des territoires immenses à l'expansion de VEuropœns.
Cette exubérance de colonisation, l'accroissement rapide des populations dolicho-blondes en Europe ont rendu à la race Timportance numérique relative des anciens temps, et dans un siècle ou deux il est probable que l'élément dolicho-blond sera très prépondérant en nombre dans l'ensemble des populations blanches. L'intervention de la sélection systématique, à laquelle les Américains s'exercent résolument, pourra exagérer cette prépondérance.
Pour le moment, c'est à plus de cinquante millions qu'il faut évaluer le nombre des Aryens de race pratiquement pure, c'est-à-dire réunissant les caractères fondamentaux de taille.
de couleur et d indice, et aptes à les transmettre par hérédité à la grande majorité de leurs enfants. Pour la définition de la race pratiquement pure^ v. Sélections sociales, p. 3-10.
J'ai essayé d'établir une statistique par nations. Elle est assez facile pour les pays où la population ne comprend guère que les éléments dolicho-blond et brachycépbale. Si Ton regarde comme Eiiropœus les su']ei& au-dessous de 76, brachycépbales ceux au dessus de 86 et métis les intermédiaires, on arrive par un calcul très simple au dosage général des sangs. Ilfaut, pour les autres pays, déduire à l'actif des races méditerranéennes une portion du quantum de sang dolichocéphale. D'autre part, le dosage total ne donne pas la proportion de sang dépourvu d'alliage. Il faut procéder à une seconde opération, en calculant d'après les* statistiques anthropologiques, le pourcentage des individus réunissant tous les caractères. On arrive ainsi à connaître deux quantités, celle de sang Europœus total, celle d'individus de type pur.