‹ L'Aryenne [par] Jean LorrainChapitre 3 sur 15 · L'ARYEN>'E · texte numérisé non relu

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ser l'anneau hors de son doigt. La comtesse le détaillait curieusement. « Mais c'est exquis et d'une imagination tout à fait rare. » Elle examinait attentivement le joyau. « C'est un masque, n'est-ce pas, un masque tragique soutenu par des lauriers et des branches de myrthe avec une couleuvre d'émail ondulant à travers tous ces feuillages en entrelacs ? — Oui, un peu compliqué peut-être, mais le travail est vraiment précieux.

— Et cela vaut trois mille, cette bagatelle? le masque, une améthyste? — Non, du cristal de roche taillé et teinté. — En eflet, c'est admirable, il se violacé et s'atténue comme une verrerie de Gallet, et la transparence verte de ces feuillages, comment obtenue? — Des émaux translucides.

— En effet, Lalique y excelle. Ni émeraudes, ni péridots ne donneraient ces nuances, c'est une pièce de collection, » et la jeune femme retournait la bague entre ses doigts. « Et ce n'est pas trop laid sur la peau, tous ces tons glauques. » Et machinalement elle essayait le bijou. « Mais vous avez les doigts beaucoup trop fins, chère amie ; songez, elle a été commandée pour moi. — Aussi je la mets à l'index et c'est une bague de petit doigt. Très belle, en effet, et même un peu

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inquiétante avec son aspect de bijou magique. Elle a l'air malfaisant et cruel, une bague de Ganidie. Tenez, reprenez-la, elle me fait peur. Mais comme elle tient! mais c'est que je ne peux l'ôter! — Tous dites ? — Mais je vous assure, j'ai beau faire, elle ne glisse pas du tout. — Ce n'est pas possible, votre doigt a du gonfler. — Mais, essayez vous-même, voyez. »

Les deux jeunes gens s'efforçaient de faire glisser le long de la phalange la bague récalcitrante.

— Mais vous me faites mal, Simon. — Pardon.

— Non, essayez encore. — Mais c'est tout à fait ridicule, je ne peux pas porter votre bague.

— Oh ! jusqu'à ce soir : vous aurez bien trouvé le moven de l'ôter. »

Une sonnerie annonçait une visite. « EtMélisande qui est encore retenue là-haut avec ce Mautouchet, il va me falloir aller recevoir, » et la jeune femme avec un mouvement d'ennui se dégageait de la caressante étreinte du prince. « Mais comment! avec cette bague au doigt ! on peut la" remarquer. Mélisande peut venir et sûrement elle la reconnaîtra. Prince, je vous en prie, allez recevoir; moi, je ne puis pas. — Quelle enfant vous faites! vous lui direz la vérité, vous

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avez admiré ma bague et l'avez essayée pour en juger l'effet. Quoi de plus simple. — Rien de plus simple, oui, mais rien de plus suspect aussi. Connaissez-vous beaucoup de femmes mariées capables de goûter ces petits jeux d'essayage de bague entre une autre femme et leur mari ! )) et. sur un sourire énervant de promesse, la comtesse Ilhatieff s'esquivait, légère comme une biche, laissant Simon ébloui, stupéfait.

Il se ressaisissait presqu'aussitôt et appuyait sur un timbre — Qui est là, au salon ? demandait-il. — M""^ de Mathuvrécourt et M. Polydore Champion. — Toutes les guignes : cette grotesque et ce cuistre. La princesse est-elle prévenue ? — Oui, monsieur, Madame prie Madame la comtesse d'aller recevoir au salon. Je croyais la trouver ici, je venais la prévenir. Madame ne pourra pas venir avant dix minutes au moins. — C'est bien, je vais les recevoir. W" Ilhatieff est un peu souffrante, elle est remontée chez elle. Veuillez en prévenir la princesse. »

« Ah! prince, c'est une aubaine de vous trou-

ver ici, la princesse n'est pas souffrante au moins? — Non, elle est retenue chez elle avec son éditeur, je crois. Elle va descendre. — C'est vrai, le huitième mille vient de partir aujourd'hui, nous avons lu cela ce matin dans les feuilles. La princesse fait prime, on s'arrache V Ardeur des Nuits. Gomme vous devez être fier de votre femme î » et la grosse M™'" de Mathuvrécourt agitait, comme des nageoires, ses petits bras trop courts, et c'étaient des cris de petite fille et des gloussements de pintade. Une fracassante robe de soie mauve brochée d'énormes hortensias chair faisait de la millionnaire Egérie de Polydore Champion une inouïe marquise d'Escarbagnas. Le prince voulait placer un mot, la jabotante créature ne lui en laissait pas le temps, a M. Polydore Champion a tenu à maccompagner, je n'ai pas à vous présenter l'un à Tautre, messieurs. Polydore, » (et, à ce lapsus voulu, la couperose de M"^ de Mathuvrécourt se fonçait sous sa veloutine d'un flot de sang plus acre,) « M. Champion et moi, nous sommes encore sous le charme de la soirée de lundi. Oh! quelle reconnaissance nous en gardons tous deux à M""' de Langlade I Appré-

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