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de se confondre en éloges. Un flux d'épithètes inondait la jeune nymphe, un caquetage exaspéré de perruche garrulait à chacun de ses gestes. Mélisande ravie buvait, comme un philtre, les métaphores ampoulées de la grosse Muse et de son Immortel. « La duchesse de Langlade va venir. — Devinez ce qui nous amène? — Mais où est donc Marthe ? demandait la princesse s'avisant de l'absence de la comtesse. — a Elle est un peu souffrante, elle est remontée chez elle. — Comment, elle n'était pas là pour vous recevoir ? Alors, vous m'avez attendue ? ohl comme c'est contrariant ! — Mais j'étais là, reprenait le prince. — Mais vous, moucher, (et la voix de la jeune femme s'altérait, nerveuse,) vous n'êtes pas ici pour faire les honneurs de mon salon. Ce^a la regarde. — Celte chère comtesse, ce ne sera rien au moins, s'intéressait M""^ de Mathuvrécourt? — Oh! Marthe s'écoute beaucoup, reprenait la princesse, elle sera, j'espère, remise pour cinq heures, j'ai besoin d'elle, j'essaie chez Landolf. — Mais, chère amie, je n'en sais rien : M""^ Ilhatieff paraissait frè»! h\]guée. Elle est, vous le savez, très délicate, elle a passé par des épreuves qui... — Ses malheurs, oui nous
savons, elle en joue très Lien, de ses malheurs. — Rébecca! et la voix du prince avait un ton de reproche. — Mais aussi, c'est par trop contrariant, s'énervait la jeune femme, j'ai absolument besoin des conseils de Marthe pour le costume que j'essaie tantôt! — Un costume ! — Oui, un costume persan que je veux inaugurer à ma première récitation chez les Kosietmuken pour ma Rose d'Ispahan. Ce sera tout à fait de circonstance, mais, au fait, puisque vous ne faites rien, mon ami, montez donc chez Marthe. Voyez ce qu'il en est, secouez-la un peu. Un cachet d'anlipyrine aura raison de cette migraine » — et le prince déjà dans l'embrasure de la porte, prêt à sortir — « Dites-lui que j'ai besoin d'elle à cinq heures », et se tournant avec un divin sourire de ses petites dents courtes vers Polydore Champion et sa Muse : a Je suis toute à vous, vovons. Qu'est-ce qui vous amène, chers amis ? »
« Et vous n'avez pas retrouvé votre bague ? — Pas encore, mais soyez sans crainte. Elle se
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retrouvera. En rentrant ici cette nuit, je l'aurai posée sur un meuble, je suis certain qu'elle me crèvera les yeux tantôt ou demain. — Vous en prenez gaiement votre parti. — Je n'en prends pas mon parti, je suis sûr de l'avoir chez moi; Jean est insoupçonnable. Vous savez bien que tout ce qui me vient de vous me tient au cœur. «
La conversation s'échaneeait d'un ton bref, en vérité assez tendu, entre le prince et la princesse. Ils ne s'étaient pas vus depuis la veille où ils avaient assisté ensemble à une première de rOpéra. Rentrés chacun de leur coté, ils se retrouvaient à table dans la grande salle à manger tendue de verdures de Flandre de l'hôtel familial. Ils s'y rencontraient face à face, car ce matin-là la table n'avait que^deux couverts.
c( M"^ lihatietr est-elle plus souffrante? demandait le prince, remarquant la place laissée vide entre eux deux. — Il paraît, je viens de recevoir une lettre qui l'excuse. Tenez, la voici » et la jeune femme tendait un pli décacheté au prince.
Ma chère Rébeccay Faites-moi crédit jusqu à ce soir. Je ni éveille
encore la tète lourde et tout le corps brisé d'une lassitude extrême, j'ai la sensation d'être une ècharpe dénouée, j'en ai partout en moi la mollesse inerte. J'espère être mieux ce soir et pouvoir descendre diner. Pardonnez-moi tout F ennui que je vous donne et surtout excusez le dérangement que je vous cause, je sens que ce ne sera rien, mais hier fui vraiment eu un moment d'angoisse, fai craint une mauvaise fièvre. Pour comble de malheur , je me suis assez cruellement blessée à r index. Cest la série à la noire.
Cet inutile et ridicule accident vous expliquera ma mauvaise écriture. Que votre vieille ainitié plaide ma cause devant vous et devant le prince d Helyeuse.
Votre amie,
Marthe llhatieff.
(( Comment? elle s'est blessée? interrogeait le prince. — Il paraît, c'est la série complète. — Gomment? vous ne l'avez pas vue ? vous n'avez pas été prendre de ses nouvelles ? — Mais je l'ai vue hier soir en rentrant de l'Opéra. Je suis montée chez elle. Elle avait très peu de fièvre, le docteur Isnard sortait de son pavil-
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Ion, il m'a dit que ce ne serait rien. — Comment, vous aviez prévenu le docteur ? — Sans doute. — Mais pourquoi Isnar.j, ce médecin de quartier que vous faites venir pour nos gens? — Mais, mon cher ami, parce que je l'avais sous la main. J'aurais fait venir Desbois, ce matin, si j'avais eu la moindre inquiétude, mais vous voilà Lien anxieux de la santé de Marthe. Il fallait passer vous-même chez elle, ce matin. — Je vous ferai observer, ma chère amie, que ma place n'est pas dans la chambre à coucher de M"'*' IlhatiefT. — Vous y avez bien passé hier une partie de votre journée. — Je vous ferai observer que c'est vous-même qui m'y avez envoyé. Vous ne vous teniez pas d'avoir de ses nouvelles, je n'avais que faire, disiez-vous, au salon. »
Le petit pied de Mélisande battait nerveusement la mesure sous la table, le talon de sa mule martelait le parquet, le prince reprenait : « Et, pour ma part, je me trouvais naieux chez M""" Ilhatieff qu'entre M""' de Mathuvrécourt et M. Polydore Champion. — Je sais : aucun de mes amis n'a l'heur de vous plaire... excepté Marthe cependant. — Que voulez-vous dire? — Rien, je me comprends... Au fait, c'est peut-
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être chez elle que vous avez égaré votre bague. » Le prince se levait très pâle, il s'approchait vivement de sa femme et, la saisissant au bras : « Ah 1 ça, qu'est-ce que vous avez, Rébecca?je ne vous ai jamais vue ainsi. Ces réticences et ces sous-entendus, je vous avertis que je ne les supporterai pas. J'exige et je veux une explication : vous avez quelque chose. — Eh bien, oui, tout se concerte aussi contre moi. C'est une fatalité, je vous donne une bague avant-hier, à laquelle j'attache la plus grande importance. C'était l'hommage de mon succès, de mon talent, de mon œuvre déposé entre vos mains, j'y voyais un symbole de ma gloire et de votre amour, car vous pensez bien que la somme importe peu. Eh bien, cette bague, qui est une date dans notre vie, vous la perdez douze heures après l'avoir reçue. — Je ne l'ai pas perdue, mais égarée, je vous l'ai dit. — Le même jour, Marthe, qui est maintenant absolument mêlée à notre existence, Marthe qui, recueillie ici, installée à notre table, imposée à nos amis, est devenue pour moi une sœur, une affection et un appui indispensable, tombe subitement malade. Lu malaise étrange, que le médecin ne diagnos-
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tique pas î Est-elle vraiment'tnalade ou se dérobet-elle à ma présence ? — Mais quelle idée vous forgez-vous, ma chère ? — Je ne me forge pas, je pressens je ne sais quel mystère autour de moi, et enfin, pour comble, hier en rentrant j'ai trouvé une dépèche de la duchesse de Langlade, me priant de passer ce matin chez elle à la première heure pour une communication urgente. Elle ne pouvait la faire qu'à moi, j'y vais et,' après mille et une précautions oratoires, M""^ de Langlade me demande si j'ai connaissance de certains articles de petites revues, où elle me croit visée. Je réponds non et elle me sort ces trois ordures-là ». Et, tout à coup cramoisie, les yeux étincelants, la princesse jetait une liasse de papiers sur la table. Le prince les parcourait rapidement. « Je les connais, faisait-il d'un ton calme, M"'*" de Langlade aurait aussi bien fait de ne pas vous communiquer ces sottises. Je la remercierai, comme il sied, de son zèle, à vous prévenir de ce qui peut vous être désagréable. — Gomment, vous connaissiez ces articles, Simon, et vous ne m'en avez rien dit? — Naturellement. A quoi bon troubler votre joie? Mon rôle est de veiller à la sécurité de votre bon-
heur, mais ces articles-là, c'est le revers de la gloire, rabsinlhe= inévitable dans le miel de flatteries dont vous vous grisez, ma pauvre Rébecca. Si vous saviez combien de ces articles j'ai interceptés depuis que vous êtes lauréate de l'Académie! — Comment! il y en a eu d'autres? interrogeait la jeune femme, devenue toute pâle. — S'il y en a eu d'autres ! Quelle enfant vous faites !... Gomme si notre bonheur à nous n'était pas une insulte au malheur d'autrui ! Parce qu'on vous a fait, ma petite Mélisande, une existence ouatée et fabuleuse de princesse de contes, vous vous croyez à l'abri de l'envie et vous avez pris votre rôle de petite idole au sérieux, mais vous êtes jeune, vous êtes jolie, vous êtes princesse, vous êtes millionnaire et vous avez du talent, et vous voulez qu'on ne vous insulte pas ! mais chacun de vos sourires de triomphe est une offense pour des milliers de femmes que. vous ne soupçonnez pas, chacune de vos éditions est regardée comme un vol par des centaines de grimauds de lettres que leur copie ne nourrira jamais, ah I l'humanité est une vilaine chose, Mélisande, et j'avais tout fait pour vous garder dans votre exquise ignorance... Mais, patatras, il a fallu
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que cette intempestive mère Langlade mette les pieds dans le plat. Dieu sait pourtant si Marthe et moi nous avions fait bonne garde. — Gomment, Marthe savait aussi ? — Si elle savait! Nous dépouillions ensemble le courrier tous les matins. » 11 y eut un silence.
La princesse se levait, le visage bouleversé et si blême que Simon avait peur : « Comment, on a écrit ces infamies sur votre femme et vous, un prince de Ragon d'Helyeuse, vous n'êtes pas allé souffleter et provoquer l'insolent! Et Marthe, qui est mon amie, pis. mon obligée, n'a pas su vous indiquer votre devoir à vous, qui l'oubliez? — C'est vous qui vous oubliez, ma chère. Je n'ai pas à reconnaître une princesse de Ragon d'Helyeuse dans une poésie sur les citrouilles ou dans une ballade sur la poétesse Erinna... Où êtes-vous nommée, est-il un moment question de votre naissance, de votre titre, de votre conduite? En quoi la femme est-elle atteinte dans ces articles ? 11 n'y est question que de littérature. Votre littérature appartient au public, puisque vous êtes en vente chez tous les libraires. L'éloge entraîne aussi le blâme, vous avez droit à l'un et à l'autre, ou plutôt vous ne vous appartenez plus. Laprin-
cesse Mélisande est une personnalité littéraire. Ah I c'est ainsi, je vous avais prévenue, la gloire est un cigare que l'on fume du côté de la cendre, la phrase est de Daudet, et, dame, la cendre est un peu amère dans la bouche, cela brûle et cela sent mauvais. — Mais enfin tout le monde m'a reconnue. — Mais, moi, je ne vous y reconnais pas. Je n'irai pas faire à un petit monsieur de revue mort-née l'honneur d'un envoi de témoins. Pour cinquante francs les signataires anonymes de ces articles écriraient votre éloge; l'épée d'un Ragon d'Helyeuse ne sert pas à repêcher un gendelettreux qui se noie. ■ — Un Ragon d'Helyeuse ne le ferait pas, mais un homme de mon monde n'auraitpas hésité, lui. Un Riesmer insulté aurait vengé sa femme. — Il fallait donc épouser un des vôtres, ma chère, je suis navré d'apprendre que vous vous êtes mésalliée. — Brisons là, monsieur, vous avez trop d'esprit pour moi. »
La princesse avait jeté violemment sa serviette à travers delà table, elle gagnait précipitamment la porte. « Rébecca ! — Vous auriez dû épouser Marthe Ilhatieff, vous vous seriez entendu à merveille avec elle, vous êtes tous deux
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de la même race », et Rébecca Riesmer fermait la porte sur elle avec fracas.
Le prince, demeuré assis, avait un hausse- 1 ment d'épaules. « Sortie de théâtre I combien de temps l'a-t-elle répétée, devant sa glace! Pas mal réussie d'ailleurs. Elle a le sens de la mise en scène, » et rappelant la livrée qui s'était discrètement éclipsée : Servez », puis, tirant de son portefeuille une lettre pliée en quatre, il la dépliait presque pieusement et la relisait depuis le matin pour la sixième fois :
Mon cher Simon ^
Je r avais deimé ; celte bague est inaudit e, il ij a comme un sortilège en elle. Je n ai pu encore Voter de mon doigt, j'ai passé toute la journée d'hier à tenter l'impossible. Maintenant ma phalange gonflée et meurtrie déborde des deux côtés de la bagne et j'ai les émaux transhicides de Lalique incrustés dans ma chair, j'ai toute la main douloureuse et brûlante et j'aipjassé la nuit dans la fiècre. Un cauchemar affreux m'a torturée ; le serpent d' émailni étreignait à me faire crier ^ le masque de cristal violâtreincanait et me mordait jusqu'au sang, ses dents féroces enta-
niaient jusquà los et ce masque ressemblait de plus en plus à Rébecca^ Rébecca devenue une Erynnie vengeresse et consciente de notre faute. Cela devient odieux et ne peut durer davantage. Me dérober plus longtemps, c est éveiller les soupçons de Mélisande. S'est-elle aperçue de la disparition de votre bague? Hier soir, lorsqu'elle est venue prendre de mes nouvelles, elle ignorait encore, fai obstinément caché ma main sous mon drap. Ce matin, dans le billet que je lui ai écrit pour ni excuser, je lui annonçais que je in étais blessée à F index. Je redoute pour vous, mon cher Simon, le tête-à-tête de ce déjeuner. Rébecca va sûrement s'apercevoir que cous n'avez plus sa bague.
Je jjrévois des choses terribles. Il était si simple de lui avouer la vérité. Hier vous le vouliez et moi je n ai pas voulu; maintenant il est trop tard, comment lui explir^uer ?
J' expie chèrement une délicieuse minute d oubli. Ne montez pas prendre de mes nouvelles, je n'ai aucune confiance dans ma femme de chambre.
Marthe.
Le prince buvait d'un œil avide chaque mot
de celte lettre. Un pas léger, on eût dit à dessein amorti sur la haute laine des tapis, lui faisait vivement plier Ja lettre. La comtesse IlhatiefT était debout devant lui, Simon retenait mal un cri : « Vous, ici, vous! »
La comtesse posait mystérieusement un doigt sur ses lèvres : « Elle va sortir, attendez... un moment. »
Ils se taisaient, délicieusement oppressés, et tous les deux également pâles. Elle lui avait abandonné ses deux mains, qu'il avait saisies au risque de blesser le doigt malade, et elle lui souriait doucement, et son sourire était comme un philtre, un philtre de passion et d'oubli qu'elle lui versait entre les cils baissés de ses paupières ; un roulement de voiture mettait fin à leur voluptueuse attente. « Elle est partie, » scandait la voix lente de Marthe. Simon s'avisait alors de la main droite enveloppée d'un mouchoir. « Si blessée que cela, ma pauvre amie ! Voyons cette affreuse meurtrissure. — Blessée, mais libre enfin. Voici la bague. — ^on î — Si, je me suis délivrée », et la jeune femme élevait triomphalement au-dessus de sa lèle le petit masque de cristal serti de myrtes et
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de lauriers. — Gomment avez-vous pu ? — Cela n'a pas été sans mal, mais ce que femme
veut, )) et la comtesse passait la bague au
doigt de Simon. « Vous pouvez maintenant paraître devant Mélisande. — Et ce doigt, ce pauvre doigt, montrez-le-moi, suppliait le prince d'une voix fébrile. — Un moment, c'est très laid, je vous préviens » et la jeune femme, ôtant délicatement la batiste qui l'enveloppait, tendait la main malade à d'Helyeuse. Une ecchymose cerclait toute la dernière phalange d'une rougeur ardente, le prince portait le doigt endolori à ses lèvres et l'y tenait longuement appuyé. « Chère et douloureuse amie, je baise tout le mal qu'on vous a fait. Pardonnez-lui, pardonnez-moi, pardonnez-nous, Marthe ! »
La comtesse regardait de halat l'homme éperdu incliné vers elle : « Mélisande ne s'est pas aperçue de la disparition de votre bague? — Si. » Un léger tressaillement la faisait frémir. « Au déjeuner ce matin ? — Oui. — Qu'avez-vous dit ■? — Que je l'avais égarée. — Et pas un soupçon? — Non. — Ah ! vraiment. Elle n'a pas prononcé mon nom ! — Si. » Une joie illuminait la face de Marthe. « Simon, murmurait-
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elle d'une voix câline, la bague était retirée depuis hier. — Vous dites ? — Oui, j'aurais pu vous la rendre au dîner. — Mais alors, pourquoi seulement maintenant? Je ne comprends pas » ! Et la jeune femme d'une voix encore plus Lasse : « Je voulais que Rébecca sut que sa bague était égarée, je redoutais et désirais ses soupçons. — Marthe, vous m'atTolez! — Et puis cela créait une complicité. Il y avait ici un secret que nous étions seuls à connaître. — Ah ! chère femme ! » Et se redressant avec violence, le jeune homme saisissait la jeune femme à la taille, elle répondait à son étreinte. Leurs bouches se cherchaient.
La comtesse Ilhatieff venait de s'éveiller. Roulée dans la batiste des draps brodés aux armes des Ragon d'Helyeuse, elle s'étirait brisée
par une nuit d'insomnie. Le désordre du lit témoignait de l'agitation de sa veille, ses longs cheveux bruns s'étaient répandus sur la blancheur
des oreillers: et la pâleur de sa face, la cernure de ses larges yeux encore brillants de fièvre témoigoaient encore de Teffarement où les derniers événements l'avaient jetée. Elle ne s'était endormie que très tard, vers cinq heures du malin, et encore des rêves pénibles n'avaient pas cessé de l'obséder. Son mari et ses enfants lui étaient successivement apparus, et ces visages chers, évoqués dans cette heure trouble de sa vie, avaient achevé de la bouleverser. Elle si matinale revenait seulement à elle à dix heures du ïiiatin, dans ce lit ravagé, on eût dit, par une nuit de passion furieuse, les membres rompus et l'àme dévastée. Elle avait fait ouvrir toutes grandes les fenêtres de la chambre pour en renouveler lair alourdi, irrespirable. Dans sa torpeur elle ne sentait presque plus son doigt endolori, mais une amertume affreuse était dans sa bouche, une amertume affreuse était dans son cœur, et cette odeur de détresse et de dégoût la laissait inerte, pareille à un cadavre. Martlie de Malhouëtt, comtesse llhatietr, revenait à la vie dans une flottaison de noyée.
Lajeunefemmeseressaisissait. Gomment avaitelle vécu depuis trois jours, oui, comment? par-