I. — Le grand adversaire extérieur est. le démon
L'étymologie de ce mot n'a pas un sens odieux. Chez les auteurs païens, il signifie un dieu, un génie qui inspire. Mais ces inspirateurs n'étaient au fond que les esprits mativais, selon la parole du Psalmiste* : « Tous les dieux des nations sont des démons. » Voilà pourquoi, dans le langage chrétien, le démon désigne l'ange révolté.
L'Ecriture l'appelle Satan ou le Diable, deux nom?, l'un hébreu 2, l'autre grec^, qui ont la même signification
* Ps. xc , 5 : Quoniam omnes dii gentium dsemonia.
2 Zach.ni, 1: Et Satan stabat, ut advcrsart-tur ei.
3 S. CviuLL. de Jér. Catech. 2, u. 4 : Aiâ6o>,oç ûdrefov S/cX-^iOl «Tib toO S'.àSaXXEÎv.
et expriment l'action d'un ennemi qui se ]'etteJt-4a traverse. Elle l'appelle encore le tentateur*, l'adversaire*, l'ennemi^, le malin*, l'accusateur^ ou le calomniateur^ accumulant les expressions pour traduire le rôle odieux qu'il assume dans le monde.
II. — Mais par le démon il ne faut pas entendre un être unique. Ce nom a un sens collectif et désigne tous les anges déchus, en tant qu'ils s'accordent et concourent à vouloir et à procurer le mal moral ; ou plutôt le chef de ces esprits rebelles, Lucifer, qui imprime le mouvement et commande encore en maître pour son tourment et celui des autres. Tous et chacun voulant ce que poursuit le chef et obéissant à ses ordres, la multitude se trouve ramenée à un seul ; et c'est pourquoi on peut dire indifféremment le démon ou les démons.
III. — Qu'il y ait un prince des esprits mauvais et une hiérarchie parmi eux, c'est une vérité clairement énoncée dans les saints Livres et la tradition.
Il est question dans les Evangiles du diable et de ses anges % de l'empire de Satan', du prince de ce monde % de Béelzébub, prince des démons ^ Saint Paul'°, parlant des anges déchus, mentionne des puissances, des principautés, des vertus, des gouverneurs des ténèbres.
La tradition atteste également qu'il existe parmi les démons un chef principal et des chefs secondaires.
« Gomme Jésus-Christ est la tête de l'Eglise et de l'hu-
1 Malth. IV, 3 : Et aceedens tentator.
* / Petr. V, 8 : Adversarius vester diabolus.
3 Malth. xin, 39 : Inlmicus autem qui seminavit est diabolus.
* I Joan. n, 14 : Vicislis malignum.
5 Ap. xu, 10 : Projectus est accusator fratrum.
6 Malth. XXV, 41.
' Luc. XI, 18.
» Joan. XIV, 30.
9 Marc. III, 22; Luc. xi, 15-19.
" Rom. vni, 38. — Eph. vi, 12. — Col.ii, 15.
manilé, dit saint Jérôme', de même Béelzébub, prince des démons, est le chef de tous les démons qui déchaînent leur fureur contre le monde. »
Saint Jean Chrysostome^ remarque que si le diable est le chef, les autres démons sont les sujets. Saint Thomas^ donne pour raison de cette principauté et de cette sujétion que les mauvais anges sont naturellement ordonnés en hiérarchie, et que leur chute n'a pas détruit leur nature; mais, selon la remarque du saint Docteur \ cette subordination ne fait qu'ajouter à leur malheur.
Indépendamment de la hiérarchie naturelle qui survit à la chute, la déviation définitive de ces esprits les associe dans la cause du mal, et le plus mauvais devient naturellement le premier et le représentant de tous. Dans ce sens encore, le diable est, selon que l'enseignent les saints Docteurs, en particulier saint Augustin % saint Grégoire le Grand ^ et saint Thomas \ le prince du mal et des mauvais,
1 In Habac. 3 : Sicut Ecclesiae et omnis \in Chrislus est caput, ita cunctorum daemonum , qui in hoc saeculo debacchantur, caput est Beelzebub, princeps dœmoniorum.
2 In Matlh. hom. 42 : Si diabolus princeps est, caeteri daemones illi subjiciuntur.
3 Sum. l»p., q. 109, a. 1 : Si autem considerentur quantum ad id quod est naturae, sic adhuc sunt in ordinibus, quia data naturalia non amiserunt. — Ibid. 2 : Manifeslum est autem ex praemissis quod dccmouum quidam naturali ordine sub aliis consliluuntur; unde et actiones corum sub actionibus superiorum sunt; et iioc est quod rationem prœlationis facit, ut scilicet actlo subditi subdatur actioni praelati. Sic igitur ipsa naturalis dispositio dcemonum requirit quod sit in eis praelatio.
* Ibid. ad 3 : Daemones non sunt aequales secundum naturam ; unde in eis est naturalis praelatio; quod in homiiiibus non contingit, qui natura sunt pares. Quod autem superioribus inferiores subdantur, non est ad bonum superiorum, sed magis ad malum eorum; quia cum mala facere maxima ad miseriam pertineat, praeesse in malis est esse magis miserum.
s Enarr. in Ps, 139, c. 7, p. 341 : Sicut enim bonorum caput Christus est, sic illorum caput diabolus.
6 Hom. 16 in Matlh.: Certe iniquorum omnium caput diabolus est, et iiujus capitis membra suntomnes iniqui.
' Sum. 3» p., q. 8, a. 7 : Caput non solum interius influit in membra, sed etiam exterius gubemat, eorum actus dirigendo ad aliquem finem. Sic
t58 OBSTACLES A LA PERFECTION
comme Jésus- Christ est dans l'Eglise le chef des bons. J^ lY. — Il est probable, et c'est un sentiment commun
'^ rvT^ parmi les Pères* et les théologiens % que chaque homme y^ ^^ à son démon tentateur, comme il a son ange gardien. La multitude des anges tombés dépasse de beaucoup le •nombre des hommes vivants sur la terre; et à moins que JUA" Dieu ne lui interdise cette imitation, ce qui est invraisem- 1^^ ViJjyblable lorsqu'il lui en permet tant d'autres, le génie du j^X mal n'a pu manquer de reproduire, pour perdre les ^.^^^J^ hommes y une industrie divine destinée à les sauver. Dieu ^Ar^ prépose sur chaque âme un ange fidèle pour la proléger r^^' VjjD^èt l'exciter au bien; Satan, à son tour, députe un des siens '^^v^ pour dresser des embûches et profiter de toutes les occa- [^^ /;> sions pour induire au péché.
f^-^ \^ La présence à demeure d'un tentateur attitré n'empêche pas que plusieurs ne se réunissent, selon les occurrences, pour redoubler la tentation^. L'Evangile nous l'atteste, quand il parle de ce possédé qui avait dans son corps toute une légion de démons^, et de cet esprit mauvais qui, ne pouvant seul venir à bout de ses desseins, s'en va re-
ergo potest dici aliquis caput alicujusmultitudinisvel secundumutrumqiie, scilicet secuudum interiorem influxum et extoriorem gubernationem, et sic est Christus caput Ecclesiae, ut dictum est {art. prœc.)\ vel secunduui exteriorem gubernationem; et sic quilibet princeps vel prslatus est caput mullitudinis sibi subjectae. — Et per liunc modum dicitur diabolus caput omnium malorum. Kam ut dicitur Job (xu, 25) : Ipse est rex super universos filios superbiie. Porlinet autem ad gubernatorem ut eos quos gubernat ad suum finem adducat. Finis autem diaboli est aversio rationalis creaturae a Deo; unde et a principio hominem ab obc'lentia divini pr;ecepti removere tentavit... Inquanlum igilur ad hune linem aliqui adducuntur, peccando, sub diaboli regimine et gubernatione cadunt; et ex hoe dicilur eorum caput.
1 Petau, de Angel. Migne, curs. th. t. 7, n. 7, col. 777.
* Petau, de Angel. \. 4, c. 27.
3 Catech. Conc. trid. 4= p., n. 10 : Quamquam non unus modo tentât homines Satan, sed gregatim interdum daemones in singulos inipetura faciunt.
* Marc. V, 9 : Legio mihi nomen est, quia mulli sumus.
3° OBSTACLE : LE DÉiMON 159
quérir sept autres esprits plus méchants que lui, et, avec leur concours, reprend la position qu'il avait perdue'.
V. — Outre le chef principal , la bande maudite a des chefs subalternes. Leur office est de stimuler les tentateurs inférieurs, de poursuivre des âmes dont la chute entraînerait celle de plusieurs autres, ou enfin de procurer et d'activer le mal dans les réunions plus ou moins considérables d'hommes, comme les divers États, les provinces, les villes, les villages, les communautés, les familles-. Leur tactique ordinaire est de s'attaquer à une individualité propre à leur dessein, qui devient le boutefeu de la révolte ou k couvre de son autorité.
Parmi les démons, il en est qui représentent d'une manière spéciale certains vices ^, tels que l'orgueil, la luxure, la colère, le blasphème, le triomphe du mal paraissant devoir être plus facile et plus complet, ainsi que nous le disions dans notre Mystique*, par cette distribution régulière des rôles entre les tentateurs.
YL — Le motif qui pousse les démons à tenter les hommes naît de l'ambition, de la haine et de l'envie.
La soif de la domination , le désir effréné de supplanter Dieu dans le monde, porte Satan à réduire l'homme sous son empire en le faisant tomber dans le péché. Le premier crime de l'ange déchu et le point de départ de sa révolte fut de vouloir se faire Dieu, ainsi que l'affirme saint Tho-
' Matth. xn, A5 : Tune vadit et assurait septem alios spiritus secum nequiores se , et intrantes habitant ibi.
2 BoNAL, de Ang. n. 124 : Mali autem angeli superiores et principes, qui nonliabent designatos certes homiaes quos impugnent, adhanc tentationcm concurrunt vel aliquam communitatem , civitatem, provinciaoi aut regnuni aliquod impugnando; vel tentando peculiariter de certis quibu?dam vitiis, vel inferiores instruendo et excitando daemones.
3 Petau, Tlieol. Dogm. de Ang. 1. 2, c. 7, n. 13, t. 4, p. 35 : Jam vero singulis houiinum vitiis certos daemones prsesidere ibidem Oiigenes putat; veliii esse aliquem fornicationis spiritum, alium iiae.alium avaritiae , alium. superbise. — Cf. Cassien, Coll. 8, c. 17.
< T. 3, cil. 10, n. 7, p. 205.
mas'. Sa tendance et ses efforts tendent à se faire adorer et à tenir en qualité de Dieu le sceptre du monde. Voilà pourquoi il singe l'administration divine, et députe vers les hommes les malheureux esprits qui partagèrent sa rébel- Hon, comme Dieu députe les anges fidèles*.
La superbe enfante l'envie. Par l'orgueil on veut dominer; on ne supporte pas par conséquent que d'autres iouissent d'un bien que l'on revendique pour soi, à plus forte raison d'un bien dont on est privée Ainsi s'explique l'envie des démons contre Dieu et contre l'homme. Dieu garde l'empire du monde, et l'homme, en obéissant à Dieu, est comblé de biens. Ils travaillent donc à le détourner de sa fin, à le dépouiller, à l'avilir en le précipitant dans les hontes de la chair, qu'ils ne connaissent point pour eux-mêmes ^ Celte jalousie se comprend d'autant mieux que, dans la pensée divine, l'homme recueille la félicité perdue par l'ange. Il semble au tentateur qu'en renversant la créature héritière de son bonheur, il atteint Dieu lui- môme et déconcerte de nouveau ses desseins. Le Sage a donc raison de dire que la mort est entrée dans le
' Sum. I» p., q. 63, a. 3 : Dicendum quod angélus absque omni dubio peccavit appetendo esse ut Deus.
2 S. Thomas, 1« p., q. 114, a. 1 : Impugnatio quidem ipsa ex daemonum malilia procedit, qui, propler invidiam, profeclum honiinum impcdire nituntur, et propter superbiam divinae potestalis similitudinem usurpant, deputando sibi ministros deterniinatos ad hominuoi impugiiationem, sicut et angeli Deo ministrant in determinatis officiis ad hominum salutein.
3 S. Thomas, 1» p., q. 63, a. 2 : Invidus autem ex hoc de bono alterius dolet inquantum bonum alterius œstimat sui boni impediincntum. Non autem bonum alterius poterat aestimari impedim"entum boni affectati per angelum malum nisi inquantum affectavit excellentiam singularem; quae quidem singularitas per alterius excellentiam cessât. Et ideo post peccatum superbiae cousecutum est in angelo peccante malum invidiae, secundum quod de bono hominis doluit et etiam de excellentia divina, secundum quod eaDeus contra voluntatem ipsius diaboli ulitur in gloriam divinam.
* Ibid.,Oiû.\ : Daemones non delectaiiturin obscœnitatibus canialiumpeccatorum quasi ipsi afficiaiitur ad delectiones carnales. Sed hoc totum ex invidia procedit, quod iu peccatis hominum quibuscunque delectaatur inquantum sunt impedimenta humaiii boni.
monde par l'envie du démon ^ ; ce qui est vrai de la première tentation l'est de toutes les autres.
L'orgueil et l'envie se transforment en haine dans les résistances qu'ils éprouvent. La haine est le désordre et le tourment fondamental de l'enfer, comme l'amour est la vie du ciel. La pensée fixe de Satan est d'accroître les ennemis de Dieu et de détruire ses œuvres.
YII. — De là il est aisé de conclure que les efforts et la rage du tentateur s'exercent principalement contre ceux qui s'attachent à Dieu avec une fidélité plus généreuse et un amour plus ardent, et semhlent destinés à une gloire plus grande.
L'Écriture nous en averUt. « Mon fils, dit le Sage*, en entrant au service de Dieu, préparez votre âme à la tentation. 2 En voyant la vertu de Job au sein de la prospérité, Satan demande à le tenter, dans l'espoir de l'abattre et de le tourner contre Dieu^. Les prodiges que les apôtres commencent à opérer sous l'action du Maître lui inspirent des inquiétudes, et il veut les soumettre comme Job au crible des tentations ^ Saint Paul prévient son disciple Timothée que suivre Jésus-Christ est se condamner aux persécutions des méchanîs qu'anime l'esprit mauvais ^
Selon la remarque de saint Jérôme % le démon ne se
1 Sap. 11, 24 : Invidia autem diaboli mors intravit in orbem terrarura.
* Eccli. II, 1 :Fili, accedens ad servilutem Dei, sta in juslitia et timoré, et prsepara animam tuam ad tentationem.
3 Job I et II.
■5 Luc. XXII , 31 : Simon, Simon, ecce Satanasexpelivit vos ut cribraret sicut triticum.
5 // Tim. in, 12-13 : Et omnes qui pie volunt vivere in Cliristo Jesu, persecutionem patientur, raali autom et seductores proficientin pojus, errantes et in errorem miltentes,
6 Epist. 52 ad Eustoch. : Non quaerit diabolus homines infidèles; non eoe qui foris sunt et quorum carnes rex Assyrius olla succendit {Jer. xxix), de Ecclesia Christi rapere feslinat. Escae ejus, secundum Habacuc, t. H, electœ sunt. Job subvertere cupit, et devorato Juda Iscariote, ad cribrandos apostolos expetit potestatem.
préoccupe pas des infidèles, tenant cette proie pour assurée, mais des âmes qui sont dans l'Eglise; et dans l'Eglise, il vise ce qu'il y a de plus haut et de meilleur. Ses assauts , observe à son tour saint Grégoire le Grand * , sont d'autant plus violents que la résistance est plus vive. Sa haine augmente en raison du bien qu'il veut détruire, et l'espoir de réussir stimule son audace. Les exemples^ ne manquent pas pour justifier ses efforts. Les grandes chutes sont de tous les temps, et les annales de la piété ne relatent que la moindre partie des défections : Dieu, le dén.^fR et les prêtres sont souvent seuls à les connaître. Heureusement tout n'est pas ruine et tristesse. L'histoire des âmes , celle ■ôes grandes et saintes âmes surtout, atteste d'une part les industries et les fureurs de l'esprit malin pour détourner de la perfection, et de l'autre ses humiliants et innombrables échecs.
Les communautés ferventes sont particulièrement exposées aux incursions diaboliques, à cause du culte et de l'amour que Dieu y reçoit, et des conséquences désastreuses que les moindres relâchements peuvent avoir. Il est rapporté dans la vie des Pères qu'un saint solitaire fut conduit par son ange dans un monastère habité par de fervents religieux. Il aperçut partout dans l'intérieur des multitudes de démons qui voltigeaient en tous sens, comme
ï Moral. L 24, c. 7 : Eos pulsare negligit quos quieto jure possidere se sentit. Circa nos vero eo vehementius incitatur quo ex corde nostro quasi ex jure propriae haLitationis expellitur.
* Catech. conc. trid. A" p., 6« pet. n. 12; At vero qui se Dec dicaverunt in terris cœlestera vitam agentes, ii maxime omnium Satanae ineursibus peluntur, hos acerbi?sime odit, liis in singula tempons momenta struit însidias. Plena est historia divinarum litterarum sanctorum hominum quos prcesenti etiam animo stantes, sed vi vel fraude pervertit. Adam, David, Salomon , aliique quos enumerare difficile sit, experti sunt daemonum violentes impetus et callidam astutiam cur resisti non possit consilio aut hominum viribus. Quis itaque se suo praesidio satis tutum existimet? Itaque pie casteque petendum est a Doo ne nos tentari sinat supra id quod pos- Bumus, sed facial etiam cum tentatione proventum ut possimus sustinere.
les mouches autour d'un cadavre qui leur sert de pâture : l'église, le chœur, le dortoir, le réfectoii^e étaient remplis de ces esprits mauvais. Au contraire, en passant par la ville voisine, il n'en aperçut qu'un seul près de la porte, oisif et. endormi. Il demanda à l'ange la raison de cette diversité, et l'ange lui fit entendre que les mondains obéissaient sans contrainte et par l'effet de leur propre corruption à l'empire de Satan , tandis que les rehgieux lui résistaient à outrance ; il fallait donc multiplier les assaillants.
YIII. — Il n'est pas inutile d'étudier le mécanisme de la tentation diabolique.
Le démon n'a point d'action directe sur notre volonté pour l'incliner au péché. La volonté est une forteresse imprenable pour tout autre que Dieu; elle ne succombe qu'en se livrant elle-même, d'où il suit que le démon n'est pas cause proprement dite de nos péchés, mais seulement occasion.
Quand les Docteurs appellent Satan le principe de tout péché, il faut entendre cette causahté d'une influence indirecte sur la volonté, qui cède toujours librement au mal proposé'. Dieu seul la meut immédiatement, et cela par un mystère qui nous échappe, sans violenter sa liberté^. L'assentiment au péché n'est ni le fait du démon ni celui de Dieu; c'est une défaillance de la volonté, qui n'est imputable qu'à elle-même^.
1 s. Tbomas, 1.2, q. 80, a. 1 : Voluntas non ex necessitate movetur ab aJiquo oijecto , nisi ab ultimo fine. Unde non est suiliciens causa peccati neque res exterius oblata , neque ille qui eam proponit, neque ille qui persuadet. Unde sequitur quod diabolus non sit causa peccati directe vel sufEdenter, sed solum per modum persuadentis vel proponeutis appetii}ile.
2 Ibid. ad 2 : Diabolus quodammodo est causa peccatorum nostrorum sicut Deus est aliquo modo causa bonorum nostrorum; non tamen attenditur quantum ad modum causandi ; nam Deus causât bona interius movendo volunlatem, quod diabolo convenire non potest.
3 Ibid. ad 3 : Deus est universale principium omnis interioris motus huraani; sed quod determinetur ad malum consilium voluntas humanahoc
Le démon exerce la tentation en agissant sur l'intelligence par les sens, et sur les sens par une action directe ou médiate.
La loi ordinaire de notre pensée consciente est qu'elle fonctionne à l'aide d'un signe sensible ou d'une excitation préalable et concomitante des sens. L'tàme, dans ses fonctions intellectuelles, use du corps comme d'un instrument, comme d'un clavier dont chaque touche correspond à une note déterminée. Au surplus, il faut se rappeler que, par le moyen des signes sensibles qui les éveillent, les idées se lient les unes aux autres, et qu'en vertu de cette association on peut ramener sous le regard de l'esprit toutes sortes de pensées. Le démon connaît la loi de cet enchaînement et l'art de le provoquer, soit par une action directe sur nos organes, soit en recourant à des agents externes qu'il met en jeu comme il y mettrait nos organes mêmes.
L'excitation sur les sens est immédiate ou médiate.
Le démon produit la première, en agissant directement sur les esprits vitaux et sur les organes; car il connaît parfaitement le mécanisme de notre corps, et il sait à quel point il faut toucher pour déterminer tel ou tel effet. Il exerce cette action à notre insu, soit durant la veille, soit dans le sommeil.
L'excitation médiate s'obtient par l'intermédiaire des agents externes. Le démon recourt à tous les êtres ambiants capables d'affecter les sens, comme les animaux, les plantes, la nourriture, l'atmosphère, en un mot, tous les objets matériels. Il se sert surtout de l'homme pour tenter l'homme , inspirant à celui qui tente de fournir la pensée et l'occasion du mal*.
directe quideni est ex voluntate humana, et diabolo per modum persuadentis vel appelibilia proponenlis.
* Catech. conc. trid. i*" p., 6» pct.,n. 19 : In iis vci'û teutalionibus modo
Par ces divers moyens, le démon met sous les yeux l'objet de la tentation, et en même temps il excite au dedans, par une action occulte sur l'organisme, la propension à la suivre.
On le voit, il ne reste au pouvoir de l'homme que la volonté ; toutes les autres parties de lui-même peuvent subir l'obsession diabolique. Mais qu'on juge des périls de la volonté humaine affaiblie par le péché originel , sous le coup des pensées que le démon soulève dans l'esprit, et des ardeurs qu'il allume dans les sens.
Nous ne parlons pas ici des manifestations sensibles par lesquelles les démons révèlent leur présence et épouvantent les hommes, ni de la possession, qui est la suprême violence de l'esprit mauvais sur la créature. Ces questions rentrent dans le cadre de la Mystique, où nous en avons traité longuement '.
IX. — Un autre point qui a son importance, est de savoir si les démons voient nos pensées et nos résolutions en elles-mêmes, sans la révélation extérieure des signes sensibles.
Le sentiment commun des Docteurs est qu'ils ne les connaissent pas, et qu'en dehors du témoignage des sens, ils en sont réduits aux conjectures. Gassien* enseigne expres-
intimos noLis admovens stimules, animae affectiones, et commotiones adhibct administras; modo nos exagitans extrinsecus, externis rébus utitur, vel prosperis ad efferendos, vel ad frangendos adversis : nonnumquam habet emissarios et excursores perditos homines, iuprimisque liaereticos, qui sedentes in cathedra pestilentiae, malarum doctrinarum moitifera semina dispcrgunt, ut illos qui nuUum delectum aut discrimen habent virtutis, et vitiorum homines per se proclives ad malum nutantes ac praecipitantes impellant.
' Mystique, t. 3.
2 Coll. X, c. 36, Migne, Patr. t. 49, col. 817 : Clauso oramus ostio cum strictis labiis nostris omnique silenlio supplicamus, non vocum sed cordium scrutatori. In absconditis oramus quando corde tantum et intenta mente petitiones nostras soli pandimus Deo, ita ut ne ipsae quidem adversaB valeant potestates genus nostrae pelitioais agnoscere. Propter quod cum summo est orandum silenlio. non solum ut fratres adstantes nostris su-
sèment que le moyen de leur cacher nos pensées et nos desseins est de ne pas les exprimer, et il s'appuie sur cette considération pour recommander la prière mentale. Selon saint Thomas^, Dieu seul pénètre l'état intérieur de l'homme. Saint Bonaventure^ affirme et démontre que ni l'ange bon ni l'ange mauvais ne peuvent sonder les secrets de la conscience, et qu'ils n'ont sur ce point que des conjectures. Suarez^, parlant des anges en général, regarde comme une assertion catholique qu'aucun esprit créé ne peut naturellement connaître avec certitude les actes libres de la volonté, à moins que celle-ci ne les manifeste.
X. — Les théologiens examinent encore si toutes nos tentations proviennent du démon.
Il est certain tout d'abord que le démon est cause indirecte de tous nos péchés actuels, en tant que ces péchés sont la conséquence de la chute d'Adam, dans laquelle Satan eut une si grande part*.
surris vel clamoribus avocemus et orantium sensihus obstrepamus; sed ut ipsos quoque inimicos , qui orantibus nobis maxime insidiantur, lateat nostrœ petitionis intentio.
1 Sum. 1» p., q. 114, a. 2, ad 2 : Daemones sciunt ea quae exterius aguntur circa homines, sed Interiorem hominis conditionem solus Deus novit, qui est spirituum ponderator, ex qua aliqui suiit magis proni ad unura vitium quam ad aliud. Et ideo diabolus tentât explorando interiorem conditionem hominis ut de illo vitio tentet ad quod homo magis pronus est.
2 Se?it. L 2, d. 8, p. 2, a. 1, q. 6, Vives, t. 2, p. 456 : Gonclusio : Angélus malus neque etiam bonus potest sécréta conscientiae nostrae scmtari, quamquam per exteriora quaedam signa ea conjicere possit.
3 De Ang. 1. 2, c. 21, n. 3, t. 2, p. 211 : Asserlio catholica estangelum non posse naturaliter actum seu consensum liherum voluntatis creatae in se certo ac evidenter cognoscere vel intue'ri, nisi ab habente talem liberum affectum alteri manifestetur.
* S. Thomas, 1.2, q. 114, a. 3 : Dicendum quod causa alicujus potest dici aliquid dupliciter : uno modo directe, alio modo indirecte. Indirecte quidem, sicut cum aliquod agens causans aliquam dispositionem ad aliquem effectum, dicitur esse occasionaliter et indirecte causa illius eifectus...; et hoc modo dicendum est quod diabolus est causa omnium peccatorum nostrorum, quia instigavit primum homintm adpeccandum,ex cujus peccato consecula est in toto gencre humano quaedam pronitas ad omnia peccata.
Mais intervient- il positivement en toutes et en chacune de nos tentations?
En principe , l'homme n'a pas besoin, pour être tenté et pour succomber, de l'intervention diabolique ; les convoitises intimes de la concupiscence y suffisent, ainsi que le déclare l'apôtre saint Jacques quand il dit' : « Chacun est tenté par sa concupiscence, qui l'entraîne et le fascine. » C'est assez d'ailleurs d'être créature pour pouvoir faillir, et de son propre poids incliner au néant. L'ange tomba sans autre tentateur que lui-même; il peut en être de même de l'homme.
Défait, cependant, il subit peu de tentations, surtout si elles sont graves et de quelque durée, où le démon ne prenne sa part, soit en les soulevant, soit en les activant.
Cette interprétation suffit à expliquer la diversité des sentiments parmi les docteurs. Ceux qui soutiennent avec saint Jean Chrysostome, saint Grégoire de Nazianze, saint Grégoire 'le Grand et saint Thomas, que la tentation ne provient pas toujours du démon, se placent surtout au point de vue du principe et de la doctrine; ceux qui attribuent au démon à peu près toutes nos tentations, comme saint Jérôme, saint Léon, saint Jean Damascène, considèrent les faits et la malice de Satan ^.
Quelle que soit la part des tentateurs extérieurs, observons une fois encore qu'ils ne peuvent nous atteindre qu'en mettant enjeu la concupiscence, et que le péché est tout entier dans l'assentiment intérieur de la volonté.
XL — Il convient néanmoins de se demander pourquoi Dieu permet à l'ange réprouvé ces agressions perfides et brutales qui sollicitent si puissamment nos passions et trop souvent ébranlent notre volonté.
1 Jac. 1, 14 : Unusquisque tentatur, a concupiscentia sua abstractus et illectus.
* Cf. SuAREz, de Ang. L 8, c. 19, n. 13.
La pensée dominante de Dieu est de sauver, comme celle de Satan est de perdre. Dans le plan providentiel, l'homme est tenté pour qu'il triomphe, et le démon n'est autorisé au rôle odieux de tentateur que pour être vaincu et humihé. Notre -Seigneur* compare la tentation au travail du crible qui épure le froment, et le froment destiné à remplir les greniers du père de famille^ représente les élus. Les élus trouvent, en effet, dans cette lutte contre Satan la multiplication de leurs mérites et de leur gloire. D'autre part, ceux qui succombent, ayant la grâce suffisante pour résister ou la ressource de la prière pour l'obtenir, ne peuvent s'en prendre qu'à eux-mêmes de leur défaite.
La crainte qu'inspire le démon devient même un préservatif contre le péché : on redoute davantage un ennemi extérieur que sa propre faiblesse, et par la violence des assauts on est averti de sa présence.
Cette intervention d'ailleurs ne s'exerce que dans la mesure où Dieu le permet. Ceci est d'une importance capitale pour rassurer dans les tentations. « Le démon , dit saint Augustin^, est une certaine puissance; mais la plupart du temps il veut nuire et ne peut pas, parce que cette
* Luc. XXII, 31 : Ecce Satanas expetivit vos ut cribraret sicut triticum.
* Mallh. in, 12; Luc. m, 17.
3 Enarr. in Ps. lxi, c. 20, p. 143 : Diabolus potestas quaedam est; ple- Tumque tamen vult nocere et non potest, quia potestas ista sub polestate est. Nam si tantum posset nocere diabolus quantum vult, non aliquis justorum remaneret aut aliquis fidelium esset in terra. Ipse pervasa sua irapellit quasi parietem inclinatum; sed tantum impellit quantum accipit potestatem. Ut aufem non cadat paries, Dominus suscipiet; quoniam qui dat potestatem tentari , ipse tentato praebet misericordiam. Ad mensuram cnim permittitur tentare diabolus... Noli ergo timere permissum aliquid facere tentatorem : habes enim misericordissimum Salvatorem. Tantum permittitur ille tentare, quantum tibi prodest ut exercearis et proberis; ut qui te nesciebas, a te ipso inveniaris. Nam ubi , vel unde , nisi de bac Dei potestate et misericordia securi esse debemus? Secundum iilam apostolicam sententiam : Fidelis Deus qui non permittit vos tentari supra id quod fotestis.
3" OBSTACLE : LE DÉMOxV i69
puissance relève d'une autre puissance. S'il pouvait nuire au gré de ses désirs, il ne resterait pas de juste, il n'y aurait sur la terre aucun fidèle. Il pousse par ses instruments une muraille déjà inclinée; mais il ne pousse que dans la mesure du pouvoir qui lui est laissé. Pour empêcher que le mur ne tombe, le Seigneur le soutiendra. Celui-là même qui donne liberté au tentateur dispense au tenté la miséricorde. Il n'est pas permis au démon de franchir la limite assignée. Ne craignez donc pas ce que le tentateur peut entreprendre, vous avez un Sauveur plein de miséricorde. Il n'a licence de vous tenter qu'autant que cela vous est utile pour vous exercer et vous éprouver, pour vous donner à vousmême le sentiment de votre insuffisance; car, votre sécurité, d'où viendrait- elle, sinon de la puissance de Dieu et de sa miséricorde, selon cette promesse de l'Apôtre : « Dieu est fidèle, et il ne souffrira pas que vous soyez tentés au-dessus de vos forces ? »
Telle est la loi providentielle de notre épreuve : le démon ne peut contre nous que ce que Dieu lui permet , et dans les proportions où sa violence sévit, Dieu met le contrepoids de sa grâce. Ainsi le pouvoir diabolique est restreint et lié', et se déchaînerait-il dans toute son étendue, que la puissance divine, infiniment supérieure, paralyserait ses efforts, sinon pour empêcher les efforts extérieurs, du moins pour soutenir ia volonté.
La conclusion pratique est que nous devons avoir pour le tentateur plus de mépris que de crainte ^ Une crainte excessive montrerait que nous comptons sur nos forces plutôt que sur la grâce; mais si Dieu est notre soutien, quel autre sentiment pourrons-nous avoir pour son ennemi et le nôtre que le mépris?
1 s. Thomas, 3» p., q. 29, a. 1, ad 3: Diabolus multa potest virtute suae naturae, aquibus tamen prohibetur virtute divina.
* S. AuG. Serm. 123 de verbis evang, Joan. ii, n. 2, p. 53 : Aliter enim. tentator non vincitur nisi contemnatur.
XII. — Notre confiance doit être d'autant plus grande que Dieu nous a préparés des remèdes et des préservatifs contre l'action diabolique.
Le premier et le plus efficace est la prière. La tentation est la lutte de Satan contre nous ; par la prière nous appelons Dieu en nous, et la lutte alors s'établit entre Dieu et Satan : la victoire ne peut qu'être assurée.
Mais, sans la prière, nous restons seuls contre un adversaire puissant, rusé, exercé, qui ne compte plus ses victoires sur les faibles mortels : qu'avons-nous à attendre, sinon la défaite? <r Invoquez donc le Tout-Puissant contre ce redoutable ennemi , dit saint Augustin ' , à qui nous empruntons ces pensées ; qu'il habite en vous Celui qui ne peut être vaincu, et vous vaincrez sûrement celui qui a coutume de vaincre, mais ceux-là seulement en qui Dieu n'habite point. »
Les Sacrements sont avec la prière les sources de la grâce. Mais il faut remarquer que chacun d'eux apporte des grâces spéciales qui conviennent aux diverses situations de la vie, et par conséquent aux tentations qui leur correspondent. Les sacrements de Pénitence et d'Eucharistie sont les sources ordinaires de la grâce contre les incursions diaboliques.
Aux sacrements proprements dits il faut joindre les sacramentaux , qui tirent leur vertu des prières de l'Église. Nous renvoyons sur ces divers remèdes à ce que nous en avons dit dans la Mystique-, en faisant observer avec saint
1 In I Joann. Tr. 4 , n. 3 : Solus diabolus adversum nos pugnat. Nos, si cum Deo sumus, diabolum vincimus; nam et si tu solus cum diabolo pugnaveris, vinceris. Exercitatus hoslis est; quot palmarum? Considerate quo dejecerit : ut mortales nasceremur, primo ipsam originem noslram de paradiso dejecit. Quid ergo faciendum est, quia ipse exercitatus est? liivocetur Omnipotens adversus exercilatum diabolum. Habitet ia te qui non potest vinci, et securus vinces qai rincere solet; sed quos? In quitus non habitat Deus.
2 T. 3, ch. 11.
3* OBSTACLE : LE DEMON t71
Augustin', que, pour des motifs dont la providence divine se réserve le secret, l'emploi de ces moyens n'est pas toujours efficace , non que les démons osent les mépriser, mais Dieu le jugeant plus expédient pour confondre les méchants et instruire les bons.
Signalons en finissant un grand secours contre le tentateur, qui est la passion de Jésus-Christ. En mourant sur la Croix comme sous les coups de Satan, le Sauveur a terrassé ce terrible ennemi et assuré contre lui notre victoire. Suivant une pensée originale, mais frappante d'Origène^ le crucifiement du Calvaire a été double : tandis que le Christ était attaché d'un côté de la croix , le démon était cloué de l'autre. Le Docteur angélique^ enseigne expressément, à la suite de saint Augustin, que l'entreprise audacieuse et téméraire par laquelle Satan osa attenter à la personne du Fils de Dieu brisa sa puissance et nous a délivrés de sa
1 Lib. 83 qussst. q. 79, p. 130 : Cum autem non cedunt his signis hujusmodi potestates, Deus ipse prohibet occullis modis, cum id justum atque utile judicat. Nam nullo modo ulli spiritus audent hsec signa contemnere; contremiscunt enim haec ubicumque iila conspexerint. Sed nescienlibus hominibus aliud jubetur divinitus vel ad confundendos malos , cum eos oportet confundi;... vel ad admonendos bonos, ut profidant in fide.
2 Hom. VIII in Jos.
' Sum. 3» p., q. 49, a. 2 : Dicendum quod circa potestatem quam diabolusin bomines exercebat ante Christi passionem, tria sunt consideranda. Primumquidem ex parte hominis, qui suo peccato meruit ut in potestatem traderetur diaboli, per cujus tentationem fuerat superatus. Aliud autem ex parte Dei quem bomo peccando offenderat, qui per suam justitiam bominem reliquerat potestati diaboli. Tertium est ex parte diaboli, qui sua nequissima voluntate bominem a consecutione salutis impediebat. Quantum ergo ad primum, homo est a potestate diaboli liberatus per passionem Cbristi , inquantum passio Christi est causa remissionis peccatorum. Quantum autem ad secundum dicendum quod passio Cliristi nos a potestate diaboli liberavit, inquantum nos Deo reconciliavit. Quantum vero ad tertium, passio Christi nos a diabolo liberavit inquantum in passione Christi excessit modum potestatis sibi traditae a Deo, machinando in mortem Christi qui non habebat meritum mortis, cum esset absque peccato. Unde August. dicit [de Trin. 1. 13, c. 14): Justitia Christi victus est diabolus ; quia, cum in eo nihil dignum morte inveniret, occidit eum tamcn. Et utique justum est ut debitores quos tenebat liberi dimittantur, in eum credcntes quem sine ulio debito occidit.
servitude, ce qui est conforme aux affirmations de saint Paul, qui nous montre Jésus-Christ « effaçant la sentence de condamnation portée contre nous, l'annulant en la fixant sur la croix, et dépouillant les principautés et les puissances des ténèbres, les réduisant en captivité au pied de l'instrument de son supplice*. »
De même donc que dans le désert il suffisait aux Hébreux de jeter les yeux sur le serpent d'airain pour échapper aux morsures des reptiles venimeux, de même les chrétiens n'ont qu'à regarder la croix du Sauveur et à invoquer les mérites de sa passion pour prévenir ou dominer les violences du serpent infernal -.
^ Coloss. II, 14-15 : Delens quod adversum nos erat chirographum decreti, quod erat contrarium nobis, et ipsum tulit de medio, affigens illud cruci, et expolians principatus et potestates, etc.
- Joann. m, 14 : Et sicut Moyses exaltavit serpentem in deserto, ita exaltari oportet Filiuoa hominis.