‹ L'ascétique chrétienneChapitre 64 sur 100 · MOYEN' : LA DIRECTION : SA NECESSITE · texte numérisé non relu

MOYEN' : LA DIRECTION : SA NECESSITE

propres guides, soit en nous mettant entre des mains inintelligentes qui nous égarent.

IX. — Si la direction spirituelle est si nécessaire, que deviennent tant d'âmes dépourvues de ce secours?

A en croire un grave auteur espagnol du dix- septième siècle, c'est à l'absence de directeurs qu'il faut attribuer le petit nombre d'élus pour la perfection. « Sur mille personnes, dit-il, que Dieu y appelle, dix à peine correspondent, et sur cent que Dieu invite à la contemplation, quatre-vingt-dix-neuf manquent à l'appel. C'est pom^ cela que je dis : Il y a beaucoup d'appelés, mais peu d'élus. Au lieu d'exagérer les difficultés de cette entreprise et de tant se rejeter sur la faiblesse humaine, il faut reconnaître que l'une des principales causes est le manque de maîtres spirituels. Malheur aux communautés à qui ces maîtres font défaut, ou qui, les ayant, ne savent ni les reconnaître ni les estimer! Ils sont, après la grâce de Dieu, les pilotes qui guident les âmes par cette mer inconnue de la vie spirituelle. Et si nulle science, nul art, si simple soit-il, ne se peut bien apprendre sans un maître qui l'enseigne, beaucoup moins pourra-t-on apprendre cette haute sagesse de la perfection évangélique, où se rencontrent des mystères si profonds, des visions et des révélations si ambiguës, des ravissements et des extases qui peuvent provenir de Dieu ou du démon , où les vertus morales , en s'écartant du juste milieu par excès ou par défaut, peuvent devenir des vices , où le cordial de l'oraison peut se tourner en poison de perdition, où les visions peuvent être des illusions, où une âme peut travailler beaucoup et gagner peu. C'est pourquoi je tiens pour chose moralement impossible que, sans miracle ou sans maître, une âme puisse pendant de longues années traverser ce qu'il y a de plus élevé et de plus ardu dans la vie spirituelle, sans courir risque de se perdre. Or, autant Dieu est ennemi

des miracles qui ne sont pas nécessaires, autant il aime que ceux qui s'appliquent à vivre de l'esprit aient un père spirituel, entre les mains duquel ils résignent et remettent leurs actions, leurs volontés et leurs plaisirs, sans se confier en soi-même ni peu ni beaucoup. Dans l'Église triomphante, les anges se transmettent les uns aux autres les vérités qu'ils contemplent : ainsi c'est le bon plaisir de Dieu, que, dans l'Eglise militante, les hommes s'instruisent entre eux sans recourir au ministère miraculeux des anges '. »

X. — Afin de ne rien exagérer, il convient d'ajouter à ces réflexions, qui peuvent paraître excessives, que la pratique de la confession, universelle dans l'Eglise, comporte dans une large mesure celle de la direction spirituelle. Les conseils et les encouragements des confesseurs ne

» GoDiNEz, Theol. myst. l. 7, c. 1, p. 271 : De mil personas que llama Dios à lapei'feccion, à penos correspouden diez : y de cien personas que llama Dios à la contemplacion , faltan lasnovenLa y nueve : par lo quai digo, que sou muchos los llamados, pero muy poco los escogidos. Y fuera de tener este negocio en si tan grandes diiicultades y tan insuper.ibles à uuestra flaqueza,. unade los cosas principales es la falta que ay de maestros espirituales (desdichadas de las comunidades à donde faltan eslos maestros , ô si los ay, no los estiman ni conocen) los qualcs, despues de la gracia divina, son los pilotes que guian las aimas por este mar incognito de la vida espiritual. Y si ninguna ciencia ni arte, por mecanica que sea, se puede aprender bien sin Maestro que la ensene , mucho mènes se podrà aprender bien esta altissima sapiencia de la perfeccion evangelica, à donde ay mistcrios tan profundos, visiones y revelaciones tan ambiguas, raptos y extasis, quepueden provenir de Dios ô del demonio; à donde las virtudes morales, declinando del mediopor excesso y recesso, pue Jen ser vicios; à donde la triaiade la oraciou se puede convertir en veneno de perJicion; à donde la visiones pueden ser ilusiones ; à donde una aima puede trabajar mucho y ganar poco. Por lo quai tengo por cosa (moralmente) imposible, que sin milagro b sin Maestro pueda una aima caminar largos afios por lo mas subiilo y remontado de la vida espiritual , sin que se pierda ; y quanto es Dios enemigo de milagros no necesarlos, tanto es amigo que los qiR tralan de espiritu tengan un Padre espiritual en cuyas manos resignen y renuncien todas sus acciones, quereres y placercs, sin fiarse de si en lo poco ni en lo mucho. Y como en la Iglesia triumphante, unos Angeles enseîian à otros, asi gusta mucho Dios que en la Iglesia militante unos hombres eusenen à oLios, sin que le pidan el magisterio milagroso de Angeles.

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tendent pas seulement à retirer du mal, mais encore à exciter au bien et à pousser au mieux, c'est-à-dire à ce qui est parfait. Quand une âme ressent un désir sincère de rompre avec le péché et de pratiquer la vertu , Dieu lui accorde toujours la grâce de se purifier et de s'élever, et, tant qu'elle sera fidèle et généreuse, sa providence fera pour la perfection ce qu'elle fait pour le salut : plutôt que de manquer à la bonne volonté, elle accomplira des miracles; elle donnera donc à cette âme un guide, ou bien elle y pourvoira par une lumière intérieure. « Quand on ne trouve personne au dehors capable d'instruire et de guider, dit saint Vincent Ferrier*, alors la divine miséricorde y supplée par elle-même en tous ceux qui vont à Dieu d'un cœur humble et fervent '. »

1 De Vita spir. c. 4 : Deficientibus eis et non inventis qui foras instruerunt, tune pielas divina per se supplet quod exterius minime reperitur; si tamen corde liumili et ferventi ad Deum accedunt.

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