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parce que le démon et la nature sont très intéressés à l'empèclier, et parce que les bons directeurs sont rares.
Et cependant ce point est de la première importance. Avec un directeur habile et expérimenté, les progrès seront sûrs et faciles ; avec un directeur médiocre, on avancera peu et péniblement; avec un directeur mauvais, et il peut s'en rencontrer, on court le plus grand risque de se perdre.
Avant de procéder à ce choix, il faut donc prier beaucoup, demandant à la bonté divine de nous bien servir dans ce moyen si décisif pour le salut et la perfection.
II. — On peut procéder de trois manières pour adopter un directeur : prendre le premier venu, sous prétexte que tous, étant prêtres, doivent être réputés bons et capables; en préférer un par impression; le préférer par raison.
Dans la première manière il n'y a point de choix, et l'on s'expose à être mal servi. La seconde peut être bonne, à la condition que l'impulsion intérieure vienne de Dieu. Mais, comme pour reconnaître sa provenance il faut la discuter, il s'ensuit qu'on ne doit jamais choisir par pure impression, mais par raison.
Choisir par raison, c'est se rendre compte des motifs qui font prendre tel directeur plutôt qu'un autre. On pèse dans la balance les considérants que le démon ou la nature suggèrent et ceux qui viennent de Dieu et de la grâce. La conséquence naturelle est qu'il faut écarter les premiers et céder aux seconds.
III. — L'examen et la discussion doivent porter sur ces deux points : les quahtés indispensables d'un bon directeur, et l'ouverture que l'on éprouve à son égard.
Nous traiterons plus loin des obligations du directeur à l'égard des âmes ; présentement il suffit de signaler les notes qui doivent décider dans le choix d'un guide spirituel.
Selon sainte Térèse', il importe beaucoup que le père spirituel soit un homme circonspect, d'une grande intelligence et de beaucoup d'expérience. Si avec cela il possède une haute science, elle l'aidera merveilleusement. Cependant, si l'on ne peut avoir ces trois qualités, il faut préférer les deux premières. C'est aussi l'avis de saint Jean de la Croix-. D'après saint François de Sales ^, il le faut plein de charité, de science et de prudence; si Tune de ces trois parties lui manque , il y a du danger.
Le P. Guilloré^ veut qu'il soit docte, spirituel et expérimenté. Le P. Scararnelli^ demande la science, la pratique de la vertu, l'expérience.
Au fond, les conditions exigées pour une sage direction se ramènent à ces trois : la science, la piété et la prudence. Si l'une de ces qualités fait défaut, la direction, loin de servir, peut être un embarras et un écueil. Il faut aller à un directeur, avant tout parce qu'il est capable, qu'il est homme de Dieu et qu'il est plein de circonspection. Sans la science, il n'y a point de sécurité dans la doctrine et les décisions; sans piété, il n'y a ni zèle ni intelligence des choses divines; sans prudence, on n'aura ni conseil ni mesure.
IV. — Outre les qualités requises de la part du directeur, il faut encore dans le dirigé sympathie et ouverture.
Mais il faut distinguer deux sortes de sympathies : l'une naturelle, et l'autre surnaturelle. La première est inspirée par les qualités naturelles, comme sont les avantages du corps, les agréments de l'esprit, la distinction et l'aménité des manières, la bonté du cœur, tout ce qui donne de l'éclat au dehors.
' Chemin delaperf., c. 5. — Sa Vie par elle-même, c. 13.
* Max. et avis spir., n. 195, p. 427. ' Introd., ir» p., c. 4.
•♦ Max. spir., 1. 1, ni. 1, § 2.
* Dirett. asc. n. 107 et seq.
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De ces appâts, les seuls que l'on puisse discuter, sont ceux de l'esprit et du cœur, et il faudrait encore faire plus d'une réserve. Une intelligence clairvoyante et étendue, une volonté ferme et généreuse, une inclination mesurée à compatir, un sentiment exquis des convenances : toutes ces choses et autres semblables peuvent et doivent peser dans l'attrait qui incline vers un directeur.
Mais une imagination riante, la subtilité, l'afféterie, l'émotion du langage, l'attendrissement à la moindre expansion, une condescendance voisine de la faiblesse : tout cela engendre une sympathie suspecte et promet une direction dangereuse ou stérile.
La sympathie surnaturelle naît du désir d'aller à Dieu, mêlé à ime sorte de pressentiment que l'on trouvera dans le directeur qui attire un appui et un secours pour opérer cette ascension vers Dieu. Ou bien encore il s'échappe de sa personne une influence secrète, indéfinissable, un je ne sais quoi qui calme, assouplit à l'action de la grâce, fait goiiter les choses divines.
On comprend combien cette attraction facilite le travail et le résultat de la direction. Autant il en coûte de s'ouvrir à un directeur qui n'inspire point de sympathie, alors môme qu'on ne peut lui refuser l'estime et la confiance ; autant il est doux et aisé de se communiquer à celui qui exerce sur nous cet attrait de grâce.
V. — Ce libre choix d'un directeur par chaque àme en particulier touche à une question délicate qui intéresse l'esprit paroissial et rehgieux.
D'après un ordre sagement étabh par l'Eghse, les fidèles sont distribués par groupes qui portent des noms divers, et, à la tète de chacun de ces groupes, l'autorité ecclésiastique prépose des prêtres qui ont le soin et la responsabilité des intérêts spirituels de leurs sujets. La paroisse est la réunion ordinaire et comme primordiale. Au second
plan viennent les monastères et les communautés religieuses. Soustraire les âmes à cet ordre commun semble contraire à l'esprit et aux intentions de l'Eglise. Au lieu de conseiller aux chrétiens soucieux de leur perfection de choisir entre mille, ne vaudraiL-il pas mieux leur montrer leurs pasteurs respectifs comme les guides providentiels qui ont grâce pour les conduire?
L'objection est, sinon sérieuse, du moins spécieuse.
Nous n'en disconvenons pas; en principe, il est à souhaiter que les âmes trouvent autour d'elles les secours spirituels dont elles ont besoin, et c'est l'ordre de la Providence qu'elles s'adressent de préférence, et pour la confession et pour la direction , aux prêtres qui ont la charge officielle et pastorale. Cela est d'autant plus désirable que, pour le plus grand nombre, ne pas avoir là où l'on est et où l'on vit le guide nécessaire, c'est en être presque irrémédiablement privé. Mais enfin, si on ne le rencontre pas là où il devrait être, qui peut blâmer d'aller le chercher ailleurs? Les âmes sont partout, et les bons directeurs spnt fort rares, au dire des maîtres les plus autorisés dans, les voies spirituelles : n'est-ce pas inviter chacun à chercher dans la multitude, près ou loin, le guide qui lui convient?
L'Éghse laisse la plus grande latitude pour la confession sacramentelle; à plus forte raison pour la direction intérieure. Elle pourvoit à la liberté des religieux et des religieuses, qui n'ont pas, comme les simples fidèles, la facilité de s'adresser à des prêtres de leur choix, en leur procurant plusieurs fois par an des confesseurs extraordinaires dont ils peuvent prendre les conseils.
Rien n'empêche d'ailleurs qu'on n'ait, outre son con- fesseur ordinaire auquel on fait l'aveu de ses fautes pour en recevoir l'absolution, un directeur à qui on recourt de temps en temps, selon les nécessités et les occasions, pour tout ce qui tient à l'avancement spirituel.