‹ L'Asclépieion d'Athènes d'après de récentes découvertes: d' après deChapitre 17 sur 40 · LES MINISTRES DU CULTE · texte numérisé non relu

LES MINISTRES DU CULTE

les médecins, et les médecins seuls, qu'il avait lieu. Le môme raisonnement peut être fait à propos du zacore.

Une seconde difficulté est la rareté même du titre de médecin après un nom de prêtre ou de zacore. Il scmhle que si c'eût été l'usage que l'un des deux fût toujours médecin, on n'eût pas jugé nécessaire de le faire remarquer. Quand le mot laTpoç se trouve accolé au nom d'un prêtre ou d'un zacore , il doit donc indiquer une exception.

Enfin, et c'est la raison la plus décisive, la supposition qu'il y' avait toujours un médecin parmi les ministres d'Asclépios paraît contraire au principe même de l'Asclépieion. Il faut bien comprendre, en effet, ce que c'était que ces cures dont le sanctuaire d'Asclépios était le théâtre : c'étaient les effets tout divins, tout surnaturels de l'intervention d'une puissance supérieure. Un malade qui venait slnstaller sous les pordques de l'Asclépieion et qui, après avoir offert les sacrifices d'usage, accompli les formalités accoutumées, s'endormait avec l'espoir que, pendant son sommeil, le dieu lui apparaîtrait et lui indiquerait le remède qui convenait à son mal, ne pouvait compter pour être guéri sur le secours d'aucune science humaine : c'est dans l'action d'une force céleste qu'il mettait toute sa confiance ; c'est un miracle qu'il attendait. Telles étaient les croyances qui animaient ces esprits superstitieux, telle la foi qui les conduisait à consacrer de riches offrandes, ou à laisser dans le sanctuaire de ces hymnes de reconnaissance dont les fouilles récentes ont mis à découvert de si curieux spécimens. On s'explique alors pourquoi la présence d'un médecin était inutile : il suffisait que le prêtre et ses subordonnés veillassent à ce que le miracle réussît. L'Asclépieion n'était pas un hôpital où l'on venait se faire soigner par des savants ayant de l'étude et une longue pratique : c'était un temple où l'on accourait se placer sous la protection d'un dieu.

Il n'en faudrait pas conclure que le prêtre et le zacore fussent tout à fait étrangers à la médecine. Bien que leurs fonctions nous soient, comme on l'a vu plus haut, fort mal connues, c'étaient eux, sans doute, surtout le zacore, qui donnaient aux malades les premiers soins : ce n'était pas d'eux, au moins dans l'esprit des suppliants, que venait la guérison. Au fond , c'étaient eux qui en étaient les vrais auteurs , ou du moins qui la préparaient ; un heureux hasard et l'imagination exaltée des patients faisaient le reste : mais c'était le dieu qui en recueillait tout l'honneur. M. Daremberg distingue fort bien les médecins laïques qui, soit isolément, soit groupés par corporations, allaient exercer leur art de ville en

ville, des prêtres guérisseurs qui , confinés dans les Asclépieia, servaient simplement d'intermédiaires entre le dieu et les malades, recevaient chaque matin la confidence des prescriptions données en songe par Asclépios, et faisaient en sorte que ces prescriptions fussent ponctuellement exécutées (1). Ces prêtres pouvaient avoir une certaine expérience des choses médicales ; il y en avait de fort habiles : la grande réputation des écoles sacerdotales de Côs, de Cnide, de Rhodes, de Cyrène en est une preuve (2) ; le retour fréquent d'un petit nombre de maladies locales , comme les maux d'yeux , très communs à Athènes , d'après le nombre considérable d'yeux mentionnés par les catalogues d'offrandes, les traitements consignés sur le marbre et constituant, à force de se multiplier, une espèce de manuel pratique à l'usage de tous (3), pouvaient façonner ces prêtres à Part de guérir ; mais ce n'étaient pas des médecins de profession , et leurs rapporta avec les suppliants se bornaient très vraisemblablement, comme nous l'avons dit, à quelques soins élémentaires. Si donc on trouve des médecins parmi eux ou parmi leurs subalternes, ce sont des exceptions justifiées par le rôle de guérisseurs qui leur était imposé. Médecins , ils étaient mieux à même de faire suivre aux malades ces traitements simples et de pure hygiène qui devaient former le fond de la science médicale dans les Asclépieia ; ils opéraient, lorsqu'il y avait lieu, avec plus d'habileté ; ils s'intéressaient davantage aux cures ; mais leur personnalité s'effaçait, selon toute vraisemblance, devant celle du dieu; c'étaient leurs devoirs de prêtres qu'ils s'appliquaient à bien remplir , plutôt que leur profession de médecins, laissant au dieu l'initiative dans toutes les guérisons , et conservant à l'Asclépieion l'aspect de ce qu'il était en réalité, un sanctuaire dans lequel se pratiquait un culte.

(1) De l'état de la médecine entre Homère et Hippoerate , dans la Renue archéO" logique^ 1869, XIX. p. 260 et suiv.

(2) Voir sur ces écoles : Littré, Œuvres complètes d' Hippoerate, trad, nouveUe, Introduction, p. 7 et suiv. ; A. Gauthier, Recherches historiques sur l'exercice de la médecine dans les temples, Paris et Lyon, 1844 , chapitre IV ; Houdart . Hwtoire de la médecine grecque depuis Esculape jusqu'à Hippoerate exclusitement , Paris, 1856, chapitre III ; Daremberg, article cité, p. 259-265.

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