‹ L'Asclépieion d'Athènes d'après de récentes découvertes: d' après deChapitre 28 sur 40 · GABION · texte numérisé non relu

GABION

Si, par les dieux! Je craignais que, couronne en tête, il n'atteignît la bouillie avant moi, car son prêtre m'avait donné l'éveil. Au bruit que je fis, la vieille avança la main, mais moi, imitant le sifflement du serpent sacré, je la lui mordis. Alors , brusquement elle la retira , se blottit sous sa couverture et ne bougea plus , lâchant , de peur , des vents plus acres que ceux d'une belette. Moi, j'engloutis une bonne part de bouillie, puis, rassasié, je songeai au repos.

LA FEMICE.

Et le dieu, ne venait^il pas?

GARION.

Il ne tarda guère, et quand il fut près de moi, la bonne farce ! je pétai fortement, car j'avais le ventre ballonné.

LA FEMME

Il dut faire la grimace. .

GARION.

Non, mais une certaine laso, qui le suivait, rougit légèrement et Panakeia se détourna en se bouchant le nez ; car mes pets ne sentent pas l'encens.

LA FEMME

Et le dieu?

68 l'asclépieion d'athènss.

GARION.

Par Zeus ! il n'y fit pas la moindre attention.

LÀFEHMB.

Veux-tu dire que c'est un dieu grossier f

GARION.

Point du tout, mais il aime à déguster les excréments.

LAVEUUS.

Sacripan, va !

GARION.

Alors , je me cachai tout tremblant sous ma couverture, tandis que lui, passant en revue les maladies, les examinait toutes avec attention. Puis, un enfant déposa prës de lui un mortier en pierre, un pilon et une petite boite.

LA FEBfMB.

En pierre?

GARION.

Non, par Zeus ! pas la boite.

LA FBHICB.

Mais comment voyais-tu, scélérat, puisque tu te cachais, dis-tu?

GARION.

A travers mon manteau, qui ne manque pas de trous, par Zeus ! Et d'abord, le dieu se mit à composer un onguent pour Néocleidès, avec trois têtes d'ail de Ténos, qu'il écrasa dans le mortier , de la sève de figuier et de lentisque et du vinaigre de Sphettos ; il lui frotta de cette drogue Tintérieur des paupières , afin que la douleur fût plus cuisante. Lui , criant et vociférant , se lève et veut fuir, mais le dieu de rire et de s'écrier : « Reste-là maintenant avec ton onguent; grâce à moi, tu n'iras plus te parjurer devant l'assemblée. »

LA FEMMB.

Quel dieu sage et ami de notre cité !

GARION.

Il s'assit ensuite auprès de Plutus et lui prit la tête ; puis, ayant choisi un linge bien propre, il lui en essuya les paupières. Pana-

keia lui couvrit d'un voile rouge la tête et tout le visage. Alors, le dieu siflOa , et deux serpents d'une taille prodigieuse s'élancèrent hors du temple.

IfA FBVMB.

Dieux bons!

GARION.

Ils se glissèrent tout doucement sous le voile et léchèrent, à ce qu'il me sembla, les paupières de Plutus, et, en moins de temps qu'il ne t'en faut pour boire dix cotyles de vin, Plutus, ô maîtresse , se dressa voyant. Moi , battant des mains de joie, j'éveillai mon maître. Aussitôt, le dieu disparut dans le sanctuaire avec les serpents. Quant aux malades couchés près de Plutus, je te laisse à penser s'ils l'embrassèrent : toute la nuit on se tint éveillé jusqu'à ce que le jour parût. Moi , je bénissais le dieu de tout mon cœur d'avoir si vite rendu la vue à Plutus et fait Néocleidès plus aveugle qu'auparavant (1).

Comme on le voit , Aristophane a peint ici les choses telles qu'elles se passaient. C'est une scène de l'existence journalière des Athéniens que nous avons sous les yeux. Le poète, sans doute, y a mis du sien ; sa joyeuse et satirique imagination s'est donnée libre carrière , comme dans toutes les scènes analogues où il reproduit quelque épisode de la vie publique du peuple d'Athènes. Mais il n'a rien dénaturé complètement : sa fantaisie capricieuse ^^jioâe toujours sur un canevas réel, et quand il nous représente une séance du Conseil , comme dans les Cheva-^ tiers , quand il nous fait assister aux cérémonies accomplies en l'honneur des déesses éleusiniennes , comme dans les Fêtes de Démêler et de Coré, ou à une délibération de r'ExxXr^aia, comme dans la comédie de VAssemblée des femmes, il y a toujours beaucoup à prendre, pour l'histoire des mœurs et des institutions, dans le détail de ces vivants et spirituels tableaux. Essayons donc de démêler le vrai du faux, et voyons en quoi la scène du Plutus peut nous éclairer sur l'incubation.

Avant de coucher les malades sous le portique sacré où le dieu. Î!u^^!J^!^ apparaître, il était d'usage de les purifier (2). Pour

70 l'asglépieion d'athénss.

Par le vers

Garion ne veut pas dire , suivant nous , que son maître et lui conduisent Plutus à la mer. C'est ainsi pourtant qu'on l'entend d'ordinaire , trompé qu'on est par le commentaire du scoliaste : Et6(0T0 Y^p TOiç dp/aioi; Ixel xaOatpsiv roùç à:p(i>9ca>{Aivouç , éiç xocl *'0(/.epoç (sic) « xal eîç 5X« XujxaT' c6«XXov » (1). L*eau de la mer avait, en effetj aux yeux des anciens , la propriété d'effacer toutes les soîiilîiirfes. N'était-ce pas dans la mer que les mystes , le 16 de boëdromion , allaient laver leurs victimes avant de les offrir aux déesses d'Eleusis? On lit dans Euripide : « La mer purifie tout ce que^ les hommes ont de mauvais (2). » il n'est guère admissible 'iieaiî-' moins que ce soit par le mot mer qu'il faille traduire ici ôaXaTra. La scène se passe à Athènes : rien n'indique que l'Asclépieion où l'on porte Plutus soit l'Asclépieion du Pirée ; le scoliaste luimême prend soin de nous avertir que c'est bien du sanctuaire sihié sur la pente méridionale de l'Acropole, do 1' 'A<jxXTj7ttetov xo Iv iavtt qu'il s'agit (3). Comment donc alors supposer que Carion et son compagnon ont fait faire à leur malade une course de sept ^kilomètres environ, pour le ramener ensuite à Athènes? Une pareille hypothèse serait en contradiction avec le texte , qui dit formellement que Carion et son maître se rendent au temple, et que là , leur premier soin est de faii*e baigner Plutus.

Nous avons traduit ôàXaTTa par source. C'est qu'en effet ce mot ne nous paraît pas pouvoir désigner autre chose que la source sacrée d'Asclépios. Est-ce un de ces termes plaisamment emphatiques comme on en rencontre à chaque vers dans les pièces d'Aristophane? C'est possible. Peut-être aussi, par ôdcXaTra, l'auteur a-t-il voulu marquer que l'eau de la source était saumâtre. Telle est aussi l'expression employée par Hérodote en parlant de la source d'eau salée que Poséidon, lors de sa querelle avec Athéna, avait fait jaillir au Nord de l'Erechtheion (4). Le même mot se retrouve avec le même sens dans la langue populaire des Grecs modernes : les paysans appellent ôaXatTca toute eau saumâtre,

(1) A propos du vers 656.

{%) Iphigénie en Tauride^ v. 1193.

(3) Voir le scoliaste. au vers 621.

DBB RITR8 ACCOMPLIS PAR LB8 PARTICULIERS. 71

qu'elle communique ou non avec la mer. On ne saurait donc hé« siter, croyons-nous, à voir dans la ôatXaTra d'Aristophane la source de TAsclépieion. L'eau de cette source était-elle saumâtre? Il est difficile d'en juger aujourd'hui. Peut-être aussi l'appelait-on WXarta parce qu'on la croyait on communication directe avec la mer (1).

La purification par l'eau était, dans tous les cas, l'acte préliminaire qui précédait l'incubation. C'était un usage généralement observé que celui des ablutions avant l'accomplissement d'une cérémonie religieuse. Il fallait se présenter pur devant la divinité, et la pureté, pour les anciens, c'était cette propreté toute physique à laquelle les orientaux attachent encore tant de prix. C'était probablement aussi, dans le culte d'Asclépios, une mesure d'hygiène, et Ton devait tenir à ce que nul ne prît place sous les portiques sacrés sans s'être lavé soigneusement (2).

Comme nous l'apprennent les paroles de Chrémylos par lesquelles commence notre citation, les malades qui venaient passer la nuit dans l'Asclépieion apportaient avec eux leurs couvertures et tous les objets qui leur étaient nécessaires. L'administration du sanctuaire ne fournissait, à ce qu'il semble, que ces jonchées de feuillage sur lesquelles s'étendaient les personnes, comme Carion et son maître , qui accompagnaient les suppliants (3). H fallait aussi apporter avec soi les gâteaux destinés à être brûlés sur l'autel (4). Nous avons dit ailleurs ce que c'était que ces gâteaux (5). On devait les faire griller en prononçant une prière.' Souvent , la consécration des gAteaux n'était qu'un premier acte religieux qui en précédait un autre plus important, le sacrifice d'un porc , par exemple, ou d'un bélier (6) ; d'autres fois, et c'est,

(1) Pline, Histoire naturelle, II, 106, S, dd. Lemaire. .

(2) La purification était le premier soin des suppliants qui venaient consalter Amphiaraos. C'est ce qui ressort de ce passage de Pausanias, I. 34, 4 : "Eort 6è 'Ûpuiciot; îDj-rt wXiriffCov loû vaov, tîv *A|i9ia(iiou xa).oû<nv, oOtc Oûovteç oOÔèv iç avTifjv oût* M xaOapaioi; ^ xépvi6i XP^i'^'i vo|xiCovTe;. Cela semble indiquer qu'il y avait une autre source iizi xaOapvtot; ii yé^iCi , ou tout au moins .^ue des ablutions d'eau lustrale précédaient l'incubation dans le sanctuaire. — Sn.r la pureté nécessaire pour paraître devant la divinité et sur les cas d'impureté, voir l'inscription d'Ândanie, Le Bas et Foucart, Uégaride et Péloponnèse, 326», commentaire de M. Foucart, p. 171, col. 1, ainsi que la curieuse inscription relative au culte de Mi^v xupavvo;, Foacart, Associations religieuses, p. 219. n. 38. Mais ce dernier culte était un culte étranger.

(3) Plutus, V. 624, 663.

(4) Ibid., V. 626.

(5) Bull, de eorr. hellén.. II, p. 71.

(6) Ibid., p. 70.

72 L'ASGLfiPIBION d'ATHÈNBS.

semble-t-il, le cas de Plutus, rofifrande de [ces galettes au miel et au vin était le seul moyen employé par les malades pour se concilier la faveur du dieu. Outre ces friandises réservées à Asclépios et qui devenaient , comme on Ta vu , la propriété du prêtre, chaque suppliant avait avec lui sa nourriture ; exemple, cette bouillie tant convoitée par Carion , à moins qu'elle aussi ne fût destinée au dieu, ce que paraîtrait indiquer la crainte de l'esclave de voir le dieu s'en saisir avant lui. Mais c'est peu probable, car à ce moment les gâtcaui ont été offerts , et la bouillie appartient à la vieille , qui l'a prise par précaution , pour le cas où elle aurait faim pendant la nuit (1).

Voilà tout le monde couché. Un serviteur qu'Aristophane désigne du nom de rpo?:oXo< , et qui est sans doute le zacore , non le prôtre (2), éteint les lampes et invite les malades à dormir (3). Qu'était-ce que ces lampes qu'on éteignait ainsi avant l'heure où le dieu se manifestait d'ordinaire aux suppliants ? On lit dans Aristide : « ... C'était après l'heure des lampes sacrées (4). » Et ailleurs : « ... Ayant aperçu un des serviteurs du sanctuaire , je lui demandai où était le prêtre. — Derrière le temple , me dit-il ; il s'occupe des lampes sacrées (5). » Il semble qu'il y ait eu un moment particulier de la soirée où l'on allumait sous les portiques des lampes plus ou moins nombreuses. Nous disons sous les portiques ,*car , d'après le dernier texte d'Aristide , c'est bien en dehors du temple que cette action a lieu ; le temple est d'ailleurs fermé, Aristide le dit quelques lignes plus bas, et le prêtre, qui allume lui-même ou qui regarde allumer les lampes , est en dehors du sanctuaire. Où peut-il se trouver , sinon dans le lieu où sont couchés les suppliants ? Le passage d'Aristophane paraît un argument décisif en faveur de cette conjecture. C'était donc une cérémonie qui se reproduisait chaque jour, à heure fixe , et à laquelle présidait le prêtre , sorte d'office du soir célébré par les ministres du culte indépendamment des vœux et des prières que chacun pouvait adresser pour sa part au dieu , et destiné peutêtre à appeler sur tous la protection d'Asclépios. Les lampes sacrées demeuraient allumées un certain temps , pendant lequel les

(1) Le scoliaste, au vers 673, pense que la bouillie est pour Asdépios. {%) Voir le scoliaste» au vers 670.

(3) Plutus, V. 668-670.

(4) Aristide, I, p. 541 : ... xai i^v (Uv Tfi; ûpa: ta v^^ ^/>*

malades achevaient probablement de s'installer sous les portiques; après quoi le zacore venait les éteindre. Ce n*est pas, croyons-nous, une invention d'Aristophane que cette invitation au sommeil adressée par le ministre divin aux suppliants. La recommandation de rester coi si Ton entend quelque bruit peut paraître suspecte ; le reste ne Test pas. Sans doute , le zacore traversait les portiques en éteignant toutes les lumières et en engageant les malades à dormir (1). C'était la police du temple qui le voulait ainsi. La nuit sacrée commençait.

Ici, Aristophane nous transporte dans le domaine de la fantaisie. La chasse de Carion à la bouillie est un délicieux petit épisode tel qu'il devait s'en produire par centaines dans ces réunions de suppliants de tout sexe et de toute classe qui encombraient l'Asclépieion; mais cela ne nous apprend rien sur Tincubation. Quant à l'appaiûtion d'Asclépios suivi de laso et de Panakeia^ ainsi que d'un cadmile portant la pharmacie du dieu, quant au traitement infligé à Néocleidès , à l'intervention miraculeuse des deux serpents , à la guérison instantanée de Plutus , c'est de la poésie. Il doit y avoir pourtant quelque chose do vrai dans ce passage, c'est Tincident du prêtre survenant quand tout le monde dort et recueillant sur les autels les galettes à demi grillées qu'y ont laissées les dévots. C'est son bénéfice à lui ; c'est en partie de ces restes qu'il vit ou qu'il fait vivre le personnel placé sous ses ordres (2). Les quelques vers qu'Aristophane consacre à cette scène sont charmants de naturel et de vérité : on imagine ce prêtre tournant avec précaution autour de chaque autel pour voir si un gâteau ou une figue sèche n'en est pas tombé par hasard , et jetant tout ce qu'il trouve dans un sac. Mais ce qui suit est de pure invention. Yoici ce qui se passait.

Les malades endormis, l'imagination surexcitée par l'attente de l'apparition du dieu, l'esprit échauffé par l'atmosphère même du sanctuaire, par l'encens qu'on y avait brûlé , par la vue des lampes, par cette prière du soir qui avait dû précéder l'heure du sommeil, le dieu se montrait à eux en songe et leur indiquait, soit un traitement à suivre , soit un acte religieux à accomplir, sorte d'expiation ayant pour objet de les rendre agréables à la divinité et de les conduire par là à la guérison. Les prescriptions médicales étaient variées. I^s inscriptions votives trouvées sur la

(i) Cf., dans le récit d'Hippys cit4 plus haut, p. 28, ces mots : « ... fur leur injonction, elle s'endort, » Wx*Ç« «pooroxOtra*. (2) Pluius, ▼. S76-682.

74 L*AflCLÉPIEION D'aTHÈNES.

pente méridionale de l'Acropole n'en reproduisent, par malheur, aucune; mais Aristide en cite quelques curieux exemples. Tantôt le dieu ordonnait de fuir l'eau, tantôt il recommandait au contraire de prendre des bains (1). Il prescrivait aux uns de boire de l'eau de chaux, aux autres du jus de ciguë; il conseillait à d'autres la gymnastique et les ablutions d'eau froide (2). On trouve dans Marc-Aurèle des prescriptions analogues : monter à cheval, prendre des bains froids, marcher les pieds nus (3). Une ordonnance de TAsclépios de Pergame, rapportée par Philostrate, consistait à manger une perdrix à l'encens (4) . Dans une inscription durecueildeGruter, provenant, à ce qu'on croit, de l'île du Tibre, où il y avait un Asclépieion , nous voyons que le dieu a guéri d'une pleurésie le fils d'un certain Lucius, en lui faisant appliquer sur le côté malade un cataplasme de cendre humectée de vin (5). Une autre inscription du même recueil mentionne le traitement suivant , prescrit à un malade pour le guérir d'un crachement de sang : se nourrir pendant trois jours de pépins de pomme de pin assaisonnés de miel (6). A un aveugle, le dieu avait ordonné de fabriquer un collyre avec le sang d'un coq blanc et de s'en frotter les yeux pendant trois jours (7). Tous ces remèdes étaient, on le voit, fort anodins. L'eau y jouait un grand rôle : Aristide l'appelle « la servante et l'auxiliaire » du dieu, 8taxovrfv « xal ffuvcpY<fv (8). Qu'on s'y baignât ou qu'on la bût , elle était toujours aussi efficace (9). Il fallait voir, l'été, avec quel empressement la foule des fidèles entourait le puits sacré, tous, dit Aristide, se poussant et se bousculant comme un essaim d'abeilles ou comme des mouches autour d'une jatte de lait (10).

Le matin venu, le réveil de l' Asclépieion était bruyant. Chaque

(l) Aristide, I, p. 446 : *AXow(ji«v irpoTratTCi 6 0co;... — 'Ovap yi^veTat, lx<>^ l&lv Ttva Ivvoiav XovTpoû.

P) W., I, p. 67 : Tôv |jLèv yu^ou ictveiv, tôv 5è xuveiou, tôv àï Y^iivoOaOai xal XoOetv 4'^P$-

(3) Marc-Aurhie» V, 8 : SwÉTaUv 6 'A<TxXT)icià; tout(}> tincaaiav i\ ^XP^^^^^^^^

(4) Phiiostrate, Vies des sophistes ^ II, 25 : 'Eicel 8^ im |jloi tcpoTrcTaytiévov Oità ToO xatà x6 nspYa(Aov 'A<ixXTiTrioù itépSixa (TiTSi^rOai XiêavcoT^ Ov(&ui>(Aévov...

(5) Gruter. p. 71, 2.

(6) M., ibid., 3.

(7) M., ibid,, 4.

(8) Aristide, I, p. 411.

(9) Voir dans Aristide, I. p. 413, divers miracles opérés par l'eau. — Cf., p. 414, d'intéressants détails sur ia source d'Asclépios.

(10) Aristide, I, p. 412.

DES RITES ACCOMPLIS PAR LBs PARTICULIERS. 75

malade racontait ce que le dieu lui avait prescrit, et le piètre ou ses subalternes se chargeaient d'ejtécuter Tordonnance divine (1). Quand le patient guérissait, quand le miracle si impatiemnlent attendu se produisait, c'était dans le sanctuaire une grande joie, qui se manifestait par des congratulations sans fin. Nous avons vu les compagnons de douleur de Plutus le féliciter de tout leur cœur d'avoir recouvre la vue. Chaque gucrison était une espérance pour ceux qui postulaient encore, une garantie que le dieu les prendrait, eux aussi, en pitié et que leur tour viendrait bientôt.

Les actes pieux commandés par Asclcpios étaient également très variés. Tantôt c'était un sacrifice que le dieu réclamait pour lui-même (2), ou un trépied qu'il demandait qu'on lui consacrât (3); tantôt c'était une cérémonie quelconque qu'il ordonnait d'accomplir en l'honneur d'une autre divinité : il enjoignait par exemple à Aristide de sacrifier un bœuf à Zeus sauveur (4). Parmi les inscriptions votives provenant d'Athènes ou d'ailleurs et relatives à Asclépios ou à ses enfants, plusieurs contiennent les mots TTpodiaJavTOç tou Oeou (5), xaxx ^vsipov (6), x«t* 5vap (7), <v«p Wciv (8), xaxi i-KiTo^)» (9), xaV IwiTayua (10), etc. , allusions à des ordres reçus d'Asclépios pendant le sommeil et ayant eu poui* conséquence la consécration de quoique offrande (11).

Comme on le voit, c'est par les songes et les apparitions nocturnes que le dieu guérisseur manifestait sa volonté à ceux qui venaient l'implorer. Souvent une nuit ne suflisait pas pour obtenir le songe révélateur. Soit qu'Asclépios tardât à paraître , soit qu'on ne fît pas ce qui était nécessaire pour mériter sa vue, il fallait demeurer plusieurs jours auprès du temple. Philostrate raconte qu'un jeune Assyrien étant venu consulter Asclépios à iEges, le dieu le négligea pendant longtemps, parce qu'il ne ces-

(1) Voir plus haut, p. 33 et suiy<

(2) Aristide, I, p. 472.

(5) *A«4vaiov. V, p. 326, n. 5. Cf. ibid., VI, p. 371, D. 6.

(6) ïbid., V, p. 418, n. 9.

(7) Le Bas et Poucart, Mégaride et Péloponnèse, 145. Cf. C. /. À., III, 1, 186. (8)C. J. A., III, 1,211.

(9) 'AÔTivaiov, V, p. 318, n. 39.

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