‹ L'Asclépieion d'Athènes d'après de récentes découvertes: d' après deChapitre 29 sur 40 · C. /. A., III · texte numérisé non relu

C. /. A., III

(11) Cf. E. Egger, Kevue archéologique, 1860. I. p. 116. Voir l'article tout entier pour la bibliographie étendue qu'il donne^

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sait de boire et de faire bonne chère (1). Singulier spectacle que celui de cette foule allant et venant tout le jour dans le sanctuaire, vaquant à ses besoins comme chez elle , faisant ses ablutions , mangeant, dormant, priant, et, le soir, prise de ce vague respect qu'inspire l'attente de Tinconnu, anxieuse à la pensée que le dieu Ta se montrer à elle et mettre un terme à ses maux! Qui a vu les mosquées de Constantinople après la guerre turco-russe de 1877, la vaste cour du djami d'Achmet toute remplie d'émigrés, d'hommes, de femmes, d'enfants, couchés ou accroupis à l'ombre de grandes couvertures tendues sur des cordes, ou groupés autour d'une marmite fumante; qui a contemplé sous un rayon de soleil ces physionomies variées , ces vêtements bigarrés , peut se faire une idée de ce qu'était l'Âsclépieion quand une pieuse multitude l'emplissait

Tel devait être en effet l'aspect du sanctuaire. Exposé au midi , abrité par le rocher de l'Acropole des vents qui, passant sur le Pentélique et le Parnès, souvent couverts de neige en hiver, viennent glacer la ville d'Athènes, il était merveilleusement propre à assurer aux malades ce bien-être qui est un premier remède. Tous les établissements de ce genre étaient d'ailleurs disposés de manière à ce que l'air y fût salubre et vivifiant. Tantôt ils étaient situés sur des éminences (2), tantôt on les cachait dans des gorges boisées toutes pleines d'acres senteurs. Rien d'enchanteur comme le site de l'Amphiaraion , tel qu'il nous apparaît encore aujourd'hui. Le temple et ses dépendances étaient bâtis dans un vallon étroit, sur le borf d'un torrent; d'épais bouquets d'arbres protégeaient le sanctuaire. L'eau courante, la verdure et la bonne odeur de pin qui parfume l'air font encore de ce ravin , que les modernes appellent Mavrodilissi (3), un: charmant lieu de repos. Si l'Asclépieion d'Athènes manquait de cette pittoresque parure que donnent aux monuments de beaux ombrages, il rachetait ce désavantage par sa position élevée. De ses deux terrasses, on découvrait la plaine d'Athènes jusqu'au golfe de Phalère, Egine et les montagnes lointaines de l'Argolide. Quand on parcourt aujourd'hui les ruines du sanctuaire, qu'on se promène parmi ces marbres dorés, seuls restes de tant d'édifices, on comprend bien

gniflque panorama, ce chaud soleil et cet air pur qui, de nos jours encore, baigne l'Âttigue et dont la transparence étonne.

Ce que nous venons de dire de Tincubation se rapporte aux jours ordinaires : c'est le train quotidien des supplications et des cures dont TÂsclépieion était le théâtre. Quels ne devaient pas être Taffluence des visiteurs et le nombre des miracles les jours de fête! Nous n'avons là-dessus aucun renseignement précis; mais sans doute , lors de la célébration des Epidauria et des Âsclépieia, une foule cent fois plus nombreuse que de coutume envahissait les portiques sacrés. Nous avons parlé de ces icecwyxScc ou veillées saintes qui précédaient les grands sacrifices publics (1). Durant ces nuits que remplissait une religieuse attente et où les suppliants veillaient à la clarté de nombreux flambeaux, des prières étaient dites, des invocations solennelles étaient adressées au dieu. Peut-être était-ce le moment des cures les plus merveilleuses. Dans tous les cas, il devait se passer là quelque chose de plus imposant, de plus propre à frapper les imaginations que dans les simples nuits où les malades s'endormaient près tiu temple, attendant le songe souhaité.

Après ces cérémonies nocturnes, la fête commençait. Laissons de côté les sacrifices et tout ce qui louche au culte public. Arrêtons nos regards sur la multitude des dévots qui encombrent le sanctuaire : les uns se traînent , malades , et viennent implorer pour eux-mêmes l'assistance du dieu; d'autres mènent un enfant, un parent ; les riches font un sacrifice ; presque tous portent avec eux quelque offrande qu'ils vont consacrer à Asclépios. Puis, il y a la foule des curieux ou de ceux qui viennent par convenance, sans avoir de grâce spéciale à demander. Puis, c'est toute une armée de marchands, de ces commerçants de bas étage qui vont de foire en foire et dont une solennité publique ne saurait se passer. Pendant la fête qui.se célébrait deux fois l'an à Tithorée en l'honneur d'Isis, des marchands forains dressaient aux abords du sanctuaire des baraques en roseaux ; on leur achetait , nous dit Pâusanias, toute sorte d'objets, des vêtements, des bijoux d'or et d'argent; il y en avait même qui vendaient des esclaves et des bêtes de somme (2). Il en devait être de même à Athènes. Les étrangers et les Ixabitants des dèmes éloignés, qui se ren-

(1) Voir plus haut, p. 39.

(2) Pâusanias, X, 32, 15. Cf. la fête instituée par Xënophon à Sciilonte en Thonneur d'Artémis, Anabase, V, 3, 9. H s'y donnait des repas aux frais da temple, qui fournissait la farine, le pain, le vin et les friandises.

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daient rarement à la ville, se pourvoyaient dans l'Asclépieion des choses nécessaires à leurs travaux ou aux besoins journaliers de la vie. Les vendeurs ambulants leur fournissaient de ces menus ex-voto aux formes variées qu'on suspendait dans le temple , des étoffés^ des ustensiles do ménage, des armes, etc. Ces fêtes étaient de véritables marchés , où des désirs profanes , en même temps qu'un pieux zèle, attiraient de nombreux visiteurs (i).

II. — Uaioraiion simple. Les intercesseurs. Apollonius de Tyane et Proclus.

On ne voyait pas dans le sanctuaire que des malades couchés. D'autres, sans doute, assez vigoureux pour se tenir debout, accomplissaient à rintérieur ou sur le seuil du temple certains rites. Les bas-reliefs votifs nous les représentent la main droite levée, le visage tourné vers le dieu dans une attitude respectueuse et recueillie. C'était la posture consacrée. Peut-être , en levant la main , prononçaient-ils quelques mots ; peut-être cet hommage tout extérieur était-il leur unique prière, comme ces signes de croix multipliés que les paysans grecs d'aujourd'hui font sans rien dire devant les images des saints. I^e costume obligé de ces suppliants était, pour les hommes, le manteau, laissant à découvert la poitrine et Tépaule droite, pour les femmes, d'amples vêtements qui couvraient la tête (2). L'adoration terminée , les gâteaux ou le sacrifice offerts sur l'autel , ils s'en allaient , laissant dans le sanctuaire des ex-voto munis de dédicaces comme celles-ci : c Une telle à Asclépios et à Hygieia, pour elle-même et pour ses enfants (3). » — « Un tel a dressé cette statue d'Asclépios, pour lui-môme et pour le prêtre iacchagoge Dionysios , de Marathon (4)... n Les inventaires font allusion à des offrandes analogues : « Phiale dorée, consacrée par Pyrrhos, du dème d'Acherdous, pour lui-même et pour son fils (5). » — « Phanocrité, pour

(1) et, sur les marchés qui se tenaient lors des panëgyries antiques. Tordon-

elle-même et pour ses enfants, un gobelet et une mâchoire (I). » — a Corps de femme et bracelet , consacrés par Myrrhiné, pour elle-même et pour son enfant (2), » etc.

A. côté de ces dévots, il y avait ceux qui venaient prier le dieu, non pour eux, mais pour un membre de leur famille ou pour un ami. Nous venons de voir des pères, des mères Tinvoquer à la fois pour eux-mêmes et pour leurs enfants : d'autres Timploraient uniquement pour les leurs, absents ou trop malades pour pouvoir faire le saint pèlerinage. Cette classe d'adorateurs est nombreuse. Il suffit, pour s'en convaincre, de parcourir la série des inscriptions votives trouvées sur la pente méridionale de TAcropole. Beaucoup sont rédigées comme celles qui suivent : « Phrynon , du dème de Rhamnous , pour son fils Diognétos (3). » — « Meidias et Danaé, ayant fait un vœu, à Asclépios, pour leurs enfants, Hédisté, Sôsiclès et Olympiodôros (4). » — « Pour sa femme, Praxias, ayant fait un vœu, à Asclépios (5). » — a Un tel, du dème de Collytos, ayant fait un vœu, à Asclépios, pour Polyeuctos (6). » — « Thoudosios à Asclépios, pour sa fille Thcanô (7), » etc.

Il y avait des personnes pieuses que le dieu chérissait particulièrement. Elles servaient comme d'intermédiaires entre la foule et Asclépios. Cela se rencontre surtout dans les premiers siècles de l'ère chrétienne. Tel était, par exemple, Apollonius de Tyàne. Asclépios avait pour lui une vive tendresse. A ^Eges , il aimait à guérir les malades en sa présence (8). Aussi, le jeune Apollonius était-il souvent appelé à s'entremettre entre le dieu et les patients. L'Assyrien trop ami de la bonne chère , dont on a lu plus haut l'histoire, ne dut le salut qu'à son intervention : « Tu seras sauvé, lui avait dit le dieu, si tu causes avec Apollonius (9). » A Pergame, Asclépios ordonnait aux suppliants do fivquenter Apollonius pour obtenir la guérison (10).

(1) BuU. de corr. hellén., II. p. 423, 1. 39.

(2) Ibid,, p. 424. 1. 47.

(3) *Ae^v«tov, V, p. 161, n. 21.

(4) ibtd., V. p. 417,fn. S.

(5) Ibid., V, p. 415.

(6) Ibid., V, p. 156, n. 7.

(7) ïbid., V, p. 319. n. 41.

(8) Philostrate, Vie d'Apollonius de Tyane, I, 8 : ... tov 'A<rxXT)moO ipore 7fp6ç TÔv '.ipéa çi^vgivTo;, 6; x^^P^^ OepaTceubiv xoù; voaowTo; vic^ 'AiroX),fa>vi()> itA^tvpi.

(9) id., ibid., I, 9.

(10) Id., ibid,, IV, 1 : ... TcoXXoùc t^P ^^ ÛT^eio; UopJ^na* 6 Oeà; Ixikwat irp09çottâv 'Aico»idvt(|>, Touxi Yàp aûtoc tc poiîXiaOai xal Soxcîv Tat; MoCpaiç.

80 L'aSGLÉPIBION D*ATHÈNB8.

Le rhéteur Proclus, à Athènes , jouissait auprès du dieu d*an crédit semblable. Comme la fille d'un de ses amis, Âsclépigéneia, souffrait d'un mal qui déroutait tous les médecins, Axchiadas, le père de la jeune fille, vint trouver Proclus, « comme il avait coutume de le faire dans les grandes occasions, » et le supplier d'intercéder pour sa fille auprès du dieu guérisseur. « Pi-oclus, ayant pris avec lui le grand Périclès, le Lydien, illustre philosophe lui aussi, se dirigea vers TAsclépieion, pour implorer le dieu en faveur de la malade. Car la ville avait le bonheur de posséder encore ce temple ; le sanctuaire du Sauveur n'avait pas encore été pillé. Tandis que Proclus priait selon les anciens rites, un changement subit se produisit dans l'état de la patiente et elle éprouva un grand soulagement : le Sauveur, en dieu qu'il est, l'avait guérie sans effort. Toutes les formalités religieuses étant accomplies, Proclus se rendit auprès d'Asclépigéneia : elle venait d'être délivrée des souffrances qui la torturaient et était en bonne santé (1). » Cette prédilection d'Asclépios pour le philosophe se manifesta d'une manière éclatante au moment où Proclus mourut. « Il était, nous dit Marinus, entre la veille et le sommeil, lorsqu'il vit un serpent ramper autour de sa tête; c'était là que l'avait pris tout d'abord la langueur qui l'envahissait. Cette apparition apporta quelque adoucissement à son mal et, si l'impétueux élan de la mort l'eût permis , si son corps eût pu ressentir l'effet de cette action bienfaisante , il fût sorti de là, j'en suis sûr, sain et sauf (2).»

De pareils favoris du dieu étaient rares ; on ne les rencontre, nous l'avons dit , qu'à une très basse époque , alors que le culte d'Asclépios s'est étendu , que l'antique héros d'Epidaure ne se borne plus à guérir, qu'il est devenu, comme nous le verrons plus loin, une sorte de guide, de conseil, auquel on ne demande plus seulement la santé , mais le bonheur sous toutes ses formes.

Il faut placer à côté d'eux les fervents qui n'intercèdent pour personne , mais qui ne peuvent s*empêcher de faire au temple de fréquentes visites. Aristide , à Smyrue , ne quitte guère l'Asclépieion ; il converse avec le prêtre, avec le zacore (3) ; il n'a de satisfaction que quand il peut adorer la statue du dieu (4), ou con-

sacrer dans le sanctuaire quoique offrande (1). Le vaniteux peint par Théophraste, le dévot futile qui a suspendu dansTAsclépieion un anneau de fer, va chaque jour Torner de fleurs , le frotter d'huile , afin de le tenir brillant; il l'use à force de le faire reluire (2). C'est qu'il veut que son offrande soit remarquée , qu'elle éclipse toutes les autres; c'est sa manière à lui d'être pieux et de témoigner au dieu sa foi et son amour«

(1) Aristide, I, p. 516.

(2) Théophraste, Caractères ^ XXI : ... xai àvaôîi; 6aiKTv>i©v x«^*owv iv xcp

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