I. — Du sens de l'expression to 'A(ntXT,witTov xi Iv i<mi
Et d'abord , quel était le nom officiel du temple d'Asclépios? Il
(l) Voir à la fin du volume, pi. I, le plan dressé par M. Marcel Lambert de l'état du versant méridional de TAcropole à la lin de février 1877. C'est à ce plan que je renvoie pour tous les détails qui suivent. Voir aussi , sur la topographie de TAsclépieion: Koumanoudis, FEpaxTix à TYî; èv 'AOi^vaic &p* xatoXoyix^C 'EraipCac, àirà *lavovapiou 1876 \i.ix9^ 'lavovapiou 1 877, p. 14-35, et le plan correspondant ; Kœhler, Mittheilungen des deutschen archàologitchen Imtituies in Âtlun, II. p. 171-186, 2-29-260, pi. XIII (plan de M. Peltz) ; E. Curtius et J. A. Kaupert, Atlas von Athm, Berlin, 1878, p. 34, pi. XI. — Cf . J . Martha, Bulletin de correspondance hellénique^ II. p. 584, pi. XXIIl (plan de M. Loviot); Koumanoudis, Ilpaxtixà, etc., 1878. p. 6-18. et le plan correspondant.
4 l'asglépieion d'athènbs.
s'appelait, comme on sait, r'A<TxXt|itwîov. C'est ainsi que le désignent les textes et les inscriptions ; c'est le nom que portaient tous les sanctuaires d'AscIépios en Grèce, en Asie Mineure , dans les îles. Quelquefois c'èî)^rr(rant les inscriptions d'Athènes ajoutent , après 'AoîcXïizteTov, les mots to ev imt (1), et le dieu y est appelé 'Aax^Tjirtbç ô sv aGrT«t(2). L'explication de cette particularité nous est fournie par le scoliaste d'Aristophane, qui distingue deux Asclépieia, l'un à Athènes, l'autre au Pirée (3). Les mots Iv i<mi auraient ici le même sens que dans l'expression liovuaia -ri iv âarti , qui signifie les Dionysies urbaines, par opposition aux ItovtSata rà xaT'àYpo<5ç ou xotti ^ixouç, qui se célébraient hors d'Athènes (4). Il ne semble pas qu'on doive prendre «tw pour le nom d'un des quartiers de la ville. Il est possible que ce mot désignât en eflfet , comme le pense M. E. Curtius (5), la partie d'Athènes située au midi de l'Acropole, entre le rocher de la citadelle etl'Ilissus : certains textes paraîtraient le prouver ; mais rien jusqu'ici n'autorise à croire que dans les inscriptions auxquelles nous faisons allusion , atrru ait ce sens restreint^JTgiit^ que l'existence à Athènes d'un second Asclépieion , bâti ailleurs que sur la pente méridionale de l'Acropole , n'aura pas été révélée par de nouvelles découvertes , il sera toujours plus simple de s'en tenir, pour expliquer la-qualification sv icmi , au témoignage du scoliaste cité plus haut. Remarquons, d'ailleurs, que sv a<rret se rencontre dans deux décrets seulement , l'un du quatrième , l'autre du premier siècle avant notre ère; dans l'intervalle, le dieu médecin est simplement appelé 'A'txXyïwioç , et son sanctuaire 'AaxXï)zt«Tov (6).
II. — Des différents bâtiments dont se composait l' Asclépieion,
Bien que le terrain déblayé parla Société archéologique entre le théâtre de Dionysos (L du plan) et l'odéon d'Hérode Atticus d'une part, le rocher de l'Acropole (M) et le mur dit de Serpeutzé (K) de
(1) C. I. A.. II. 1. Addenda nova, l59^ 1. 10-11. (î) C. I. A., II, l. Addenda nova, 477*, 1. 5-6, 17.
(3) Scolies da Plutus, v. 621.
(4) Voir A. Mommsen, Heortologie, p. 323 et suiv.
(5) Mitth. d. d. arch. Inst. in Athen, II, p. 53 et suiv.
(6) 'AOyivaiov. V, p. 103, n. 13. Cf. C. i. A., Il . 1, Addenda nova, 477% 567«». Les mots sv à<rr£t se lisent encore sur un fragment d'inscription oîi le
l'autre , soit peu étendu , le lieu précis où s'élevait le sanctuaire d'Asclépios est assez difficile à déterminer, tant sont nombreux les restes d'édifices de toute nature qui encombrent cet étroit espace : des citernes romaines , des tombeaux, des substructions d'églises byzantines apparaissent au milieu des débris d'un Age plus reculé ; des constructions de brique subsistent à côté de ^oîtbassements en pierre du Pirée ; une grotte creusée dans le roc vif, et qui paraît très ancienne , conserve encore la trace des peintures qui la décoraient à l'époque où elle servait aux chrétiens de chapelle. On peut cependant , parmi ces ruines , distinguer un certain nombre de monuments qui appartiennent tous aux temps antiques et qui sont groupes sur deux terrasses de niveau difféj-ent , la première , celle qui commence au mur d'enceinte du Jhéâtre (Je Dionysos, étant un peu plus basse que la seconde, dont elle est séparée par un mur d'aÇÎ/areïl polygonal à peu près perpendiculaire au rocher de TAcropolo (1). C'est parmi ces monu- . monts qu'il faut chercher les restes de l'Asclépieion. En dehors des deux terrasses, les recherches seraient infructueuses. Le terrain qui s'étend au delà de la deuxième terrasse , jusqu'à l'odéon d'Hérode , n'offre aucun vestige de temple ni de portique. Nous savons de plus, par Pausanias , que l'Asclépieion était le premier sanctuaire qu'on rencontrait en allant du théâtre de Dionysos vers les Propylées (2).
On est frappé, quand on parcourt ces ruines, de la ressemblance qui existe entre la disposition des bâtiments de la première terrasse et celle des bâtiments de la seconde. Sur la première terrasse , la terrasse Est , on remarque en effet , au milieu dos débris de toute sorte qui jonchent le sol , les restes de plusieurs monuments sur la nature desquels on ne saurait se tromper. Ces monuments sont : un temple (D), des portiques (EEF*) et une source (J), qui s'échappe de la grotte creusée dans le rocher et transformée plus tard en chapelle. La terrasse Ouest présente un ensemble de constructions identitjue : on y trouve également un temple (G), des portiques (B) , une source (H)T Tels étaient les éléments dont se composaient les Asclépieia et , en général, tous les sanctuaires de divinités guérisseuses. Un temple abritait la statue du dieu ; dans le voisinage , des portiques , sorte de galeries couvertes largement aérées , donnaient
6 l'asglépibion d'athènes.
asile aux hôtes passa^^ors du sanctuaire ; enfin , une soui-cc fournissait l'eau nécessaire aux traitements élémentaires que le dieu prescrivait à ses malades , aux purifications et aux ablutions des suppliants. C'est ainsi qu'était disposé le célèbre Asclépieion d'Epidaure, dont Pausanias nous a laissé une description fort •.complète (I). Il en était de môme à Titane, près de Sicyone, où l'on voyait un des Asclépieia les plus anciens de la Grèce (2), etc. Asclépios aurait donc eu deux sanctuaires sur la ponte méridionale de l'Acropole : telle est la conclusion à laquelle il semble qu'on soit forcément conduit par la comparaison des ruines qui occupent les deux terrasses. Cette hypothèse paraît confirmée par l'inscription suivante, qui provient des dernières foumeset dont voici la traduction ; laissons de côté les formules du commencement (3) : « Proposition de Méniscos , fils de Philoclès, du démo de Colone : considérant que Dioclès le jeune, fils de Dioclès, du dëme de Képhissia, ayant été désigné par le sort pour être prêtre
[1). Pausanias, II, 27, 1.
(2) W., Il, 11. 6.
(3} C. /. A., II , 1 , Addenda et eorrigenda . 4891*. Voici le texte complet : 'AyaO^ TUX5 ^î pouXij; xai toO ûr,jio\i toO 'AOnvaiwv • èirl AuvavSpou tov 'Ai:o>:q|i5o; dpXOVTo;, èrd Tij; Ilavôiovioo; otoosxaTr,; :rp\iT«v6Îa;. j rdso; Taiou l\).ais'j; eYp«((i)- |A(àTevev • Sxtpo^opicûvo; ôyôot} jjlst' ixdoa;, fpiTTj xai elxodXTÎ Tfi; irpuTavsta^ • ^oyXr, èv pouXeuTTipta) , Twv irpoéSpcav èits-^çiCev e£«vY8)o; OcavyéXow AiOaXîSr,; xai <tvvirpocSpot * Idofev ttj ^ouX^ * MiyiTxo; 4>i>ox>iou; KoXwvfjOev sTirev * srstoi^ irpovodov 9rotri9d(&evo; itpô; t^v JÎouXiqv ô eiXr.xw; Ups'j; 'AaxXr,irioO xai "rYisio; si; tôv \i,ixà Au(ravdpov âp/.ovTa èviaviTOv AioxXfj; AioxXsovi; Kr,9i(TtsO; vecoxepo; iv^avt^ei ta 6vpcofiaTa Stc^Odpdai -rij; itpotepov oOffri; si; 7Ô Upôv siorodov, 6(&oCcoc $à xai T(r,)v vKifrta ToO icpoicuXou (jTeynv , Sti ôè xai tôv vaèv toO dpxakOVKCou^» à?idpv(iaTo; toû ts 'AaxXir]T»oO xai ttJç "rYieia; xai 8ià tovro 'nap[a]xaXeî ttqv ^ouX^^v èTcixc^pvi^at iaTÔ» xaTa^xeudiovri ex twv iÔîwv Oupw<Tai tô àr/^«ïov trpômiXov, ffrsydTai 8à xai Tpy rpoiruXov TÔ ôirÎTo) jiépo; xai tôv vaôv tôv à::ivavT'. tiôÎ;] êItôÔou x*[p]i"^ "^où tjqv dp/^aïav àiroSoOfjvai tw lîpô Td$tv • ày7.bf, vjyr, SîôôyOai Tf, ^ouXtî, sirtxs/top^irdai AioxXy} AtoxXéou; KT}9i<Tie( vcWTÉpw :ron^'7a'70ai xr.v àvàdsTiv t(7)v ôviptopLaTcov xai «TTsydiai toù icpoituXov t6 ôiciaro) (lépo;, xaTa«Ty.eudia[t] ôs xai tôv àp/aTov (vaôv) xa6d:rsp irapaxaXeî xai iroiiQ(7ai6ai tt^v £7c[i;Ypa?yiv IttI jisv tcôv Ovpûv xai Tf|ç erreur,; Tiqvôt • AïoxX^[«] AioxXsov; Kr.çKrieù; vstoTepo; iepsù; fsvôjxevo; év t^ êtcI Av<Ti(d,ôou dpxovTo; èviotuTÔp xà Ovpo)(&aTa xai Tr,v ôrtcto toO Trpo^rjXoy tjxéyrcé 'A^xXtiiciw xai 'Vyieia xai T$ ÔiQ|«î> àvÊ8Ï)f}Xîv • èitl ôè TOÛ vaoO ôjioitt); • Aiox)75; AioxXéou; Kr,9iTi2Ùî vzwTspo; Upeùç yt\6y.t\o^ èv tù) stI Au^'.dôou do/ovTo; év.aviTtÔ tôv vaôv xaTo^ixeudia; éx Toiv lôiwv 'AffxXT)7ri(j> xai "ryttiqi xai Tà> (ôif-firo) àveOyixev • tva toutcov 9uvTsXou(&£va>v eOve^toîc |i(èv t)^ PouXîj Ta irpô; tô Osîov iyri , y^"^***'*^ *' ^à xai ëTepoi C^lXtoTal tcôv ô|j.o(wv. — Sur la date des archontats de Lysandros et de Lysiadès, voir Dumont, Bull, de corr, héllén., l, p. 30-. Dittenbcrger, C. l. i.. ÏII, 1, 1014. M. Kouma-
LB TBMi»LB.
d*Asclépios et d'Hygioia jjendant l'année qui doit suivre Tarchontat de Lysandros, s'est présenté devant le Conseil et lui a déclare que la porte de l'ancienne entrée du sanctuaire était en mauvais état, ainsi que la partie postérieure du toîf 3u propylée et la chapelle de l'ancien édifice consacré à Asclépios et à Hygieia ; qu'il a , en conséquence , demandé au Conseil la permission de réparer ces dâ/hrnSiiÈ à ses frais*^* de refaire la porte do l'ancien propylée, de recouvrir la partie postérieure dudit propylée, ainsi que la chapelle située en face de l'entrée , afin que le sanctuaire reprît son ancien aspect : à la Bonne Fortune : le Conseil a résolu d'accorder à Dioclès le jeune, fils de Dioclès, du dème de Képhissia , la permission de consacrer la porte , de recouvrir la partie postérieure du propylée , de réparer l'ancienne chapelle , Qonime il en a fait la demande , et de rédiger, pour la porte et le toit , la dédicace suivante : Dioclès le jeune , fils de Dioclès , du dème de Képhissia, ayant été prêtre pendant l'année de Tarchontat de Lysiadès , a consacré la porte et la partie postérieure du toit du propylée à Asclépios, à Hygieia et au peuple; — pour la chapelle , cette autre : Dioclès le jeune , fils de Dioclès , du dème de Képhissia , ayant* été prêtre pendant l'année do Tarchontat de Lysiadès , a réparé la chapelle à ses frais et en a fait hommage à Asclépios, h Hygieia et au peuple ; — afin que parla le Conseil manifeste sa piété envers les dieux et que d'autres soient incités à suivre un pareil exemple. »
Comme on le voit d'après cette inscription , Asclépios possédait en effet deux temples dans l'espace renferme entre le théâtre de Dionysos et l'odéon d'Hérode. L'ancien temple (ap^aTov àçp(- Spufxa) était situé en face de l'ancienne entrée du sanctuaire (arévxvTi TT); £i(ro&)u) : C'est dans ce temple que se trouvait la chapelle (ap/aioç vaoç) que Dioclès demande l'autorisation de réparer à ses frais (1). Le nouveau temple, où le culte d'Asclépios et
(1) Nous traduisons vaoç par chapelle : c'était la partie du temple où se trouvait la statt^ du dieu. Le sens de vaô: est moins étendu que celui d'àçfSpyjia. Par à?iôpu|ia il faut entendre ici, croyons-nous, Tédifice tout entier, le temple avec son vaô;. Le mot àçiSpvjia indique en outre que l'ancien temple d' Asclépios a été bdti sur le modèle d'un autre t<*mple , peut-être celui d'Epidaure. C'est d'Epidaure en effet que le culte du dieu guérisseur avait passé chez les
8 l'asglépibion »'athènes.
d*Hygieia avait été transporté avant que Diodes ne devînt prêtre, à une époque que nous ignorons, s'élevait probablement à peu de distance de l'ancien, vis-à-vis d'une autre porte munie sans doute , elle aussi , d'un propylée. L'Asclépieion tout entier se composait donc : 1^ d'un mur d'enceinte percé de deux portes ayant chacune leur propylée ; 2« d'un ancien temple placé en face de l'ancienne porte ; S*" d'un temple de construction plus récente, bâti apparemment vis-à-vis de la porte nouvelle. Voyons si ces données concordent avec les indications fournies par les ruines.
M. Kœhler , qui , témoin des fouilles de la Société archéologique , a fait de la topographie de l'Asclépieion une étude appro-^ fondie , pense que des deux temples^ et D , un seul , le temple D , était consacré à Asclépios et à Hygieia : ce serait là le temple ancien, celui qui faisait face à l'ancienne entrée du sanctuaire ; le nouveau temple aurait été situé un peu à l'Eôt de celui-là, àl'iRiSroit où l'on distingue aujourd'hui les restes de plusieui'S chapelles byzantines (F^F^F*) (l). Le long portique aSoss*^^ l^Âcropole (EEF»), et dont une partie semble avoir servi d'église à l'époque chrétienne (F^), serait le portique où les malades venaient s'établir pour recevoir en §5lige les conseils du dieu (2) ; la source qui sort de la grotte creusée dans le rocher (J) '^rait la source sacrée de l'Asclépieion (3). Ainsi , les deux temples auraient été situés l'un à côté de l'autre sur la même terrasse , et il serait inutile de chercher l'un d'eux sur la terrasse voisine. Cette seconde terrasse , M. Kœhler en fait encore une dépendance de l'Asclépieion ; mais il y place les derneuï*es des prôtres et des différents fonctionnaires attachésau sanctuaire(B) (4). Quant au temple C , il pense que ce pouvait être le temple de Thémis (5). A l'Ouest de ce monument, un édifice dont quelques pierres à peine subsistent , aurait été la chapelle d'Isis (N) , à laquelle paraissent faire allusion plusieurs inscriptions trouvées à différentes époques sur le versant méridional de l'Acrojîole (6), . Du côté opposé , à l'angle Sud-Ev^l du temple C , une assise de
6pupLa To-j iv T^ eeTTa).ixY3 Tpixxr;. Cf. Diodoro de Sicile, XV, 49, l; Plutarqiie, Sur la musique, 14 ; Cicéron, Lettres à Atticus , XIII, 29.
(1) Milth, d. d. arch. Inst, in Àthen, II, p. 233 et suiv.
(2) Ibid.
"'(Zjlbid.
(4) Ibid.. p. 257.
(5) Ibid,, p. 256.
(6) ïbid.
marbre assez élevée (0) représenterait Tautel des Nymphes, sous l'invocation desquelles aurait été placée la source de la terrasse occidentale (H)(l).
Ces explications , in^oposées d'ailleurs comme autant d'hypothèses, méritent qu'on les examine : il en est de très vraisemblables ; d'autres sont plus difficiles à admettre. Pour ce qui est du temple D, du portique EEF* et de la source J, il ne saurait, semble-t-il , y avoir de doute. Ce temple est bien celui d'Asclépios ; ce portique est le lieu où les malades venaient attendre la révélation du remode qui devait les guérir ; cette source est la source sainte qui fournissait l'eau des purifications et des abliitioais ordonnées par le dieu. Ces trois monuments, les premiers qu'on U rencontre en s'éloignant du théâtre de Dionysos et en se diri- ' géant vers l'Ouest , répondent parfaitement à la description faite par Pausanias de cette partie de la pente Sud de l'Acropole : "VEn allant du théâtre vers la citadelle , on trouve le tombeau de Calôs : c'est pour avoir tué ce Calôs, qui était le fils de sa sœur et son élève, que Daidalos s'enfuit en Crête ; plus tard, il se réfugia en Sicile auprès de Côcalos. Puis vient le sanctuaire d'Asclépios , remarquable par les statues du dieu et de ses enfants , ainsi que par les peintures qu'il contient (2). » Du tombeau de Calôs , il ne reste pas vestige : ce devait être un monument de fort petite dimension. Mais l'Asclépieion subsiste, et la place que lui assigne Pausanias paraît bien être celle qu'occupent les trois monuments dont nous venons de parler. Quant au second temple, rien ne px'ouve qu'il ait été là où M. Kœhler croit l'apercevoir : ni les renseignements fournis par le décret rendu en faveur de Dioclès , ni l'état des lieux n'autorisent à penser qu'il occupait, à l'Est du temple D, l'espace encombré depuis par des constructions chrétiennes.
Il en est de même de tous les monuments de la terrasse Ouest. Faire du temple C le temple de Thémis , voir dans les ruines situées à l'Ouest de ce temple les restes de la chapelle d'Isis , prendre les assises de marbre placées à l'angle Sud-Est pour les débris de Tautel des Nymphes , la source II pour la source consacrée à ces mêmes Nymphes , supposer que le portique B servait de demeure aux ministres du dieu , sont des conjcctui*es qui ne s'appuient sur rien de solide. Sans doute , le temple
10 l'asglépieion b'athènbs.
j de Thémis (îtait voisin de TAsclépieion (I); mais aucune inscrip- Ltion, aucun monument provenant des fouilles ou découvert antérieurement ne révèle Texistence de ce temple à Tendroit des ruines dési^j^nées par la lettre C. Pour Isis , on ne sait même pas si elle avait une chapelle dans ce quartier de Tancienne Athènes (2). Rien ne prouve , dans tous les cas , q\xe cette chapelle ait été là où la place M. Kœhler. Quant aux Nymphes , elles étaient honorées sur la pente méridionale de TAcropole : un ^îcfsur lequel on lit le mot Nua^ûv et un fragment de dédicace , trouvés dans les fouilles récentes , paraissent l'attester (3) ; mais cela ne prouve nullement que leur autel fût situé à Tangle Sud-Est du temple C , ni que la source H fût leur source. Enfin, il est probable que dans le péribole de TAsclépieion un ou plusieurs bâtiments étaient destinés à loger les ministres du culte : c*était Tusage qu'il y eût près des temples des édifices spéciaux servant d'habitation au prêtre et à ses subordonnés (4) ; mais rien n'indique que ces bâtiments fussent ceux dont le portique B offre le plan. Bien des monuments demeurent pour nous des énigmes dans cet espace compris entre le théâtre de Dionysos et l'extrémité occidentale de la terrasse Ouest. L'espèce de ^lïîts (I) situé à rOuest du portique EEF* et flanqué de quatre colonnes dont on distingue encore la trace, nous embarrasse fort ; des substructions , des fragments de murs se rencontrent çà et là , dont la destination nous échappe. Il faut en constater l'existence , |sans vouloir à toute force en trouver la signification.
Toutefois, si Ton aime les conjectures, il en est une plus simple que toutes celles que nous venons d'exposer : c'est celle qui consisterait à voir dans les temples C et D les deux temples mentionnés par l'inscription de Dioclès. C'est une pure hypothèse, qui ne vaut guère mieux , hâtons-nous do le dire, que les hypothèses de M. Kœhler : elle a du moins pour elle la symétrie frappante do
(1) Pausanias, I, 22. 1.
(2) Voir Kœhler, Mitth. d, d. arch, Inst. in Àthen , II, p. 256 et suiv. — Cf. p. 248.
(3) 'Ae^vatov, V, p. 330, n. Il ; Kœhler. MUlh., etc., II, p. 248.
(4) Pausanias, X, 32, 12 : ItaoCoiç ôè àtrwtsow TiOopsa; £€3ojir,y.ovTa vao; imiy
LE TEICPLE. 11
deux compositions architecturales contiguësTunc àTaulre el l'enfermant toutes deux lesmcmcs olcmeuts, un temple, des portiques, une source. D'autres divinités , comme Tliémis , les Nymphes , Aphrodite , pouvaient être adorées dans le voisinage du temple G. L'Asclépieion contenait sans doute les statues ou les autels d'un certain nombre de dieux associés au dieu de la médecine : sans parler des enfants d'Asclcpios, les inscriptions et les bas-reliefs trouvés sur Tune et l'autre terrasse nous montrent Déméter, GorCj Héraclès, Hypnos, etc., honorés dans le sanctuaire du dieu guérisseur ; l'autel sur lequel est gravé le mot NufAf <5v porte aussi les noms de Pan , d'Hermès , d'Aphrodite et d'Isis. La présence , dans l'Asclépieion , de ces divers monuments n'empêcherait en aucune façon de faire du temple G l'un des deux temples d'Asclépios et d'Hyffieia. De même , une église placée sous le patronage de la Vie^è ou de quelque saint, objet d'un culte local, contient souvent un nombre plus ou moins considérable de chapejles consacrées à d'autres saints. L'Asclépieion aurait ainsi été î)oiirvu de deux sources , bien que les auteurs anciens n'en mentionnent qu'une seule, peut-être à cause des légendes qui y étaient attachées ou des vertus particulières de l'eau qu'on y puisait (1). Go ne sont là , encore une fois , que des conjectures. La seule chose qu'on puisse affirmer , c'est qu'Asclépios avait deux temples, et que ces deux temples, avec leurs dépendances, occupaient probablement toute la superficie des terrasses Est et Ouest. Le sanctuaire couvrait ainsi un espace d'environ cent mètres de long.
Des deux temples , lequel avait été construit le premier? C'est ce qu'il est difficile de déterminer.'Tous les âges se confondent sur Tune et l'autre terrasse : à côté d'édifices qui paraissent très anciens , d'autres appartiennent aux temps romains et sont , ou à peine antérieurs , ou même postérieurs au commencement de notre ère. Considérons , par exemple , le temple G : les soubassements , en pierre du Piroe , attestent la bonne époque de l'architecture grecque. Cette petite chapelle , qui n'a que 5«,00 de long sur 4m, 00 de large , était orientée au Sud-Est. Par malheur, aucun dôbri retrouvé dans le voisinage ne permet d'en essayer la
(1) Xénophon. Mémorables, III, 13. 3 ; Pline. Histoire naturelle^ II. 106, 3, éd. Lemairc ; Pausanias. T. 91. A. fî'i»st à la soiutp. rlft U tprrn««n Oiipisl: nuft a*» r»n-
1^ l'asglépibion d'athènbs.
restauration ; il semble qu'elle ait eu la forme des temples dits in antis{l). Le temple D, plus vaste (il a 8«,90 de long sur 4",30 de large), est bien postérieur : la construction des soubassements indique une date relativement récente (2). D'autre part , près du temple le plus ancien (C), se trouvent les restes d'un portique (B) probablement postérieur, suivant M. Kœhler , au portique d'Âttale, qui fut construit entre les années 159 et 138 avant l'ère chrétienne. Ce portique , qui garde encore la trace du pavement de mosaïques qui le décorait à rintorieur, mesure 27«n,80 sur 13«,00(3). Au contraire, le portique de la terrasse Est (EEF*), voisin du temple le plus récent (D) et plus grand que l'autre (il a 30«»,00 de long) , paraît être du quatrième siècle ou du commencement du troisième. Le stylobate en marbre, de THymette , sur lequel reposaient les colonnes de la façade , montre en eflFet qu'il ne peut être antérieur à cette époque , le marbre de l'Hymette n'apparaissant dans les édifices athéniens que vers le milieu du quatrième siècle avant J.-C. ; il ne doit pas être non plus très postérieur à l'an 300 , le fini de la construction révélant dans les soubassements une époque encore belle de l'art. Tout , d'ailleurs , dans ce portique , n'appartient pas à la même époque. La colonnade qui régnait sur toute l'étendue de la façade est d'une époque très postérieure , à en juger par les quelques fûts de colonnes qui subsistent encore : ce sont des colonnes doriques à cannelures pleines jusqu'à mi-hauteur , comme celles des villas gréco-romaines d'Herculanum et de Pompéi (4).
Ces exemples suffisent pour faire voir combien il est malaisé de dire quels furent les premiers monuments dont la réunion composa l'Asclépieion. Chacun des bâtiments qui couvrent les deux terrasses dut être réparc plus d'une fois ou même refait de fond en comble , grâce au zèle pieux des prêtres , à la munificence de l'Etat et des particuliers. Le souvenir de quelques-uns do ces agrandissements ou embellissements de l'Asclépieion nous a été conservé par les inscriptions. Les premiers en date semblent dus à la générosité d'un certain Tclémachos, qui vivait au quatrième siècle : il avait consacré à Asclépios un autel , ainsi que nous
vée dans les fouilles récentes (1). Plusieurs fragments encore iiiédits de la même inscription paraissent indiquer que Tolémachos n'était pas le seul qui se fût montré pieux et libéral envers le dieu. D'autres personnes , en même temps que lui, s'étaient signalées par des actes analogues : leurs noms se lisent sur un des fragments non publiés ; mais le caractère de leurs donations nous échappe (2). Le môme Télémachos est encore mentionné dans une inscription comme ayant dédié un objet dont nous ignorons la nature à Asclépios et aux divinités qui lui étaient associées (ô[it.({fu»tAot) (3).
Les renseignements les plus nombreux que nous possédions sui' rhistoire des différents bâtiments du sanctuaire nous sont fournis par les inscriptions de l'époque romaine. On a vu tout à l'heure les travaux d'architecture signalés par le décret rendu en faveur de Dioclès. Un fragment d'architrave d'ordre ionique « porte cette dédicace : « A Asclépios et à Hygieia, pour le salut (?) j de Tibérius César... » M. Koumanoudis incline à croire que cette architrave est celle du portique de la terrasse Ouestr, qui est un portique ionique, et près duquel elle a été trouvée : Tinscription , dans tous les cas , rappelle la construction ou la réparation d'un édifice important bâti ou relevé sous le règne de Tibère dans l'enceinte de l'Asclépieion (4). Une dédicace semblable , datée de l'archontat de Démor.harès d'Azénia (29 après J.-C), est gravée sur un énorme bloc de marbre pentélique qui paraît détaché , lui aussi , de quelque portique (5). D'autres travaux moins . considérables nous sont révélés par les inscriptions. C'est un j zacore, Démétrios, fils d'Antiochos, du dème de Sphettos, qui a'' fait refaire le pavement d'un des propylées (6) ; c'est un autre
(1) *Ae^vaiov, VI, p. 138, n. 15. L'inscription est ^toixt^Sov. M. Koumanoudis la lit ainsi :
T]T)X£piaxo; t8[pu(TaT0 (?) . . . ov xai TÔv pci)[(iôv
otç •A<J<i7t[Xi^ici...
Aiç 'Aff(Tx[>Tim...
• xai
(2) Voir l'Appendice.
(3; 'AÔT^vaiov. VI. D. 137. n. 14; Kœhler, Miith. d. d.arch. Inst. in Athen, II,
14 l'asglépieion d^athènes.
zacoi-e , Mcuécratès , fils de Kcnsôreinos, de Phalère, qui ca fait remettre h neuf la table sacrée d'Asciépios (1) ; c'est un certain Socratos , flls de Sarapion , du dème de Képhissia , qui , sans doute pendant qu'il était prêtre, a réparé la source (nous ne savons laquelle) et la porte qui y donnait accès (2). Toutes ces réparations et bien d'autres, qui ne nous sont signalées par aucun texte épigraphique , parce que les inscriptions qui en faisaient mention n'ont pas été retrouvées , expliquent comment il se fait que , près d'un édifice ancien , on en aperçoive souvent un autre beaucoup plus récent : de là l'impossibilité où Ton est de décider quels furent les premiers bâtiments de TAsclépieion, ni où s'élevait le plus ancien des deux temples du dieu.
Il est permis de croire cependant que ce fut sur la terrasse la plus rapprochée du théâtre de Dionysos qu'on bâtit tout d'abord. Ce qui semblerait le prouver , c'est la position du temple D relativement à deux murs (P , Q) à peu près parallèles l'un à l'autre et dirigés tous deux de l'Est à l'Ouest. L'un de ces deux murs marquait probablement de ce côté la limite de l'Asclépieion : la situation de l'un et de l'autre par rapport au temple D paraît , dans tous les cas , correspondre exactement aux indications données par l'inscription de Dioclès , où il est dit , on s'en souvient, que Tancien temple d'Asciépios faisait face à l'une des deux entrées du sanctuaire , face aussi , par conséquent, au mur d'enceinte dans lequel cette entrée était pratiquée. Il en résulterait que le temple D était bien l'ancien temple d'Asciépios et d'Hygieia, comme le suppose M. Kœhler, mais que nous avons sous les yeux , dans les débris d'époque récente qui en restent , une restauration très postérieure à la première construction. L'autre temple , si l'on admet qu'il ait été situé sur Tautre terrasse à l'endroit désigné par la lettre C , aurait été bâti entre la première construction du temple D et sa rcédiflcation. L'Asclépieion , resserré d'abord dans l'espace occupé par la terrasse Est , se serait agrandi avec le temps en s'otendant du côté de l'Ouest.
Nous arrêterons là l'étude que nous nous étions proposé de faire de la topographie du sanctuaire du dieu médecin. On voit quelles étaient les dimensions probables de ce sanctuaire et quels monuments le remplissaient. Deux chapelles , toutes deux consa-
prêtre et aux divers ministres du culte , des autels votifs et des édicules de différente forme et de différente gmndeur, dédiés à des divinités auxquelles on rendait, dans Tenceinte ,.racme de l'Asclépieion , de pieux hommages , telles étaient les principales constructions qui s'élevaient dans le péribole sacré du dieu guérisseur. C'est cet ensemble d'édiûces répandus sui» les deux terrasses comprises entre le théâtre de Dionysos et le mur d'appal'eil polygonal (S) situé à TOuest du temple C , qui portait le nom d'Asclépieion.