LES MINISTRES DU CULTE. 9J
sions nommées par le peuple pour dresser les inventaires d'offrandes , ou , s'il ne les présidait pas , il en était un des membres les plus importants (I). Gardien des richesses que renfermait le sanctuaire , des ex-voto en or et en argent , de tous les objets précieux qui constituaient le trésor de TAsclopieion , son devoir était de veiller à la conservation de ces biens. Les inventaires nous donnent sur ces fonctions du prêtre de curieux renseignements : on y voit avec quel soin les moindres accidents arrivés aux objets confiés à sa garde, les moindres particularités relatives à ces objets étaient notés par lui. Ici , il signale telles offrandes comme vieilles (2) ; là, il fait remarquer que sur dix drachmes (?) consacrées par la même personne, il en manque trois (3). Partout , d'ailleurs , dans les inventaires, on sent l'action du prôtre ; -à chaque instant elle nous est révélée par des phrases comme celles-ci, dont le sens est encore pour nous bien obscur : « Objets d'argent qui se trouvent chez le prôtre... (4). » — « Voici ce qu'a ajouté le prêtre d'Asclépios (5) , • etc.
Jusqu'ici , il n'y a rien , dans ces devoirs vSacerdotaux , qui soit propre au prêtre d'Asclépios. Telles étaient , à peu de chose près , les obligations des autres prêtres athéniens. S'occuper des sacrifices, veiller, les jours de fête, à la décoration du temple, offrir le repas sacré, garder les richesses du sanctuaire , étaient des charges imposées par les lois à tous les prêtres et à toutes les prêtresses (G). N'y avait-il aucune fonction spéciale qui distinguât le sacerdoce d'Asclépios des autres sacerdoces ? Un passage d'une inscription d'Asie Mineure, dont la provenance exacte est inconnue, fait allusion à certains devoirs particuliers, semble-t-il , au prêtre d'Asclépios et d'Hygieia : il y est dit que le prêtre doit veiller à ce que le portique bâti dans le sanctuaire et destiné à
(i) Voir *AOif)vaiov, V, p. 103, n. t3 : TàSe xa6etpéOY}, irapovTOc tov tepéciK toO 'A(rx>r,mou EO<rTpdTov Otvaîov... — Sur ces commissions, voir plus Iold, chapitre IV.
(2) 'Aôi^vaiov. VII. p. 87. n. 2, 1. 7 : Muvviov P • TavTotç Iç>ti 6 t«pt(vç) EuvixiSt); *AXai(eOc) iraXaià; cTvai.
(S) ibtd., VII , p. 87. n. 2, 1. 2 : M-wiçapinj A • èXXeiiiei H-h • xautoç «eTv h^ àiroôoOvai AioxXéa MDppi(vov9tov).
(4) Bull, de corr. hellén. , II . p. 425 , 1. 62 : Tod' iattv àpYvpS icopà x&i UpeT...
(5) Tbid., II. p. 426, 1. 74 : [T]a8e iïpo<ncapé6ciixev Upeù; 'A[(jxXïjic]ioO. — Cf. 1. 78, etc.
(6) Sur ces questions et sur les prêtres d'Athènes en général, voir J. Bfartha, Les sacerdoces athéniens, Pari^, Thorin, 1881.
26 l'asglépieion d'athènbs.
loger les suppliants soil toujours propre : [...Imfup^o^c Sk aMnt
xal t8ç 9T0tS[ç t8ç h] Tâ>c 'Ainàn-Kulm Stoùç xaOap[à ^i ] (1). Il est
certain que ces malades qui venaient chercher la guérison dans TÂsclépieion créaient au prùtre des obligations multiples et toutes différentes de celles qu'avaient à remplir les autres prêtres. Il y avait là probablement une surveillance continuelle à exercer , peut-être une police intérieure à faire dans le sanctuaire, des soins matériels à donner. Quel était le rôle précis du prêtre dans ces diverses fonctions î Nous Tignorons ; toujours est-il que le va-et-vient des suppliants ne pouvait lui être indifférent. Les cures qui s'opéraient autour du temple s'opéraient peut-être en sa présence; s'il n'y était pour rien, il y assistait ou tout au moins il en était informé. Investi du droit de contrôle sur tout ce que pouvaient faire ou subir les malades dans l'enceinte du péribole sacré , maître absolu dans l'espèce d'hôpital
(1) 'AOifvatov, 711, p. 207. n. 2, 1. 24. — Dans un fragment de décret découvert sur la pente méridionale de l'Acropole , on lit : [... xàç xa]0' ixoumiy i)i|iipav ytvo(Uva< Oe[paTre(a;...]. Voir C. i. i4., II, 1, Addenda et corrigenda, 453^ !• lS-19. Le mot Oepairetoç, dont la restitution ne paraît pas douteuse, semble au premier abord ne pouvoir être traduit que par cures ou soins donnés à des malades, et la place de ce mot dans le décret honorifique oU il se trouve porterait à croire que ces soins sont une des causes pour lesquelles le prêtre dont il est question, et dont le nom a disparu, a été récompensé. Ce serait , croyonsnous, faire un contre-sens que d'expliquer ainsi xàç OeponceCo;. Bcpdnccuw a, dans la langue religieuse des Grecs, un sens tout particulier et très précis. Il désigne l'ensemble des soins matériels donnes par le prêtre au sanctuaire qu'il est chargé d'entretenir, repas offerts au dieu les jours de fête, toilette de la statue du dieu, nettoyage de la table sacrée et des ustensiles employés dans les cérémonies du culte . etc. Tout cela constitue le service de la divinité , 6epaireCa. Voir Le Bas et Foucart, Mégaride et Péloponnèse, 352^, commentaire de M. Foucart, p. 213, col. 1 (comment, des lignes 2-7). Un décret orgéonique d'Athènes donne une idée très exacte du sons de Oepaiceûo> : une prétresse y est récompensée pour s'être bien et pieusement occupée toute l'année des déesses au service desquelles elle était, tôv évtsuTèv xoiXciâç xal cOdeSûc fiietéXeaev depairevou^a Tàc 6sdc. Voir Foucart, Associations religieuses, p. 196, n. 8. 1. il et suiv. Si l'on consulte les textes, on trouve, par exemple . dans Euripide, Ion,, y. 111. l'expression Oepaiceuetv vaou;. Platon, République, V, 469a, se sert de 6«paicevo> pour désigner les soins dont on doit entourer les tombeaux des soldats morts à la guerre , a>; ôaiiiovcùv. oCttù Oepaiceu<TotAév tc xai icpo(Txuvri<TO{t.ev aOrûv tàc ^xaç^ Dans ces différents passages. Oepaiceûb» s'applique, comme on le voit, à des actes religieux parfaitement déterminés et d'un ordre tout matériel. Cest , suivant nous , dans ce sens qu'il faut prendre le mot OepaTceio; de l'inscription 453^ du Corp. inscr, attic. Ce mot fait allusion au zèle quotidien avec lequel le prêtre s'est acquitté de toutes ses fonctions durant son sacerdoce, et ce serait se tromper que d'y voir un souvenir des soins donnés par lui aux suppliants qui venaient invoquer Âsclépios dans son sanctuaire.