II. — ■ Les fêtes
Deux grandes fêtes se célébraient dans l’Asclépieion : les ’Eirt- Saupta et les 1 2 3 4 5 6 7A<jxXr]7tiEM(. A ces deux fêtes, il faut, semble-t-il, en
(1) C. I. A ., Il, 1 , Addenda nova , 477b. Voir Foucart, Mémoire sur les colonies athéniennes au cinquième siècle, p. 384, dans les Mémoires présentés par divers savants , etc., 1878.
(2) C. 1. A., II, 1, Addenda et corrigenda, 453b, 1. 6 : 6êou0[uxvi<je]. — Cf. 453°,
(3) C. I. A., II, 1, Addenda et corrigenda, 453b, 1. 16.
(4) ’AQiî v ouo v, VI, p. 134, n. 9, 1. 16.
(5) C. I. A., II, 1, Addenda et corrigenda, 453b, 1. 11 ; 453e, 1. 11.
(6) C. 1. A., II, 1, Addenda nova, 373b, 1. 18.
(7) C. 1. A., II, 1, Addenda et corrigenda, 453b, 1. 8 et 17, 453e, 1. 8 ; Addenda nova, 373b, 1. 19 ; ’Aôfj v ai o v, VI, p.^137, n. 13, 1. 7.
l’asclépieion d’athènes.
ajouter une troisième , signalée par quelques-unes des inscriptions trouvées sur la pente Sud de l’Acropole, les 'Hpwa.
A. ’EmSaupict. — C'était la principale et la plus populaire des fêtes d’Asclépios. Elle avait lieu au mois de boëdromion (aoûtseptembre), au milieu des cérémonies qui accompagnaient la célébration des mystères d’Eleusis. Sans doute elle avait été fondée en l’honneur de l’initiation du dieu médecin. D’après une légende probablement très ancienne, mais qui n’apparaît que tard chez les auteurs, un jour que les Athéniens accomplissaient à Eleusis les mystères de Déméter et de Coré , Asclépios était venu d’Epidaure vers le soir pour se faire initier et prendre part à la fête : de là l’institution des Epidauria, destinés à perpétuer le souvenir de cette miraculeuse visite et de cette initiation divine aux mystères des Deux Déesses (1).
On sait de quelle obscurité sont encore enveloppées pour nous les Eleusinies. Sans aborder toutes les difficultés d’un pareil sujet, ce qui serait sortir des limites de ce travail , essayons de nous rendre compte de la place qu’y tenait la fête d’Asclépios, du jour où elle se célébrait , de la manière dont elle se trouvait comme encadrée au milieu des solennités éleusiniennes.
C’est le 16 de boëdromion qu’avait lieu le premier acte du grand drame mystique joué par une partie du peuple athénien en l’honneur d’Iacchos , de Déméter et de Coré. Ce jour-là, aux cris de a aXaSs , u.uarai ! » les mystes , sous la surveillance de magistrats spéciaux, conduisaient à la mer les victimes qu’ils devaient sacrifier, les porcs qu’ils devaient offrir aux déesses , pour les laver dans l’eau salée. Cette journée tout entière était consacrée à des purifications préliminaires (2). Mais auparavant, d’autres préparatifs avaient été faits. Dès le 13 , les éphèbes, conduits par leur cosmète, s’étaient rendus à Eleusis, et le 14, ils en avaient amené en grande pompe les îepd, qu’ils avaient escortés jusqu’à l’Eleusinion d’Athènes (3). Qu’était-ce que ces îepd? Peut-être les sta-
(1) Pausanias, II, 26, 8 : Tà yàp AaxXiqTtista £Ûpî<7X(j) Ta èiuçavéffxaxa è? ’Eiti- SaOpou. Toùto |xèv yàp 1 2 3A07)vaîoi xrjç xeXexîiç XÉyovxeç ’AaxXï)iutS ptexaSoCivat xrjv ■fipipav TauTT)v ’EmSaûpia ovop.àÇoum, xai 0sov ait’ èxsivou çaxiv ’A<7xXr]Trt6v <79117 1 vop.i<70?jvai. — Cf. Philostrate, Vie d’Apollonius de Tyane , IV, 18 : ... xouxi S’sv6|M<rav ’A<7xXr]7Uo\; ëvexa, Sri ôrj èjxuY]<Tav oàixèv vîxovxa 3Eiu8aup60sv ovpè p.uarï]pîwv.
(2) Voir A. Mommsen, Heorlologie, p. 222 et suiv., p. 246 et suiv.
(3) Voir C. I. A., III, 1, 5, 1. 6 et suiv. : ... [8e86j(0ai] tw 8rj;x<)) Trpoafxàijai] xü xocrp-rixii xtôv [è^ëwv x]axà xà àp^aîa v6pu[p.a âjyeiv ’EXêuatvàoe xoù[ç ècpr)ê]ovç xîj TpîxV] stcî 8é[xa x]oü (3or)8pop.iàivoi; p,s[xà xo]ü eïSiupivou <7X^[ra [xoç] xïjç ap,a tepoï;
LES CÉRÉMONIES PUBLIQUES
tues de Déméter et de sa fille , de ces idoles en bois dont tous les sanctuaires possédaient plusieurs (1), et qui, légères et portatives, pouvaient facilement figurer dans les processions *dans les repas sacrés, etc. Ce qui le. ferait croire, c’est que les Upd venaient d’Eleusis accompagnés du <paiSuvtv)ç des Deux Déesses, lequel, dès l’arrivée de la procession à Athènes, se mettait en rapport avec la prêtresse d’Athéna et lui signifiait la présence des Up« et de leur escorte dans la ville (2). Or on sait que le cpatSuvx-fc était le fonctionnaire spécialement chargé d’entretenir les statues sacrées, de les nettoyer, de les parer les jours de fête (3). S'il suivait les tspa, c’est donc que ces hpa étaient les imagos mêmes sur lesquelles il devait veiller.
Les cérémonies qui remplissaient la journée du 15 nous sont tout à fait inconnues. Sans doute, les mystes se rassemblaient et arrivaient de tous les points de l’Attique (4). Le 16 , après la proclamation dos mystères, 7tpo'ppY]<nç, avaient lieu les purifications (5). C’est le 17 ou le 18 que se célébraient les Epidauria. Nous n’avons sur la date exacte de cette fête que le témoignage suivant de Philostrate : Tà S’ ’EiuSauptot [/.etoc irpoppyjaiv te xod tspsïa Seïïpo [aoeïv ’AOï)vatotç Ttdxpiov lirl Ouai'oc SsuxÉpa (6). M. Mommsen penche pour le 18 (7). D’après lui, les tEpsTa désigneraient, dans la phrase de Philostrate, le second jour des Eleusinies, le jour où l’on sacrifiait les victimes ou une partie des victimes purifiées la veille. Ce qu’il y a de
7to|j.up5(; , (]vi t r\ xexpàSt È7tl Séxa 7ra[pa7r]sp.<j;(i)<7iv xà ispà (j,é[xpi] xoü ’EXeuarviov xou ÜTtô [x^ 7t]6Xei, etc. Cf. Dittenberger, Hermès, I, p. 405-420. D’après M. Dit— tenberger, ce décret daterait du règne de Marc-Aurèle ; il aurait eu pour objet de rendre aux mystères d'Eleusis leur primitive splendeur. Les expressions xaxà xà àpyaïa vôjjupia font évidemment allusion à la manière antique de célébrer les Eleusinies. Cf. C. I. A., III, 1, 6.
(1) Voir, C. I. G., 155, les différentes statues d'Artémis que renfermait sur l'Acropole le sanctuaire d’Artémis Brauronia.
(2) C. I. A., III, 1, 5, 1. 13 et suiv. : ... èneiSri xai 6 çaiou vxrjî xotv 0e[oïv] àyyéX- Xei x[<xx]à xà itâxpia x^ lepeia xîjç 3A0r)vàç a>ç [f|x£i xà] iepà x[ai] f) uapa7tép.7tov<7a arpaxià...
(3) A. Mommsen, Heortologie, p. 236.
(4) C'était l’àyupixo;, qu’Hésychius appelle le premier jour des mystères, xwv [ruoxriploùv -fipipa ixpcoxï). Voir Hésychius, au mot àyupp.6ç. — Cf. A. Mommsen, Heortologie, p. 225.
(5) Voir, Heortologie, p. 222 et suiv., les textes cités par M. Mommsen et les raisons alléguées par lui pour démontrer que le 16 était bien le jour àXaSs
(juja-xai.
(6) Vie d’Apollonius de Tyane, IV, 18.
(7) Heortologie, p. 226. Dans l'état actuel de la science, reprendre la discussion nous paraît inutile. Il faut attendre la découverte de documents nouveaux.
l’asclépieion d’athènes.
sûr, c’est que si les Bpidauria se faisaient en effet le 18 , le 17 au soir commençait la veillée sacrée qui paraît avoir toujours précédé les sacrifices publics (1). Après la toxwu^i'ç, le matin de bonne heure, le prêtre égorgeait la victime.
Nous ignorons ce qui se passait dans l’après-midi. Nous savons cependant que des canéphores et des arrhéphores figuraient dans la fête (2). Cela ferait supposer qu’une partie de la cérémonie consistait en processions. Peut-être les statues de Déméter et de Corô, déposées dans l’Eleusinion, étaient-elles portées triomphalement jusqu’au temple d’Asclépios ; peut-être leur faisait-on visiter successivement tous les sanctuaires ou quelques-uns des sanctuaires construits autour de l’Acropole. Parties de l’Eleusinion , dont l’emplacement n’est pas connu , mais qu’on suppose généralement avoir été situé au pied du versant oriental de la citadelle (3) , elles auraient été conduites d’abord à l’Asclépieion , ensuite au sanctuaire de Déméter Chloé , bâti à l’extrémité du terrain qui s’étend à l’Ouest du théâtre de Dionysos. Il y aurait eu là quelque chose d’analogue à ce qui se passe dans certaines de nos fêtes : ces chapelles diverses par lesquelles on promenait les divinités auraient été comme autant de reposoirs , où l’on s’arrêtait pour offrir des sacrifices et prononcer de solennelles invocations. Ce qui paraît certain, c’est que les Epidauria ne se prolongeaient pas au delà de la soirée du 18 boëdromion. Le lendemain
19, après de nouveaux sacrifices, les Upa étaient ramenés à Eleusis, accompagnés cette fois de l’image d’Iacchos. Les éphèbes faisaient, comme la première fois, cortège à la procession : tous en armes et couronnés de myrte , ils marchaient en bon ordre , prenant part aux sacrifices et aux libations qui avaient lieu pendant la route et chantant de pieux pæans (4). Ce jour mettait fin à la première partie des Eleusinies, celle qui se passait à Athènes. Du
20, jour où la procession arrivait à Eleusis , au 25, s’accomplissaient les mystères proprement dits, la veillée mystique, les scènes symboliques, les offrandes, suivies de jeux et de représentations théâtrales.
(1) Voir C. I. A., II, 1, 163 : ... xoùç Sè teponoioù? xoùç Sioi[xouvxa; x]à Iïava- Ôrjvata xà xax’ èvtoaixôv uosïv xr)v 7ta[vvu/iSa] wç y.a).),t'jxr,v x^j 0eâ> xal x^v Tto|X7r7)v Ttéfjt/rtspv âjjia r)]Xi(p àviovxi. Dans ce règlement cFes Panathénées, la 'Ka.vwyJ.ç > mentionnée avant la tcojjltxv) , montre bien le rapport de temps qu’il y avait entre ces deux actes religieux.
(2) C. I. A., III, 1, 916 ; C. I. A., II, 1, Addenda et corrigenda, 453b.
(3) Voir E. Curtius et J. A. Kaupert, Atlas von Athen, pl. II.
(4) C. I. A., III, 1, 5, 1. 22 et suiv.
LES CÉRÉMONIES PUBLIQUES
Au nombre des monuments découverts parmi les ruines de l’Asclépieion, se trouve un bas-relief qui, sans donner de détails sur la manière dont étaient célébrés les Epidauria, se rapporte évidemment à cette fête et présente un grand intérêt. On y voit figurée la scène suivante (1). A l’intérieur d’un temple semblable à ceux qui forment le cadre ordinaire des ex-voto consacrés à Asclépios et à Hygieia, neuf personnages sont groupés. A gauche, Déméter , assise sur un siège massif, de forme cylindrique, a la main gauche levée et regarde vers la droite ; derrière elle , Goré debout, les cheveux épars sur les épaules, tient des deux mains une double torche qu’elle incline au-dessus de la tête de sa mère ; devant Déméter, Asclépios s’appuie sur un bâton, la main droite sur la hanche , dans le costume et l’attitude où il est souvent représenté sur les plaques votives. La partie droite du basrelief est occupée par six personnages d’une taille inférieure à celle des trois divinités , six hommes barbus vêtus d’un simple manteau qui laisse à découvert la poitrine et l’épaule droite.
Sur l’architrave de l’édicule on lit : E ,[0e]o|wpi87]<; , ,
Mvyjcriôsoç. En bas, dans cinq couronnes , on déchiffre ces cinq noms : [0e]o§Mptàr|Ç IIoA>xpaTo(u)ç, 2c6ffTpaTo[ç] ’EîttxpaToQjç , 5Etc£u/J-/]ç] Aieu/o(u)[ç, AjiaxpiToç Ateu^o(u)ç, M[v]t)[<j(0eo; Mv]ïi<n9éo(u).
Ce bas-relief, décrit et commenté déjà plus d’une fois (2), est loin d’offrir un sens facile à saisir. Que représentent ces six personnages en adoration devant Asclépios , Déméter et Coré ? Que signifient ces noms, au nombre de cinq seulement, inscrits dans des couronnes? Quel rapport y a-t-il entre eux et les trois noms gravés sur l’architrave de l’édicule? Toutes questions fort embarrassantes et d’autant plus mal aisées à résoudre, que l’inscription de l’architrave est incomplète et que le mot qui manque est peutêtre un mot important.
On peut affirmer cependant que ce monument a trait aux Epidauria : la réunion d’Asclépios, de Déméter et de Coré semble une raison décisive en faveur de cette interprétation. Dans aucune autre circonstance on ne trouve, en effet, ces trois divinités aussi étroitement unies les unes aux autres. Les Epidauria étaient, à notre connaissance, le seul jour de l’année où fût célébrée une fête solennelle en l’honneur d’Asclépios et des déesses d’Eleusis.
(1) Voir la planche II.
(2) Voir Bull, de corr. hellén., I, p. 163, n. 32, et II, p. 87 et suiv. ; Kœhler, Mitth. d. d. arch. Inst, in Athen , II, p. 243, pl. XVIII; Von Duhn, Archaologische Zeitung, 1878, p. 153 et suiv., n. 41.
l’asclépieion d’athènes.
Le rapprochement des trois personnages divins sur le bas-relief qui nous occupe est donc un souvenir évident des cérémonies communes qui réunissaient ce jour-là Déméter, Goré et le dieu médecin (1).
Le lien qui existe entre le sujet de la scène représentée et les Epidauria est moins facile à deviner. Il paraît certain que les six personnages groupés dans la partie droite du bas-relief sont des magistrats ou des fonctionnaires qui ont été choisis par le peuple pour jouer dans la fête un rôle considérable; la solennité passée, ils ont reçu, en récompense de leur zèle, des éloges publics et une couronne, et, suivant un usage fréquent, afin de se montrer reconnaissants envers les trois divinités qui leur ont valu ces marques de la faveur populaire, ils ont consacré à ces divinités un monument rappelant à la fois la fête dont ils ont été les présidents ou les organisateurs, et l’éloge dont cette fête a été pour eux l’occasion. C'est ainsi que les chorèges vainqueurs offraient à Dionysos le trépied qui était le prix de leur victoire. L’habitude de rapporter à la divinité l’honneur conquis à son service est un des traits les plus communs de la religion et de la civilisation helléniques.
Un second fait non moins évident, c’est que l’inscription gravée sur l’architrave de l’édicule se composait de deux parties tout à fait distinctes l'une de l’autre. En effet, le premier mot, dont il ne reste plus que la lettre initiale , E , suivie d’un jambage vertical, était écrit en lettres espacées, tracées avec soin et d’une main sûre, tandis que les trois noms qui suivent, gravés en caractères plus petits, plus serrés, moins réguliers, ont l’air d’avoir été ajoutés postérieurement (2). Il y avait donc là deux inscriptions différentes, et le mot ou les mots représentés aujourd’hui par l’unique lettre E, suivie d’un jambage vertical, étaient indépendants des trois noms propres qui viennent ensuite.
Nous verrions volontiers dans cet E la première lettre du mot
(1) Cf., à propos de l’association d’Asclépios avec Déméter et Coré, un basrelief votif sur la paroi extérieure duquel est figurée Déméter coiffée du modius, une torche dans chaque main, "Bull. de corr. hellén., I, p. 163, n. 33. Voir aussi une dédicace aux déesses éleusinienues trouvée dans les fouilles de l’Asclépieion, Kœhler, Mitth. d. d. arch. Inst, in Athen, II, p. 243. — Cf. le siège du théâtre de Dionysos destiné au prêtre d’Asclépios Héros (Paion, d'après M. Dittenberger, C. I. A., III, 1, 263), dans Vischer, Kleine Schriften, Leipzig, 1878, II, p. 343 et 360. — Cf. enfin Bull, de corr. hellén., II, p. 84.
(2) Telle est aussi l’opinion de M. Kœhler, Mitlh. d. d. arch. Inst, in Athen, II, p. 243.
LES CÉRÉMONIES PUBLIQUES. 45
EriAÂYPIÀ. La largeur delà cassure permet une semblable restitution (i); le jambage qui suit E est, en outre, tel, que la lettre à laquelle il appartenait ne peut avoir été qu’un f, un S, un N ou un p. Pourquoi, si le monument se rapporte aux Epidauria , n’y aurait-il pas eu sur l’architrave de l’édicule une sorte de titre destiné à faciliter l’intelligence delà scène représentée? La place même occupée par le mot qui manque, au centre de la composition, confirmerait cette hypothèse.
Ce qui ne paraît pas douteux , c’est le sens des trois noms propres gravés à droite de la cassure : ils désignent les personnages au-dessus desquels ils sont placés. Tel est en effet l’usage à la belle époque de la sculpture : certains bas-reliefs, dont le sens un peu vague serait difficile à saisir du premier coup, portent des légendes qui en rendent l'interprétation plus commode et plus sûre. La Boutaj, figurée en tête d’un décret sous les traits d’une femme à la taille élevée , serait peu reconnaissable , si l’on ne distinguait au-dessus de sa tête le mot BOA H écrit en toutes lettres (2). S’agit-il d’exprimer l’alliance d’Athènes avec la ville de Kios en Bithynie? L’artiste imagine une Athéna de haute stature tendant la main à un personnage plus petit qu’elle au-dessus duquel on lit le mot KIOZ (3). Sans aller si loin, parmi les exvoto trouvés sur la pente méridionale de l’Acropole, plusieurs sont munis de semblables légendes. Sur un bas-relief très mutilé représentant Asclépios assis et, derrière lui, Machaon debout, un manteau sur les épaules, on lit : [AIKA]HP!QI, [MjAXAHN (4). Ailleurs, deux suppliants, qui devaient être suivis de plusieurs autres (le bas-relief est brisé cà gauche), offrent à Asclépios des gâteaux et des fruits ; au-dessus de leurs têtes , on distingue ces deux noms : NIKIÂZ OHOEN , MNHIIMAXOZ AXAPNEYZ (5). Ainsi, c’était un procédé familier à la sculpture grecque que ces commentaires écrits destinés à rendre intelligibles à première vue les représentations allégoriques ou les scènes de la vie
(1) Voir, sur les dimensions de la cassure, la grandeur des lettres dont se composait le mot qui a disparu, etc. Bull, de corr. hellén., II, p. 88.
(2) Schone, Griechische lieliefs, pi. XXII, n. 94.
(3) Id. ibid., pl. IX, n. 53. Cf. pl. VII, n. 48, pi. XIII, n. 63. Voir, sur les représentations de ce genre, Dumont, Bull, de corr. hellén ., II, p. 559-569.
(4) Bull, de corr. hellén., I, p. 162, n. 30.
(5) Ibid., p. 161, n. 22, et II, p. 73, pl. VIII. Cf. Von Duhn, Milth. d. d. arch. Inst, in Athen, p. 220, pl. XVI. La présence des démotiques ferait croire que ce sont des magistrats ou des personnages chargés de quelque fonction publique, comme ceux qui sont figurés sur le monument relatif aux Epidauria.
l’asclépieion d’athènes.
réelle (1). Les noms gravés à la partie supérieure du monument qui nous occupe sont donc bien ceux des personnages figurés immédiatement au-dessous , et si ces noms sont au nombre de trois seulement , c’est que la place manquait pour en écrire six ; c’est aussi que ces trois points de repère suffisaient pour que, comparant les noms de l’architrave aux noms inscrits dans les couronnes, on reconnût aisément les personnages non nommés, qui, de cette manière, se trouvaient être placés chacun entre deux personnages dont les noms étaient connus.
Il existe, en effet , un rapport évident entre le rang occupé par chacun des six suppliants et l’ordre dans lequel sont disposées les couronnes. La première couronne est celle de Théodôridès , et Théodôridès est la première des six personnes qui viennent rendre hommage à Asclépios et aux déesses éleusiniennes : le nom [0e]oS«ap{8ï)ç , le premier de ceux qui sont inscrits sur l’architrave de l’édicule, ne peut, après ce que nous venons de dire, laisser aucun doute sur l’identité du personnage auquel il appartient. La seconde couronne contient le nom de Sôstratos : Sôstratos sera donc le suppliant qui suit immédiatement Théodôridès. Ce qui le prouve, c’est que le troisième personnage, Epeuchès (son nom , inscrit au-dessus de lui , le désigne assez clairement), a sa couronne au troisième rang, de même qu’il est le troisième dans la série des suppliants ; Sôstratos, dont la couronne vient la seconde, sera donc le second des six individus réunis devant le dieu médecin et ses compagnes. Ici, notre embarras devient grand, car il ne reste plus que deux couronnes et les personnages représentés sont au nombre de trois. Parmi les six suppliants , il y en
(1) C’était, en général, un procédé de l’art grec. La céramique en fournit de nombreux exemples : sur les vases , les dieux et les héros sont souvent désignés par leurs noms, tracés en noir, en blanc ou en rouge de diverses nuances dans le champ de la peinture. Voir à ce sujet les remarques d'Otto Jahn, Beschreibung der Vasensammlung Kônig Ludwigs, Préface, p. cxiv et suiv. Des inscriptions analogues se lisaient sur le coffre de Cypsélus, Pausanias, V, 17, 6, et sur les fresques représentant des anecdotes célèbres de l'histoire légendaire. Pausanias, dans sa description de la Lesché de Delphes et des peintures de Polygnote qui la décoraient (X, 25, 3), fait remarquer que parmi plusieurs personnages dont les noms sont tous indiqués, il se trouve un enfant dont le nom a été omis par l’artiste : ... âia'ypap.p.a Sè oùx ë<m vto toiSL Plus loin, il est dit que Polygnote semble avoir imaginé lui-même les noms des personnages qu’il a représentés : ... twv Ss âXXwv ègoi Soxeîv ôv6p.ara cjuvéOrpcev aùroç 6 noXûyvcoxoç. Cf. X, 26, 2. Voir ce que disent Pline et Elien de la peinture primitive : Elien, Histoires variées, X, 10 ; Pline, Histoire naturelle, XXXV, 5, 2, éd. Lemaire.
LES CÉRÉMONIES PUBLIQUES
a donc un qui n’a pas été couronné : c’était évident à priori , mais nous savons maintenant, puisque les trois premiers l’ont été, que c’est parmi les trois autres qu’il faut chercher celui auquel le peuple n’a pas décerné de récompense. Or, parmi ces trois, nous en connaissons encore un , Mnésithéos , qui est l’avant-dernier, comme l’indique le nom gravé au-dessus de sa tête. Si l’on admet (ce qui se vérifie exactement pour les trois premiers personnages et ce que confirme la place de Mnésithéos) que les six individus se trouvaient nommés de deux l’un sur l’architrave de l’édicule , on en conclura nécessairement que le suppliant placé entre Epeuchès et Mnésithéos est Diacritos , dont la couronne vient la quatrième et qui occupe le quatrième rang dans le groupe des six adorateurs. Il en résultera que le personnage qui n’a pas reçu de couronne sera le dernier, celui qui , sculpté sur le pilastre du temple, semble sortir du cadre* de la représentation et au-dessus duquel on ne distingue aucun nom.
Quel est ce personnage et pourquoi , si nulle récompense publique ne l’associait aux cinq autres, figure-t-il à côté d’eux? Considérons les attitudes diverses des six suppliants et la manière dont ils sont disposés les uns par rapport aux autres. Tous adorent Asclépios et les déesses d’Eleusis , mais tous ne font pas le geste ordinaire de l’adoration. Les deux premiers seulement ont la main droite levée; l’artiste, traitant les autres avec plus de liberté, leur a donné à chacun une posture différente; il n’a pas cru nécessaire de marquer fortement chez eux , comme chez les premiers, le sentiment commun de piété qui les anime tous et que leur seule présence sous l’édicule, à la suite des deux personnages qui marchent en tête , suffisait à indiquer clairement ; il les a groupés suivant un autre principe : c’est ce principe qu’il faut essayer de découvrir. Examinons, par exemple, Epeuchès et Diacritos : ce n’est pas sans motif que le sculpteur les a représentés se tenant par la main et se regardant , à tel point qu’Epeuchès, figuré de trois quarts, tourne presque le dos aux divinités qui occupent la partie gauche du bas-relief. Il y a dans ce mouvement une intention, une idée, d’un ordre secondaire, mais qui a son importance. Epeuchès et Diacritos sont en effet deux frères; tous deux fils de Dieuchès, ils ont tous deux été récompensés par le peuple et leurs couronnes sont placées l’une à côté de l’autre au bas du monument. Il était naturel d’indiquer leur parenté par un de ces signes très simples dont l’art grec a le secret , par un de ces procédés élémentaires qui échappent souvent à notre critique , trop subtile pour tant de naïveté , mais que les anciens sai-
l’asclépieion d’athènes.
sissaient admirablement du premier coup. S’il en est ainsi , le dernier personnage formerait un groupe avec les deux frères, car il pose la main droite sur l’épaule de Diacritos , comme si , par ce nouveau geste d’une simplicité plus grande encore, l’artiste avait voulu marquer un degré de parenté ou un lien quelconque entre les deux frères et ce sixième suppliant dont la présence nous embarrasse si fort. Serait-ce le père des deux jeunes gens, Dieuchès? Mais à quel titre figurerait-il ici? Gomme prêtre d’Asclépios? La présence du prêtre parmi les six adorateurs ne serait pas inadmissible : aucune cérémonie , aucun acte religieux ne pouvait être accompli sans que le prêtre y jouât au moins le rôle de spectateur. Il aurait donc pu, à cause de sa parenté avec deux des personnages couronnés, ou pour une raison que nous ignorons, être représenté sur le monument sans avoir reçu aucune récompense. Ce qui paraît certain , c’est que le sixième personnage de notre bas-relief était uni par un lien réel à Epeucbès et à Diacritos. Quel était ce lien ? On ne peut faire à ce sujet que des conjectures.
Enumérons en peu de mots les conclusions qu’il est permis de tirer de ce qui précède : 1° le monument que nous venons d’étudier se rapporte aux Epidauria ; 2° c’est l’offrande de fonctionnaires récompensés par le peuple pour le zèle qu’ils ont montré dans la fête ; 3° les personnages couronnés sont au nombre de cinq ; 4° nous connaissons la place et le nom de chacun d’eux ; 5° le seul qui n’ait pas reçu de couronne est le dernier; 6° ce dernier est uni par un lien qui nous échappe au troisième et au quatrième , avec lesquels il forme un groupe.
Ces faits annulent la plupart des explications proposées jusqu’ici pour rendre compte de ce bas-relief. L’hypothèse émise ailleurs par nous , que les suppliants figurés sur ce marbre sont des médecins publics (1), outre qu’elle repose sur un simple rapprochement, est détruite par cela seul qu’il s’agit de la fête des Epidauria. La supposition faite par M. Kœhler que ce sont des Uçoizoïol (2) tombe également d’elle-même, si l’on songe que les îepoTOtoi' étaient en général au nombre de dix et que les individus récompensés ici sont cinq seulement. Une autre explication fournie par M. Kœhler et consistant à voir dans les six personnages représentés l’ar-
(1) Voir Bull, de corr. hellén.. II, p. 89. Ce qui subsiste de notre hypothèse, c’est que Dieuchès et Mnésithéos sont peut-être les médecins mentionnés par divers auteurs. Voir les textes cités dans l'article auquel nous renvoyons.
(2) Milth. d. d. arch. Inst, in Athen, II, p. 245.
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chonte-roi, son parèdre et les quatre épimélètes des mystères éleusiniens (1), se trouve contredite, elle aussi, par ce nombre cinq , qui est celui des personnages couronnés. A défaut de cette raison , d’autres empêcheraient d’admettre une semblable hypothèse, car : 1° si, comme l’imagine M. Kœhler, les deux premières figures sont l’archonte-roi et son parèdre, il faudrait supposer (ce qui serait un hasard) que les deux frères Epeuchès et Diacritos, qui font partie du groupe des épimélètes, ont tous deux été nommés épimélètes par le peuple , les épimélètes des mystères étant choisis de la manière suivante : un dans la famille des Eumolpides, un chez les Kvjpuxeç, deux parmi le peuple athénien (2) ; 2° pourquoi récompenser d’une manière spéciale l’archonte-roi et ses collègues à l’occasion des Epidauria, qui n’étaient qu’un épisode de la grande fête des Eleusinies dont ils étaient chargés de surveiller l’accomplissement depuis le premier jusqu’au dernier jour?
Reste l’hypothèse qui ferait de ces cinq personnages les membres d’une de ces commissions mixtes composées d’Aréopagites et de simples citoyens , comme celles dont il a été question plus haut (3). Ces commissions, comme on l’a vu , comprenaient souvent cinq personnes. Quel aurait été le but de celle-ci? quel rôle avait-elle joué dans les Epidauria? Il faut nous résoudre à l’ignorer, tant que la découverte d’un monument analogue ou de quelque texte épigraphique relatif à l’un des personnages nommés dans les couronnes ne sera pas venu nous tirer d’embarras.
Si nous avons insisté longuement sur ce monument, c’est que, tout obscur qu’il est , il montre l’importance des Epidauria. Cette * alliance d’Asclépios avec deux des divinités les plus vénérées d’Athènes est un fait considérable dans l’histoire du culte du dieu médecin. Il faut espérer que ces rapports, encore mal connus, le seront mieux un jour, et que de nouvelles et heureuses trouvailles , soit à Athènes même , soit à Eleusis , aideront à mieux saisir ce trait de la- religion athénienne.
B. ’AffxXviitista. — C’est le nom que portaient en général, dans le monde grec tout entier , les fêtes célébrées en l’honneur du dieu de la médecine. Il y avait des Asclépieia à Epidaure , à Lampsaque, à Pergame, à Smyrne, à Carpathos, etc. Il y a peu de chose à dire des Asclépieia d’Athènes. Nous savons par un passage
(1) Mitlh. d. d. àrch. Inst, in Athen , II , p. 245.
(2) Harpocration, aux mots lit i [asXv)t-?i ç tüv (xucrxriptcov. Cf. À. Mommsen, Heortologie , p. 240 et suiv.
(3) "Voir p. 32 et suiv. Cf. plus loin, chapitre IV.
l'asclépieion d’athènes.
d’Bschine qu’ils avaient lieu le 8 cl’élaphébolion (mars-avril) (1). Ils précédaient les Dionysies urbaines, dont ils formaient comme les préliminaires (2). Dans deux fragments des comptes de Lycurgue relatifs au Ssppcmxov , les Asclépieia sont mentionnés immédiatement avant les Aiovutna t à Iv oGxei ; la vente des peaux des victimes qui y ont été sacrifiées a produit , dans l’un des cas , 291 drachmes , dans l’autre , 271 (3).
Parmi les monuments découverts sur la pente méridionale de l’Acropole , il n’en est aucun , à notre connaissance , qui se rapporte aux Asclépieia. Nous sommes donc fort mal renseignés sur la manière dont se célébrait cette fête. D’après Suidas, il y aurait eu tout d’abord un pæan solennel chanté en l’honneur du dieu (4); ensuite serait venu le sacrifice dont parle Eschine. II y a dans le passage de l’orateur athénien un mot dont il est difficile de déterminer le sens : c’est le mot ixpoaytov, qui semble désigner une cérémonie particulière aux Asclépieia , mais postérieure à la 0u<Tta, offerte probablement dans la matinée. M. Mommsen paraît croire que le ■k poaywv était une sorte de répétition ou de représentation préparatoire qui se passait dans le théâtre en l’honneur de Dionysos (5). Nous savons, dans tous les cas, que la fête de Dionysos commençait dès le lendemain et qu’elle se prolongeait jusqu’au 14 d’élaphébolion.
Ce silence des auteurs anciens et des inscriptions sur les Asclépieia semble prouver que , de toutes les pompes athéniennes , c’était une des plus insignifiantes. Les Asclépieia qui se célébraient dans d’autres parties de la Grèce ou en Asie Mineure avaient une importance beaucoup plus grande. A Epidaure , ces J fêtes étaient accompagnées de jeux auxquels on était fier d’avoir
(1) Eschine, Contre Ctésiphon , 67 : ... èxxX'pcriav 7toieïv xoùç Ttpvxàvei; x^ ôySoYj laxapivou xoü eXafpriéoXiüSvoç pivo;, or’ rjv xü> ’A<xxXr|TUü) ^ dvoia xai ô irpoaywv , èv Tfl lepà Tipipa...
(2) Voir A. Mommsen, Heortologie, p. 387 et suiv.
(3) C. 1. G., 157 ; Rangabé, Antiquités helléniques, 842.
(4) Suidas, I, 1 , p. 796, éd. Bernhardy : ... xai àaxaiXidiÇovxsç, ètp’ évàç 710601; £!paXXâp.evoi, 0GTepoup.Evoi xiov xaxà tpuaxv. cO Sè èpoi Soxeïv ôpp.9) xÿj irapà xoy ’AaxXvyjaoO èç xàv 8e<rit6xY)v àaxuiXiàÇoiv Oàxepov xüv 7toSc5v ëp^êxai , xai opQptov àSopivov xoù uaiàvoç xco ’A<îxXï]ttu5 èauxàv àixoçaivst xmv )(opEuxt5v ëva, xai èv xà^st crxàç ditnrsp ouv itapà xtvoç Xaëwv yopoSexxov xrjv crxàtnv, ùç oiôç xe vjv auvaSecv èraipaxo xto ôpvi0ettp puéXsi. — Cf. Philostrate, Vie d’ Apollonius de Tyane, III, 17.
(5) Voir Heortologie, p. 391 et suiv. — Cf., sur le upoxytov, Hiller, Hermès , VII , p. 393 et suiv. Les explications données par M. Hiller ne rendent pas compte de ce que pouvait être le Ttpoaywv dans le cas particulier qui nous occupe.
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gagné des couronnes (1); un théâtre, œuvre de Polyclète et fort admiré de Pausanias, s’élevait dans l’enceinte même du sanctuaire et servait aux représentations qui se donnaient pendant les Asclépieia (2). A Lampsaque, les Asclépieia étaient la plus grande fête de la cité (3) : ils duraient plusieurs jours et étaient signalés par des cérémonies splendides , par un repos général accordé aux esclaves, par des congés donnés aux enfants des écoles, etc. Dans i’île de Carpathos , il y avait également des Asclépieia renommés (4). Il n’en était pas de même à Athènes, et c’est probablement à cela qu’il faut attribuer le peu de renseignements que nous possédons sur une solennité que tant d’autres devaient éclipser.
G. cHpSa. — Cette fête est mentionnée pour la première fois dans deux inscriptions trouvées parmi les ruines de l’Asclépieion, deux décrets honorifiques rendus en faveur de prêtres d’Asclépios et d’Hygieia, et contenant, l’un cette phrase : . . . xal £ëou0[uTr)<7£. . . toîç...] xoù ’EmSauptoiç xal ^pwotç Ttapa[T.,.] (5); l’autre, ces simples mots : ... toïç ^ipojotç Tto(pa[T,..], séparés de eSouQut/)<t£ par une lacune considérable (6). Qu’était-ce que ces Hérôa? Nulle part dans les auteurs il n’en est question ; les inscriptions n’en parlent pas ; pour comble de malheur, le mot qui suit fiptpot; est incomplet dans les deux cas, la fin des lignes ayant disparu; de ce fait enfin que les Hérôa sont cités après les Epidauria dans la première inscription , on ne peut même pas conclure qu’ils étaient célébrés après cette fête : peut-être en étaient-ils tout à fait indépendants.
M. Kœhler voit dans cette solennité une cérémonie se rattachant au culte des morts. Il y aurait, d’après lui, un lien entre les Hérôa et les bas-reliefs figurant le banquet, représentation connue dont les fouilles de la Société archéologique ont fourni quelques spécimens (7). Une inscription mutilée , qui paraît être le commencement d’une épitaphe métrique, un bas-relief représentant un cavalier , avec cette légende : 0£o[Sw]pos- fjpwç , un fragment de dédicace à un personnage également qualifié de héros , seraient
(1) Voir, dans le Corp. inscr. græcar., plusieurs inscriptions où se trouvent mentionnées des victoires remportées aux Asclépieia d’Bpidaure : 1068, 1515, 3208. — Cf. 1124. Il y avait à Epidaure des concours de poésie et de musique. Voir Platoç , Ion, 530 a.
(2) Pausanias, II, 27, 5.
(3) C. 1. G., 364 lb.
(4) Voir Wescher, Revue archéologique, 1863, VIII, p. 469.
(5) C. 1. A., II, 1 , Addenda et corrigenda , 453b, 1. 6-7.
(6) Ibid., 453», 1. 7.
(7) Voir Bull, de corr. hellén., I, p. 161 et suiv., n. 25, 26.
l’asclépieion d’athènes.
autant de preuves en faveur de cette hypothèse , qu'on célébrait dans l’Asclépieion une fête des morts et que cette fête était étroitement unie au culte du dieu médecin (1).
Il faut tout d’abord faire une distinction entre les divers monuments cités comme arguments à l’appui de cette opinion. Les uns , comme le bas-relief représentant un cavalier , sont évidemment des monuments funéraires; d’autres, comme l’épitaphe métrique et la dédicace au héros, sont trop incomplets pour qu’il soit possible d’en déterminer le caractère précis; quant aux marbres figurant le banquet, nous essaierons de démontrer plus loin qu’ils n’ont aucun rapport avec les rites funèbres, mais que ce sont bien plutôt des offrandes faites par des malades et rappelant, sous une forme qui n’a rien de symbolique , certaines cérémonies du culte d’Asclépios et d’Hygieia (2).
Il n’en est pas moins vrai que des monuments funéraires ont été trouvés sur l’emplacement de l’Asclépieion. La question est de savoir si ces monuments ont un rapport quelconque avec le culte du dieu médecin , ou si leur présence au milieu des débris de l’Asclépieion est l’effet d’un pur hasard. De ces deux hypothèses, c’est la seconde qui paraît la plus vraisemblable. C’était un usage antique de proscrire des lieux saints toutes les souillures inhérentes à la naissance et à la mort. Dans l’ile sacrée de Délos, les malades ne pouvaient mourir, les femmes accoucher. La même loi était strictement observée dans l’Asclépieion d’Epidaure (3). On mourait pourtant près des Asclépieia. Les malades qui venaient souvent de fort loin pour consulter le dieu arrivaient quelquefois à bout de force, et plus d’un succombait en touchant le seuil du temple ou peu de jours après s’être installé sous les portiques du dieu guérisseur. Pausanias s’apitoie sur le sort de ces malheureux qui, près d’expirer, étaient chassés du sanctuaire d’Epidaure et mouraient en plein air, sans un toit pour abriter leurs derniers moments (4). Il en était de même à Athènes, avec cette différence
(1) Kœhler, Mitth. d. d. arch. Inst, in Athen, II, p. 245. — Of. p. 254.
(2) Voir la deuxième partie, Le culte privé, chapitre IV.
(3) Pausanias, II, 27, 1 : Tà 8è iepov & Xcoç toü ’ActxXïittioü TOptsxouinv ôpoi mxv^ ,va)(60ev • oàSs à7to0V7j<7xov<7iv oùSs Ttxxov<jtv al yvv aïxéç cyiaiv èvràç tou uepiêôXou , xaOà xai iui ArjXip Tfl wjcw tôv aùrov vôp-ov.
(4) Pausanias, II, 27, 6 : ’EmSavptiov Bè ol irepl rà Ispèv p.àXurra ê-caXatTrwpouv, ôti p.Y)Te al Yuvatxeç èv cxérofl atpicrw êtixtov xai 7) teXeutt) toïç xàptvoua iv CinaCSptoç èylveTo. — Quand Pausanias passa par Epidaure, Antonin venait de remédier à. cet état de choses : 'O 8è xai -raOra I7vavop0oup.evo; xaTsaxsuacaTO oïxyiaiv • Êvraî}0a ^87] xai à7ro0aveiv àvOptoTta) xai texsïv "pvaixi otnov.
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sans doute que les cas graves devaient se présenter en moins grand nombre, ou du moins que les suppliants dangereusement malades pouvaient être transportés plus facilement chez eux , l’Asclépieion étant au centre de la ville et non , comme à Epidaure, dans un lieu désert. Pourtant les habitants des dèmes et ceux qui venaient des extrémités de l’Attique étaient exposés à ne plus revoir leur demeure. Des mesures étaient certainement prises pour empêcher qu’ils ne rendissent le dernier soupir dans l’enceinte du temple et que le sanctuaire ne fût souillé par la présence d'un cadavre.
Mais si l’on mourait près de l’Asclépieion , si les remèdes indiqués par le dieu n’étaient pas toujours efficaces, il y a loin de là à supposer que des monuments funéraires pouvaient être élevés dans le sanctuaire. C’est là une idée si contraire à ce que nous savons des préjugés antiques, qu’il semble inutile de s’y arrêter. Si donc on a trouvé sur la pente Sud de l’Acropole un petit nombre de monuments relatifs à la mort , c’est que ces monuments venaient d’ailleurs; mais il serait téméraire de s’appuyer sur de pareils faits pour supposer que le culte des morts était pratiqué dans l’Asclépieion et faisait partie des cérémonies qui se célébraient dans le péribole d’Asclépios et d’Hygieia.
Qu’était-ce donc encore une fois que les Hérôa? Voici quelques hypothèses entre lesquelles on sera libre de choisir.
1° Il est possible que cette fête se rapporte à quelque légende de la vie d’Asclépios , qui comptait , comme on sait , parmi les héros. De même que les Epidauria avaient eu pour origine l’initiation du dieu aux mystères d’Eleusis, de même on peut admettre que les Hérôa furent institués en l’honneur de quelque événement de son existence fabuleuse dont le souvenir se serait perdu avec le temps,- mais que la piété populaire aurait continué à fêter. Cependant la qualification de Héros n’est jamais donnée au dieu médecin dans les inscriptions d’Athènes.
2° Dans le traité de la collection des écrits hippocratiques qui a pour titre Du régime, il est recommandé, quand on aperçoit au ciel des signes favorables , d’adresser des prières au Soleil, à Zeus Ouranios, à Zeus Ctésios, à Athéna Ctésia, à Hermès, à Apollon; lorsque les signes sont contraires, il faut invoquer les divinités qui détournent les maux (o? à7toTpouatoi), Gê, les Héros, afin que , par leur entremise, tout mal soit évité (1). Dans un autre traité de la même collection sur l’épilepsie, il est dit, à propos des char-
(1) Du régime, IV, 89, éd. Littré.
l’aSCLÉPIEION d’ ATHÈNES.
lataus et des faiseurs d’incantations : « Quand la nuit surviennent des peurs , des terreurs , des délires , des sauts hors du lit , des visions effrayantes, des fuites hors de la maison, ce sont, disent-ils, des assauts d’Hécate, des irruptions des Héros (1). » Les Héros, dans ces deux passages, sont, comme on le voit, des êtres surnaturels de qui viennent certains maux auxquels on ne peut échapper qu’en apaisant ceux qui les envoient. Quelque idée analogue présidait-elle à la célébration des Hérôa? Etait-ce une sorte de solennité propitiatoire destinée à détourner quelque mauvaise influence?
3° Pausanias, dans la description qu’il nous a laissée du sanctuaire d’Amphiaraos , près d’Oropos , mentionne un autel divisé en plusieurs compartiments, consacrés chacun à une ou plusieurs divinités. L’un de ces compartiments était réservé aux Héros et aux femmes des Héros, to 8è vîpojci pal ^pcéwv àvsïxat yuvaiÇl (2). Qu’était-ce que ces héros? Nous l’ignorons : il est probable d’ailleurs que leurs noms n’étaient pas indiqués et que Pausanias n’a fait que transporter dans sa description l’inscription dédicatoire qu’on lisait sur le compartiment de l’autel affecté à ces demidieux et à leurs femmes. Y avait-il un autel semblable dans l’As* clépieion? Un certain nombre de héros étaient-ils associés à Asclépios , de même que Déméter , Coré, Aphrodite , les Nymphes, etc., avaient leur part d’honneurs dans le culte du dieu médecin ? Les Hérôa auraient-ils été destinés à célébrer indistinctement toutes ces divinités d’un ordre secondaire?
4° Une dernière hypothèse consisterait à donner au mot -fywoiç un autre sens que celui qui est proposé par M. Kœhler. On appelait en effet -fipwa les monuments funéraires élevés à la mémoire de certains personnages mythiques ; ce n’étaient pas des sépultures proprement dites , c’étaient des espèces de chapelles où l’on allait prier et accomplir des rites particuliers. Or il y avait des Tjpwa dans le voisinage du temple d’Asclépios : nous en connaissons au moins deux, le tombeau de Calôs et le monument d’Hippolyte (3). S’ils ne se trouvaient pas dans l’enceinte même du sanctuaire, ils en étaient très voisins. On serait tenté de prendre fjpwoiç dans ce sens et de voir dans le mot qui suit : irapajyiQeptivoiç . . .] ; la ligne se serait terminée par un verbe signifiant sacrifier, rendre hommage, ou quelque chose d’analogue.
(1) De la maladie sacrée, 1, cd. Littré.
(2) Pausanias, I, 34, 3.
(3) ld., I, 21, 4, et 22, 1.
LES CÉRÉMONIES PUBLIQUES
Mais la phrase interrompue : xàç toutwv irawuyiâaç , qui suit, dans les deux inscriptions, la ligne où se lit fywoiç, rend cette conjecture invraisemblable, car toutwv paraît y représenter à la fois ’EmSaupi'otç et y)pwotç , ce qui ferait d’-^popoiç un mot de même nature que le précédent, c’est-à-dire le nom d’une des fêtes de l’Asclépieion. Ce qu’on peut maintenir, c’est la restitution tox p<x[tiQs~ jxévoi?...] : les Hérôa, quel qu’en fût l’objet, auraient été une suite des Epidauria, comme eux précédés d’une veillée sacrée remplie par de solennelles prières.