‹ L'Asclépieion d'Athénes d'après de récentes découvertesChapitre 25 sur 29 · IV. — - Les hymnes · texte numérisé non relu

IV. — - Les hymnes

A ces offrandes variées, il faut en ajouter d’autres d’une nature toute différente : ce sont les inscriptions métriques , les hymnes, les pæans que certains malades guéris faisaient graver sur des stèles et laissaient dans l’enceinte sacrée comme monuments de leur gratitude envers le dieu. Peu de divinités ont été plus exaltées qu’Asclépios. N’était-ce pas lui aussi qui provoquait les plus vifs élans de reconnaissance? Il était naturel que ces sentiments passionnés qu’il inspirait cherchassent , pour s’exprimer, d’autres moyens que ceux que pouvait leur fournir l’humble prose. Seule, la poésie, avec son harmonie , sa cadence , son luxe d’épithètes sonores, était capable de rendre ces tendresses infinies qui s’emparaient des dévots, quand le dieu les avait comblés de ses faveurs. Aussi le culte d’Asclépios a-t-il donné naissance à toute une littérature. Non seulement les particuliers, mais les villes célébraient en vers les louanges du héros guérisseur et de ses enfants. Philostrate parle d’un pæan de Sophocle qui se chantait à Athènes aux fêtes du dieu , probablement aux Asclépieia (2). Lucien mentionne un chant sacré composé en l’honneur d’Asclépios par le poète Isodémos de Trézène (3). 11 y avait aussi un pæan d’Aristide, où le dieu médecin était associé à Héraclès, comme l’indique le refrain : T)) TOctàv "HpaxXeç ’AotcXyittié (4). Athénée cite un pæan du poète Ariphron de Sicyone où étaient vantées les vertus d’Hygieia (5). Nous n’avons de ces poésies que de courts fragments ; souvent nous ne les connaissons que par une simple allusion. Les marbres, heureusement, nous dédommagent et nous permettent d’apprécier mieux que nous ne pourrions le faire à l’aide

(1) Cari Curtius, Inschriften und Studien zur Geschichte von Samos, Lübeck, 1877, p. 10 et suiv.

(2) Philostrate, Vie d’Apollonius de Tyane, III, 17.

(3) Ou Alisodémos : Lucien, Eloge de Démoslhène, XXVII.

(4) Aristide, I, p. 514.

(5) Athénée, XV, 702 a.

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des textes la valeur de ces compositions d’un caractère tout spécial.

Ce sont en général des œuvres fort médiocres et tout à fait impersonnelles, où sont accumulées, à grand renfort d’expressions homériques , les lieux communs les plus vulgaires. Les épithètes de bienheureux, de vénérable, de bienveillant, d’illustre, etc., sont prodiguées au dieu. Tantôt on rappelle quelque épisode de sa vie légendaire , son éducation par le centaure Chiron , sur les sommets boisés du Pélion (1) ; tantôt, s’adressant directement à lui, on l’interpelle en ces termes : « Eveille-toi, dieu secourable, roi des peuples, doux enfant du fils de Latone et de la vénérable Corônis. Secoue le sommeil de tes paupières et écoute la voix de tes fidèles qui, joyeux, invoquent ta puissance, aimable Asclépios, et tout d’abord celle d’Hygieia. Eveille-toi, dieu guérisseur, et entends ton hymne. Salut (2)! » Suit une copie du pæan d’Ariphron en l’honneur d’Hygieia. L’inscription se termine par un long morceau consacré à l’.éloge de Télesphore.

D’autres fois, ce sont des remerciements où éclate une naïve et touchante piété. Yoici par exemple les vers qu’un zacore adresse ati dieu : « Ecoute ce que veut te dire ton fidèle zacore, Asclépios, enfant du fils de Latone. Gomment pourrai-je aller dans ta demeure toute d’or, dieu bienheureux, dieu souhafté, tête chérie, comment le pourrai-je, privé de ces pieds qui me servaient autrefois à gagner ton sanctuaire , si toi-même , par un effet de ta bienveillance, tu ne m’y conduis après m’avoir guéri, afin que je te contemple, ô mon dieu, toi dont l’éclat surpasse celui de la terre au printemps ! — Yoici la prière que te fait Diophantos. Sauvemoi , dieu bienheureux , dieu fort ; guéris cette méchante goutte , au nom de ton père , à qui j’adresse mille vœux. Personne , parmi les mortels qui habitent la terre, ne peut apporter de remède à de pareilles souffrances : toi seul, dieu bienheureux, en as le pouvoir; ce sont les dieux tout-puissants qui t’ont donné aux hommes, présent inappréciable! pour prendre en pitié leurs maux et les soulager. — O bienheureux Asclépios, dieu guérisseur, c’est grâce à ton art que Diophantos , débarrassé de son incurable et horrible mal, n’aura plus désormais l’allure d’une écrevisse; il

(1) ’AO^vaiov, VI, p. 143, n. 24. Cf. C, I. A., III, 1, Addenda et corrigenda, 171».

(2) C. /. A., III , 1 , 171. Voir la même inscription , C ■ 7. G., 511, et le commentaire de Bœckh , p 477-479. — Cf. C. 7. A., III, 1 , Addenda et corrigenda, 171°-171k.

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ne marchera plus sur des épines , mais il aura bon pied , comme tu l’as voulu (1) ! »

Ce qui distingue ce morceau , c’est l’accent personnel qui l’anime ; les poésies de ce genre sont d’ordinaire plus banales. On sent une émotion vraie dans la prière de ce vieux serviteur qui demande au dieu de le guérir et dans l’élan de sa joie , après qu’Asclépios l’a délivré de la goutte qui le torturait. Ces compositions poétiques appartiennent en général à l’époque romaine. Auparavant, on est plus simple; la reconnaissance s’exprime plus sobrement et avec moins d’emphase.

Il arrivait souvent que , au lieu de composer soi-même ou de faire composer un chant nouveau , on gravait sur le marbre une poésie ancienne, restée populaire parmi les adorateurs du dieu. Nous avons rencontré tout à l’heure sur une stèle l’hymne d’Ariphron : la Société archéologique a retrouvé dans ses fouilles les premiers mots du pæan de Sophocle en l’honneur d’Asclépios, avec

(l) ’A 0 yjv a tov, VI, p. 141, n. 23; C. 1. A., III, 1, Addenda et corrigenda, 171.; Kaibel, Supplementum epigrammatum græcorum, etc., p. 210, n. 1025a. —Nous croyons qu'il n'est pas inutile de reproduire en entier le texte de ce curieux morceau, tel que le donne M. Dittenberger dans son Corpus :

AlO<p<£vXOU ) Sçyitt(iovi).

TdSe aol pxxopoç cpîXioç Xéyü),

’AsrxXvpïié, AyitoiSou tt<£ï • ittüç ypùoeov sç 86pov ïi;opai 5 xèv <rov, pàxap nei to0r)péve ,

0eia xscpa Xà, TtoSaç oùx , otç xo Ttpiv èç tepov IjXuOov, et p) (ru 7rpo<ppo>v èôéXoïç Èpé îaoàpevoç [irjàXiv doâyeiv,

10 Ô7nc(oç a’ èai8u>, xàv èpôv Beov,

tov çaiôpoTepov x.9°vàç siapivâç;

TàSe aol Atocpavxo; s7teùxopat •

(TÔraov ps, pàxap, aOEvapioxaxe , îaoàpevoi; TtoSàypav xaxrçv,

15 irpèç (tou itaxpà; , (S peydX’ eü^opou •

OÙ y<£p XIÇ STTl^SoVlOTV ëpOTÔJV

xotwvSe rcépot Xùoxv àXyéwv.

Mâvoç et où, pàxap 0eïs, (T0Éva>v • aï yàp 0eol oi 7ravuirgi'poyoi 20 ôcSpov péya, xàv (piXeXrjpova,

0vr)xoï<; luopov, Xùtrtv àXyétov.

[Tpi<rp]àxap, ù> Ilaiàv ’AaxXriTus, (njç Otto té^vt);

[la0]elç Aiocpavxoç àvtaxov xaxàv ëXxoç oùxéxi xapxivÔTtouç ècropcopevoç où8’ in' àxàvSaç 25 or; àypta; (laivarv, àXX’ àpxtTto;, âxTTiep {méaTrfe.

LES EX-VOTO

cet en-tête : SocpoxXéouç (1). Les quelques mots dont se compose l’inscription ne peuvent donner une idée de ce qu’était le morceau tout entier. Mais c’était bien là, à ce qu’il semble, et quoi qu’on en ait dit (2) , le fameux pæan dont Sophocle était l’auteur. Les caractères de l’inscription attestent le second siècle de l’ère chrétienne. Sans doute, quelque dévot, voulant témoigner au dieu sa reconnaissance, n’avait rien imaginé de mieux que de reproduire sur une base de marbre l’hymne célèbre, que tous connaissaient pour l’entendre chanter chaque année le jour des Asclépieia (3).

(1) ’AOrjvaiov, Y, p. 340.

(2) Dittenberger, C. I. .4., III, 1, Addenda et corrigenda , 1719. Cf. Bücheler, Rheinisches Muséum, XXXII, p. 318.

(3) Voir Kaibel , Supplementum epigrammatum gnecorum , etc. , p. 207 , n. 1025*.

CONCLUSION

Avons-nous réussi , dans les pages qui précèdent , à faire connaître l’organisation et le caractère de l’Asclépieion d’Athènes? Nous osons l’espérer. Après nous être efforcé d’éclaircir la topographie du sanctuaire, de reconstituer par l’imagination l’ensemble des monuments qui le remplissaient, nous avons énuméré les différents fonctionnaires civils et religieux qui y étaient attachés ; nous avons passé en revue les fêtes et les cérémonies diverses que le prêtre y célébrait au nom de l’Etat ; nous avons cherché à nous rendre compte de la manière dont les biens sacrés y étaient administrés. Puis, considérant la pieuse multitude qui venait chercher auprès du dieu un remède à ses souffrances , nous nous sommes demandé quels rites spéciaux, distincts des rites publics, étaient accomplis par elle dans le temple ; nous avons essayé de pénétrer parmi cette. foule, d’en distinguer les éléments; nous avons examiné les vœux adressés par ces suppliants au dieu guérisseur , ainsi que les offrandes consacrées par eux pour se concilier la faveur d’Asclépios ou pour le remercier de ses bienfaits.

Asclépios nous apparaît-il , après l’étude que nous venons de faire, comme une des principales figures du panthéon athénien ? Non, certes : auprès d’Athéna, de Dionysos, de Déméter, antiques protecteurs de l’Attique, vénérables divinités dont les mythes sont étroitement liés à l’histoire d’Athènes, le héros d’Epidaure reste un pei-sonnage secondaire, une sorte de démon inférieur, dont l’influence sur l’esprit public est loin d’égaler celle des grands dieux. 11 n’a même pas le privilège exclusif des cures merveilleuses : Sérapis , Isis , le Divin Médecin font comme lui des miracles ; Zeus Hypsistos , adoré probablement sur la colline

CONCLUSION

où l’on croit reconnaître aujourd’hui les restes du Pnyx (1), rend la santé aux malades ; la Mère des dieux est consultée par ceux qui souffrent (2) ; Apollon, Athéna Hygieia, Héraclès Alexicacos opèrent de miraculeuses guérisons. Asclépios n’en est pas moins le dieu médecin par excellence : c’est lui qu’on implore dans les circonstances graves ; c’est lui qu’on fête et qu’on chante , afin qu’il étende sur la cité tout entière sa bienfaisante protection. Si son sanctuaire à Athènes n’a jamais eu la réputation des Asclépieia de Gôs, de Smyrne, de Pergame, s’il n’a pas, comme eux, produit d’illustres écoles de médecins , la persistance avec laquelle nous le voyons fréquenté pendant des siècles témoigne du respect dont les Athéniens ne cessèrent jamais de l’entourer. Bâti en plein cœur d’Athènes , sur le flanc de l’Acropole , près des temples les plus vénérés de la cité , il est tout rempli de somptueux édifices élevés par la munificence de l’Etat , tout encombré de riches offrandes entassées par la piété des simples citoyens. Le voisinage d’Epidaure en accroît encore l’importance. L’intime union qui existe entre Asclépios et trois des plus grandes divinités d’Athènes, Dionysos, Déméter et Coré, rehausse l’éclat du culte qui y est pratiqué. Restituer à ce culte , mal connu , sa physionomie propre, lui rendre la place qui lui appartient parmi les autres cultes athéniens , telle est la tâche que nous avons entreprise , heureux si , dans le tableau que nous avons essayé de peindre , nous avons pu rencontrer la couleur vraie, le ton juste.

Mais en nous occupant de l’Asclépieion d’Athènes , ce n’est pas ce sanctuaire seul que nous avons appris à connaître : nous nous sommes fait par là même une idée de ce que devaient être , dans le monde grec tout entier , les nombreux Asclépieia qui y étaient répandus. Quelle utilité avaient ces temples et que faut-il penser du rôle qu’ils ont joué dans la vie religieuse des anciens? On a beaucoup médit des Asclépieia ; on les a pris pour des institutions nuisibles au progrès de la science médicale ; M . Daremherg , si versé dans la connaissance des antiquités grecques , a considéré les prêtres d’Asclépios comme d’insignes charlatans qui faisaient métier d’exploiter la crédulité des ignorants et des naïfs (3) ; on a

(1) Voir C. I. G 497-507. Cf. E. Curtius et J. A. Kaupert, Atlas von Athen, p. 26, pl. V.

(2) C'est ce que nous apprennent plusieurs dédicaces trouvées à Athènes et

adressées SeûW evavTï)Tip la-tpavg. Voir Foucart , Associations religieuses ,

p. 199 et suiv.

(3) Revue archéologique, 1869, XIX, p. 262.

l’asclépieion d’athènes.

cru découvrir chez les anciens eux-mêmes une répugnance profonde pour ces supercheries exercées sous le couvert de la religion, et M. Malgaigne a défini la scène du Plutus une « satire sanglante et impitoyable d’un charlatanisme tellement reconnu, que le poète ne craignait pas de le livrer aux risées de tout le peuple d’Athènes (1). »

Est-ce être juste que de parler ainsi? Disons d’abord qu’il faut mal connaître Aristophane pour porter sur lui un pareil jugement. Non, la scène du Plutus n’est pas une satire sanglante de ce qui se passait dans l’Asclépieion. On sait aujourd’hui à quoi s’en tenir sur la prétendue impiété du comique athénien : ses sorties contre les dieux ne sont que de spirituelles boutades destinées à faire rire ; le public ne s’y méprenait pas. Ce qu’Aristophane . en conservateur qu’il est , en partisan des anciennes croyances et des anciennes mœurs , attaque et poursuit , ce sont les rites bizarres et mystérieux des religions venues de l’Orient ; mais les vieux cultes d’Athènes, comme le culte d’Asclépios tel qu’on le pratiquait au cinquième et au quatrième siècle, il les prend au sérieux , et la liberté même avec laquelle il s’en moque prouve son attachement à leurs usages : il ne les croit pas atteints par ses plaisanteries (2).

Quant à la condamnation prononcée contre l’institution des Asclépieia, elle nous semble mal fondée. Avec ses vastes portiques mis à la disposition des malades , avec son prêtre et tout son personnel sacré chargé de recevoir les suppliants et de veiller à leur bien-être, l’Asclépieion , au quatrième siècle, nous apparaît comme un établissement de bienfaisance fonctionnant sous le regard de la divinité, avec le concours et les encouragements de l’Etat. C’est, quoi qu’on en ait dit (3), un hôpital à la fois civil et religieux, où les riches viennent chercher d’utiles conseils, où les pauvres trouvent un asile , où les médecins eux-mêmes se rendent , pour puiser de salutaires inspirations et placer leur art sous le patronage du dieu qui en est l’inventeur. C’est là ce qui , de tous les temples anciens, fait de l’Asclépieion un des plus ori-

(1) Essai sur l’histoire et l’organisation de la chirurgie et de la médecine grec * ques avant Hippocrate, p. 340. Cf. id., Lettres sur l'histoire de la chirurgie, dans la Gazette des hôpitaux (feuilleton), 1842, p. 329 et suiv., p. 345 et suiv.

(2) Voir Jules Girard, La religion dans Aristophane, Revue des Deux-Mondes, 1878, août, p. 589-615, et novembre, p. 391-417.

(3) Cf. Gauthier, Recherches historiques sur l'exercice de la médecine, etc., p. 232 et suiv.

CONCLUSION. 127

ginaux , un de ceux qu’il est le plus intéressant de connaître et d’étudier.

En fut-il toujours ainsi? A Athènes, comme ailleurs, le culte d’Asclépios dégénéra ; les Asclépieia , administrés d’abord par leurs prêtres avec une entière bonne foi, se transformèrent ; premiers berceaux de la médecine, ils devinrent le refuge de toutes les superstitions et finirent par ne plus vivre que de miracles. Ce furent ces miracles mêmes qui firent leur force. Avec leurs prophéties et leurs apparitions , leurs oracles et les guérisons subites qu’on y opérait , avec tout ce merveilleux des cérémonies qui y étaient pratiquées, ils purent soutenir la concurrence des religions mystiques qui de plus en plus envahirent le monde grec et se substituèrent aux antiques croyances ; les émotions puissantes qu’on ysressentait , les transports exaltés qui s’y emparaient des fidèles étaient bien faits pour séduire une multitude grossière, toujours prête à recourir au surnaturel pour chercher un remède à ses maux. Aussi, parmi tous les cultes de l’ancienne Grèce, le culte du dieu médecin demeura-t-il longtemps un des plus populaires.

Qui oserait dire qu’il n’a pas survécu au paganisme? Si l’on veut se faire aujourd’hui une idée de ce qu’étaient ces pèlerinages antiques accomplis par de pieux croyants pour obtenir la santé , il faut se rendre à la panégyrie qui a lieu chaque printemps dans l’île de Tinos en l’honneur de la Panaghia; aucune fête de la Grèce moderne ne reproduit mieux, croyons-nous, les cérémonies qui se célébraient jadis dans l’Asclépieion. En approchant de l’île, on aperçoit une foule d’embarcations qui se dirigent vers le port : ce sont des pèlerins venus de tous les points de l’Archipel, des côtes d’Asie Mineure et jusque des échelles de la mer Noire. Rien de pittoresque , si c’est le soir et que la lune brille , comme le spectacle de cette petite flotte, dont les voiles tendues projettent sur la mer de grandes ombres : barques et caïques , goélettes et bombardes naviguent de conserve, s’interpellant et se hélant; la voix, rasant l’eau, s’entend de très loin et l’on distingue jusqu’aux moindres paroles. Un cri d’enfant, un aboiement de chien avertissent que ce ne sont pas là des voyageurs ordinaires : le caboteur de l’Archipel a pris à son bord toute sa famille, et père, mère, enfants, vont adorer la Panaghia et solliciter ses faveurs.

Grande est la confusion quand tout ce monde débarque ; les femmes, surtout, avec leurs bagages, encombrent le quai. Une foule curieuse regarde les pèlerins. A mesure qu’ils arrivent, ils montent la longue avenue dallée qui conduit au monastère. Des femmes font ce trajet en marchant sur les genoux et sur les mains; on se

l’asclépieion d’athènes.

signe à leur vue. Parvenus au couvent, les ûdèles s’établissent où ils peuvent : tout est déjà plein ; les derniers venus campent dehors. La nuit se passe, ainsi que le lendemain. Yoici l’heure de la veillée sainte , de la -Kmw/k antique. On s’étouffe dans l’église ; chacun veut baiser les images. L’évêque paraît , accompagné de son clergé, et l’office commence ; ce sont d’interminables litanies chantées d’une voix nasillarde et sur un ton très haut ; l’assistance répond tandis que des fusées sont tirées dans la cour en signe de réjouissance et que ceux qui n’ont pu pénétrer dans le sanctuaire causent et rient entre eux bruyamment. Le culte grec a de ces gaietés ; l’austérité de notre catholicisme l’effaroucherait. Cela dure jusqu’au matin. Le lendemain, on apprend que dans les hypogées sacrées , là où se trouvent l’eau lustrale et les reliques des saints, la Panaghia a fait des miracles, qu’un aveugle a vu, qu’un sourd a entendu, qu’un boiteux s’est mis à marcher droit , qu’un fou a recouvré la raison. Tous ces prédestinés se répandent dans le bourg , où les dévots leur font fête ; on leur donne des enfants à bénir et l’on touche avec respect leurs vêtements. Beaucoup, c’est le plus grand nombre, s’en retournent aussi malades qu’ils étaient venus , mais ils ont au cœur une invincible espérance, et la panégyrie de l’année suivante les trouvera prosternés à la même place , priant avec la même ferveur , animés de la même foi.

APPENDICE

Les quatre fragments d’inscription qui suivent, signalés par M. Kœhler (2) , n’ont pas encore été publiés. Nous les donnons d’après une copie et un estampage. Deux d’entre eux, a et d , se lisent sur deux blocs de marbre différents ; les deux autres , b et c, sont gravés, l’un sur la face, l’autre sur la tranche du même morceau de stèle. L’inscription était tracée c-xot/^Sov sur une plaque de marbre pentélique épaisse de 0m,12 environ. Hauteur des lettres, 0m,01 (3).

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