‹ L'Asclépieion d'Athénes d'après de récentes découvertesChapitre 3 sur 29 · I. — Du sens de V expression to ’AoyAriuieTov to lv ao-rst · texte numérisé non relu

I. — Du sens de V expression to ’AoyAriuieTov to lv ao-rst

Et d’abord , quel était le nom officiel du temple d’Asclépios ? Il

(1) Voir à la fin du volume, pl. I, le plan dressé par M. Marcel Lambert de l’état du versant méridional de l’Acropole à la ün de février 1877. C’est à ce plan que je renvoie pour tous les détails qui suivent. Voir aussi , sur la topographie de l’Asclépieion : Koumanoudis, ÏIpootTixà -trjç sv ’AOiqvociç àp- 3(a t o>o y i xfj ç 'Eraipiaç, ài tô ’lavouapiov 1876 [xé^pi ’lavouapiou 1877, p. 14-35, et le plan correspondant ; Kœhler, Mittheilungen des deutschen archàologischen Institutes in Athen, II , p. 171-186, 229-260, pl. XIII (plan de M. Peltz) ; E. Curtius et J. A. Kaupert, Atlas von Athen, Berlin, 1878, p. 34, pl.XI. — Cf. J. Martha, Bulletin de correspondance hellénique, II, p. 584, pl. XXIII (plan de M. Loviot) ; Koumanoudis, üpaxTixà, etc., 1878, p. 6-18, et le plan correspondant.

4 l’asclépieion d’athènes.

s’appelait, comme on sait, r’A<reX»|meîov. C’est ainsi que le désignent les testes et les inscriptions; c’est le nom que portaient tous les sanctuaires d’Asclépios en Grèce, en Asie Mineure , dans les îles. Quelquefois cependant les inscriptions d’Athènes ajoutent , après ’Ao&XïiTrietov, les mots xo Iv aoxsi (1), et le dieu y est appelé ’AaxXvjTubç ô Iv acTTst (2). L’explication de cette particularité nous est fournie par le scoliaste d’Aristophane, qui distingue deux Asclôpieia, l’un à Athènes, l’autre auPirée (3). Les mots Iv «a-rei auraient ici le même sens que dans l’expression Aiovuata xà Iv «arec , qui signifie les Dionysies urbaines, par opposition aux Atovutna xà xax’àypouç ou xaxà Svjpuç, qui se célébraient hors d’Athènes (4). Il ne semble pas qu’on doive prendre àcrxu pour le nom d’un des quartiers de la ville. Il est possible que ce mot désignât en effet , comme le pense M. B. Curtius (5), la partie d’Athènes située au midi de l’Acropole, entre le rocher de la citadelle etl’Ilissus : certains textes paraîtraient le prouver ; mais rien jusqu’ici n’autorise à croire que dans les inscriptions auxquelles nous faisons allusion , à<jxu ait ce sens restreint. Tant que l’existence à Athènes d’un second Asclépieion , bâti ailleurs que sur la pente méridionale de l’Acropole , n’aura pas été révélée par de nouvelles découvertes , il sera toujours plus simple de s’en tenir, pour expliquer la qualification Iv auxet , au témoignage du scoliaste cité plus haut. Remarquons, d’ailleurs, que Iv «toi se rencontre dans deux décrets seulement , l’un du quatrième , l’autre du premier siècle avant notre ère ; dans l’intervalle , le dieu médecin est simplement appelé ’AffxXvpribç , et son sanctuaire ’AcrxXYiTUEtbv (6).

[I. — Des différents bâtiments dont se composait L’ Asclépieion.

Bien que le terrain déblayé par la Société archéologique entre le théâtre de Dionysos (L du plan) et l’odéon d’Hérode Atticus d’une part, le rocher de l’Acropole (M) et le mur dit de Serpentzé (K) de

(1) C. J. A., II, 1, Addenda nova, 159% 1. 10-11.

(2) C. I. A., II, 1, Addenda nova, 477b, 1. 5-6, 17.

(3) Scolies du Plutus, v. 621.

(4) Voir A. Mommsen, Heortologie, p. 323 et suiv.

(5) Mitth. d. d. arcli. Inst, in Athen, II, p. 53 et suiv.

(6) ’AOrivaiov, V, p. 103, n. 13. Cf. C. 1. A., Il , 1, Addenda nova, 477% 567b. — Les mots ev dtaxei se lisent encore sur un fragment d'inscription où le nom d’Asclépios ne se trouve pas, mais qui se rapporte évidemment à l’Asclépieion et à son administration. Ce fragment est du premier siècle avant J.-C. Voir ’AQfjvaiov, VI, p. 489, n. 6.

LE TEMPLE

l’autre, soit peu étendu, le lieu précis où s’élevait le. sanctuaire d’Asclépios est assez difficile à déterminer, tant sont nombreux les restes d’édifices dé toute nature qui encombrent cet étroit espace : des citernes romaines , des tombeaux, des substructions d’églises byzantines apparaissent au milieu des débris d’un âge plus reculé ; des constructions de brique subsistent à côté de soubassements en pierre du Pirée ; une grotte creusée dans le roc vif, et qui paraît très ancienne , conserve encore la trace des peintures qui la décoraient à l’époque où elle servait aux chrétiens de chapelle. On peut cependant , parmi ces ruines , distinguer un certain nombre de monuments qui appartiennent tous aux temps antiques et qui sont groupés sur deux terrasses de niveau différent , la première , celle qui commence au mur d’enceinte du théâtre de Dionysos, étant un peu plus basse que la seconde, dont elle est séparée par un mur d’appareil polygonal à peu près perpendiculaire au rocher de l’Acropole (1). C’est parmi ces monuments qu’il faut chercher les restes de l’Asclépieion. En dehors des deux terrasses, les recherches seraient infructueuses. Le terrain qui s’étend au delà de la deuxième terrasse , jusqu’à l’odéon d’Hérode , n’offre aucun vestige do temple ni de portique. Nous savons de plus, par Pausanias , que l’Asclépieion était le premier sanctuaire qu’on rencontrait .en allant du théâtre de Dionysos vers les Propylées (2).

On est frappé , quand on parcourt ces ruines , de la ressemblance qui existe entre la disposition des bâtiments de la première terrasse et celle des bâtiments de la seconde. Sur la première terrasse , la terrasse Est , on remarque en effet , au milieu des débris de toute sorte qui jonchent le sol, les restes de plusieurs monuments sur la nature desquels on ne saurait se tromper. Ces monuments sont : un temple (D), des portiques (EEF1 2) et une source (J), qui s’échappe de la grotte creusée dans le rocher et transformée plus tard en chapelle. La terrasse Ouest présente un ensemble de constructions identique : on y trouve également un temple (C) , des portiques (B) , une source (H). Tels étaient les éléments dont se composaient les Asclépieia et , en général, tous les sanctuaires de divinités guérisseuses. Un temple abritait la statue du dieu ; dans le voisinage , des portiques , sorte de galeries couvertes largement aérées , donnaient

(1) Voir le plan. Ce mur y est désigné par la lettre R. On remarque, près de là, un certain nombre de tombeaux (G) .

(2) Pausanias, I, 21, 4.

l’asclépieion d’athènes.

asile aux hôtes passagers du sanctuaire ; enfin , une source fournissait l’eau nécessaire aux traitements élémentaires que le dieu prescrivait à ses malades , aux purifications et aux ablutions des suppliants. C’est ainsi qu’était disposé le célèbre Asclépieion d’Epidaure, dont Pausanias nous a laissé une description fort complète (1). Il en était de même à Titane, près de Sicyone, où l’on voyait un des Asclépieia les plus anciens de la Grèce (2), etc.

Asclépios aurait donc eu deux sanctuaires sur la pente méridionale de l’Acropole : telle est la conclusion à laquelle il semble qu’on soit forcément conduit par la comparaison des ruines qui occupent les deux terrasses. Cette hypothèse paraît confirmée par l’inscription suivante , qui provient des dernières fouilles et dont voici la traduction ; laissons de côté les formules du commencement (3) : « Proposition de Méniscos , fils de Philoclès, du dème de Colone : considérant que Dioclès le jeune, fils de Dioclès, du dème de Képhissia , ayant été désigné par le sort pour être prêtre

(1) Pausanias, II, 27, 1.

(2) ld., II, 11, 6.

(3) C. 1. A., II , 1 , Addenda et corrigenda , 489b. Voici le texte complet : ’AyaÔrj xü/lr] xîj; (àouXîi; xai toO Svjp-ou t où ’A0r|vai(ov • sui AuaàvSpou xoü ’AtioWîùSoç âp/ovxo;, èiti xîj; IlavSioviSo; StüSsxàxv]; 7tpuxavsia;, y) Tàïo; Tatou ‘AXateù; sypa([x)- (j.àxeusv • Exipoçopitovo; ôyooy) |xst’ ixàôa;, xpixri xai sixo<7Tÿ) xrjç 7rpuxavsîa; • (üouXï) èv (3ou),euTï]ptw , twv TtpoéSpcov eirË^yjcpiÇEV ©sàvyeXo; ©eavye'Xou Ac0aXiSri; xai auvixposSpoi • ë8oljsv tv] [àouXÿ] • Meviaxo; <ï>tXoxXsou; KoXavvrjOev eiTtsv • suei or) TrpoooÔov Txoiy]uà[j.Evoç upà; xvjv (3ouXr)v ô sIXt^ù; iepsù; ’AcxX^mot) xai 'Tyisia; si; xàv pexà Au<ravSpov âpyovxa èviauxàv AioxXïj; AioxXéou; Kyiçigtsù; vstoxspo; èvçaviÇsi xà 0upto|xaxa SieçOâpOat xàj; Trpoxepov ouar); si; xà ispàv eiaoSou, opoîco; 8è xai xfrpv ôiriaxo xoü 7tpouuXou arsyviv , sxi Sè y.ai xàv vaàv xoù àp/a£ou<Cou> àipi8pup.axo; xoü xs ’A<jxXv)7rtoü xai xvj; ‘Tyisia; xai oià xoùxo 7tap[a]xaXeï xvjv (louXrjv èixixcopïjaai éaxqv xaxacrxeuàcravTi sx xâiv îStoov 0upàScjai xà àp/atov vrpÔTtuXov, creyàirai 8è xai xoù itpotcùXou xà Ô7ria-(u pipo; xai xàv vaàv xàv àixévavxi xvj[;] elxà Sou yà[p]iv xoü xvjv àpyaiav àuoSoOijvai xà) tepcp xàijiv • àya.0ÿ| xü^t] 8eS6)(0ai xr\ (louXÿi, siuxe;((opyj!70ai AioxXïj AïoxXsou; KY]<piareT vewxépo) 7i:otvio-a<70ai xvjv àvâ0sotv xtov Ouptopàxtov xai oxsyàoai xoü TtpoTcüXou xà o7Ti(joo pipo;, xaxauxeuào-ap] 8è xai xàv àpyatov (vaàv) xa0àuep uapaxaXst xai 7i:oirj<jai70ai xr]v sTtfijypaçyiv siri p.èv xcov 0upcov xai xvj; oTsyr,; xvjvSe • AïoxXv)[;] AioxXéou; Kïi<ptorsù; vswxspo; iepsù; yevôp.evo; év x5> èixî Aucn(à)8ou àpyovxo; sviauxip xà 0uptô[ji.axa xai xvjv àiùcrw xoü ixpo7tüXou Gréyviv '’Ao'xXyiuiw xai Tyisia xai x£p 8v)p.(o àvé 0v]xsv • èiù Sè xoü vaoü 6 poiio; • AioxXvj; AioxXéou; Kï)çtoisù; vsoixspo; iepsù; ysvâjxevo; èv xcjv èixi ÀuoiàSou âpxovxo; sviauxtp xàv vaàv xaxaoxeuàoa; èx xtov lôîtov ’ÀtrxXïi#tû xai ‘Tyisia xai xü (ôv) (J-oa) àvè0ï]xsv • ïva xoüxwv cruvxeXou^svcov sù- (Teptô; p.(sv x)5j pouX^ xà vxpà; xà 0sîov sxül , yivüivxai 8s xai sxepoi ^Xtoxai xwv ôp-oiuv. — Sur la date des archontats de Lysandros et de Lysiadès, voir Dumont, Bull, de eorr. hellén., I, p. 36; Dittenberger, C. I. A., III, 1, 1014. M. Koumanoudis , ’A0vjvaiov, V, p. 105, et K. F. Hermann, Lehrbuch der griechischen Staatsalterlhümer , 5e éd., p. 786, pensent que ces archontes pourraient être placés en 26 et 27 après J.-C.

LE TEMPLE

d’Asclépios et d’Hygieia pendant l’année qui doit suivre l’archontat de Lysandros, s’est présenté devant le Conseil et lui a déclaré que la porte de l’ancienne entrée du sanctuaire était en mauvais état, ainsi que la partie postérieure du toit du propylée et la chapelle de l’ancien édifice consacré à Asclépios et à Hygieia ; qu’il a , en conséquence , demandé au Conseil la permission de réparer ces dommages à ses frais , de refaire la porte de l’ancien propylée, de recouvrir la partie postérieure dudit propylée, ainsi que la chapelle située en face de l’entrée , afin que le sanctuaire reprît son ancien aspect : à la Bonne Fortune : le Conseil a résolu d’accorder à Dioclès le jeune, fils de Dioclès, du dème de Képhissia , la permission de consacrer la porte , de recouvrir la partie postérieure du propylée , de réparer l’ancienne chapelle , comme il en a fait la demande , et de rédiger, pour la porte et le toit , la dédicace suivante : Dioclès le jeune, fils de Dioclès , du dème de Képhissia, ayant été prêtre pendant l’année de l’archontat de Lysiadès , a consacré la porte et la partie postérieure du toit du propylée à Asclépios , à Iiygieia et au peuple ; — pour la chapelle , cette autre : Dioclès le jeune , fils de Dioclès , du dème de Képhissia , ayant été prêtre pendant l’année de l’archontat de Lysiadès , a réparé la chapelle à ses frais et en a fait hommage à Asclépios , à Hygieia et au peuple ; — afin que par là le Conseil manifeste sa piété envers les dieux et que d’autres soient incités à suivre un pareil exemple. »

Comme on le voit d’après cette inscription , Asclépios possédait en effet deux temples dans l’espace renfermé entre le théâtre de Dionysos et l’odéon d’Hérode. L’ancien temple (apyocTov <*<p£- Spupia ) était situé en face de l’ancienne entrée du sanctuaire (àTOvocv-n xyjç eîcoSou) : c’est dans ce temple que se trouvait la chapelle (àpxaïoç vaoç) que Dioclès demande l’autorisation de réparer à ses frais (1). Le nouveau temple, où le culte d’Asclépios et

(1) Nous traduisons va oc par chapelle : c’était la partie du temple où se trouvait la statue du dieu. Le sens de vaoç est moins étendu que celui d'âcpi'Spujxa. Par àçi'8pujj.a il faut entendre ici, croyons-nous, l’édifice tout entier, le temple avec son vaoç. Le mot àçîôpup-a indique en outre que l’ancien temple d'Asclépios a été bâti sur le modèle d’un autre temple, peut-être celui d'Epidaure. C’est d’Epidaure en effet que le culte du dieu guérisseur avait passé chez les Athéniens. Voir Philostrate , Vie d’Apollonius de Tyane, IV, 18. Le sens exact d’à<pi8pu(j.a ressort clairement d’un passage de Strabon, éd. Meineke, coll. Teubner, IX, 403. Il s’agit du temple de Délion, où le culte d’Apollon a été transporté de Délos et qui est comme une succursale construite sur le plan du temple délien : Strabon l’appelle to Ispôv xoù ’AtiôXXcovoç ex Àvi),ou àçiSpup.évov. Cf. Strabon, VIII, 360 : ÀEixvuxai 8’dv reprjvta Tpixxaiou lepov ’AoxXyituoù , àcpt-

l’aSCLÊPIEION ©'ATHÈNES.

d’Hygieia avait été transporté avant que Diodes ne devînt prêtre, à une époque que nous ignorons, s’élevait probablement à peu de distance de l’ancien , vis-à-vis d’une autre porte munie sans doute, elle aussi, d’un propylée. L’Asclépieion tout entier se composait donc : 1° d’un mur d’enceinte percé de deux portes ayant chacune leur propylée ; 2° d’un ancien temple placé en face de l’ancienne porte ; 3° d’un temple de construction plus récente, bâti apparemment vis-à-vis de la porte nouvelle. Voyons si ces données concordent avec les indications fournies par les ruines.

M. Kœhler , qui , témoin des fouilles de la Société archéologique , a fait de la topographie de l’Asclépieion une étude approfondie , pense que des deux temples C et D , un seul , le temple D , était consacré à Asclépios et à Hygieia : ce serait là le temple ancien, celui qui faisait face à l’ancienne entrée du sanctuaire ; le nouveau temple aurait été situé un peu à l’Est de celui-là, à l’endroit où l’on distingue aujourd’hui les restes de plusieurs chapelles byzantines (F2F3F4) (1). Le long portique adossé à l’Acropole (EEF1), et dont une partie semble avoir servi d’église à l’époque chrétienne (F1) , serait le portique où les malades venaient s’établir pour recevoir en songe les conseils du dieu (2) ; la source qui sort de la grotte creusée dans le rocher (J) serait la source sacrée de l’Asclépieion (3). Ainsi , les deux temples auraient été situés l’un à côté de l’autre sur la même terrasse , et il serait inutile de chercher l’un d’eux sur la terrasse voisine. Cette seconde terrasse, M. Kœhler en fait encore une dépendance de l’Asclépieion ; mais il y place les demeures des prêtres et des différents fonctionnaires attachésau sanctuaire(B) (4). Quant au temple C , il pense que ce pouvait être le temple de Thémis (5). A l’Ouest de ce monument, un édifice dont quelques pierres à peine subsistent, aurait été la chapelle d’fsis(N), à laquelle paraissent faire allusion plusieurs inscriptions trouvées à différentes époques sur le versant méridional de l’Acropole (6). Du côté opposé , à l’angle Sud-Est du temple C , une assise de

ôpupia toù èv xr\ 0ETTaXi>dji TpixxV;. Cf. Diodore de Sicile, XV, 49, 1; Plutarque, Sur la musique, 14; Cicéron, Lettres à Atlicus , XIII, 29.

(1) Milth. d. d. arch. Inst, in Athen, II, p. 253 et suiv

(2) lMd.

(3) Md.

(41 Md., p. 257.

(5) Md., p. 256.

(6) Md.

LE TEMPLE

marbre assez élevée (0) représenterait l’autel des Nymphes, sous l’invocation desquelles aurait été placée la source de la terrasse occidentale (H) (1).'

Ces explications , proposées d’ailleurs comme autant d’hypothcses, méritent qu’on les examine : il en est de très vraisemblables ; d’autres sont plus difficiles à admettre. Pour ce qui est du temple D, du portique EEF‘ et de la source J, il ne saurait , semhle-t-il , y avoir de doute. Ce temple est bien celui d'Asclépios ; ce portique est le lieu où les malades venaient attendre la révélation du remède qui devait les guérir ; cette source est la source sainte qui fournissait l’eau des purifications et des ablutions ordonnées par le dieu. Ces trois monuments, les premiers qu’on rencontre en s’éloignant du théâtre de Dionysos et en se dirigeant vers l’Ouest , répondent parfaitement à la description faite par Pausanias de cette partie.de la pente Sud de l’Acropole : « En allant du théâtre vers la citadelle , on trouve le tombeau de Calôs : c’est pour avoir tué ce Calôs , qui était le fils de sa sœur et son élève , que Daidalos s’enfuit en Crête ; plus tard , il se réfugia en Sicile auprès de Côcalos. Puis vient le sanctuaire d’Asclépios , remarquable par les statues du dieu et de ses enfants , ainsi que par les peintures qu’il contient (2). » Du tombeau de Calôs , il ne reste pas vestige : ce devait être un monument de fort petite dimension. Mais l’Asclépieion subsiste , et la place que lui assigne Pausanias paraît bien être celle qu’occupent les trois monuments dont nous venons de parler. Quant au second temple, rien ne prouve qu’il ait été là où M. Kœhler croit l’apercevoir : ni les renseignements fournis par le décret rendu en faveur de Dioclès , ni l’état des lieux n’autorisent à penser qu’il occupait , à l’Est du temple D , l’espace encombré depuis par des constructions chrétiennes.

Il en est de même de tous les monuments de la terrasse Ouest. Faire du temple C le temple de Thémis , voir dans les ruines situées à l’Ouest de ce temple les restes de la chapelle d’Isis , prendre les assises de marbre placées à l’angle Sud-Est pour les débris de l’autel des Nymphes , la source H pour la source consacrée à ces mêmes Nymphes , supposer que le portique B servait de demeure aux ministres du dieu , sont des conjectures qui ne s’appuient sur rien de solide. Sans doute, le temple

(1) Kœhler, Mitth. d. d. arch, Inst. inAthen, II, p. 256.

(2) Pausanias, I, 21, 4.

l’asclépieion b’athènes.

de Thémis était voisin de l’Asclépieion (1); mais aucune inscription , aucun monument provenant des fouilles ou découvert antérieurement ne révèle l’existence de ce temple à l’endroit des ruines désignées par la lettre G. Pour Isis , on ne sait même pas si elle avait une chapelle dans ce quartier de l’ancienne Athènes (2). Rien ne prouve , dans tous les cas , que cette chapelle ait été là où la place M. Kœhler. Quant aux Nymphes , elles étaient honorées sur la pente méridionale de l’Acropole : un autel sur lequel on lit le mot NujjupSv et un fragment de dédicace , trouvés dans les fouilles récentes , paraissent l’attester (3) ; mais cela ne prouve nullement que leur autel fût situé à l’angle Sud-Est du temple G , ni que la source H fût leur source. Enfin, il est probable que dans le péribole de l’Asclépieion un ou plusieurs bâtiments étaient destinés à. loger les ministres du culte : c’était l’usage qu’il y eût près des temples des édifices spéciaux servant d’habitation au prêtre et à ses subordonnés (4) ; mais rien n’indique que ces bâtiments fussent ceux dont le portique B offre le plan. Bien des monuments demeurent pour nous des énigmes dans cet espace compris entre le théâtre de Dionysos et l’extrémité occidentale de la terrasse Ouest. L’espèce de puits (I) situé à l’Ouest du portique EEF1 et flanqué de quatre colonnes dont on distingue encore la trace , nous embarrasse fort ; des substructions , des fragments de murs se rencontrent çà et là , dont la destination nous échappe. Il faut en constater l’existence , sans vouloir à toute force en trouver la signification.

Toutefois, si l’on aime les conjectures, il en est une plus simple que toutes celles que nous venons d’exposer : c’est celle qui consisterait à voir dans les temples G et D les deux temples mentionnés par l’inscription de Dioclès. C’est une pure hypothèse, qui ne vaut guère mieux , hâtons-nous de le dire, que les hypothèses de M. Kœhler : elle a du moins pour elle la symétrie frappante de

(4) Pausanias, I, 22, 1.

(2) Voir Kœhler, Mitth. d. d. arch. Inst, in Athen , II, p. 256 et suiv. — Cf. p. 248.

(3) ’AOrîvaiov, V, p. 330, n. 11 ; Kœhler, Mitth., etc., II, p. 248.

(4) Pausanias, X, 32, 12 : SraSioiç 8è àucoTÉpco TiOopéa; éëSopjxovTa vaoç ètmv ’AcrxÀYiutoù... ’Evxèç p,èv 8 r) xoü ixEpiëôXou xoïç xs IxÉxaiç xal oaoi t où 8so0 SoùXoi , xoOxotç p.èv èvxaùOà eltri xal olxrjcretç. — Cf. une curieuse inscription trouvée à Smyrne et publiée dans leMouo-stov xal BtëXioOvixY) xîjç eù ay y sXixîj; SxoXrjç, 1876, p. 47, 1. 27 et suiv. : ... axoàv xxx(oxoSo(j.y|pivY)v xal x£xepa|AGop.é- V'/]V Ttpàç xrjv oïxri'jiv xwv IfepooovXtov xal tôv 0eàv Ôepa7teu6vT<ov.

LE TEMPLE

deux compositions architecturales contiguës l’une à l’autre et renfermant toutes deux les mêmes éléments, un temple, des portiques, une source. D’autres divinités , comme Thémis , les Nymphes , Aphrodite , pouvaient être adorées dans le voisinage du temple C. L’Asclépieion contenait sans doute les statues ou les autels d’un certain nombre de dieux associés au dieu de la médecine : sans parler des enfants d’Asclépios, les inscriptions et les bas-reliefs trouvés sur l’une et l’autre terrasse nous montrent Déméter, Goré, Héraclès, Hypnos,. etc., honorés dans le sanctuaire du dieu guérisseur; l’autel sur lequel est gravé le mot NupwpSv porte aussi les noms de Pan , d’Hermès , d’Aphrodite et d’Isis. La présence , dans l’Asclépieion , de ces divers monuments- n’empêcherait en aucune façon de faire du temple G l’un des deux temples d’Asclépios et d’Hygieia. De même , une église placée sous le patronage de la Vierge ou de quelque saint, objet d’un culte local, contient souvent un nombre plus ou moins considérable de chapelles consacrées à d’autres saints. L’Asclépieion aurait ainsi été pourvu de deux sources , bien que les auteurs anciens n’en mentionnent qu’une seule, peut-être à cause des légendes qui y étaient attachées ou. des vertus particulières de l’eau qu’on y puisait (1). Ce ne sont là, encore une fois , que des conjectures. La seule chose qu’on puisse affirmer , c’est qu’Asclépios avait deux temples, et que ces deux temples, avec leurs dépendances, occupaient probablement toute la superficie des terrasses Est et Ouest. Le sanctuaire couvrait ainsi un espace d’environ cent mètres de long.

Des deux temples , lequel avait été construit le premier? C’est ce qu’il est difficile de déterminer. Tous les âges se confondent sur l’une et l’autre terrasse : à côté d’édifices qui paraissent très anciens , d’autres appartiennent aux temps romains et sont , ou à peine antérieurs , ou même postérieurs au commencement de notre ère. Considérons , par exemple , le temple C : les soubassements, en pierre du Pirée , attestent la bonne époque de l’architecture grecque. Cette petite chapelle , qui n’a que 5“,00 de long sur 4m,00 de large , était orientée au Sud-Est. Par malheur, aucun débri. retrouvé dans le voisinage ne permet d’en essayer la

(1) Xcnophon, Mémorables, III, 13, 3 ; Pline, Histoire naturelle, II, 106, 3, éd.

Lemaire; Pausanias, I, 21, 4. C’est à la source de la terrasse Ouest que se rap-

portent les deux bornes portant l’inscription opoç xpyjvriç publiées dans 1’1 * * * 5 A 0 vj -

vaiov, V, p. 331, n. 13, et YI, p. 374, n. 8. L’une de ccs bornes a été trouvée

encore en place (A du plan).

l’asclépieion d’athènes.

restauration ; il semble qu’elle ait eu la forme des temples dits in antis (1). Le temple D, plus vaste (il a 8m,90 de long sur 4m,30 de large) , est bien postérieur : la construction des soubassements indique une date relativement récente (2). D’autre part, près du temple le plus ancien (G), se trouvent les restes d’un portique (B) probablement postérieur, suivant M. Kœhler, au portique d’Attale, qui fut construit entre les années 159 et 138 avant l’ère chrétienne. Ce portique , qui garde encore la trace du pavement de mosaïques qui le décorait à l’intérieur, mesure 27^,80 sur 13m,00 (3). Au contraire, le portique de la terrasse Est (EEF1), voisin du temple le plus récent (D) et plus grand que l’autre (il a 30,00 de long), paraît être du quatrième siècle ou du commencement du troisième. Le stylobate en marbre de l’Hymette , sur lequel reposaient les colonnes de la façade , montre en effet qu’il ne peut être antérieur à cette époque , le marbre de l’Hymette n’apparaissant dans les édifices athéniens que vers le milieu du quatrième siècle avant J.-C. ; il ne doit pas être non plus très postérieur à l’an 300 , le fini de la construction révélant .dans les soubassements une époque encore belle de l’art. Tout, d’ailleurs, dans ce portique, n’appartient pas à la même époque. La colonnade qui régnait sur toute l’étendue de la façade est d’une époque très postérieure , à en juger par les quelques fûts de colonnes qui subsistent encore : ce sont des colonnes doriques à cannelures .pleines jusqu’à mi-hauteur, comme celles des villas gréco-romaines d’Herculanum et de Pompéi (4).

Ces exemples suffisent pour faire voir combien il est malaisé de dire quels furent les premiers monuments dont la réunion composa l’Asclépieion. Chacun des bâtiments qui couvrent les deux terrasses dut être réparé plus d’une fois ou même refait de fond en comble , grâce au zèle pieux des prêtres , à la munificence de l’Etat et des particuliers. Le souvenir de quelques-uns de ces agrandissements ou embellissements de l’Asclépioion nous a été conservé par les inscriptions. Les premiers en date semblent dus à la générosité d’un certain Télémachos, qui vivait au quatrième siècle : il avait consacré à Asclépios un autel , ainsi que nous l’apprend une inscription malheureusement fort incomplète trou-

(1) Kœhler, Mitth. d. d. arch. Inst, in Athen, II, p. 238.

(2) ld., ibid., p. 236.

(3) ld., ibid., p. 237 et suiv.

(4) ld., ibid., p. 229-235.

LE TEMPLE

vée dans les fouilles récentes (1). Plusieurs fragments encore inédits de la môme inscription paraissent indiquer que Télémachos n’était pas le seul qui se fût montré pieux et libéral envers le dieu. D’autres personnes, en même temps que lui, s’étaient signalées par des actes analogues : leurs noms se lisent sur un des fragments non publiés ; mais le caractère de leurs donations nous échappe (2). Le même Télémacbos est encore mentionné dans une inscription comme ayant dédié un objet dont nous ignorons la nature à Asclépios et aux divinités qui lui étaient associées (ôpo'poipoi) (3).

Les renseignements les plus nombreux que nous possédions sur l’histoire des différents bâtiments du sanctuaire nous sont fournis par les inscriptions de l’époque romaine. On a vu tout à l’heure les travaux d’architecture signalés par le décret rendu en faveur de Dioclès. -Un fragment d’architrave d’ordre ionique porte cette dédicace : « A Asclépios et à Hygieia, pour le salut (?) de Tibérius César... » M. Koumanoudis incline à croire que cette architrave est celle du portique de la terrasse Ouest, qui est un portique ionique, et près duquel elle a été trouvée : l’inscription , dans tous les cas , rappelle la construction ou la réparation d’un édifice important bâti ou relevé sous le règne de Tibère dans l’enceinte de l’Asclépieion (4). Une dédicace semblable , datée de l’archontat de Démocharès d’Azénia (29 après J.-C.), est gravée sur un énorme bloc de marbre pentélique qui paraît détaché, lui aussi, de quelque portique (5). D’autres travaux moins considérables nous sont révélés par les inscriptions. C’est un zacore , Démétrios , fils d’Antiochos , du dème de Spbettos, qui a fait refaire le pavement d’un des propylées (6) ; c’est un autre

(1) ’ABvjvatov, VI, p. 138, n. 15. L’inscription est <ti:oixï]8ôv. M. Koumanoudis la lit ainsi :

TJyiXÉp.a^oç iS[pù<jaTO (?)

. . . ov xai tov (3co[[j,ov ’A<jxX]y]tug5i upwc. . .

otç ’A<T<7x[Xï|Tri . . .

Aiç ’Aa-(7x[XriTU . . .

y. ai . .......

(2) Voir l’Appendice.

(3) ’AOrjvaiov, VI, p. 137, n. 14; Kœhler, Mitth. d. d.arch. Inst, in Athen, II, p. 241, note 2, et p. 242, note 2; Kaibel, Supplementum epigrammatum græcorum, etc., p. 197, n. 773b,

(4) ’AOrjvaiov, V, p. 320, n. 45.

(5) Ibid., p. 319, n. 44.

(6) Ibid., VI, p. 373, n. 7, et C. I. A., III, 1, Addenda et corrigenda, G8°.

l’asclépieion d’athènes.

zacore , Ménécratès , fils de Kensôreinos, de Phalère, qui a fait remettre à neuf la table sacrée d'Asclépios (1) ; c’est un certain Socrates , fils de Sarapion , du dème de Képhissia , qui , sans doute pendant qu’il était prêtre , a réparé la source (nous ne savons laquelle) et la porte qui y donnait accès (2). Toutes ces réparations et bien d’autres, qui ne lions sont signalées par aucun texte épigraphique , parce que les inscriptions qui en faisaient mention n’ont pas été retrouvées , expliquent comment il se fait que, près d’un édifice ancien, on en aperçoive souvent un autre beaucoup plus récent : de là l’impossibilité où l’on est de décider quels furent les premiers bâtiments de l’Asclépieion, ni où s’élevait le plus ancien des deux temples du dieu.

Il est permis de croire cependant que ce fut sur la terrasse la plus rapprochée du théâtre de Dionysos qu’on bâtit tout d’abord. Ce qui semblerait le prouver, c’est la position du temple D relativement à deux murs (P , Q) à peu près parallèles l’un à l’autre et dirigés tous deux de l’Est à l’Ouest. L’un de ces deux murs marquait probablement de ce côté la limite de l’Asclépieion : la situation de l’un et de l’autre par rapport au temple D paraît , dans tous les cas , correspondre exactement aux indications données par l’inscription de Dioclès , où il est dit , on s’en souvient, que l’ancien temple d’Asclépios faisait face à l’une des deux entrées du sanctuaire , face aussi , par conséquent, au mur d’enceinte dans lequel cette entrée était pratiquée. Il en résulterait que le temple D était bien l’ancien temple d’Asclépios et d’Hygieia, comme le suppose M. Kœhler, mais que nous avons sous les yeux , dans les débris d’époque récente qui en restent , une restauration très postérieure à la première construction. L’autre temple , si l’on admet qu’il ait été situé sur l’autre terrasse à l’endroit désigné par la lettre G , aurait été bâti entre la première construction du temple D et sa réédification. L’Asclépieion , resserré d’abord dans l’espace occupé par la terrasse Est , se serait agrandi avec le temps en s’étendant du côté de l’Ouest.

Nous arrêterons là l’étude que nous nous étions proposé de faire de la topographie du sanctuaire du dieu médecin. On voit quelles étaient les dimensions probables de ce sanctuaire et quels monuments le remplissaient. Deux chapelles, toutes deux consacrées à Asclépios et à Hygieia , des portiques destinés à recevoir les malades , deux sources , des bâtiments servant d’habitation au

(1) ’AÔiô v a t o v , VI , p. 146 , n. 26.

(2) Ibid., V, p. 527, n. 10. Cf. Kœhler, Mitth., etc., II, p. 174, note 1.

LE TEMPLE

prêtre et aux divers ministres du culte , des autels votifs et des édicules de différente forme et de différente grandeur , dédiés à des divinités auxquelles on rendait, dans l’enceinte même de l’Asclépieion , de pieux hommages , telles étaient les principales constructions qui s’élevaient dans le péribole sacré du dieu guérisseur. C’est cet ensemble d’édifices répandus sur les deux terrasses comprises entre le théâtre de Dionysos et le mur d’appareil polygonal (S) situé à l’Ouest du temple C , qui portait le nom d’Asclépieion.

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