III. — Cleidouques , pyrphores , canêphores, arrhéphores
Outre le prêtre et le zacore , ministres réguliers et permanents d’Asclépios , un certain nombre de personnages chargés de fonctions secondaires figuraient dans certaines cérémonies de l’Asclépieion. Ces personnages, qu’on rencontre aussi dans les autres cultes athéniens, nous sont moins bien connus encore que ceux dont nous venons de parler. Leur condition est très obscure, leur participation à l’accomplissement des rites sacrés fort difficile à déterminer. Il faut au moins les énumérer.
Nous citerons d’abord le cleidouque (xL-iâoüyoç). C’était , si l’on se reporte à l’étymologie du mot , le serviteur à qui l’on confiait toutes les clés du sanctuaire. Mais il semble que de bonne heure ce titre prit un sens plus étendu. Un cleidouque de Héra, mentionné dans une inscription d’Athènes , avait pour fonction de porter les clés sacrées (xXeïSpa) dans certaines fêtes (2). Quatre
(1 ) Fragmenta historicorum græcorum, éd. Didot, II, p. 15, 8.
(2) $(Xt(TTwp, III, p- 454, n. 1, 1. 7 et 10. Cf. Keil, Philologus , zweiter Supplementband, 1863, p. 588 et suiv.
l’asclépieion d’athènes.
cleidouques d’Asclépios sont nommés dans les inscriptions trouvées sur le versant méridional de l’Acropole. Deux d’entre eux , fils de deux prêtres d’Asclépios , ont été chargés par leurs pères des fonctions de cleidouques à l’occasion de cérémonies dont les inscriptions, très mutilées, ne nous ont pas conservé le souvenir (1). Avaient-ils été nommés temporairement ou pour un an? Nous l’ignorons; toujours est-il que c’étaient leurs pères qui les avaient choisis , et que ce choix est une des raisons pour lesquelles les deux prêtres sont loués par le Conseil et par le peuple. Les deux autres cleidouques sont mentionnés par deux inscriptions de très basse époque : l’un d’eux , en même temps que cleidouque , était archonte (2). On voit que la cleidouchie avait changé de caractère.
A côté du cleidouque, nous trouvons le pyrphore (itup^opoç). Ce titre se rencontre dans deux inscriptions athéniennes dont l’une a été découverte bien avant les fouilles de la Société archéologique, sur l’emplacement de l’Asclépieion (3). Il y avait aussi des pyrphores à Epidaure (4). Le devoir du pyrphore était d’allumer le feu sacré sur l’autel. Cette dignité, assez humble à l’origine, prit sans doute avec le temps une grande importance et devint, comme les charges de zacore et de cleidouque , une faveur fort enviée. Nous ne savons pour combien de temps le pyrphore était nommé (5).
Enfin , des femmes figuraient aussi dans les cérémonies célébrées en l’honneur d’Asclépios et d’Hygieia. Une canéphore d’Asclépios (xavY|cpdpoç), prenait part aux Epidauria(6). Une arrhéphore (àpp7]cpo'poç) jouait un rôle dans la même fête. Un décret cite une arrhéphore qui était la fille d’un prêtre, un de ceux qui avaient mérité des éloges publics pour avoir investi leurs fils des fonctions de cleidouques (7). C’était l’usage que de pareilles charges fussent imposées par les prêtres à leurs enfants (8). L’Etat leur savait gré de cet acte de piété et les en récompensait. Mais ce n’était là, comme
(1) C. 1. A., Il, 1, Addenda et corrigenda, 453b, 1. 18, et 453°, 1. 13-14.
(2) ’Aôïjvaiov, V, p. 198, n. 3, p. 323, n. 2.
(3) Voir C. I. G., 402, 1178.
(4) Le Bas et Foucart, Mégaride et Péloponnèse, 144b, 147b.
(5) Voir ibid., p. 66, col. 1, le commentaire de M. Foucart.
(6) C. 1. A., III, 1, 916, 921. Cf. Pervanoglu, Philologus, XXIV, p. 462.
(7) C. I. A., II, 1, Addenda et corrigenda, 453b, 1. 14.
(8) Cf. Bull, de Corr. hellén., III, p. 62, une inscription de Skyros en l’honneur d’un prêtre qui a donné sa fille pour être canéphore dans une fête de Dionj'sos.
LES MINISTRES DU CULTE
on le voit, qu’une dignité temporaire. Canéphores et arrhéphores étaient choisies pour des cérémonies spéciales ; leur rôle, qui consistait probablement, comme dans les autres cultes, à porter dans les processions les corbeilles sacrées, cessait dès que la cérémonie était achevée (1).
IY. — Personnages divers mêlés au culte ou à l’administration
du temple.
Indépendamment du personnel purement religieux que nous venons de passer en revue, les inscriptions révèlent l’existence de différents fonctionnaires dont le caractère est quelquefois très mal déterminé, mais qui prenaient, semble-t-il, une large part aux cérémonies de l’Asclépieion et tenaient une place considérable dans le culte ou dans l’administration du sanctuaire.
En premier lieu, il faut nommer l’archonte-roi, son parèdre et les quatre épimélètes des mystères d’Eleusis , sous la présidence desquels s’accomplissaient probablement les Epidauria, cette fête d’Asclépios si étroitement unie aux fêtes de Déméter, et qui se célébrait le quatrième ou le cinquième jour des Eleusinies (2). Quel était leur rôle dans cette cérémonie? Nous n’en savons rien, mais il paraît évident que, chefs civils des mystères, ils étendaient aussi leur surveillance sur les Epidauria, un des actes de ce grand drame religieux dont la direction leur était confiée par l’Etat.
Citons encore les hponowl. C’étaient, à ce qu’il semble, des commissaires chargés d’offrir, au nom de la cité , certains sacrifices , de veiller à l’accomplissement de certaines formalités officielles; de contrôler peut-être, dansune certaine mesure, les actes du prêtre, Leurs fonctions paraissent avoir été surtout administratives ; tout ce qui concernait les biens et l’argent des dieux était de leur compétence. Il y avait des Upoirotot attachés à chacun des sanctuaires d’Athènes (3). Leur rôle, dans le culte d’Asclépios , nous est in-
(1) A propos des arrhéphores, il faut remarquer que cette forme n'est pas celle qui est généralement employée pour désigner la dignité semblable dans le culte d'Athéna : on dit errhéphore. Voir A. Mommsen, Iieorlologie, p. 448, note.
(2) Voir plus loin, chapitre III.
(3) Sur les lepoitoiot , voir le scoliaste de Démosthène, Contre Midias, 114; Etymologicum magnum, au mot Ispoiroioi; Bœckh , Staatshaushaltung der Athener, livre II, 6, p. 231 et suiv. ; A. Mommsen, Heortologie, p. 242. — Voir surtout Foucart, Bull, de corr. hellén., IV, p. 233 et suiv.
l’asclépieion d’athènes.
diqué par deux fragments des comptes de l’orateur Lycurgue (1) : nous voyons que c’était de leurs mains que le trésor recevait le produit de la vente des peaux des victimes sacrifiées lors de la fête des Asclépieia.
Des fonctionnaires plus intéressants et que nous connaissons mieux, bien que leur participation à l’administration de l’Asclépieion soit encore pour nous bien obscure, sont ces citoyens nommés par le peuple pour dresser les catalogues d’ex-voto, consacrer au dieu une offrande publique, etc. C’était un procédé ordinaire du gouvernement athénien de confier certaines affaires à un petit nombre de personnes formant des commissions et devant rendre compte soit au Conseil soit au peuple, leur travail achevé, de la manière dont elles avaient rempli leur mandat. De pareilles commissions étaient élues lorsqu’il fallait, par exemple, élever sur l’agora une statue à quelque personnage auquel le Conseil et le peuple désiraient donner un témoignage public de reconnaissance (2), lorsqu’il s’agissait d’aller annoncer à quelque ville amie les honneurs qu’ Athènes avait décernés à l’un de ses citoyens (3). Pour régler certaines questions religieuses, de semblables comités étaient fréquemment nommés : ceux auxquels se rapportent quelques-unes des inscriptions trouvées parmi les ruines de l’Asclépieion peuvent servir d’exemple (4). Mutilées et incomplètes, ces inscriptions, par malheur, ne nous fournissent que des renseignements insuffisants sur les causes qui ont amené la formation des comités qu’elles mentionnent. Mais en les comparant à d’autres, mieux conservées (5), on peut savoir à peu près quel était le caractère de ces comités, comment ils fonctionnaient, de combien de personnes et de quelles personnes ils se composaient.
Comme on l’a vu (6), le prêtre en était, sinon le président, au moins un des principaux membres : il est nommé le premier parmi les personnages auxquels doivent s’adjoindre les délégués
(1) C. I. G., 157 ; Rangabé, Antiquités helléniques, 842.
(4) ’AQrjva iov, "V, p. 103, d. 13, p. 189, n. 16; "VI, p. 489, n. 6; Bull, de corr. hellén., II, p. 419.
(5) Voir C. 1. A., II, 1, 403, 404, 405, Addenda et corrigenda, 405b ; ’A0r,vatov, VII, p. 87, n. 2 ; C. L A., III, 1, Addenda et corrigenda, 2381 2 3 4 5 6, 238b ; C. I. G., 1570.
(6) Voir plus haut, p. 24 et suiv.
LES MINISTRES DU CULTE
du peuple (1). Avec lui, sont membres de droit le stratège 6 lm TYjv irapatnceu^v et l’architecte ô £7il toi lepa. Les délégués choisis parle peuple sont pris, les uns dans l’Aréopage, les autres parmi les simples citoyens. Leur nombre varie : ils sont tantôt cinq (deux membres de l’Aréopage et trois Athéniens) (2), tantôt dix (probablement cinq Aréopagites et cinq Athéniens) (3). Quelquefois , quand le décret qui a pour but de constituer la commission n’émane que du Conseil, le Conseil nomme les délégués dans son sein (4). Ces différents membres, Aréopagites et autres, sont tous élus de la même manière, par le procédé de la ^etpoxovioc. La commission, ainsi composée, a pour collaborateur un esclave public, S7)(j.ocuoç, chargé de l’aider dans son travail de recensement (5). Il est probable que, dans ce travail, c’était le prêtre qui faisait presque tout : l’action de ses collègues devait se réduire à un simple contrôle. Nous n’avons d’ailleurs là-dessus aucun renseignement. Ce qui est certain, c’est que, une fois l’opération terminée, les commissaires offraient un sacrifice et rendaient leurs comptes soit devant le Conseil, si c’était le Conseil qui les avait nommés, soit devant le peuple, s’ils tenaient leurs pouvoirs de l’assemblée populaire.