I. — Matériaux d’usage courant
a) . Substances pour les ligatures et les sutures.— Les matériaux employés pour toutes les opérations sont les mêmes que partout ailleurs. On les prépare parfois d’une façon un peu particulière (1).
1° Le catgut, très rarement employé aujourd’hui par M. Terrier, était jusqu’à ces derniers temps fourni par le commerce sous forme de catgut conservé dans l’huile phéniquée. Pour le mieux désinfecter et le ramollir un peu, pour le rendre suffisamment souple, on le laissait séjourner 15 jours au moins dans une solution de sublimé à 1/1 000e ; puis on l’enroulait sur des bobines de verre. On le conservait dans des flacons de verre bouchés à l’émeri. Ce catgut était très suffisant, très maniable, solide; mais, préparé ainsi, il n’était pas toujours absolument aseptique. Aussi M. Terrier l’a-t-il peu à peu abandonné (2).
(1) Voir, pour tout ce chapitre et les suivants : C. Vinay. Manuel d’Asepsie. Paris, 1890.
(2) Nous avons vu employer par M. le Dr Ivummell, à Hambourg, le catgut iodo formé préparé do la façon suivante: Stérilisation à la chaleur sèche à 80° pendant 3/4 d’heure une première fois ; et à 130° pendant une heure une seconde fois. Ce catgut stérilisé par la chaleur est laissé ensuite à demeure dans de l’alcool iodoformé. Ce catgut est extrêmement résistant ; cette stérilisation ressemble à celle préconisée par Reverdin. On emploie souvent en Allemagne le catgut chromique.
Asepsie. 5
2° La soie employée est ronde et fine ou grosse et plate ; moyenne ou grosse, elle est tressée sur le plat. On l’enroule sur des cylindres de verre en forme de petites bobines (1) ; on a autant de cylindres que de fils de soie de calibre différent.
Toutes ces bobines de soie, comme celles de catgut et les crins de Florence, sont placées dans des bocaux de verre cylindriques, à large ouverture et dont la hauteur égale environ le diamètre de la base. Ces dimensions sont les plus commodes pour rendre facile la préhension des fils qu’ils renferment, sans les infecter. Ces bocaux sont pleins de solution de sublimé à l/1000e. (Voir PI. III.)
Pour désinfecter la soie, M. Terrier se contente désormais de la faire bouillir, immédiatement avant de s’en servir, dans un vase en nickel (2) massif, rempli de solution de sublimé à 1/1000°. Ce vase est inaltérable. Plusieurs ébullitions à plusieurs jours d’intervalle offrent encore plus de garantie, mais elles ont l’inconvénient de rendre la soie cassante : ce qui exige qu’on la renouvelle assez souvent.
Cette soie, qui est blanche, présente cinq grosseurs, correspondant aux numéros 0, 1, 2, 4 et 5. On se la procure chez M. Foucault, fabricant à Paris.
La soie aseptique est ce qu’il y a de mieux jusqu’à présent comme fil à ligatures, surtout ; pour les ligatures perdues. Il semble, en effet, plus facile de désinfecter la soie que le catgut ; aussi M. Terrier préfère-t-il maintenant, pour plus de sûreté, laisser de côté le catgut. Si l’on se contente en effet de stériliser celui-ci par un séjour prolongé dans le sublimé, on n’arrive pas à un résultat satisfaisant pour la raison suivante. Il se forme à la surface du catgut, plongé dans une solution de ce sel mercurique, une sorte de croûte superficielle, due à la coagulation de la périphérie du catgut au contact du sublimé; bientôt cette croûte devient coriace, résistante, imperméable et empêche parfois l’antiseptique de pénétrer jusque dans la partie centrale du fil qui contient souvent des micro-organismes (3).
(1) Ces bobines sont elles-mêmes stérilisées avant d’être utilisées, comme les bocaux.
(2) U n vase en fer émaillé peut suffire.
(3) Nous nous sommes demandé bien des fois pourquoi on avait choisi le catgut pour fil à sutures perdues. On semble oublier, en effet, que le catgut est fait avec des intestins, c’est-à-dire avec un organe qui doit contenir, de par sa nature même, un certain nombre de spores plus ou moins nuisibles. La soie, au contraire, est le produit d’une glande spéciale, qui doit bien rarement contenir des éléments septiques. On n’a donc pas grand’peine à la rendre stérile.
3» Le crin de Florence est rendu aseptique de la même manière que la soie ; mais un simple séjour dans une solution de sublimé, pourvu qu’il soit assez prolongé, le désinfecterait très bien, sans jamais l’altérer. Il est d’un usage courant pour les sutures temporaires et superficielles.
4° M. Terrier a employé quelquefois les fils de tendons de kanguroo et s’en est très bien trouvé; malheureusement on ne peut pas s’en procurer facilement en France.
o° Les fils d'argent sont, depuis une année, toujours stérilisés à l’étuve Poupinel (1). Pour ce faire, on les place, après les avoir coupé de longueur sufffisante, dans des tubes de verre obturés avec la ouate aseptique.
Des petits bocaux spéciaux renferment tous ces matériaux à sutures; il y en a qui servent exclusivement pour les grandes opérations, d’autres pour les opérations de chirurgie courante. Ces bocaux sont flambés à l’avance, toutes les fois que la chose est possible, ou lavés avec soin au sublimé.
b) . Les drains, dont M. Terrier fait un usage fréquent, sont des tubes en caoutchouc rouge, de calibre variable : placés dans différents bocaux, suivant leur volume, on les désinfecte en les laissant séjourner une quinzaine de jours au moins dans la solution de sublimé et en les faisant bouillir dans cette solution, avant de les utiliser. Ces drains ne s’altèrent pas du tout dans cette solution, qu’on renouvelle de temps en temps. On pourrait sans inconvénient les stériliser à la chaleur sèche, en prenant les mêmes précautions que les sondes en caoutchouc rouge.
c) . Tampons et éponges. — Pour éponger une plaie, M. Terrier se sert de tampons d’ouate et d’éponges aseptiques /cellesci sont seules employées dans les laparotomies.
Les tampons d’ouate sont tantôt des bourdonnets d’ouate hydrophile phéniquée ou au sublimé, stérilisés ; tantôt des bourdonnets de la même ouate enveloppés dans une sorte de bourse faite avec de la gaze antiseptique, phéniquée ordinairement (tampons dits de Terrier, employés autrefois, d’ailleurs,
(1) Un bon moyen, pour empêcher les instruments, de même que les fds d’argent, de s’altérer pendant la stérilisation à l’étuve Poupinel, consiste à laisser cette étuve ouverte pendant 5 minutes après avoir allumé le gaz. De la sorte, la vapeur d’eau s’échappe totalement.
mais sans être aseptisés). Ces tampons de coton sont très commodes et très aseptiques. On les fait bouillir dans la solution de sublimé ou dans l'eau phéniquée avant de s’en servir. Ils sont placés ordinairement à demeure dans la solution de sublimé. On peut en faire aussi avec la ouate aseptisée à Fétuve Sorel.
Nous verrons plus loin comment on prépare les éponges.
cl). Les substances antiseptiques, employées dans le service, sont contenues dans les préparations suivantes :