II. — Laboratoire de l’Interne en Pharmacie
Récemment, M. Terrier a fait installer à l’Hôpital Bichat un petit laboratoire spécial où l’interne en pharmacie prépare seules éponges, les compresses, les tampons aseptiques, etc. Nous allons dire quelques mots de cette innovation, car aucun hôpital, à Paris, ne présente d’installation de ce genre, placée sous la garde de l’interne en pharmacie du service, seul responsable.
Ce laboratoire se compose de trois petites pièces distinctes placées au-dessous des salles de malades (Pavillons Tollet, côté des femmes) et reliées entre elles.
a) Dans la première, se trouve Yautoclave, où les compresses, après avoir bouilli pendant 1/2 heure dans une solution de sublimé à 1/1000, étaient jadis portées graduellement à 120° (Voir la Fig. 8). On les maintenait pendant 1/2 heure à cette température ; après cela, elles étaient plongées dans une nouvelle solution de sublimé où on les conserve. Mais, depuis quelque temps, M. Terrier se contente de la stérilisation de ces compresses à l’autoclave, sans l’emploi des antiseptiques comme le bichlorure.
b) Dans la seconde pièce sont préparées les éponges. Un filtre Chamberland fournit l’eau nécessaire. Quoique le procédé de préparation soit fort connu et publié depuis 1886, nous le résumerons ainsi, parce qu’il a été perfectionné depuis : Pilage des éponges neuves au maillet de bois pour les débarrasser des parties calcaires et siliceuses qu’elles peuvent contenir ; lavage à grande eau filtrée et bouillie pour enlever les détritus ; traitement par l’acide chlorhydrique à 2 0/0 pour dissoudre ce qui reste des parties sableuses et ramollir les éponges trop dures ; lavage à grande eau ; traitement par la solution de permanganate de potasse à 5 0/0 pendant 1/4 d’heure ; lavage à grande eau filtrée et bouillie ; traitement par l’acide sulfureux, consistant en une immersion dans une solution de bisulfite de soude à 2 0/0, dans laquelle, on ajoute de l’acide chlorhydrique. Il y a dégagement d’acide sulfureux et formation de chlorure de sodium. Lavage à grande eau
filtrée et bouillie ; conservation dans l’eau phéniquée à 5 0/0.
Elles y séjournent pendant quinze jours au moins, fei, après ce laps de temps, elles doivent servir pour une opération chirurgicale, on les retire des bocaux huit jours auparavant ; on les lave dans une solution étendue de sublimé
Fig. 8. — Autoclave utilisé à l’Hôpital Bichat pour la stérilisation des compresses ourlées destinées à isoler le champ opératoire. On place le cylindre métallique qui renferme ces compresses dans la cavité où, sur le dessin, sont placés des ballons de verre.
et on les place définitivement dans une solution de sel mercurique à 1/2000; c’est de là qu’on les sort au moment du besoin. Les éponges au sublimé ainsi préparées sont parfaitement
aseptiques; elles sont préférables aux éponges phéniquées (1).
Ces éponges, très blanches, extrêmement souples, sont taillées suivant différents modèles, longues, plates, petites, etc., et dans cette taille on a soin de réséquer les parties mauvaises. On peut les transporter en lesenveloppant dans du mackintosh. Quand une éponge a servi, elle doit être désinfectée de nouveau avant de pouvoir être réemployée. Il importe de remarquer qu’il s’agit là d 'éponges au sublimé (2), car dans bien des services, à Paris, on en est encore aux éponges phéniquées (3).
c) Les bocaux contenant les éponges ainsi préparées sont placés dans la troisième pièce du laboratoire : c’est là que se trouvent aussi tous les produits chimiques, les solutions et les accessoires nécessaires ; c’est là enfin que se préparent les tampons iodoformés ou autres et les crayons médicamenteux utilisés dans le service pour la petite gynécologie.
(1) Elles ne sont point placées dès le début dans la solution de bichlorure, pour les raisons suivantes. C’est une chose bien connue de tous que le sublimé se décompose au contact des matières organiques. En effet, on a remarqué que la solution dans laquelle plongent les éponges ne donne plus traces de sel mercurique, même par les réactifs les plus sensibles, au bout d’une dizaine de jours. Au contact de la fibrome de l’éponge, d’une part, et d’autre part des sels calcaires qui sont toujours contenus en poudre impalpable, en faible quantité dans les tissus, il s’est formé d’abord de l’albuminate de mercure, puis du sous-chlorure de mercure ou calomel. Et si l’on essaie de remplacer cette solution altérée par une nouvelle, on s’aperçoit bientôt que les éponges ne se laissent plus imbiber que lentement et très imparfaitement par les liquides ; de plus, elles ont un aspect grisâtre et comme métallique, et, lorsqu’on les serre dans la main, elles ne reprennent que très difficilement leur volume normal ; en un mot, elles n’ont plus d’élasticité. Telles sont les raisons qui ont fait adopter le mode opératoire indiqué ci-dessus ; d’ailleurs, il a donné jusqu’ici d’excellents résultats.
(2) Cette préparation des éponges, qui porte le nom de Méthode de la Salpétrière, a été décrite par M. Terrier dans les Bull, de la Société de Chirurgie, T. xn, p. 929, 1886.
(3) On a essayé de stériliser les éponges à l’autoclave. On n’a pas été satisfait de ces essais ; les éponges se raccornissent d’une façon telle qu’elles sont inutilisables.