I. — L’Asepsie dans les salles de malades
En ce qui concernej’application de la méthode aseptique à la tenue des salles, nous devons maintenant citer un certain nombre de précautions, peu utilisées et même peu connues jusqu’à ce jour des chirurgiens de profession.
a) Asepsie des objeis servant à chaque malade. — C’est ainsi que chaque malade a un petit pot de vaseline au sublimé ou à l’acide borique, qui lui est spécialement réservé; un entonnoir avec un tube de caoutchouc et un compte-gouttes en verre, spécialement pour lui, si on lui fait des irrigations ou des lavages quelconques. C’est ainsi qu’à la salle des femmes, sur chaque tablette de lit, on voit un bocal de solution de sublimé (1), où est immergée à demeure la canule spéciale qui sert à chaque malade pour les injections vaginales biquotidiennes de solution tiède de sublimé. Toutes les femmes du service, en effet, prennent de telles injections deux fois par jour, sans exception, sans distinction de maladie. Toutes ont, en outre, un tampon d’ouate iodoformée à la vulve pendant leur séjour au lit (2).
h) Visite quotidienne. — Il faut avoir assisté à plusieurs visites pour comprendre la valeur d’une semblable orga-
(1) Avec un peu de ouate aseptique au fond.
(2) Nous avons décrit plus haut l’organisation de la Policlinique gynécologique à la consultation. On trouvera plus loin la façon de stériliser les instruments en gomme ou en caoutchouc employés pour les maladies des organes génitaux et urinaires.
nisation, pour se rendre compte de l’activité de ce service chirurgical, de la rapidité avec laquelle on procède, du grand nombre d’opérations qui y sont faites. Ce n’est pas exagérer que de dire qu’en une heure on fait ici ce qu’on fait à peine en une matinée dans la plupart des autres hôpitaux. M. Terrier répète souvent qu’il fut écœuré, au début de ses études médicales, lui qui pourtant avait été élève à l’Ecole vétérinaire d’Alfort, en pénétrant pour la première fois dans ces services où l’on cultivait jadis le bon pus avec tant de prédilection! Malheureusement, ce temps-là n’est pas complètement passé. Il y a encore des chirurgiens qui prétendent que le pus ne doit pas être poursuivi, pourchassé avec tant d’ardeur! Ce qu’ils pourchassent, ce sont les jeunes qui à tout prix veulent, autant que possible, ne point travailler au milieu du pus louable des anciens. L’habitude n’est-elle pas une seconde nature ?
c) Pansements. — Toutes ces recommandations, qui paraissent enfantines, ont pourtant une capitale importance. Ainsi, dans ce service, on n’examine les suppurants ou les infectés qu’en dernier lieu; dès qu’on a eu les mains en contact avec du pus, on ne touche plus, de la matinée du moins, à une plaie aseptique. Les infirmiers ne doivent jamais toucher à ce qui peut être en rapport avec une plaie quelconque : instruments, pièces à pansements, etc. Ils ne font jamais, au grand jamais, le moindre pansement, comme cela se pratique encore dans beaucoup de service, où les garçons de salles remplissent les fonctions d’externes. C’est à peine si les surveillantes, qui sont pourtant très expertes en matière d’antisepsie et littéralement désorientées quand elles voient des élèves ou même des maîtres commettre la moindre faute, font parfois un pansement, en l’absence des externes. Ceux qui, étrangers au service, assistent à la visite, déposent leurs vêtements dans le cabinet de la surveillante avant d’entrer dans la salle. Ils doivent se borner à regarder et à écouter, à être des auditeurs ou des spectateurs, mais non des aides. Il en est de même pendant toutes les opérations, quelles qu’elles soient, aussi bien que pour les laparotomies. On ne les laisse point ici, comme dans certains services ou certaines cliniques de la Faculté, toucher aux instruments, aux matériaux de pansements ou même à la plaie des malades opérés !
L’interne ou les externes ne font jamais de pansements avant une opération à laquelle ils doivent collaborer. A la rigueur peuvent-ils panser une plaie absolument aseptique; mais ce n’est là qu’une exception. On ne fait pas le toucher vaginal ou rectal avant une intervention. Tout externe qui a pansé un sup-
purant ne doit plus rien toucher et il ne doit faire ce pansement qu’à la fin de la visite. A cet effet, M. Terrier fait marquer d’un -pain à cacheter rouge les pancartes de tous les malades qui suppurent, de la sorte ces pansements ne sont jamais faits par les externes qu’immédiatement avant leur départ de l’hôpital.
Les élèves ont pour vêtement d’hôpital une blouse blanche, en toile, à manches très courtes, aussi courtes que possible, pour ne pas contaminer les plaies avec l’extrémité de leurs manchettes sales. Les infirmières portent maintenant, comme les aides et les surveillantes, des vêtements à manches raccourcies ; le règlement administratif s’y opposait, paraît-il, au moins pour les filles de salle, et ce n’est qu’après des réclamations réitérées que M. Terrier a pu avoir gain de cause sur ce point.
IL — De l’Asepsie lors des opérations en général.
a) Moment des opérations. — Toutes les opérations sont faites avant la visite. M. Terrier insiste beaucoup et avec raison sur cette précaution très importante, négligée par la plupart des chirurgiens, qui avec leurs élèves vont s’infecter dans les salles avant d’opérer. M. Terrier n’entre pas dans les salles de malades avant que les opérations ne soient toutes terminées. Toute intervention aseptique est faite, bien entendu, la première. Une opération chez un suppurant empêche le chirurgien de toucher ensuite à une plaie aseptique.
b) Désinfection des mains. — Lors d’une visite, le chirurgien, son interne, l’externe du rang ou la surveillante touchent seuls aux objets de pansements. La désinfection de leurs mains est toujours très soignée. Mais, sans pousser à l'excès cette désinfection des mains, comme le recommandent certains chirurgiens, qui à chaque instant font dos fautes d’antisepsie bien plus graves, M. Terrier tient, surtout quand il s’agit d’opérer, à ce que les mains et les avant-bras de ses aides soient absolument aseptiques (lavages au savon (1) dans de l’eau stérilisée, puis immersion assez prolongée dans l’eau phéni-
(1) Le savon noir liquide est ce qu’il y a de mieux.
qucc faible ou mieux la solution de sublimé, après un nettoyage rigoureux et très sérieux des ongles à la brosse (1).
La première chose qu’il leur recommande est de toujours faire en sorte de les infecter le moins possible, avant la plus petite opération, par des contacts avec des plaies ou des substances nocives. N’est-il pas en effet plus facile de maintenir propre ce qui l’est déjà, que de rendre propre ce qui ne l’est pas ? La meilleure façon de réaliser ce desideratum, c’est de ne toucher les jours précédents aux plaies ou aux objets infectés qu’avec les plus grandes précautions ; c’est de n’y toucher, pour ainsi dire, que du bout des doigts ; encore faut-il avoir soin de n’y point mettre les ongles. Il faut, quand on est obligé de travailler dans ces bouillons de culture où prospèrent les microbes pathogènes, empêcher les plis des doigts, la sertissure des ongles de donner asile à des hôtes aussi dangereux, aussi difficiles à éloigner ou à détruire que les microorganismes pyogènes ou septicémiques.
Lorsque les mains ont été désinfectées, elles ne doivent plus toucher à quoi que ce soit ; il faut prendre soin de ne pas
(1) La façon dont on procède à la désinfection des mains avant l’opération à l’Hôpital municipal de Berlin, chez M. le Dr Korte, nous a beaucoup frappé ; et cette installation, qui nous semble la plus pratique, est la suivante. Chaque lavabo (il y en a plusieurs) comprend : 1° une cuvette où se déverse de l’eau chaude ou de l’eau froide ; 2° une cuvette pleine d’alcool ; 3° une cuvette pleine de solution de sublimé. Au-dessus de ces cuvettes se trouve une plaquette de marbre qui supporte: 1° une petite auge en verre où baignent, dans du sublimé, des brosses à ongles ; 2° un sablier indiquant combien de temps doivent durer les différentes opérations nécessaires pour la désinfection des mains ; 3° une paire de ciseaux courbes, à pointes effilées et un instrument spécial, inconnu en France, pour le curage des ongles ; 4° un flacon contenant du savon noir liquide.
Dans ces conditions voici comment on procédera au lavage des mains : 1° nettoyage des ongles à sec, avec le petit instrument de chez Ivôrte, instrument qu’on pourra, à la rigueur, désinfecter par la chaleur sèche de temps en temps ; 2° lavage des mains pendant une minute (ce qu’indique le sablier) à l’eau filtrée et bouillie (froide ou chaude) ; 3° lavage des mains à l’alcool à 80 °/0 ; 4° brossage des mains et surtout des ongles dans une solution de sublimé à '1/1000 ou mieux à 2/1000, ou bien dans la solution phéniquée à 3 °/0 ou 5 °/0, pendant une minute environ. Quand on fait de la sorte la désinfection des mains, on obtient une asepsie parfaite, surtout si la veille ou l’avant-veille on n'a pas touché à du pus. (Voir à ce sujet les recherches de Kummell, Forster, Fürbinger, etc.).
les porter au visage, de toucher à la barbe, aux cheveux, au tablier, etc., comme on le fait sans cesse dans certains services.
c) Asepsie pendant l’opération. — 1° Sujet non infecté. — La malade est prête : on va opérer. Supposons qu’il s’agisse d’une laparotomie chez une femme non infectée. On l’endort dans une des chambres d’isolement (salle spéciale pour l’anesthésie). On emploie uniquement pour l’anesthésie le chloroforme. On prend toutes les précautions possibles pour n’employer qu’une substance d’une pureté irréprochable. On l’administre par le procédé dit de Labbé.ou des doses petites et continues, procédé encore peu vulgarisé, mais qui présente des avantages incontestables. En procédant ainsi, on use à peine quelques grammes de chloroforme et l’on peut avoir une anesthésie absolument complète et parfaite pendant un temps très long ; mais nous ne pouvons nous appesantir sur ce point que nous avons étudié en détails ailleurs (I). La malade endormie est transportée alors sur le lit à laparotomies. Tout a été préparé à l’avance dans la salle d’opérations (2).
La surveillante, le matin de l’opération, a tout disposé avant l’arrivée du chirurgien. Son rôle est énorme; il faut être absolument sûr d’elle; sans cela, les instruments, les matériaux de pansements peuvent être à chaque instant contaminés. Pas de service de chirurgie aseptique sans surveillante convaincue des bienfaits de la propreté la plus minutieuse. A son arrivée dans le service, quelques heures avant l’opération, elle ne rentre pas dans la salle commune et prépare tout avant d’y pénétrer : cuvettes pour instruments, pour crins de Florence, fils de soie, etc.; lit, linges chauds, etc. Les instruments sont retirés de l’étuve mais non sortis de la boite qui les contient ; ils ont été stérilisés la veille au soir. Un aide de confiance, ‘seul, après désinfection complète des mains, peut prendre les
(1) Marcel Baudouin. — Un nouveau mode d'anesthésie ; in Gaz. des Hôpit., 7 et 14 juin 1890.
(2) Pour les cas de laparotomies d’urgence, tout devrait être organisé, dans un hôpital, pour que le chirurgien soit prévenu rapidement, dès qu’on a besoin de lui. Sa demeure privée, en ville, — de même que celle de son assistant, — devrait être en relation téléphonique avec l’hôpital. Apporte-t-on un blessé, une personne qui a reçu un coup de revolver dans l’abdomen, par exemple, on lui téléphone aussitôt ; et, pendant le temps qu’il emploie à venir à l’hôpital, le personnel et l’assistant ont pu préparer tout ce qui est indispensable pour une laparotomie. Il en est ainsi à l’hôpital municipal de Berlin et dans plusieurs hôpitaux de New-York, Boston et Philadelphie.
instruments dans cette boite ouverte ; il les place ensuite dans des cuvettes préalablement lavées à l’eau bouillante et filtrée et à la solution de sublimé. On verse sur eux soit de l’eau filtrée et bouillie chaude (asepsie), soit de la solution phéniquée (antisepsie). Les éponges aseptiques et les compresses stérilisées, destinées à isoler le champ opératoire, sont apportées par l’interne en pharmacie qui les a préparées de la façon indiquée. Il les passe lui-même à l’assistant pendant l’opération. Pour les laparotomies, M. Terrier n’a plus généralement qu’un aide direct, très rarement deux, sans compter, bien entendu, deux autres préposés, l’un aux éponges et aux compresses, l’autre aux instruments, et le chloroformiseur. Les garçons et les infirmières ne font que présenter aux opérateurs les cuvettes remplies de solutions antiseptiques ou destinées à recevoir les parties enlevées. La surveillante a pour rôle de veiller au renouvellement de ces solutions et de présenter certains objets qui ne seront pas en contact immédiat avec la plaie, au fur et à mesure des besoins. Les instruments ne sortent de la cuvette où ils sont que pour aller dans la main de l’opérateur. Grâce à des compresses, pour les petites opérations le chirurgien peut les laisser un instant reposer sur elles, ce qui facilite notablement le rôle de l’aide ; mais il ne faut pas abuser de cette licence. Les instruments ne peuvent rester que quelque temps sur ces compresses isolantes; il vaut mieux les replacer dans les cuvettes disposées à cet effet.
Pour une opération quelconque, comme pour une laparotomie, le champ opératoire est délimité et bordé par des compresses de toile fine, mais solides, ourlées proprement, qu’on rendait autrefois aseptiques par des ébullitions prolongées et répétées dans la solution phéniquée où on les conservait ensuite plus ou moins longtemps, mais que, maintenant, l’interne en pharmacie stérilise dans un autoclave spécial. L’emploi de ces compresses, leur disposition au pourtour de la plaie opératoire facilitent beaucoup l’asepsie pendant l’intervention. Si l’on est obligé de s’arrêter un instant au cours de l’opération, on peut, pour protéger temporairement la plaie contre les poussières de l’air ambiant, la recouvrir avec une de ces compresses, qu’on enlève dès qu’on se remet à la besogne.
On ne peut pénétrer dans la salle d’opérations qu’en habit de ville; les assistants sont tenus de déposer leurs pardessus et leurs chapeaux dans le cabinet de la surveillante avant d’entrer. Ils ne doivent toucher absolument à rien et garder le silence
pendant l’opération (1). M. Terrier tient beaucoup à ce que l’on ne parle pas pendant toute la durée de l’intervention. De cette façon, le chloroformiseur et l’opérateur, de même que les aides, ne sont pas distraits et sont prêts à intervenir très activement dès le moindre incident, sans perdre une seconde. Il ne faut plus opérer en se livrant à de véritables tours de force oratoires, avons-nous déjà dit ailleurs: la bonne asepsie est trop minutieuse à faire pour qu’on ait désormais le loisir de prononcer de superbes discours dans la salle d’opérations.
Nous ne pouvons décrire en détails toutes les précautions prises à partir de ce moment, soit pour vider la vessie (c’est un aide spécial qui en est toujours chargé), soit pour nettoyer la peau de l’abdomen à nouveau, au moment d’intervenir (curage de l’ombiljc, etc., etc.).
L’opérateur et les aides ne doivent pas avoir assisté récemment à une autopsie. Ils se débarrassent de leurs vêtements et se désinfectent les mains. Ils prennent grand soin ensuite de ne pas les infecter à nouveau par un contact quelconque avec un objet non aseptisé, recommandation qui paraît banale et qui, dans beaucoup de services, est constamment négligée. Pour cela ils les ont toujours humides, et à chaque instant les plongent dans la solution de sublimé.
Nous insistons à dessein sur tous ces petits détails, car ils sont la caractéristique du modus faciendi si particulier de M. Terrier. On Ta dit bien des fois: La méthode ne vaut qu’ainsi comprise et c’est absolument le seul moyen de n’avoir jamais de pus chez un sujet 'non infecté.
Nous nous y arrêtons d’autant plus volontiers que dans les traités d’Antisepsie chirurgicale les plus récents, publiés en France, personne n’a attiré l’attention sur ces minutieuses pratiques. D’ailleurs, ce qui importe surtout, en fait d’Antisepsie, ce n’est pas la nature de l’antiseptique, mais plutôt la manière de s'en servir!
2° Sujet infecté. — S’il s’agit d’une ablation d’une partie d’un membre déjà infectée, par exemple, les compresses permettent, avant et pendant l’intervention, d’isoler complètement les points qui pourraient contaminer la plaie opératoire qui doit rester aseptique, précaution que nous avons vu prendre rarement ailleurs.
Ceci est, en particulier, important quand il faut faire usage
(1) Une pancarte suspendue au mur les y invite.
de la bande d’Esmarch. Chez M. Terrier, on n’emploie pour bande d’Esmarch qu’une longue lanière de caoutchouc, assez large, laquelle reste constamment à demeure dans un bocat rempli de la solution boriquèe, après avoir été désinfectée pendant un séjour limité dans lasolution desublimé. Lorsqu’elle a été mise en place, on la déroule, dégage la partie à opérer, puis lixe l'extrémité supérieure à l’endroit voulu, en ayant soin de la recouvrir avec une compresse stérilisée. Quand la bande d’Esmarch p;isse sur la partie à opérer, on a soin de protéger cette dernière avec des compresses stérilisées.
3° Antisepsie post-opératoire. — a). Plaie non infectée. — L’opération terminée, reste à faire le pansement. Il faut à tout prix isoler la plaie. Directement sur elle, au niveau de la suture, M. Terrier applique désormais, dans les cas de plaie aseptique, de la ouate aseptique (1) préparée à l’aide de l’étuve Sorel (2). La ouate aseptique est recouverte par de la ouate ordinaire et un large bandage de flanelle blanche ou de gaze humide complète le pansement.
Pour les petites plaies aseptiques (piqûres, etc.), on emploie le collodion iodoformô, salolé, etc. On prend bien garde de ne pas mettre de collodion sur les blessures dont l'asepsie n'est pas absolument certaine. Ce serait enfermer le loup dans la bergerie; et pourtant on le voit faire tous les jours.
b). Plaie infectée. — Pour les autres interventions dont l’asepsie est douteuse ou faite en une région infectée , M. T errier emploie tantôt le salol, tantôt l’iodoforme. En tout cas, quand il s’agit de panser une telle plaie, on pose sur elle des compresses de gaze au salol ou de gaze iodoformée, et à la périphérie de ces compresses, recouvertes de compresses boriquées, phéniquées, etc., humides ou sèches, suivant les cas, on place de larges bandes d’ouate aseptique ou antiseptique '.salol, acide phénique, etc.) pour parfaire l’occlusion aux extrémités du pansement.
(1) La ouate employée à Bichat est stérilisée au dispensaire Péreire, car l'hôpital Bichat ne possède pas encore l’étuve de M. Quénu.
(2) Cette étuve est un autoclave modifié de telle sorte que les matériaux de pansements, stérilisés à la chaleur humide sous pression, sont desséchés par l’étuve elle-même. Elle permet de stériliser non seulement la ouate, mais aussi la gaze, les compresses, etc., nécessaires pour les pansements. Elle ne peut être employée pour les instruments. (Voir le dessin plus haut, p. GO).
Asepsie. G
III — Remarques générales sur l’asepsie.
a) Précautions contre l'infection par l’air (Spray listérien). — M. Terrier n’emploie plus, au cours des diverses opérations qu’il pratique, ht pulvérisation antiseptique ou Spray listérien. 11 ne la croit pas indispensable et s’en passe, car, à son avis, les germes de l’air en général ne sont pas à redouter. Quand, par exception, on utilise le pulvérisateur à vapeur et la solution phéniquée ou mieux l’eau stérilisée , c’est la pulvérisation préalable dans la salle d’opérations, quelques heures avant l’intervention, qu’on emploie pour abattre les quelques poussières que l'air peut contenir. Cette pratique, employée par quelques chirurgiens étrangers (1), a certains inconvénients faciles à comprendre.
b) Précautions contre l’infection 'par les liquides et les solides. — Les opérations les plus sérieuses réussissant sans l’emploi du spray listérien, M. Terrier, qui tend sans cesse à diminuer le rôle des antiseptiques, pour augmenter de plus en plus celui de l’asepsie,— bien entendu chez les malades non infectés primitivement, — en a conclu que l’infection par l’air n’était pas à redouter (2) ; et cette démonstration, aussi bien expérimentale que clinique, faite sur l'homme malade, a la valeur, on l’avouera, des expériences de laboratoire exécutées sur des animaux sains. D’ailleurs, tout le monde tend à admettre aujourd’hui que l’air n’est pas souvent microbifère ou plutôt vecteur de microbes pathogènes, surtout celui d’une salle de grandes opérations dans un service de
(1) Novatsky. — Antisepsie à l’hôpital de Moscou ; in Rev. yen. de Clin, et de Thèrap., n° 14, p. 229, 4 avril 1889.
(2) La stérilisation de l’air qui pénètre de l’extérieur est obtenue, d’une façon tout à fait rudimentaire, à l’Hôpital Bichat, pour les salles d’opérations. En effet, cet air passe simplement, au niveau des orifices servant à la ventilation, à travers un peu d’ouate. C’est là, pensons-nous, une précaution un peu superflue, malgré l’opinion de certains chirurgiens étrangers qui préconisent des salles d’opérations de construction fort complexe pour obtenir la stérilisation de l’air. (Voir K. Sapesko : Plan eines aseptischen Operationsaales; in C. f. Gyn ., 4 oct. 1890, n° 40. — Balandin : Ein rauer Operationssaal fur Laparotomien (Congrès de Berlin, août 1890) ; an. in C. f. Gyn. (Supplément du Congrès, p. 1), 1890. — Vratch , 23 septembre 1890.
chirurgie parfaitement tenu. N’a-t-on pas montré, par exemple, que même l’air expiré par les tuberculeux ne renferme pas de bacilles (Cornet) ; a fortiori, l’air d’une salle quelconque bien aérée doit-il en être exempt.
Le danger, en chirurgie, réside presque tout entier, comme en médecine probablement, dans l 'infection par les liquides et les solides. C’est pour cela que les solutions employées sont si surveillées ; c’est pour cela qu’il est utile de nettoyer, laver, flamber, quand c’est possible, les vases qui les renferment, etc. On ne saurait jamais être trop méticuleux à ce point de vue. Qu’on introduise une spore dans une plaie, et tout ce qu’on a fait et rien c’est absolument, au point de vue de la théorie de l’asepsie, sinon toujours au point de vue du résultat thérapeutique, absolument la même chose.
C’est encore pour cela que, en ce qui concerne le matériel, le flambage (lampe à alcool, bec Bunsen, etc.), la stérilisation à l’aide de la vapeur d’eau surchauffée à 120°, les ébullitions répétées et successives, ou encore la stérilisation à l’étuve sèche à 140° (l) sont absolument indispensables pour n’importe quelle opération, si insignifiante soit-elle (2).. Qu’on n’oublie pas que toute plaie est une porte d’entrée à la mort, et que le chirurgien encourt aujourd’hui une grande responsabilité, si chez des malades, non infectés auparavant, il a un accident d’ordre infectieux.
Tout ce que nous venons de dire explique pourquoi, àBichat, des précautions qui paraissent trop minutieuses sont prises
(1) Cornet a démontré, au moins pour le bacille de la tuberculose, que des instruments souillés par des produits tuberculeux n'étaient pas aseptisés à la suite d’une immersion prolongée dans la solution phéniquôe forte ou celle de sublimé à 2/1000. — Voir à ce sujet: titraus. De la stérilisation par la chaleur ; in Arch. de mèd. expériment., n° 2, 1er mars 1800.
(2) Les bistouris et les aiguilles lines, qui servent exclusivement aux interventions aseptiques (instruments de la salle des laparotomies, etc.), ne sont pas toujours stérilisés à l’étuve sèche; on les désinfecte souvent au chloroforme, comme l’a indiqué M. Lucas- Championnière ; puis ils sont bouillis à l’eau stérilisée. — La chaleur sèche les altère trop rapidement. Un moyen qui parait assez pratique pour ces instruments est le stérilisateur employé à Berlin chez M. le P1 2' von Bergmann (solution bouillante de carbonate de soude). MM. Segond et IL Delagcnière (du Mans), qui expérimentent en ce moment ce procédé, en utilisant le carbonate de potasse, en sont très satisfaits. Les instruments ainsi préparés ne restent plus gras et ne rouillent pas.
chaque jour: par exemple, la stérilisation à letuve à désinfection de l’hôpital des draps, compresses, serviettes, etc., qui doivent servir pendant les laparotomies ; des blouses (1), des tabliers, etc., que le chirurgien ou ses aides revêtiront pendant l’opération.
On discute souvent encore chez nous sur la valeur des termes Asepsie et Antisepsie. Au point de vue de la pratique chirurgicale, il suffit d’avoir assisté, par exemple, à quelques opérations dans le service deM. J. Lucas-Championnière d’une part, et dans celui de M. Terrier d’autre part, pour être rapidement convaincu qu’il y a une très notable différence entre les deux méthodes.
Dans le service de M. Terrier, comme nous avons essayé de le montrer, tout a été disposé pour assurer la pureté du milieu, pour empêcher les germes de se trouver en contact avec la plaie ; tout a été sacrifié au milieu, à la stérilisation préalable du matériel d’opérations (Aseps ie) (2).
Pour M. Lucas-Championnière, qui est resté fidèle aux traditionslistériennes (3), le milieu, au contraire, importe beaucoup moins : il ouvrirait l’abdomen — qu'il nous pardonne cette exagération volontaire — dans une salle remplie d’infections purulentes ! N’a-t- il pas, en effet, opéré jadis dans des baraquements de varioleux ! En tous cas, il a surtout pour objectif la destruction, par les antiseptiques forts, des microorganismes pathogènes qui peuvent envahir son champ opératoire dans de pareils milieux ( Antisepsie ) (4j.
(1) Blouses sans manches, fermées à la partie antérieure. La surveillante et les infirmières elles-mêmes, quand elles assistent à une opération, portent des corsages blancs, stérilisés à l’étuve de rhôpital, par-dessus leurs vêlements ordinaires.
(2| M. Terrier. — De l'Asepsie en chirurgie. Communication au Congrès de Y Association française pour l' avancement des Sciences à Limoges (août 1890). — Voir Von Bergmann.Veit, Rein, etc. Asepsie en chirurgie et en gynécologie. Communications au Xe Congrès international de médecine à Berlin (août 1890).
(3) Voir les Conditions matérielles d'une bonne salle d’opérations. Revue d’hygiène, avril 1890.
(4) M. Terrier a insisté sur cette question dans l’article de la Revue de Chir. (octobre 1890) qui sert d’introduction à cette deuxième partie.