‹ L'asepsie et l'antispesie à l'hôpital BichatChapitre 28 sur 55 · II. Manuel opératoire · texte numérisé non relu

II. Manuel opératoire

Le traitement antiseptique préopératoire doit consister : a) dans le nettoyage des régions voisines de l’orifice buccal; b) dans des lavages fréquents de la bouche.

a). Nous entendons par antisepsie préalable des régions péri-buccales celle des lèvres, des joues, du menton, etc. Elle devra être exécutée comme nous l’avons dit à propos de l’antisepsie cutanée, et en particulier quand nous avons indiqué les précautions spéciales qu’il faut prendre sur l’une des parties de la face.

Ici on obligera le malade à se faire raser tous les 2 ou 3 jours, à partir du jour où l’antisepsie buccale proprement dite aura été commencée. On l’obligera à se débarasser totalement de sa barbe, favoris, moustache, etc., on fera un nettoyage soigné de la peau, surtout si elle

est ulcérée, et on appliquera alors, si possible, dans l’intervalle des irrigations buccales, un pansement sec ou humide, suivant les cas.

b). L’antisepsie bucco-pharyngée comprend l’antisepsie dentaire (lavages à la brosse avec de l'eau savonneuse, une eau dentifrice quelconque : l’eau de Botot par exemple, l’eau de Vichy, etc., extirpation préalable des chicots constituant des foyers d’infection, ablation du tartre dentaire avec un linge rude mais humide, etc.) et l’antisepsie proprement dite de la bouche (muqueuse buccale, amygdale .s et pharynx) ; cette dernière consiste en irrigations fréquemment répétées avec une solution antiseptique faible.

On doit surtout chercher à agir sur les amygdales , dont les nombreuses et profondes cryptes ne sont que des nids à microbes, surtout quand elles sont le siège de tumeurs ulcérées. On n’oubliera pas non plus tous les germes qui hantent Y arrière-cavité des fosses nasales , le pharynx, si souvent atteint d’angine chronique, plus ou moins granuleuse.

Quand il s’agit de la cavité buccale, le choix des solutions antiseptiques à employer est assez délicat et d’ailleurs assez limité. Jusqu’ici, en effet, la clinique paraît avoir totalement renoncé, pour l’entrée du tube digestif, au sublimé et à l’acide phénique, même en solutions très étendues. Elle a délaissé, les croyant trop actives, ces substances qui, dans les autres régions, rendent les plus grands services. Miller a montré pourtant que le meilleur antiseptique pour les microorganismes de la carie dentaire était le sublimé à 1 pour 10,000 et que la meilleure eau dentifrice était une solution de deutochlorure de mercure à 1 pour 1,000 ou même 1 pour 5.000. Pourquoi n’emploie t-on pas cette substance? A une dose aussi faible qu’à 1/5,000, elle n’aurait sûrement pas les ennuis de la solution à 1/1,000. En tous cas, il serait bon de faire quelques essais dans ee sens, en prenant toutes les précautions voulues, car la théorie montre que) si des lavages avec cette solution

pouvaient être supportés par les malades, on se placerait dans les meilleures conditions pour détruire le plus de microbes possible.

Cela est d’autant plus important que l’acide phénique a une action microbicide plus faible et qu’aux doses où il faudrait l’employer, il ne serait pas tolérable ; que, d’autre part, le bicarbonate de soude, l’eau de Vichy, n’ont qu’une valeur antiseptique fort discutable.

Malgré cela, on semble aujourd’hui vouloir donner la préférence à deux substances qui n’ont pas les inconvénients du sublimé et paraissent, cliniquement parlant, donner de bons résultats, à savoir l’acide borique en solution saturée et le chloral à 1/100. La lutte parait circonscrite entre ces deux substances, mais M. Terrier n’emploie guère que l’acide borique.

Les irrigations buccales, faites soit avec une poire de caoutchouc et avec une canule qui ne sert qu’au malade, soit avec un entonnoir en verre muni d’un tube de caoutchouc et terminé par une canule, peuvent être remplacées soit par les gargarismes, soit, mieux, par de simples bains locaux. Le malade hume une certaine quantité de solution antiseptique et la garde un certain temps dans sa bouche. Il faut, pour obtenir un résultat notable, commencer ces lavages buccaux au moins 6 à 7 jours avant d’opérer.

2° Asepsie pendant V opération. — Il n’est pas très aisé d’être aseptique pendant les opérations portant dans la région buccale ; partant, et, à cause de la grande difficulté d’une désinfection complète, on ne craindra pas, au cours de l’intervention, de se servir d’antiseptiques forts (solutions phéniquées) pour toucher les parties cruentées.

3° Le traitement antiseptique post-opératoire est bien plus délicat, mais moins difficile toutefois que pour le rectum. Tout réside dans la nécessité d’alimenter l’opéré.

La meilleure manière consisterait, à notre avis, à le

nourrir avec du lait stérilisé (1) jusqu’au moment où la cicatrisation serait complète dans la bouche. De la sorte, le liquide avalé ne pourrait pas infecter la'plaie. Après avoir pris une ration, le malade se laverait très soigneusement la bouche avec la solution boriquée ou chloralée. Mais, pour obtenir un résultat sérieux, il faudrait être sûr de ces lavages et de l'obéissance absolue du malade : ce qui sera, dans bien des cas, impossible à obtenir.

Pour les opérés qui ne voudraient pas s’astreindre à do si minutieuses précautions et au régime lacté exclusit pendant plusieurs jours, il faudrait recourir à la sonde nasale à demeure pour toutes les grandes opérations portant sur la langue, le maxillaire supérieur ou inférieur, etc. Malheureusement, dans ce cas comme précédemment, pour ne pas avoir les accidents bronchopneumoniques, autrefois si fréquents à la suite des interventions sur la langue ou les amygdales, il faudrait s’astreindre à nettoyer plusieurs lois par jour la sonde à demeure et à la changer dès qu’elle serait souillée. Quoi qu'il en soit, avec les quelques précautions que l’on prend maintenant, les pneumonies septiques sont bien moins fréquentes que jadis ; elles sont, en outre, moins graves dans la majorité des cas et guérissent assez souvent.

Quand on place une sonde à demeure dans l’une des fosses nasales, on doit alimenter le malade comme s’il s’agissait d’un gastrostomisé.

(1) Le lait stérilisé a été récemment prôné, à la Soc. mèd. des Hôpitaux de Paris (séance du 10 octobre 1890), par MM. Debove, (Jomby et A. Ollivier, pour les affections du tube digestif chez l’enfant et l’adulte.

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