‹ L'asepsie et l'antispesie à l'hôpital BichatChapitre 27 sur 55 · I. Les Microbes de la Boucfte · texte numérisé non relu

I. Les Microbes de la Boucfte

Lister, dès 1871 (l), disait: « La cavité buccale est perpétuellement remplie d’agents septiques... » Depuis que cette parole prophétique a été prononcée, les travaux modernes n’ont fait qu’en démontrer la profonde vérité.

On sait aujourd’hui, en effet, qu’il n’y a pas de région du corps plus peuplée en microbes. Des chercheurs comme M. Rappin (de Sautron), des biologistes comme M. Netter et M. Vignal y ont compté jusqu’à 17 espèces de micro-organismes. Miller récemment, dans son remarquable ouvrage sur les Microbes de la bouche , en a décrit, allant peut-être un peu loin, au moins 25 espèces (2). Mais ceux qui nous intéressent sont les Bactéries pathogènes. De celles-ci, jusqu’à présent, MM. Netter, Vignal et surtout Miller, en ont isolé au moins une demi-douzaine dans la bouche d’individus sains. Et l’on sait qu’elles sont bien plus abondantes dans la salive des personnes malades. D’autre part, la bouche paraît être l’une des portes d’entrée les plus importantes pour les microbes les plus dangereux : ils doivent donc souvent s’y cantonner, en dépit de la chasse qu’on peut leur donner. Rien d’étonnant, dès lors, à ce

(1) Terrier (F.). — Du traitement antiseptique de Lister (traduction de l’article de Lister dans Holmes: A System ofSurgery, vol. V, p. 617; inArch.gén. de Mèd., 1871, vol. II, p. 615

(2) Voir, pour toute la bibliographie de cette question, les monographies de Arndt, Van Lair, Rappin, David, et surtout de Miller (Die Mikroorganismen der Mundhohle, Leipzig, 1889,. Tous ces travaux sont cités et analysés, du reste, dans Dornil et Babès : Les Bactéries, 3e édition, p. 294, t. 11,1890. Alcan. Paris.

qu’ils fassent, quand on les laisse se développer en toute sécurité, les plus sérieux dégâts.

Ce sont ces microbes qui , dans le domaine médical, font le noma au cours d’une rougeole, les bubons au cours d’une scarlatine ; qui sontla cause d’une foule d’infections secondaires au cours des diverses maladies infectieuses. Ce sont les spirilles de la salive qui transformeraient, dit-on, la plupart des adénites sous-maxillaires en adénites presqu’infectieuses, ou tout au moins détermineraient ces accidents sérieux qu’on n’observe que dans les adénites péri-buccales (Verneuil) ; ce sont ces microbes buccaux qui, dans le cancer de la langue, provoquent le développement de ces septicémies connues en clinique depuis si longtemps.

La puissance pyogénique du contenu buccal est encore élégamment démontrée par certaines pratiques mises parfois en usage par les condamnés de la Nouvelle-Calédonie, à ce que rapporte M. le Dr Gueit, médecin de la marine(l). «• Les forçats, en effet, mettent à profit la septicité des humeurs buccales pour se créer des abcès et obtenir une exemption temporaire. Pour ce faire, ils introduisent sous la peau soit une épingle imprégnée de détritus salivaires, soit un séton filiforme contaminé de la même manière. » Le bagne conduit décidément au génie inventif, même en pathologie !

Nous rapprocherons de ces inoculations salivaires volontaires, qu’explique la présence du Streptococcus pyogenes dans la salive (Netter) le fait clinique suivant observé en 1888 pendant notre internat à l'hôpital Bichat, et sur lequel M. Terrier appela tout particulièrement notre attention.

Une malade rentre pour un engorgement ganglionnaire péri-buccal d’origine dentaire ; on prend sa température plusieurs jours de suite; elle n’atteint que 37° matin et soir. Un jour, on lui enlève un chicot, cause de tout le mal ; le soir même, élévation très notable de

(1) Gueit. — Expériences d'inoculation des liquides buccaux du bagne de Vile Nou ; in Arch. dè Méd. Expèrim. et d'An. Path n° 3. 1er mai 1889, p. 162.

la température, léger malaise, etc. Le lendemain matin, la température était retombée à 37°. Quelques jours plus tard, même opération, mêmes phénomènes, etc., etc. Il s’agit évidemment là d’une inoculation opératoire, qu’on aurait peut-être évitée par une antisepsie préalable suffisante.

On pourrait citer bien d’autres faits analogues : un des plus intéressants est la grande gravité des morsures (hommes, lions, chevaux, etc.), qui déterminent souvent des accidents infectieux. Combien de personnes ont eu des panaris qui ne s’étaient que mordus le doigt !

Aussi, toutes les fois qu’on devra opérer sur les lèvres, les joues, les maxillaires supérieur et inférieur, la langue, voir même la région sus-hyoïdienne (dans les cas de grenouillette par exemple), sur les fosses nasales, les amygdales, le pharynx, l’arrière cavité des fosses nasales, le larynx, etc., sera-t-il nécessaire de procéder à une désinfection aussi complète que possible de la cavité bucco-pharyngée.

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