PRÉFACE
Mon cher ami,
Ces quelques lignes serviront à expliquer aux lecteurs le but que vous vous êtes proposé en publiant ce petit volume, et les raisons clés diverses transformations que j’ai cru devoir récemment conseiller, soit dans l’installation des services chirurgicaux, soit dans la manière de pratiquer la chirurgie antiseptique et aseptique.
Vous avez cherché à montrer qu’avec une installation, que j’ai toujours considérée comme défectueuse, je me suis efforcé d’organiser un service de chirurgie, suffisant pour pratiquer couramment les opérations les plus graves et obtenir des résultats satisfaisants.
Lorsque j’ai pris la direction du service de l’Hôpital Bichat, rien, ou à peu près, n’était installé pour créer un véritable service de chirurgie. L’architecte, M. Tollet, avait bien construit de larges et vastes salles, plus ou moins ogivales, mais il s’était fort peu préoccupé de leur distribution en salles chirurgicales ou salles de médecine. Et, au début, j’ai dû installer mes salles d’opérations dans des dépendances destinées théoriquement aux logements des infirmiers ! C’est donc peu à peu qu’il m’a fallu transformer cette installation laissant par trop à désirer, l’éclairer suffisamment pour en faire, en fin de compte, des salles opératoires suffisantes et presque commodes.
Grâce au bon vouloir du Directeur actuel de l’Administration générale de l’Assistance publique, mon ami et confrère, M. le Dr Peyron, et avec l'aide du Conseil municipal de la Ville de Paris (1), j’ai pu obtenir pour mon service de femmes un bâtiment annexe, où sont soignées, par un personnel spécial et dans de meilleures conditions hygiéniques, mes grandes opérées.
L’organisation du service des salles de malades fut aussi difficile et aussi lente ; toutefois, avec le concours dévoué de mes deux surveillantes, Mlle Miguet et Mme Nivromont, avec l’aide de mes élèves, internes et externes, j’ai pu modifier et améliorer l’hygiène de mes malades, autant que faire se peut avec une installation théoriquement et pratiquement mauvaise : le contact possible des malades non infectés et des' malades infectés.
Tout cela ne s’est pas fait sans peine, et j’ai dû lutter bien souvent contre des préjugés bizarres. Un exemple entre autres : l’introduction de fleurs ou de plantes vertes dans les salles des malades, comme je l’avais vu faire à Londres, causa une véritable révolution ! Et l’administrateur de l’hôpital dut en référer au Directeur général de l’Assistance publique pour permettre cette innovation absolument extraordinaire pour lui ! Sans l’aide, toujours éclairé, de mon ami et confrère, M. le Dr Peyron, il m’eût été impossible d’obtenir aussi que mes surveillantes et infirmières eussent, comme les nurses américaines, les bras nus jusqu’au-dessus du coude.
Tel qu’il est installé, le service chirurgical de
(1) Sur îe rapport de M. Joffrin.
l’Hôpital Bichat fonctionne assez bien, je le répète, et mes amis et collègues, MM. G. Riehelot, Quénu et A. Broca, qui ont bien voulu me seconder clans ce service, y ont obtenu, comme moi, cle bons résultats opératoires.
Mais, ainsi qu’il résulte cle ma lettre récente au Directeur cle PAclministration générale cle l’Assistance publique, je suis bien loin de considérer ce service comme parfait ou même comme pouvant approcher cle la perfection . Les conditions matérielles, résultant cle la construction même de l’hôpital, empêchent absolument de réaliser les nombreux desiderata que j’ai formulés à cet égard.
Les perfectionnements que j’ai pu obtenir au point cle vue cle l’antisepsie et de l’asepsie ont été plus complets ; ce sont ceux-là que j’ai exposés récemment avec quelques détails au Congrès de VAssocia,tion française pour l’avancement des sciences à Limoges. '
Jusqu’ici ces perfectionnements paraissent s’être traduits par une très notable amélioration clans les résultats de certaines opérations fort graves, en particulier pour celles pratiquées dans la cavité abdominale.
En terminant, mon cher ami, permettez-moi cle vous- remercier pour le concours que vous m’avez toujours prêté, soit pendant votre internat dans mon service à l’Hôpital Bichat, soit dans vos nombreux articles du Progrès medical, articles que le lecteur trouvera, pour la plupart, rapportés ici.
Félix Terrier.
Paris, Ier Novembre 1890.
L’ASEPSIE ET L’ANTISEPSIE