‹ L'asepsie et l'antispesie à l'hôpital BichatChapitre 40 sur 55 · III. Antisepsie du malade · texte numérisé non relu

III. Antisepsie du malade

Il ne suffit pas, lorsqu’on fait une opération sur les voies urinaires, d’avoir des instruments aseptiques ; il

Progrès médical (n°24, 15 juin 1889, p. 466), où nous avons déjà l’ait ressortir les avantages cpi’il présente en ce qui a trait au maintien de la propreté de la bougie. En effet, il obture la cavité du talon de cette bougie pendant que celle-ci est placée à demeure. Elle empêche ainsi les rainures du pas de vis et cette cavité de se remplir des détritus provenant du passage de l’urine sur l’armature. Ces détritus accumulés ressortaient lors du vissage de la tige cannelée conductrice.

faut aussi antiseptiser le chemin que ces instruments doivent parcourir et s’efforcer de rendre aussi peu septiques que possible le liquide, c’est-à-dire l’urine, qui constamment baigne les muqueuses du bassinet, de l’uretère, de la vessie et de l’urèthre.

1° La première chose à faire est l’antisepsie du gland et du méat urinaire. Il s’agit d’une petite portion de la surface cutanée qui mérite des soins tout particuliers. On la désinfectera facilement comme d’habitude par des lavages au savon et au sublimé.

2° L’antisepsie des voies urinaires proprement dites est, par contre, plus difficile à obtenir. Il y a plusieurs années pourtant qu’on a fait des essais dans ce sens et M.Terrier, depuis plus de quatre ans (1), donne à l’intérieur un médicament qui s’élimine par les reins et agit ainsi sur les urines et les voies urinaires elles-même. Il prescrit une potion au biborate de soude contenant 4 à 6 grammes de cette substance ; les malades doivent l’absorber en une journée, par cuillerées, toutes les deux heures ; parfois on peut, surtout dans les cas de suppuration des reins ou de la vessie, c’est-àdire d’infection intense, aller jusqu’à la dose de 8 à 10 gr. par jour. Le biborate de soude se retrouve tel quel dans les urines.

MM. Bazy (2) et Albarran (3), qui prétendent que cette substance, de môme que l'acide borique, ne modifie en rien le pouvoir cultivant de l’urine, ont essayé le salol (à l’intérieur 2 à 3 gr. par jour), sous forme de capsules (salol soluble) ou de cachets (salol ordinaire). Les urines contiennent alors de l’acide salicylique et du phénilsulfatedesoude.mais seraient encore capables de cultiver. Toutefois ils préfèrent le salol à l’acide borique, parce que la bactérie pyogène se développe plus difficilement dans les urines ainsi traitées.

(1) Terrier. — Sur l’emploi du biborate de soude dans les opérations sur les voies urinaires ; in Bull, et Mém.de la Soc. de Chir., T. XII, p, 519, 1886.

(2) Bazy. — De l’antisepsie dans les maladies des voies urinaires; in Sem. médic., 5 mars 1890, n° 10, p. 73.

(3) Albarran. — Loc. cit.

Ces précautions semblent suffisantes, quand les voies urinaires sont saines ou à peu près. Sinon, on peut y ajouter des lavages de l’urèthre et de la vessie.

a) Les lavages de Vurelhre sont d’une utilité douteuse. M. Terrier n’y a pas souvent recours. Pourtant, si on croit devoir en faire, le canal étant à peine malade, on emploiera la solution boriquée. Mais si l’urèthre suppure abondamment, on préférera le sublimé à 1/5000 ou le nitrate d’argent à 1/500. Il faut, pour les faire, se servir de seringues aseptiques ou d’un laveur quelconque. Nous pensons, avec M. Terrier, qu’il vaut mieux s’abstenir de ces lavages, si le canal uréthral ne suppure pas d’une façon très notable.

b) La vessie , si les urines sont aseptiques, ne doit pas être lavée et nous croyons inutiles dans ce cas les injections boriquées avec des instruments, très difficiles à maintenir stériles. On court trop de risques d’infecter ainsi le réservoir urinaire.

Par contre, s’il y a de la cystite, on peut laver largement à l’acide borique, puis au nitrate d’argent au 500e; chez notre ancien maître, M. le P1' Guyon, on a l’habitude de laisser dans la vessio 20 à 30 gr. de cette dernière solution. M. Terrier ordonne bien rarement ces lavages vésicaux, car à son avis les seringues sont très difficiles à désinfecter; il emploie alors le laveur dont nous avons parlé plus haut. Pourtant il semble qu’aujourd’hui le desideratum cherché ait été obtenu, et M. Albarran a décrit récemment la nouvelle seringue de M. le Pr Guyon, qu’a construite M. Collin. On la stérilise à l’aide du nitrate d’argent (1). Rappelons à ce propos que la seringue aseptique de Roux a été modifiée par M. Tuf-

(l)Albarran. — Note sur la stérilisation desseringues à lavages vésicaux ; in Ann. des mal. des org. gènito-urin ., août 1890, p. 486. — Voir aussi la modification des seringues proposée par Desnos ( Id janvier 1890, p. 45).

fier (1), pour pouvoir servir aux instillations de nitrate d’argent.

c) ïl n’y a rien à dire de spécial pour les uretères et les reins. Avant d’intervenir sur ces derniers organes, il est clair qu’on devra administrer à l’intérieur du biborate de soude ou du salol.

(1) Tuffier. — Contribution à l' antisepsie urinaire; in Ann. des mal. des org. gênito-urin., mars 1890, p. 161. — Le piston de cette seringue supporte 120° et l’eau phéniquée bouillante.

Nous venons de voir comment était organisé le service de M. Terrier, à l’ Hôpital Bichat, au point de vue des salles réservées aux malades, des salles d’opérations, de la préparation du matériel utilisé au cours des opérations les plus diverses.

Nous avons décrit, en outre, quelles minutieuses précautions prenaient le chirurgien et ses aides pour ne point infecter les opérés, quelles étaient les différentes façons de détruire chez le malade les nombreux germes qui peuvent vivre sur lui en parasites, avant, pendant et après les opérations.

Il reste à montrer les bénéfices réels qu’ont pu réaliser tant de soins, tant de sacrifice et tant de dévouement ; quels résultats ont été obtenus grâce à une telle organisation. Nous n’avons pas cru pouvoir mieux faire que de rapporter dans ce but, à la fin de ce travail, les statistiques publiées régulièrement tous les ans par M. Terrier. Oncles trouvera dans la troisième partie de ce volume.

Elles montrent les progrès constants qu’on est parvenu à réaliser chaque année par la diminution progressive de la mortalité, calculée bien entendu en tenant compte de la gravité et du nombre des opérations.

Malheureusement, elles ne peuvent servir à démontrer la supériorité absolue de la méthode, puisque les points de comparaison manquent. Les autres chirurgiens français n’ayant pas pris l’habitude de faire connaître ainsi chaque année leurs statistiques intégrales, on ne peut constater une telle amélioration progressive dans leurs services hospitaliers; mais les résultats obtenus n’en prouvent pas moins qu’en travaillant dans cette voie, on ne fait certainement pas fausse route.

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