Salle des Malades
1° La Salle des Hommes comprend 24 lits en temps ordinaire ; mais presque toujours, en raison de l’affluence des malades à la consultation et des accidents nombreux qui surviennent dans la zone parisienne et suburbaine de l’hôpital Bichat, on est obligé do tolérer une dizaine de brancards ou lits supplémentaires, ce qui est fort regrettable. — De cette salle, font partio trois petites salles, dites chambres d’isolement,
(1) Corps de bâtiment le plus externe ; dans l’interne est installé un service de médecine, dont le voisinage est parfois dangereux (contagion do l’érysipèle, etc.).
(2) Un laboratoire de Bactériologie est en voie d’organisation aujourd’hui, grâce à l’initiative do M. Louis, interne du service.
communiquant avec elle. Deux d’entre elles contiennent normalement deux lits ; l’une est plus spécialement réservée aux malades atteints de suppurations graves ou sérieusement infectés ; elle est fréquemment désinfectée de la façon la plus complète. L’autre ne renferme que les malades devant subir une opération sur les yeux. La troisième possède 3 lits (voir n° 69 du plan, bâtiment le plus externe).
2° La Salle des Femmes renferme, comme celle des hommes, normalement 24 lits, dont deux par trumeau ; mais toujours, en raison de l’activité du service et du grand nombre de malades adressées à M. Terrier par les médecins de province ou de Paris, il y a 10 ou 12 brancards supplémentaires. Ici, encore, oxistent 3 petites chambres isolées, possédant chacune deux lits, mais en communication avec la salle commune. L’une d’elles servait jadis aux petites opérations, la grande salle d’opérations étant presqu’exclusivement réservée aux laparotomies ou tout au moins aux opérations faites chez des malades ne suppurant pas ; mais depuis que le service des femmes possède deux salles d’opérations, cette chambre est réservée à des malades gravement atteintes. Une autre chambre est destinée aux malades présentant des lésions oculaires. Dans la troisième ont lieu les examens gynécologiques nécessaires avant les opérations. Ils sont faits en général par l’interne du service ; M. Terrier n’examine que les cas intéressants ou d’un diagnostic difficile.
Il importe de décrire, en quelques mots, la façon dont sont
Fig. 1. — Hôpital Bichat (Paris).
Plan par terre du rez-de-chaussée et du 1er étage.
Légende: 1, concierge; 2, cabinet du directeur; 3, cabinet des médecins; 4, 5, 6, bureaux ; 7, cuisines des internes en médecine et en pharmacie ; 8, réfectoire du personnel; 10, 11, bibliothèques des malades, des internes en pharmacie et en médecine; 13, pharmacie; 14, salles de garde de pharmacie et de médecine ; 15, cabinet du chirurgien ; 15 (le plus bas), ch. de garde de méd. ; 23, logement des employés; 25, logement du directeur 40, 41, salles d’attente pour la consultation de médecine et de chirurgie ; 42, salle des consultations et des pansements externes (service de chirurgie générale) ; 43, salle des consultations externes pour les maladies des yeux et des oreilles ; 45, laboratoire spécial d’antisepsie pour l’interne en pharmacie ; 53, laboratoires d’histologie (côté gauche de la figure) et de thérapeutique (côté gauche, M. Huchard) ; 55, salle de bains pour le personnel ; 56, service des bains ; 57, salle d’attente pour les bains ; 69, «pavillons Tollet (médecine et chirurgie). — Les pavillons de chirurgie sont ceux qui, à droite et à gauche, sont les plus éloignés du bâtiment central ; le côté gauche est celui des femmes; 77, dépendances des salles ; 71, couloir de communication entre les pavillons ; 72, salles d’opérations. — Le nouveau Pavillon des Laparotomisées n'est pas représenté sur ce plan, qui est ancien et inexact pour certaines parties. Il se trouve à gauche, dans l’espace angulaire compris entre les chitfres 42 (rez-de-chaussée) et 69 et 72 (1er étage).
Fig. i. Hôpital Bichat (.Paris). — (Voir 1 légende à la» âge piécédenteV
édifiées ces salles, unique modèle à Paris du système de constructions hospitalières imaginé par M. Tollet(l).
Ces deux salles sont constituées par deux pavillons, parallèles aux ailes du bâtiment central, existant déjà comme postecaserne avant l’installation du nouvel hôpital ; elles sont situées au premier étage. Chaque pavillon est conforme au modèle Tollet, qui a obtenu la médaille d’or à l’Exposition universelle de 1878. Il a une ossature en fer, de forme ogivale, formant le moule de la construction ; les fondations sont en béton hydraulique ; les soubassements en caillasse ou meulière ; les trumeaux en béton de scories de forges et mortier hydraulique ou en briques; les voûtes en briques; les enduits en ciment ; lo plancher en fer hourdé en béton do scories avec supports intermédiaires ; l’aire en asphalte (2) ou en ciment Portland; les couvertures en tuiles métalliques. Tous les angles,* y compris ceux qui sont formés par la jonction des planchers et desmurs (3), sont arrondis, pour favoriser les lavages et supprimer les angles morts de ventilation et les lieux de séjour des poussières. Les salles ont une longueur de 3G mètres sur une largeur de 8 mètres, soit une surface do 16 mètres de lits. Le cube d’air par malade est de 60 m. c., car la salle est très élevée. L’air de la salle se renouvelle par deux ouvertures situées au sommet de l’ogive, à chaque bout.
Les chambres d’isolement sont placées latéralement, aux quatre coins du bâtiment principal, afin de dégager le pignon postérieur où se trouve une vaste cheminée, à feu apparent (coke) ; au-dessus de cette dernière, une large glace assure à la salle un éclairage très intense. Il y a une cheminée d’appel avec gaz intérieurement. Près de la cheminée se trouve une trémie à linge sale. Des terrasses découvertes do 2 mètres 60 de large, munies de balcons, sont disposées le long de chaque pavillon et servent de promenoirs aux malades. Le
(1) Voyez l’article Bichat in Grande Encyclopédie, par Bourneville et A. Rousselet; — Bourneville : Rapport au Conseil municipal de Paris, 1880; — et Manuel d’Assistance publique, en cours de publication.
(2) Et non en mosaïque, comme on l’a imprimé (Chavanis).
(3) Dans certaines salles d’opérations, de construction récente, comme celles, de l’Hôpital de la Pitié, par exemple, défectueuse d’ailleurs à d’autres points de vue, on a bien arrondi les angles pour les plafonds; mais l’architecte a oublié d’en faire autant pour le plancher.
dessous de ces salles et de leurs terrasses devait former un préau couvert, bien ventilé ; mais, par mesure d’économie, sacrifiant aux exigences du budget les lois de l’hygiène, l’on a cru bon de l’utiliser pour diverses servitudes (1) et d’en faire un rez-de-chaussée.
3° Dépendances de chaque salle. — A l’entrée de chaque salle, on trouve, d’un côté, le cabinet de la surveillante (table, armoires pour médicaments, instruments, réserves de matériaux de pansements, etc., appareil téléphonique, patères pour vêtements, etc., etc.) et de l’autre côté, le lavabo où sont placés, sur des étagères spéciales, les grands bocaux de verre qui contiennent les solutions antiseptiques, et sur des patères les vêtements hospitaliers des élèves, etc. (n° 73 du plan). A côté (n° 70) sont situés les watcr-closets, une salle de bains et l’office (fourneau, tisanerie, etc.), dans la 4e petite chambre latérale (les trois autres étant réservées aux malades).
Dans la salle, et sur le désir formel de M. Terrier, on tolère maintenant des arbustes et des fleurs; au fond de la salle des hommes, il y a même une petite volière avec quelques oiseaux, ce qui se voit bien rarement dans les hôpitaux parisiens. Un air de gaîté ne fait pourtant aucun mal, et les serins et les fleurs n’ont pas été jusqu’ici, que l’on sache, les vecteurs des germes septicémiques !
(1) Et non pas pour les bains (n° 56), ni pour les consultations
gratuites ( n1 * 3 41), comme le croit M. le Dr Chavanis, l'auteur d’un
article paru dans la Loire médicale, n° 5, 15 mai 1889, p. 135.